mardi, 05 juillet 2005
12 heures de Gueux 2005, la Croisière jaune à bulles

Un trio improbable, constitué du juriste historien le Pr Reimsparing, de Katia la voyante et d’un teneur de blog s’est élancé dimanche 3 juillet vers l’est, en une tentative de réédition de la Croisière jaune, mais à bulles, celle-ci, car son but, plus modeste que celle de George-Marie Haartd, ne visait que la Champagne, autre région viticole visitée après la Bourgogne, la semaine dernière, et accessoirement siège d’une resucée à la sauce agricole de feu les 12 heures de Reims : les 12 heures de Gueux.
Outre le millésimé, c’était la présence annoncée en fin de la matinée de Jean-Pierre Beltoise, à l’occasion du 40e anniversaire de sa victoire en F3, le 4 juillet 1965 (presque du jour pour jour), qui avait motivé ce déplacement que nous avons entrepris dès l’aube, dans le but de ne point rater celui qui ne reste jamais très longtemps au même endroit, JPB, dont l’hypothétique présence nous avait pourtant été confirmée par Katia, qui avait « vu » en flash le vainqueur de Monaco 72 au stand Matra-Passion, le club qui l’avait invité.
Las, il fallut se rendre à l’évidence : Bébel avait filé quelques instants avant notre arrivée. « Il est reparti chez lui pour regarder le Grand Prix de France à la télé », répondit le président de l’association, qui ne savait où donner de la courbette car se pointait sur ces entrefaites un aréopage duquel émergeait la haute stature de Renaud Dutreil, ex-ministre de la Fonction publique, maintenant aux PME et dont le mandat de député de l’Aisne justifiait sans doute qu’il « inaugurât » les 12 h de Gueux, le verbe léger, le sourire bienveillant, que le décolleté de Katia arrondit un poil de plus que ne l’eût demandé le protocole [0] .Même si son passé sportif est plus léger que celui que nous aurions préféré rencontrer, nous grillons un fichier numérique pour y coucher le ministre Dutreil qui s’exécute d’autant plus volontiers que Katia l’en prie.
On l’y voit en compagnie de la propriétaire d’une Matra 530.
La manifestation des 12 h de Gueux, qui débute le samedi à 18 h et se clôt à 19 h le lendemain sur une grande tombola (ce village est-il soumis à un autre régime temporel ?) en est à sa deuxième édition, organisée par un petit mais incisif club local, les Amis du circuit de Gueux, qui poursuit trois objectifs :
- entretenir la légende du circuit,
- sauvegarder ses infrastructures,
- accueillir sur le site des véhicules anciens et des amoureux du circuit.

Si tout au long de l’année, l’ACG se consacre aux deux premiers volets, par le débroussaillage, l’entretien et la rénovation des bâtiments laissés à l’abandon, les 12 h de Gueux, organisés le premier week-end de juillet, en référence aux 12 h de Reims et aux Trophées de vitesse qui se tenaient jadis à cette période, sont l’occasion de faire revivre l’endroit, de lui redonner un (tout) petit peu de l’ambiance festive et populaire que la belle société rémoise faisait régner lors des courses. [1]
Tout cela ressort davantage du comice agricole que d’une épreuve sportive.
Ici un orchestre joue des airs de musette, là un stand de pompiers recrute, alors qu’à l’ombre où se tenait le paddock est dressée une buvette qui ne désemplit guère. Les trognes rougissent, les femmes s’éventent à l’aide du beau programme que l’ACG s‘est offert, dont la couverture, dessinée par Xavier Lavictoire, laisse espérer au pékin qui vient de Paris qu’il va assister à une orgie de vitesse, d’autant que la ligne droite des stands est fermée à la circulation.
En fait ce n’est qu’un parking à l’usage des quelques anciennes qui ont effectué le déplacement, comme une lumineuse GT 40.
Un tour dans le pré derrière les stands révèle heureusement de quoi passer un couple d’heures. "Je suis originaire de Reims. Le jour où pour la première fois je suis passé devant les ruines du circuit, sur ce site laissé à l’abandon mais dont les pierres parlent, j’en suis tombé amoureux, et aussi du sport automobile," confie Arnaud Meunier, un jeune homme qui tient un stand que nous photographions car y figure en vedette une maquette en bois assez réussie des installations rémoises.
Un diorama qui aurait sa place à Rétromobile. L’homme nous présente la revue qu’il édite à compte d’auteur, Berlinetta, dédiée à Ferrari ; une entreprise courageuse vu la concurrence pléthorique sur ce créneau [2] . Souhaitons-lui que Bruno, notre commentateur fidèle et ferrariste malade, s’intéresse à son cas !Le concours d’élégance offrit l’opportunité de voir une Germain-Lambert "Sans-choc", exemplaire unique de ce constructeur établi à Reims dans les années trente, et récupéré chez un ferrailleur par un héritier de Lambert, qui la présentait lui-même.
Germain Lambert fait partie de ces inventeurs géniaux qui s’exprimaient dans l’automobile avant-guerre, domaine où tout était encore à inventer. Il se créait une marque d’automobiles pratiquement chaque mois, autant disparaissaient. La « Sans-choc » se caractérisait par une suspension indépendante dotée de ressorts à lames très fines qui la rendait insensible aux routes défoncées d’alors. La machine pouvait taper un bon 80 à l’heure là où la concurrence cassait à 40. Mais les conceptions avancées de Lambert déroutaient à tel point que la « Sans-choc » resta sans acheteur.
Durant sa vie entière, Germain Lambert se heurta à l’incompréhension de ses contemporains. On le vit constructeur de cycle-cars, fabricants de moulins à farine, de matériel forestier, bref de tout ce qui pouvait en parallèle financer la construction de voitures, sa passion. Il tâta de la course à partir de 1949 avec une auto en aluminium, avec essieu et pont rigide qui termina 3e au Bol d’or en 1950 en catégorie 1100 cm3, récidiva en 1951 et fit première de sa classe en 1952 et 1953. Lambert lui-même était au volant, cette dernière année [3].Ed McDonough est éditeur et écrivain. Il avait fait le voyage de Gueux depuis le Northamptonshire et avait déballé au milieu des blés une table qui accueillait bouquins et automobilia, notamment des petites voitures qui rameutait les gamins du village.
Il collait un sticker sur le ventre de chaque môme qui stationnait devant son stand improvisé, mais s’est gardé de le faire sur celui - accueillant - du Pr Reimsparing venu lui présenter ses propres clichés sur Reims, ainsi qu’une pancarte punaisée à la table proposait à d’éventuels détenteurs d’images rémoises qu’ils le fissent car McDonough, fanatique de Reims comme nombre de ses compatriotes, achète des docs pour illustrer ses ouvrages ou sa revue, Vintage Racecar. [4]

Reimsparing ne se sépare jamais d’une petite centaine de photos prises sur cette piste entre 1963 et 1969, qui généralement suscitent chez l’amateur qui les découvre silence et raclements de gorge. L’Anglais n'y échappe pas et consacre une bonne heure à les analyser toutes.
Il confie écrire un livre sur les frères Rodriguez, après avoir juste sorti un John Surtees, Friends and Rivals que nous feuilletons sur son stand tandis que les deux compères font affaire.
Echange de poignées de mains et de cartes de visite, assaut de gentillesse entre gens unis par une culture et une éducation commune.
Le soleil rase l’horizon lorsque la voiture stoppe place d’Erlon, à Reims. Une table en terrasse nous y tend une nappe rouge. Katia la voyante s’anime tant et si bien qu’elle fait le sujet de la prochaine note.
Les 12 heures de Gueux . Circuit de Reims-Gueux . 3 juillet 2005
[0] Voir son blog où est commentée sobrement sa visite à Gueux
[1] ACG, 18 avenue de la gare, 51390 Gueux (http://acg.site.voila.fr)
[2] http://www.berlinetta-mag.com/
[3] A lire l’excellent papier de Gazoline, Germain Lambert, les galères d’un imaginatif
http://gazoline.net/article.pcgi?id_article=229
[4] http://www.vintageracecar.com
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