lundi, 06 juin 2005

Onofre Marimón (1923-1954)

Portés par leur sonorité ou l’esthétique, certains noms s’affichent haut sur le panthéon de la course automobile. Détachés de la personnalité de leurs propriétaires, se suffisant à eux-mêmes, ils font carrière, tel celui d’Onofre Marimón qui, s’il eût été Jean-Claude Dusse ou Robert Bidochon, n’aurait pas nimbé le pilote argentin de l’aura dont les amateurs le parent.

Né à Zarate, non loin de Buenos Aires, le 19 décembre 1923, Onofre est le fils de Domingo, un chauffeur de taxi (ci-contre). On connaît la détermination de cette corporation en Argentine dont les meilleurs représentants damneraient le pion à un bon pilote de F3000 ; Domingo Marimón confirme cette règle mais à l’inverse de ses collègues qui disputent le Grand Prix de Buenos Aires tous les jours au volant de berlines chargées de clients, lui court les immenses marathons qui, à l’époque, traversaient l’Amérique du Sud.

Etabli à Cosquín, à 70 km de Córdoba, où il gère son affaire de taxi, Domingo s’était imposé comme l’un des pilotes les plus en vue de cette discipline, enlevant notamment le Grand Prix d’Amérique du Sud 1948 couru sur 9600 km (!) entre Buenos Aires et Caracas ainsi que le Tour de Santa Fé en 1950, une courte balade de 1760 km.
Nourri à un tel biberon, Onofre a un avenir tout déroulé devant lui. Voulant imiter son père, il pique à quatorze ans une voiture appartenant à un ami de la famille et fait le tour de Cosquín à 160 à l’heure avant de rentrer à la maison et de recevoir, en guise de coupe et de champagne, un plat que madame Marimón lui fracasse sur le crâne. Un pilote dans la famille, ça suffit.

medium_onofre_portrait.jpgDevenu adulte, Onofre « Pinocho » Marimón commence de bricoler une auto qu’il aligne sur un circuit local, mais la guerre en Europe va étrangler les importations de pièces détachées et freiner le jeune homme dans ses ardeurs ; d’autres s’y substituent dont profite une certaine María Nélida Garralda qu’il épouse. Deux enfants naîtront : Domingo et Liliana.

Les choses sérieuses commencent en octobre 1949 au Tour de Mar del Plata. Remplaçant son père sur sa Chevrolet, il met le pied dedans tout au long des 860 km sans que casse l’auto ; la victoire est là. La Volpi-Chevrolet laissée par Fangio – un ami de son père – parti en Europe étant libre, les deux Marimón l’alignent à La Cumbre en 1950 ; moins rapide aux essais, Domingo s’incline devant son fils qui devient à partir de ce moment le pilote « officiel » de la famille… Il gagne, remporte deux autres victoires cette saison.

medium_marimon_54.jpg1951 est sa première grosse saison : quatrième à Paraná sur une Maserati 4CLT confiée par l’Automobile club d’Argentine et avec laquelle il court aussi à Santiago du Chili et à la Temporada argentine, quelques apparitions sur la Volpi-Chevrolet ex-Fangio, surnommée La Petisa (la petite). C’est surtout son premier voyage en Europe. Fangio lui obtient un engagement au GP de Belgique et au GP de France sur une Maserati de l’écurie Milano ; forfait au premier, il casse le moteur au second. On le voit aux 24 heures du Mans où il partage sans succès une Talbot avec son compatriote Gonzáles, puis à Modène en F2 où il conduit à la 8e place une Ferrari 166 de l’écurie Marzotto.

Pinocho rentre au pays fin 1951 ; les affaires. Il ouvre un commerce automobile à Cosquín. Il retrouve cette bonne vieille Petisa qu’il violente sur quelque piste locale et participe à la Temporada 1952 et 1953 sur les Ferrari et Maserati de l’Automobile club d’Argentine, autos dépassées qui ne permettent que de la figuration.

Aidé par sa famille et le gouvernement argentin, Onofre retourne en Europe en 1953. Sa notoriété lui vaut la confiance de l’écurie Alfieri Maserati qui l’incorpore sous ses couleurs en Grands Prix mais lui demande de payer sa voiture, une A6GCM bleue et jaune, qu’il baptise par une magnifique troisième place à Spa. Outre six GP du championnat du monde, la Maserati court le Grand Prix du Lac d’Aix-les-Bains. L’usine engage Marimón aux 1000 km du Nürburgring sur une A6GCS ; il est second lorsque le moteur lâche dans le dernier tour. Sa saison se clôt sur une deuxième place derrière Fangio au Grand Prix hors-championnat de Modène.

medium_losmarimon.jpgPilote officiel Maserati en 1954, Pinocho court quatre Grands Prix et autant d’épreuves hors-championnat : ainsi est-il en tête à Syracuse lorsqu’il sort dans une courbe, abandonne-t-il à Pau alors qu’il est troisième, se classe-t-il quatrième à Bari et enfin gagne-t-il le GP de Rome. Onofre se sent fort en cette année 1954, d’autant que le départ de Fangio chez Mercedes lui ôte les complexes qu’il pouvait nourrir dans la roue de son mentor. Une brillante troisième place au GP d’Angleterre en témoigne, acquise depuis le fond de la grille car son équipe, arrivée tard à Silverstone, n’avait pu participer aux essais.

Mais la chance commence de tourner, elle lui fait des signes, comme au Grand Prix Supercortemaggiore de Monza la semaine suivante où sous la pluie, en voulant éviter Hawthorn en perdition, sa Maserati quitte la piste à haute vitesse et file droit sur les arbres, qu’elle rate in extremis. Marimón se récupérera mais abandonnera ultérieurement.
Il se tuera le dimanche d’après aux essais du Grand Prix d’Allemagne. [1]

Onofre Marimón est la première victime du championnat du monde des conducteurs. Une rue de Cosquín porte son nom. Un ouvrage a été publié sur lui et son père Domingo. [2]
(Biographie librement adaptée d’un texte anglais de Tony Watson)


Onofre Agustín Marimón
Argentine
Né à Buenos Aires (Argentine) le 19 décembre 1923
Décédé aux essais du Grand Prix d’Allemagne au Nürburgring le 31 juillet 1954


Fiche technique : http://www.silhouet.com/motorsport/drivers/marimon.html

Domingo Marimón © Los Marimón de J. Eduardo Gesumaria « Sprinter »
Portrait d’Onofre Marimón© www.forix.com
Onofre Marimón en bras de chemise © Revista Autos de Epoca (image extraite de http://www.jmfangio.org)


[1] Marimón était mécontent de ses essais du vendredi. Fangio l’avait rassuré en lui promettant de le « tirer » le lendemain pour lui montrer les endroits où gagner du temps.

Samedi, le temps fait grise mine, il va pleuvoir. Fangio n’arrivant pas, Onofre décide de devancer la pluie menaçante et part à l’assaut du Ring. Domingo, son père, est là, qui trompe son attente en chronométrant. Ainsi qu’il le dira à un journal de Buenos Aires : "Le temps était à la pluie, Onofre voulait à tout prix décrocher un temps correct avant que la piste ne soit mouillée. Il m’a dit qu’il voulait descendre sous les 10 minutes. A sa façon de dire ça, j’ai compris qu’il pouvait le faire. Quand les 10 minutes se sont écoulées, j’ai eu un mauvais pressentiment, j’ai senti qu’il était arrivé quelque chose. Alors j’ai commencé à courir..."

Marimón n’avait pas dépassé Wehrseifen, juste avant le pont sur Adenau. La voiture avait plongé dans le fossé et avait été arrêtée par un arbre. Arrivé tout de suite sur les lieux, Fangio prit son protégé dans ses bras mais il était déjà mort, la poitrine défoncée par le volant. González et Marimón père furent sur place peu après. Froilán tint ce dernier à l’écart alors qu’il inspectait l’épave. Il nota que le levier de vitesse était engagé en quatrième.
Wehrseifen se prend en troisième.

[2] GESUMARIA “SPRINTER” (J Eduardo) . – Los Marimon, Domingo y Onofre. 240 p.