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mardi, 15 juillet 2008

IRPA ou ERPA ?

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Bernard, si tu nous lis depuis le paddock céleste où tu fumes ton cigare, puisse notre reconnaissance éternelle monter jusqu'à toi. Tu as créé l'IRPA, et nous l'ERPA.


Si le fanatique de sport automobile d'aujourd'hui n'envisage pas d'assouvir sa passion autrement qu'en pantacourt, glacière aux pieds et billet de tribune dépassant de la poche - sauf à devenir professionnel et bénéficier ainsi des laissez-passer qui accompagnent ce statut-, celui d'antan ne concevait pas sa passion autrement que dans les stands, à faire chier les mécanos en butant dans les grosses boîtes Facom, dans les paddocks, et, fin du fin, sur la piste, de préférence à l'extérieur du premier virage, en bouffant la place des vrais professionnels. Ces magouilles étaient possibles jusqu'au tout début des années 80, en F1 s'entend, car l'apparition des badges FIA avec photo, puis plus tard, à lecture magnétique, signa la mort des faussaires de génie - oui osons le mot - que certains de notre petite bande étaient devenus.

Plusieurs écoles enseignaient comment accéder aux zones interdites des circuits.
1 - La combine de faux journaliste
2 - la confection de faux laissez-passer
3 - Le port d'un brassard ERPA

L'ami Freddy qui signe (trop peu souvent) des commentaires ici fut le maître absolu de la technique N°1 - la combine de faux journaliste. Il nous l'enseigna dans le train de nuit qui nous avait emmené à Barcelone en 75, au GP d'Espagne. Nous en sommes restés bouche bée. Cette technique mettait en oeuvre une logistique poussée - faux en-têtes de journaux, adresses postales bidons, identités bidons, bref, du travail comme on en voit dans Mission impossible. Nous y eûmes recours dans un deuxième temps, lorsque la combine N°2 ne fut plus possible.
C'est ainsi que votre serviteur, pourtant assez sourcilleux sur le blog en matière d'identité, était pour le monde des GP, Andrew Ferguson, honorable correspondant parisien du quotidien néo-zélandais The New Zealand Times. Ça marchait pas mal, sauf à Zolder ou le chef de presse, un certain Robrecht refusait systématiquement nos demandes d'accréditation - c'était un vrai pro qui connaissait son monde. Par contre il fallait faire l'impasse sur les courses en France ; on aurait mal vu à La Châtre arriver un gars du New Zealand Times pour une réunion de Formule France !

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Le patron de la technique N°2 - la confection de faux laissez-passer - était sans conteste Guy Royer, imprimeur en semaine - son job -, photographe le dimanche et faussaire le vendredi ou le samedi précédant les GP. Une valise de Lettraset, un ou deux tampons, le tour était joué. On a montré sur MdS l'étendue de ses talents. Quant à Pascal Bisson, il s'était spécialisé dans la confection de fausses cartes FOCA plus vraies que les vraies, en plastique blanc ou rouge ou vert, selon l'année. Ceci fut jouable jusqu'en 79.

Enfin c'est Jean-Michel S., croisé au Mans Classic, qui créa de toutes pièces L'European Racing Press Association (ERPA), enfin plutôt le brassard qui concrétisait cette entité, calqué sur celui qu'arboraient les grands journalistes des 70's, l'IRPA, pour l'International Racing Press Association, lancée en 1968 par Bernard Cahier dont les funérailles ont lieu ce jour. Cette note lui est un hommage posthume.

L'avantage de l'IRPA : on pouvait passer partout, toute l'année. JMS contacta un maroquinier peu regardant sur la déontologie, lui founit la photocopie d'un authentique brassard IRPA et lui en demanda une version arrangée en ERPA pour European... etc. Il nous semblait que par cet artifice on eût échappé aux poursuites si d'aventure Cahier nous avait chopés. Il n'en sut jamais rien. Paul-Henri l'apprit en lisant le blog.
Très libéral sur l'éthique, le maroquinier était également assez cool question orthographe comme la photo du bas le montre :  "European" devint "Europen". Qu'à cela ne tenait, nous ne portions les brassards que cachés sous les blousons. Etant donné que nous n'avions pu reproduire le logo IRPA (une plume piquée dans un volant), sur la partie gauche du brassard, nous dissimulions ce manque en collant un sticker à la place. Le brassard figuré au bas de la note montre ainsi un autocollant Raiffeisen, obtenu à un GP d'Autriche, qui détourne l'attention d'un contrôleur trop zélé et ajoute une patine certaine.
Une dizaine d'ERPA fut tirée. Le roi n'était pas notre cousin lorsque nous l'inaugurâmes, en 76 ou 77, la date exacte nous échappe.

Plus besoin de faux en écriture, finis les pass découpés dans des boîtes à fromage, l'IRPA c'était la Rolls du faux laissez-passer. On vous laissait entrer partout avec dans l'oeil du contrôleur une nuance de respect. L'IRPA, c'était l'Académie française des journalistes de Grands Prix.

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IRPA © MdS
FOCA © Pascal Bisson
ERPA © Jean-Paul Orjebin