vendredi, 15 février 2008
Rétromobile 2008, la berlinette d'Artcurial
Je suis un vieux jeune de 31ans bercé par la Berlinette 1600S du Tonton qui a eu un choc dans sa vie lors de Rétromobile. Je ne sais pas bien écrire, mais je souhaite vous le faire partager.
Vente Artcurial de samedi soir. Papa et moi sommes allés voir ces démons qui hantent nos vieux rêves. Le catalogue est alléchant et surtout teinté de beaucoup de nostalgie. Que dire de ces automobiles qui ont passé tant de temps aux mains d'hommes qui les chérissaient autant que leurs épouses ?
Mais voilà qu'au fond de la salle, mal mise en valeur, coincée entre un mur et une monoplace Prost, se présente une belle auto bleue. Le catalogue la décrit si bien, en empruntant des phrases de Gilles Valérian. Et oui, l'Ex. Vinatier/Callewaert. A sa vue, tant de souvenirs se ravivent : mon frère et moi dans le canapé, 14 et 15 ans chacun, regardant en boucle les deux cassettes offertes par le Tonton sur la saga (comme on dit de nos jours) Alpine et surtout un entretien d'une heure avec Marc Mignotet. Oui, elle est là devant moi. Certes, elle n'a pas une vie aussi fabuleuse d'un groupe 4 piloté par Andruet, mais c'est qu'en même un morceau d'histoire. Je la regarde. J'ose ouvrir le capot moteur pour chercher les signes Mignotet. J'ouvre la porte à la recherche d'un éventuel signe de sa vie. Bizarrement, peu de gens se préoccupent d'elles. Les Ferrari, Rolls ou Mercedes papillon accaparent plus les gens.
Quelle pitié, pauvre auto, je te plains, te voilà si anonyme dans ce grand hall, toi qui a vécu tant de choses si formidables me dis-je. Après une heure passée autour, je me dirige vers l'entrée du hall avec un brin de nostalgie. Je me fraye un passage près de l'attroupement autour d'un Jean Todt à la recherche d'un cabriolet Jaguar. Soudain, à l'entrée, deux personnes au visage familier rentrent. Après un petit moment de flottement, le Mince, mais c'est Vinatier et Callewaert.
Bizarrement, un anonymat total les préserve. Personne ne les remarque. Je n'en peux plus, je me lance. Catalogue ouvert à la page de la berlinette, je me risque : Messieurs Vinatier et Callewaert, auriez-vous l'extrême amabilité de me dédicacer le catalogue ? Moment de flottement. Comment un si jeune blanc bec peut-il remarquer deux vieux pilotes ? Pas de problème. Signature, échange de paroles. Dialogue irréel autour de la berlinette, des souvenirs et de Mignotet...
Merci Messieurs. Merci de m'avoir fait partager vos souvenirs. Merci pour votre accessibilité. Merci de m'avoir transporté pendant un instant à l'arrière de votre berlinette.

Signé Bruno Estibals
Artcurial . Palais des congrès . 9 février 2008
Voir la fiche de l'Alpine (lot 42)
Rétromobile 33e édition . Paris Expo halls 3.1 et 4 . 8-17 février 2008
Site officiel : www.retromobile.com
Voir aussi
Rétromobile 2008, collectionneuses du petit matin
Rétromobile 2008, le pavillon des fous
Rétromobile 2008, Monsieur Spitzweg s'est encore échappé
Rétromobile 2008, un coeur gros comme ça
Images © Bruno Estibals
10:10 Publié dans Rétromobile | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : artcurial, retromobile, 2008, vente aux encheres, alpine A110, jean vinatier, marcel callewaert
vendredi, 17 février 2006
Rétromobile 2006. Enchères à Christie's # 06/08

Une Jaguar chasse l’autre. Après l’épave due à Lambert, voici la splendide XK 120 qui fut une des stars de la vente organisée par Christie’s le samedi 11 février dans le cadre de Rétromobile. Cette photo et le texte ci-dessous nous sont adressés par Jean-Baptiste Bassibey, un fondu de bagnoles qui partage son temps entre le Grand Prix du Maroc 57 et le Grand prix du Maroc 58, entrecoupé d’escales à Anfa ou sur le circuit de la Corniche.
JBB est l’auteur du site Course auto au Maroc [1] référencé chez nous. Et lorsqu’il n’est pas sur "Grand Prix Legend" à négocier comme un grand malade la courbe Sidi Abderhaman du circuit d’Ain Diab sur sa Vanwall pixelisée, il va à Rétromobile ou encore à l’école. Précision : Jean-Baptiste a 14 ans.
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Je suis allé à la vente aux enchères Christie’s. Que du bon, que du lourd…
J’ai pu pénétrer après m’être fait une coupe et une touche bien classes. A l’entrée, deux gorilles vous accueillaient à bras ouvert. La zone de vente se présentait comme ça : entrée, petite zone où on voyait les futures ventes, salle aux enchères, buffet gratuit à droite.
Mon père et moi sommes arrivés en retard : 19 h 45 au lieu de 19 h 30. Ce petit retard nous a valu une gracieuse place debout. On y vendit d’abord des "amuse-gueule" ; documents et papiers anciens, dessins d’usine d’origine, panneaux publicitaires anciens et aussi une collection de l’Année automobile de 1954 à 1988. Les prix de vente de chacun de ces lots dépassèrent de loin les estimations. Exemple : un fou a acheté un panneau Bugatti à 2 500 € alors que les estimations étaient de 1 000 à 1 500 €.
Les ventes s’enchaînèrent à un rythme effréné, on y arriva ensuite aux vrais véhicules. Et pour commencer, on vendit une moto flambant neuve, une MV rouge, estimée entre 15.000 et 25.000€. Les quatre motos présentées (dont un side-car) furent adjugées.
Passons aux voitures… Pour démarrer, une Citroën CX flambant neuve estimée entre 4 000 et 6 000 €. Elle partira aux mains d’un Anglais après une seule enchère. Il est passé très discret car il a été acclamé par ses amis saouls. Après qu’on eut vendu une DS blanche magnifique et une Mercedes 190 SL rouge, une Maserati Quattroporte état concours fut présentée. Elle était estimée entre 40 000 et 60 000 €.
De magnifiques voitures suivirent ; une Jaguar E type rouge et une Bentley R-type Continental de 1955. Elle était estimée entre 160.000 et 220.000€.
(Ci-dessous son tableau de bord en photo)

Juste après une voiture bien intrigante : Une FSO Warsza M20 de 1958. Elle était rouillée et semblait presque en ruine dedans. C’est alors que mon père a regardé par hasard dans le catalogue pourquoi elle était présentée. Elle avait appartenu personnellement au pape Jean-Paul 2 ! Dans ce même catalogue, les estimations étaient données entre 5 000 et 15 000 €. Juste avant sa vente, la commissaire-priseur nous a dit qu’elle avait été de nouveau estimée entre 150.000 et 200.000 € ! Finalement un acheteur l’a prise pour 50 000 €.
Maintenant, un des clous de la vente. Une Jaguar XK120 roadster qui avait fait les 24 heures du Mans en 1951. Les estimations la mettaient entre 300 000 et 375 000 € ! Elle était en état concours et elle était prête à courir.
(Le tableau de bord, flambant neuf)

Ensuite une ancienne Riley 9CV IMP de 1934 fut vendue entre 75 000 et 85 000 €. Suivit une vieille Itala 14/18CV Roadster de 1912 estimée entre 40 000 et 50 000 €. Des voitures de luxe d’après guerre ont ensuite été proposées : une Daimler DS 420, une Porsche 911S Targa bleue, une Rolls-Royce Silver Wraith, une Mercedes 280SE, une Ferrari 400i et une Aston Martin DB2 Mark1 cabriolet. Cette dernière était estimée entre 75 000 et 125 000 €.

Ensuite, la seconde favorite du festival : une magnifique Charron, Girardot et Voigt, état concours de 1904 ! Elle a été vendue 420 000 € ! Puis une DS23IE Décapotable rarissime (4 exemplaires entre 1973 et 1977) vendue à 110 000 €. Une énorme Rolls-Royce 20HP de 1923 partit ensuite. Elle était estimée entre 80 000 et 100 000 €.
Une grosse Clément-Bayard type AC, qui avait été refaite (carrosserie entière) par un garagiste d’automobiles de collection basé à Levallois-Perret. Elle était estimée entre 70 000 et 90 000 €. Après, une Lagonda, qui aurait dû être vendue a été retirée de la vente aux enchères (on ne sait pas pourquoi).
Un autre clou a suivi cette voiture manquante ! Une Jaguar XK120 Roadster entièrement en aluminium, prête à courir et flambant neuve de 1949. Estimée entre 175 000 et 220 000 €.
Ensuite une rarissime BMW M1 qui avait couru au Mans pendant plusieurs années, avait été refaite entièrement à neuf, spécialement pour les courses d’automobiles historiques. Prête à courir, pleine d’huile et d’essence. Il y avait même marqué sur le volant : « Ne pas allumer le moteur ! » Estimée entre 285 000 et 345 000 €.
Puis une vieille Fiat 1900 Kontiki qui avait gagné le rallye Alger-Le Cap fut vendue 40.000 €. Elle aussi n’était pas en superbe état (rouille, peinture d’origine…). Une Superbe Aston Martin DB6 Vantage rouge de 1968 passa aux enchères. Elle était (seulement) estimée entre 90 000 et 120 000 €.
Une énorme Minerva 30CV Roadster de 1925 passa ensuite à la vente. Elle était estimée entre 300.000 et 350.000€. Puis ce fut le tour d’une rarissime Bentley S2 Continental état concours, estimée entre 95 000 et 125 000 €.
Juste après, une rare Alfa Roméo 6C 2500SS Tubolare partit dans les mains d’un acheteur. Etant en magnifique état, elle se vendit 180 000 €.

Et enfin, la favorite de la vente, le clou des clous du spectacle, une Jaguar Type C, créée en trois exemplaires, elle était estimée entre 1 200 000 et 1 500 000 € !!!! La tension dans la salle était au maximum : pas un bruit. Et enfin les enchères commencèrent : une personne au téléphone et une personne dans la salle se la disputaient. La personne au téléphone arriva à 1 250 000 € (surenchère de 50 000 €). C’est à ce moment que personne ne renchérit. Et elle fut vendue.
A partir de ce moment, tout le monde quitta la salle, mais il restait quand même quatre voitures : une Packard 900 "Light Eight", une Maserati 3500 GT, une Cadillac Phaeton Sport et une Mercedes 630 K, cette dernière estimée entre 300 000 et 400 000 €.
(La Jaguar C en photo)

Voilà, la vente aux enchères était terminée, j’y retournerai l’année prochaine.
Signé Jean-Baptiste Bassibey
Rétromobile 31e édition . Paris-Expo hall 7/3 . 10 – 19 février 2006
Site officiel : www.retromobile.fr
[1] http://jbbassibey.free.fr
Toutes images © Jean-Baptiste Bassibey
10:20 Publié dans Rétromobile | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : retromobile, 2006, jaguar xk120, vente aux enchères, christie's
dimanche, 29 janvier 2006
Artcurial Jabby Stuff Part Three

Sous le ministère de Maître Hervé Poulain qui, vieux routier des circuits, sait l’entretenir, la ferveur automobile a présidé à la dispersion de ce qui demeurait encore sur Terre de Gérard Crombac, c’est-à-dire le souk que nous avons évoqué ici.
La salle était studieuse, recueillie, formée d’amateurs éclairés parmi lesquels nous avons noté Emmanuel Zurini, auteur de quelques bronzes vendus ici, le bugattiste Jean-Paul Michel, le pilote de véhicule historique Flavien Marçais, une vieille connaissance perdue de vue depuis 30 ans, Maurice Berthon, ainsi que Monsieur Fernand Crombac, le frère, fort ému.
La vente était scindée en six parties : Montres et chronomètres - Dessins et peintures - Sculptures, trophées, médailles et objets précieux – Photographie - Objets et souvenirs - Documentation et autographes. Glissons sur les montres qui furent vendues dans une indifférence générale et bien au-dessous de leur estimation (un lot de cinq pièces, estimé entre 140 et 200 € est parti à 60 €).Parmi les toiles et dessins, remarquons la belle prestation d’une gouache de Michael Turner, Indianapolis 1965, à laquelle Jabby était attachée : 2 200 € alors qu'estimée entre 800 et 1 300 €.
Le lot 195 était une pendule de cheminée en laiton et bronze doré, horreur absolue d’un point de vue esthétique mais formidable objet du désir grâce à l’inscription gravée à son dos : "Jabby the longest and best friend of Lotus", offerte par Colin Chapman. Il s’est négocié à 450 € (estimé entre 200 et 300 €).
Une bataille de chiffonniers a opposé les enchérisseurs lors de la vente des photographies. Il semble que l’expert, par ailleurs très compétent, Gérard Prévôt, ait sous estimé l’attrait que représentait ces images rarement vues prises par le journaliste à ses débuts, et cédées ici libres de droit ; une aubaine pour les amateurs qui se les sont arrachées à des 7 000, voire 8 000 € pour un lot des années 1966, lots estimés entre 1 700 et 2 500 €.
On imagine que ces clichés vont ressortir bientôt dans des livres.
Curieusement, les badges et accréditifs n’ont pas fait recette. Pourtant lorsqu’un assistant a pongé sa main dans une boîte et en a sorti une poignée de brassards et de laisser passez, nous n’avons pu nous empêcher d’échanger avec Gianpaolo un regard complice : on aurait tué pour un badge dans les années 70 !
Notons que la Motobécane "Poney" de Crombac, estimée entre 500 et 800 €, qu’il chevaucha au Bol d’or 1950 et restaura par la suite, a été cédée à 3 800 € au terme d’une belle empoignade.
Le gros morceau de cette vente que Hervé Poulain a transformée en show, comme d’habitude, interrompant son crieur pour raconter comment il avait vendu ailleurs le trône de Bokassa ou proposant à l’acquéreur du whisky Jim Clark de trinquer à la sortie, fut la collection de Sport-Auto, objet d’une bataille d’Hernani.Estimé entre 1 000 et 1 700 €, ce lot de 38 classeurs bleus avec le nom G. Crombac gravé à l’or fin sur chaque couverture, et contenant le fameux numéro zéro, est parti à 16 000 €.
Enfin, terminons sur une note réconfortante : la lettre adressée à Jabby par Jim Clark, deux mois avant sa mort, dans laquelle, d’une petite écriture penchée s’étalant recto-verso, il évoque ses projets, les problèmes de BRM et de Ferrari, ainsi que des détails personnels concernant la Lotus Elan qu’il allait lui donner, s’est adjugée 3 300 € alors qu’elle n’était estimée qu’entre 250 et 400 €. Pour l’anecdote, le manuscrit d’Enzo Ferrari, dactylographié sur papier à en-tête du Cheval cabré et daté de 1979, dont nous parlions hier, n’a fait que 650 € et une lettre de Ferry Porsche, 300 €.
Dimanche, le talent était dans la salle.

Maître Hervé Poulain © MdS
Monsieur Fernand Crombac © Jean-Paul Orjebin
The Jabby Stuff © MdS
22:10 Publié dans Gérard Crombac | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : gerard crombac, vente aux encheres, 2006, artcurial, herve poulain
samedi, 28 janvier 2006
Artcurial Jabby Stuff Part Two

Un vide-grenier au rond-point des Champs-Elysées, dans l’ancien immeuble de Marcel Dassault, voilà qui attise la curiosité. A voir le look des habitués qui grimpent avec autorité les marches et déboulent dans le salon où se tient la brocante en question, comme s’ils rentraient chez eux, on imagine qu’il ne s’agira pas ici d’électrophones cassés ou d’une série de Konsalik de poche graisseux.
Riches marchands aux tempes argentées et lunettes d’écaille, gros assureurs spécialisés dans l’automobile ancienne, collectionneurs un tantinet fétichistes s’agglutinaient vendredi autour d’un invraisemblable bric-à-brac : les archives de Gérard Crombac, exposées publiquement avant leur mise aux enchères dimanche 29 janvier.Photos fourrées pêle-mêle dans des boîtes à chaussures, bouquins entassés dans des caisses, laissez-passer en vrac, papiers hétéroclites, jusqu’à un set de table d’un resto d’Indianapolis signé d’une vingtaine de personnalités dont Jim Clark.
Bref un bazar que tout amateur sérieux détient dans son grenier, tel MdS, à ceci près que les photos de ce dernier montrent La Châtre ou Croix-en-Ternois, et non leur auteur en compagnie de George Pompidou, que ses livres sont des Solar en français, que ses brassards sont des faux, que ses papiers ressemblent à des réservations hôtelières et que les manuscrits qu’il conserve sont signés de Gianpaolo ou du Cake.
Dans les archives livrées à la concupiscence des vieux messieurs, nous remarquons une lettre frappée au coin du Cheval cabré dans laquelle, en avril 1979, Il Grande Vecchio remontait les bretelles de Crombac à propos de l’affaire FOCA-FISA où son journal l’avait mis en cause. Le lot 238 nous plairait bien si nous avions entre 1 000 et 1 700 euros à mettre dans une collection de Sport-Auto – incomplète car couvrant la période 1962-1993 (ce qui indique l’intérêt que portait son propriétaire, Jabby, au magasine tel qu’il est devenu) -, qui comprend le seul numéro zéro qui fut imprimé.Au mur est accroché une toile de Paul Bracq (lot 187) qui est un projet de couverture proposé à Gérard Crombac pour la maquette d’un périodique qu’il voulait lancer, Vintage, et n’a pas vu le jour. On apprend quelque chose, là.
Un vrai musée, cette expo d’Artcurial. La vie d‘un homme résumée à quelques caisses de journaux et de vieilleries que n’importe quelle femme de ménage un peu pro balancerait au vide-ordures. Comme si Jabby devait être incinéré une seconde fois ce dimanche, et ses cendres d’automobilia dispersées aux quatre vents.
Dis, Jabby, il est comment le malt de Jimmy ?

Vente dimanche 29 janvier 2006 à 14 heures
Hôtel Dassault,
7 rond-point des Champs-Elysées, 75008 Paris
Jabby Stuff X 4 © MdS
13:20 Publié dans Gérard Crombac | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : gerard crombac, vente aux encheres, 2006
vendredi, 27 janvier 2006
Artcurial Jabby Stuff Part One

"Portrait de groupe avec Chapman"
Par Jean-Paul Orjebin
La couverture du catalogue de la vente d'automobilia organisée par Maître Hervé Poulain ce dimanche à l’hôtel Dassault mérite d’être regardée avec attention. Les portraits de groupes sont toujours intéressants à ausculter pour ceux qui sont sensibles à l’image inconsciente que l’humain projette sur une photo.
Celle qu’Artcurial a choisie pour illustrer son catalogue l’est tout particulièrement. On peut y déceler les caractères, et même les fonctions des protagonistes. C’est le tableau de la famille Chapman qui semble avoir été mis en scène comme Goya mettait en scène la famille royale.
Regardez Colin Chapman, son regard ne se dirige vers personne, mais au loin, vers l’avenir. Il invente déjà, en secret, derrière ses lunettes fumées. Le présent ne le passionne pas. Pour lui, aujourd’hui est demain. Les bras croisés avec autorité, il n’a plus rien a négocier ; les décisions sont prises, le moteur devra casser juste après le passage de la ligne d’arrivée.
Jim Clark est dans le présent, il est en Italie pour courir et uniquement, donc en attendant il lit tranquillement le journal, sans bien le comprendre d’ailleurs mais ce n’est pas grave. Il attend son moment. Observez sa main droite, elle tient La Stampa avec douceur, sans nervosité, comme tiennent le volant les vrais grands champion, avec fermeté, sans brutalité. Il est légèrement en retrait de son patron, proche de lui mais soumis, confiant. Tout va bien.
Jabby Crombac affiche les stigmates du demandeur insatisfait. Les mains dans les poches. Quelqu’un d’intimidé par son inutilité dans l’immédiat du paddock. Il vit à travers le prisme de son 6x6, observe derrière ses lunettes claires, le regard suspendu aux réactions du maître. Il admire.
Signé Jean-Paul "Gianpaolo" Orjebin
Vente dimanche 29 janvier 2006 à 14 heures
Hôtel Dassault,
7 rond-point des Champs-Elysées, 75008 Paris
Portrait de groupe avec Chapman, image extraite du catalogue Artcurial Automobilia "Les Archives de Jabby, Mémoire de la F1"
19:45 Publié dans Gérard Crombac | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : gerard crombac, vente aux encheres, 2006, colin chapman, jim clark, artcurial
mardi, 31 mai 2005
Adam Potocki dans l'actualité
Au moment où notre ami le commentateur commenté, sur une de ses récentes interventions, extirpait de l’oubli Adam Potocki en rappelant comment ce Polonais établi en France avait remporté la course F3 de Rouen en 1968 au volant d’une Matra MS5 superbement préparée par le mécanicien Richard Belkechout, on apprend, par un de ces hasards qui fait croire en quelque chose derrière l’ordre apparent des choses, que ladite Matra fera l’objet d’une vente aux enchères le 20 juin prochain au Palais des congrès à l’occasion du 25e anniversaire des ventes d’automobiles de collection par la maison Artcurial [1].
Outre la Matra MS9 de F1, pilotée par Jackie Stewart en Afrique du Sud en 1968, et diverses Porsche appartenant à Florian Pagny, les acheteurs auront donc l’opportunité d’acquérir en cette Matra F3 une auto à partir de laquelle la firme de Vélizy a bâti son histoire.
C’est par la F3 que Matra s’est engagé dans ce sport en 1965.
La MS1, construite selon des techniques empruntées à l’aéronautique, tranche d’avec ses concurrentes d’alors.
Après quelques tâtonnements, la MS5 qui lui a succédé gagne à Reims aux mains de Jean-Pierre Beltoise, qui sera sacré champion de France F3 fin 1965. C’était parti pour trois saisons au cours desquelles les F3 Matra gagneraient 14 courses en 1966, dont cinq à l’actif de Johnny Servoz-Gavin qui sera champion de France sur la MS5, puis une série de 26 succès en 1967 (MS6) dont 10 rien que pour Pesca, et au sein desquels on n’oublie pas les quatre victoires à la Temporada argentine enlevés par un impérial Beltoise.
Henri Pescarolo est champion de France en 1967.
Nombre de pilotes français se sont fait les dents sur ces monoplaces qui leur furent autant de tremplins, comme Jean-Pierre Jaussaud, Eric Offenstadt, Jacky Ickx, Henri Pescarolo, et Jean-Pierre Beltoise ou Roby Weber (tremplin pour la mort pour le pauvre Weber qui se tuait en 1967 sur un proto Matra 630 ; à notre connaissance l’unique décès enregistré sur une Matra).
L’auto que mena le comte Adam Potocki à Rouen est un châssis ex-Jacky Ickx qui a couru en F2 en 1966 après avoir été conduit par Jean-Pierre Jabouille en 1967 dans l’écurie Crio au tournesol. On se rappelle que la MS5 était convertible F3/F2.
S’il daigne se déplacer au Palais des congrès le 20 juin pour assister au show de Maître Poulain, notre commentateur commenté pourrait acquérir cette MS5, en gérant habilement l’enchère, et enfin la démonter pour voir à quel bois elle carburait et résoudre une fois pour toutes le mystère de cette victoire.
[1] www.artcurial.com
Adam Potocki © Moteurs
Pescarolo devant Jaussaud à Reims en 1967 © DPPI (http://www.dppi.net/)
20:05 Publié dans Evénements | Lien permanent | Commentaires (103) | Envoyer cette note | Tags : adam potocki, vente aux encheres, 2005, artcurial, matra MS5, F3
dimanche, 13 mars 2005
Fallait-il que la Lotus de Jim Clark fût vendue ?
Notre récente note relatant la vente aux enchères des Lotus de Gérard Crombac nous a valu un courrier très long mais très documenté et passionnant émanant d’un amateur (au sens premier) que cette vente a choqué. En gros, notre correspondant s’indigne qu’on puisse faire du fric sur un objet chargé d’une telle histoire, ayant appartenu au plus grand pilote que ce sport ait engendré, objet qui ne fut jamais vendu à quiconque puisque Jim Clark l’avait reçu comme voiture de service lorsqu’il résidait à Paris avant de le donner à Gérard Crombac, ainsi que nous le relations, et que Jabby précise à son tour dans la livraison de mars-avril 2005 de F1i Magazine.
Notre correspondant semble ignorer que Bernie Ecclestone, consulté à cette fin par Crombac, indiqua pour la Lotus la somme quasi exacte à laquelle elle fut adjugée, soit 46 000 €… C’est dire si, née gratuite des chaînes de l’usine de Hethel, cette auto terminera son existence avec, attachée à son pare-chocs, une pancarte montrant Onc Picsou.
Monsieur Louis P. Julien, l’auteur du message, a commencé son initiation "dans les années 1955/60 à Montlhéry, dans les garages sous l'anneau de vitesse, pas loin de l'atelier d'Henry Ropain.
A cette époque j'étais un fou du 2 temps et au jour de mes 16 ans j'avais acquis une 250 Adler bi-cylindres 2 temps qui était (à l'époque) au sommet de la belle technique allemande et dont les rugissements éveillaient tous mes sens.
Habitant Antony, sur la RN 20, c’est donc surtout à Montlhéry et sur d'autres circuits que je faisais la rencontre de la grande famille (à cette époque il existait une certaine convivialité entre pilotes, organisateurs et public), des anciens tels que Georges Grignard, Georges Houel, Georges Monneret, Trintignant, Behra, etc. Puis les suivants, mais non moins bons : Peter Collins, Luigi Musso, Piero Taruffi, Stirling Moss, Jack Brabham and so on, pour finir par la nouvelle vague : François Cevert, Eric Offenstadt, Jonathan Williams, Jean-Pierre Jabouille, Claude Vigreux, Jean-François Piot, Jean-Claude Salomon : tous ceux de cette génération dont j'ai à présent oublié les noms mais pas les images des moments intenses partagés. […]
Il y a une quinzaine d'années en passant au Salon de l'auto, j'ai serré la main d'un vieux monsieur que personne ne reconnaissait (même les journalistes présents ne l'avaient pas reconnu) tellement il était voûté et cherchait à passer inaperçu ; seule sa casquette le trahissait, il s'agissait de Philippe Etancelin. Il m'offrit l'immense joie de me serrer la main (hautement plus valorisante, à mes yeux, que les paillettes reçues lors d'une tribune cérémoniale).
Ce que je retiens, c'est le rapport que j'ai eu de très près ou de loin avec ces pilotes et "companeros", dont la relation était fondée sur l'intelligence du cœur et de la raison (Il suffisait de parler trois minutes avec Graham Hill pour le ressentir)".
Louis P. Julien fut un des fondateurs de l’école de pilotage du circuit Bugatti, créée dans la foulée de la construction du Bugatti en 1965. Il en fut ensuite instructeur, conjointement à un grand bonhomme, Charles de Cortanze, que le hasard convoque ici alors que parallèlement il nous intéresse à titre privé car il a côtoyé un membre de notre famille dont nous savons depuis peu qu’il fut coureur : Marcel Contet. Bref.
Monsieur Julien évoque cette grande silhouette dans son mail : « une autre génération, un style, du panache, des gens de paroles et de respect, d'ailleurs « bon sang ne saurait mentir », vous devez connaître comme moi ses origines... «. Il évoque la part qu’a prise Cortanze pour le défendre lorsque à deux reprises il planta dans la berme des autos de l’école (l’Alpine F3 et l’Alfa Tubolare).
Louis P. Julien quitta l’école en 1967, laissant à François Chevalier la salle de cours, salle sur le tableau de laquelle il inscrivait chaque jour cette phrase : « La course est immortelle, le jour ou un peuple renonce à la course, il renonce lui-même à l'effort, il accepte par avance de déchoir. »
Tout feu tout flamme notre correspondant nous incite à moins parler des "consorts médiatiques et parisianistes du style Crombac, Rosinski ou autres, et plutôt de gens tels que Christian Moity qui n'a jamais cherché à être mis en exergue mais écrivait en son temps des papiers qui étaient du texte (L'espoir changea de camp, le combat changea d'âme et Bandini déçu laissa s'enfuir Brabham) !"
Il ne s’agit évidemment pas d’être pour ou contre tel ou tel. Nous vous soumettons cette problématique : la Lotus Elan donnée par Jim Clark à Gérard Crombac devait-elle faire l’objet d‘une vente ?
10:05 Publié dans Gérard Crombac | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : gérard crombac, lotus elan, jim clark, vente aux enchères, 2004, artcurial, herve poulain
vendredi, 11 mars 2005
La Collection Jean-Pierre Beltoise à Bonhams #07/07
Matra MS 120 1970
Monoplace de Formule 1
Châssis N° MS 120/02
La MS 120 est à nos yeux un mythe. Elle n’était pourtant pas très belle avec sa coque tout en angles, sa visserie apparente comme celle d’un sous-marin, son profil franchement vilain. Elle succédait en 1970 à la Matra MS 80 que Jackie Stewart avait conduite en 1969 au titre de champion de monde des constructeurs, autrement plus convaincante.
La MS 120 avait en elle quelque chose de magique, capable de bouleverser un amateur de mécanique un tant soit peu mélomane : son moteur V12 de 3 litres de cylindrée développant (les bons jours) quelque 430 chevaux à 11 000 tr/min, à quatre arbres à cames en tête à sept paliers, quatre soupapes par cylindres et injection Lucas, le tout accouplé à une boîte de vitesses Hewland FG 400 à cinq rapports. Quand elle s’ébranlait pour un tour de piste, à Charade, par exemple, au milieu des monts d’Auvergne, les spectateurs suivaient à l’oreille la sculpture sonore que produisaient toutes ces pièces en mouvement.
En dépit de faiblesses structurelles imputables à un châssis trop peu rigide, que son concepteur Bernard Boyer avait dû dessiner pour satisfaire aux nouvelles normes 1970 qui condamnaient les coques caissonnées qui avaient fait les beaux jours de la MS 80, cette monoplace ne démérita pas. Les trois châssis assemblés (01, 02, 03) glanèrent sur un total de 13 Grands Prix en 1970, trois 3e places, une 4e, une 5e, deux 6e ainsi qu’une victoire au Grand Prix d’Argentine 1971, hors championnat, aux mains de Chris Amon, ce qui sera l’unique succès en F1 d’une Matra à moteur V12.
Le modèle vendu est le châssis 02 qui fut mené par Henri Pescarolo, dont la
campagne est synthétisée ici : http://www.oldracingcars.com/car.asp?CarID=MS120/2
JPB qui pilota 03 cette saison (cinq fois dans les points), s’est vu remettre 02 par contrat après l’arrêt définitif du service compétition Matra en janvier 1975. Après quelques années, la voiture, et le prototype MS 670 que nous présentons plus bas, furent confiés aux ateliers FCR de Claude Quintin à Magny-Cours pour restauration. Elles en sortirent en 1999 et furent envoyées au musée de Lohéac.
En vue de sa mise en service prochaine, Anthony Beltoise (le fils) a récemment fait tourner MS 120/02 sur le circuit de Lurcy-Lévy. L’auto, avec son numéro 21, est en conformation Grand Prix de France 1970, que Jean-Pierre Beltoise aurait gagné si une crevaison n’en avait pas décidé autrement.
Estimation 300 000 – 400 000 €
Matra-Simca MS 670 B 1973
Barquette, Sport-prototype d’endurance
Châssis N° MS 670 B-02

Cette voiture fut menée à la victoire aux 24 H du Mans 1973 par l’équipage Henri Pescarolo/Gérard Larrousse. Il s’agissait de la deuxième victoire au Mans, après celle obtenue l’année précédente, de la firme de Vélizy qui avait abandonné la F1, fin 1972, au profit des courses d’endurance plus rémunératrices en terme d’image, selon le président Jean-Luc Lagardère. Matra gagnera encore Le Mans en 1974, mais la victoire de 1973 est incontestablement la plus belle, arrachée à Ferrari de haute lutte.
Les deux constructeurs se livreront d’ailleurs au long de cette saison à une bataille de chiffonniers – de luxe – dont nous gardons un souvenir géant, tel celui du Grand Prix de Rouen-les-Essarts en F2, que nous suivions dans l’épingle du Nouveau Monde, l’oreille collée au transistor, tentant de décrypter à travers les hurlements des BMW et des Harts 2 litres dévalant la descente, les résultats donnés par France Inter des 1000 km d’Autriche disputés le même jour, où Matra en décousait avec son ennemi transalpin : Ce furent Pesca et Larrousse qui l’emportèrent devant Bébel et Cevert ! Quel pied !
Ce prototype a été livré à Beltoise par contrat, comme la F1 et a subi le même programme de restauration.
Estimation sur demande
Source : Catalogue Bonhams, Les grandes marques à Monaco, to include the Jean-Pierre Beltoise Collection. Monte Carlo, Monday 16 may 2005
Nous remercions Rebecca Ruff, attachée de presse de Bonhams, d’avoir eu la gentillesse d’autoriser l’utilisation des données contenues dans le catalogue de la vente.
Images © www.bonhams.com
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jeudi, 10 mars 2005
La Collection Jean-Pierre Beltoise à Bonhams #06/07
Mercedes-Benz 600 saloon 1967
Châssis N° 10001212000915
"Témoignage d’une époque où montrer sa richesse n’était pas criminel, la 600 fournissait un équivalent automobile à la Principauté de Monaco. C’est un chef-d’œuvre de technologie qui surclasse toute opposition et redéfinit la notion d’opulence."
Classic & Sportcar magazine
Produit à 3000 exemplaires seulement entre 1963 et 1981, ce vaisseau routier segmenté pour concurrencer Rolls-Royce et Bentley parvint à s’imposer sur une niche où ses concepteurs ne l’attendaient pas, celle où les pilotes de Grands Prix de l’époque faisaient leur marché. Nombre d’entre eux ont acheté des 600, autant conquis par le luxe de fabrication et de confort que par un certain caractère sportif qui n’apparaît pourtant guère quand on envisage ce paquebot à l’arrêt.
Beltoise menait la sienne comme une R8 Gordini.
Il l’a acquise auprès de Gilbert Trigano, fondateur du club Méditerranée, « un dimanche de beau temps, en bas de l’avenue de la Grande-Armée » se souvient-il, avouant également la course folle qui l’opposa à son beau-frère François Cevert, qui avait la même auto, le long de l’autoroute A6, alors qu’ils descendaient au circuit Paul-Ricard. Sans l’avoir jamais vérifié, nous avions entendu parler de ce fait d’armes que nous avions versé dans les légendes beltoisiennes. Le voici confirmé, heureusement frappé de prescription, de la part de celui qui a depuis tellement milité pour la sécurité routière.
Le récit des aventures routières de JPB occuperait un blog entier, et tant mieux car ces hommes-là, constitués d’une autre matière que nous, ne devraient pas relever du Code de la route, ce dont d’ailleurs ils s’affranchissaient joyeusement au temps de la liberté de vitesse !
Immatriculée 3 UE 75, la Mercedes pourrait convenir à un fonctionnaire de l’Union européenne en poste à Paris. Ce qui lui ferait des vacances.
Estimation 25 000 – 35 000 €
Mercedes-Benz 300 SEL 6.3 saloon 1968
Châssis N° 10901812000488

Autre favorite des pilotes de course, la Mercedes 300 SEL 6.3, était, elle, carrément un monstre. Son créateur, Rudi Uhlenhaut, n’avait rien trouvé de mieux que de coller l’énorme V8 6.3 litre de la limousine 600 dans une caisse de berline 300, histoire de voir ce que ça faisait ! Ca le faisait, comme on dit maintenant, à tel point que les pneus partaient en fumée à chaque démarrage un peu vif et qu’ils résistaient à ce traitement moins longtemps qu’il est nécessaire pour écrire cette notule.
Vous partiez de Paris en gommes neuves qui étaient rendues comme pâte à modeler quand vous entriez au garage de l’hôtel de Paris à Monte Carlo cinq heures plus tard. Un épisode vécu par Jean-Pierre Beltoise auquel Henri Pescarolo prit, paraît-il, au volant d’une 6.3 identique, une part que pudiqueme



