lundi, 11 décembre 2006

Les livres sont faits pour être lus

DEHAYE (François-Xavier). – Le Nerf de la course, dessous et secrets de la compétition. Préf. Renaud de Laborderie. Coll. "Sports 2001". Ed. Solar, Paris, 1971, 247 p.

medium_nerf.jpgJean-Claude Arnold : J'ai retrouvé parmi les cartons d'archives de mon père quelques dizaines d'exemplaires de cet "ouvrage" dont le titre met plutôt l'eau à la bouche. Mal fagoté, presque soporifique, on déchante assez vite. Je suis sûr qu'il aurait eu un sort commercial autrement plus réjouissant s'il avait été commis par les plumes de MdS. Restent quelques photos sympa et c'est vrai que, dans ces histoires, on retrouve un peu le coté semi-amateur qui faisait le charme de cette époque. Si quelques-uns parmi vos lecteurs souhaitent plonger dans "l'univers impitoyable du sponsoring sportif de haut niveau dans les années 70", je me ferai un plaisir de leur faire parvenir cet ouvrage. Sinon les exemplaires restants s'en iront moisir sur l'étal d'un brocanteur du dimanche ou sur le grand bazar d'Ebay à 0.50 €.

Reconnaissons dans le bouquin que Jean-Claude, obligeamment, met à notre disposition, un intérêt historique qui justifie qu’on ne le jette pas à la poubelle sans l’avoir lu. Ni même après. Le contexte de ce livre se situe peu après l’apparition des sponsors, terme barbare que Renaud de Laborderie tente dans sa préface de traduire par "parrains», ajoutant comme un reflet de l’angélisme dont les journalistes paraient alors le sport automobile, que "ces parrains ont tous le cœur généreux et qu’on en a pas encore vu qui n’aient pas la passion chevillée au cœur."» Patience, le contraire viendra.

Par le biais d’un texte de facture classique mais informatif et bien documenté sont évoqués sept exemples de parrainage : Meubles Arnold, Aseptogyl, Robert Bosch, Cibié, Elf, Martini et le Seita. On aurait tort de bouder l’offre de Jean-Claude Arnold… Les livres sont faits pour être lus.



DHOTEL (Guy). – Le Roi des îles. Ed. Littéra, Arras, 1993, 146 p., 120 F

medium_roidesiles.jpgGuy Dhotel : En 1993, j'ai écrit un bouquin : Le Roi des îles. 1000 exemplaires. Il m'en reste cinq défraîchis. J'y résume brièvement ma carrière de pilote et parle surtout de la suite, de l'après accident. De ce changement total de valeurs qui nous saisit quand on est ainsi arraché par morceaux, arraché à ses amours, que les vautours se ruent. De ces amis, de ces inconnus qui se lèvent et vous transcendent. J'ai juste essayé de faire comprendre l'intensité dramatique de cette vie de pilote, et la recherche de paradis divers qu'elle implique quand on la perd. Je peux vous en faire parvenir un si vous le désirez. Ne serait-ce que pour le bonheur que votre site me fait revivre.

Difficile d’évoquer ce bouquin ; il résiste à l’analyse. L’amateur de course automobile est dérouté par le peu de cas qui y est fait dans les pages de Guy Dhotel. C’est surtout, comme il le dit lui-même dans son mail, de l’après accident qu'il s’agit, et des aventures qui ont conduit "Captain’Guy" sur les mers du Globe et notamment au Cap Vert. L’auteur nous en voudra-t-il si nous l’illustrons avec "L’Albatros" de Baudelaire, placé en exergue : Exilé sur le sol au milieu des nuées/Ses ailes de géant l’empêchent de marcher ?
On aura compris qu’opère la séduction d’un texte écrit avec des tripes, griffé d’embruns, qui, bien que traversé de termes techniques de marins, scotchera à son siège le premier lecteur qui nous en fera la demande. A charge pour ce dernier de le proposer à son tour à quelqu’un d’autre, par le biais de notre site. Les livres sont faits pour être lus.



LE BRAS (Thierry)
. – Chicanes et dérapages de Lorient au Mans. Préf. Bastien Brière. Coll. "Breizh Noir", Ed. Astoure, Sables-d’Or-les-Pins, 2006, 312 p., 10,00 €

medium_chicanes.jpgThierry Le Bras : La passion de la course me tient depuis plusieurs décennies. Elle m’a aussi placé derrière le volant d’une Golf GTI groupe 1 en courses de côte à la fin des années 70, une époque où la compétition était financièrement plus abordable qu’aujourd’hui… Devenu journaliste indépendant, je m’efforce de mettre modestement ma plume au service de la course automobile lorsque l’occasion m’en est donnée. J’ai ainsi rédigé la biographie d’Olivier Panis (parue chez Hêtre Éditions en 2003). Chicanes et Dérapages de Lorient au Mans se positionne sur un autre créneau. Il s’agit d’une pure fiction, fruit de l’imagination d’un auteur rêveur et fasciné par la course automobile depuis sa plus tendre enfance. Je soulignerai deux originalités de ce livre :
- d’une part, des pilotes et acteurs réels du monde de la course auto y jouent un rôle, notamment Bastien Brière (auteur de la préface), Caty Caly, Denis Vaillant, Didier Caradec, le costarmoricain Pierre-Yves Prié, Stéphane Dréan et Julien Mouthon ;
- d’autre part, mon personnage principal a son blog
http://circuitmortel.blogsdesport.fr. Les internautes y trouveront des informations sur lui et ses proches ainsi que de courtes nouvelles (au sens littéraire du terme, les mettant en scène). Actuellement, Éric Trélor, le parrain de mon héros, raconte les 24 Heures du Mans 1968 sur le blog en 12 épisodes.

Thierry Le Bras évoque Serge Dallens dans le courrier accompagnant son livre ; il y a effectivement du Prince Eric dans la fraîcheur et la spontanéité de ses personnages boy-scouts évoluant dans la course automobile. Rédigé de façon dépouillée, sans façons ni chichis, Chicanes et dérapages… témoigne de la délicate intégration de la fiction littéraire dans un monde technique, extrêmement pragmatique, précis au dixième de seconde. On y parvient généralement pas, et Thierry pas plus que ses prédécesseurs, mais reconnaissons-lui une santé d’écriture, un bonne humeur narrative bienvenue dans le contexte de l’auto morose contemporain. Son livre témoigne de la vigueur de l’édition régionale que taisent trop souvent les beaux médias parisiens mais dont on a une idée au Salon du livre où elle draîne un large flux..

Nous proposons ce livre au premier lecteur qui nous en fera la demande. A charge pour ce dernier de le proposer à son tour à quelqu’un d’autre, par le biais de notre site. Les livres sont faits pour être lus.