vendredi, 09 novembre 2007

Scoop

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Comme l’on sait, Gianpaolo a entrepris, pour notre plus grand plaisir, la tâche ardue mais passionnante de « décortiquer » le feuilleton TV Michel Vaillant, personnage dont Henri Grandsire fut, nonobstant la blondeur de sa chevelure, une incarnation plutôt réussie. Sans vouloir le moins du monde déflorer les chroniques encore à venir, qu’il nous soit permis de livrer ici un scoop, dont la source, on le comprendra, doit aujourd’hui encore demeurer confidentielle.

La photo ci-dessus a été prise lors du départ de la Coupe internationale de vitesse F3 disputée sur le circuit de Reims-Gueux dans le cadre du meeting de 1964. Les lecteurs de ce BTT auront bien évidemment reconnu, sur la première ligne, les Cooper vertes à bandes blanches de Jackie Stewart et de Warwick Banks, qui encadraient l’Alpine toute bleue d’Henri Grandsire.

0ff78628507be0616274533f417509fd.jpgIl est flagrant, sur ce document, que le Français démarre nettement moins bien que ses collègues anglo-saxons et semble plus préoccupé par quelque chose situé dans son cockpit que par ce qui se passe sur la piste.
Nous sommes en mesure de révéler que le « quelque chose » en question n’était autre qu’un exemplaire de l’album de Jean Graton intitulé Le pilote sans visage.

C’est assez peu de temps auparavant, en effet, qu’Henri Grandsire, jeune et séduisant espoir du sport automobile français, s’était vu proposer, dans le plus grand secret, ce rôle de Michel Vaillant qu’il devait finalement accepter. Et l’intégralité des albums déjà parus lui avait été remise à cette occasion, afin de le convaincre de l’intérêt du script susceptible d’être tiré de ces aventures.

Lorsque survint le rendez-vous rémois, Grandsire venait d’entamer la lecture du Pilote sans visage et, pas plus qu’un lecteur lambda, il ne put échapper à la magie de cette histoire culte. Son désir de connaître l’identité du pilote masqué s’exacerba tout au long du week-end, au fil de sa lecture – il n’est d’ailleurs pas exclu qu’il ait légèrement fait durer le plaisir… Las ! En ce dimanche 5 juillet 1964, parvenu aux pages qui précédaient la dissipation du « Mystère », il lui fallut bien obtempérer à l’injonction de Toto Roche et rejoindre la ligne de départ des F3, sur laquelle, suite à sa magnifique performance des essais, il n’était précédé, pour quatre petits dixièmes, que par le nouveau prodige écossais Jackie Stewart.

Qu’à cela ne tienne. Notre homme dissimula habilement l’album dans sa combinaison et, sitôt allongé dans sa monoplace, l’extirpa discrètement afin de continuer à le dévorer. Et c’est précisément au moment où, penché sur l’ouvrage, comme on le voit sur la photo, il allait tourner l’ultime page avant la révélation, que le départ fut donné ! On ignore, à vrai dire, si cette révélation, il la reçut à cet instant précis ou s’il dut pour cela patienter jusqu’à ce cinquième tour qui vit se terminer sa course en raison d’un radiateur d’huile explosé. En revanche, on peut légitimement se demander si cet épisode n’aura pas été lourd de conséquences.

Tant qu’il demeura en course, en effet, Grandsire, après s’être repris, fut le seul à pouvoir suivre le train de Stewart. Imaginons que, pleinement concentré sur son départ, il ait réussi à devancer ce dernier. Qui sait si son radiateur d’huile, dès lors mieux refroidi, n’aurait pas tenu le coup, et notre « grand blond », en état de grâce, dominé l’Ecossais ? Leurs carrières respectives eussent pu s’en trouver infléchies, sans compter que la future victoire de JPB sur sa Matra, l’année suivante – que le TTDCB me pardonne… –, n’aurait peut-être pas revêtu la même portée chez les fans français si ces derniers s’étaient précédemment amourachés d’un François Cevert avant la lettre caracolant sur sa sémillante Alpine !

En tout cas, il n’y a pas à dire, il s’en sera passé des choses sur le « triangle magique ».



Signé Professeur Reimsparing



Coupe internationale de vitesse de F3 . Circuit de Reims-Gueux . 5 juillet 1964
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Image © Professeur Reimsparing