mercredi, 16 juillet 2008
Le Mans Classic, la Simca 8 de mon père

Voir aussi Cahier de brouillon du Mans Classic
Le plateau 1, autos ayant participé à l’épreuve des 24 heures entre 1923 et 1939 accueillait un concurrent qui attirait la sympathie générale : une Simca 8. Il fallait voir cette petite auto, à l’allure très voisine d’un Topolino semblant sortir tout droit d’un comic des années de guerre, au milieu des monstrueuses Bentley 4,5 litres. Elle aurait eu sa place dans la malle arrière des anglaises tellement elle paraissait frêle et menue.
Frêle et menue également son pilote propriétaire, Evelyne Heise, qui après quatre longues années de galères et de travail intensif avec son mari Michel et une bande de bénévoles, a réussi à transformer la citrouille en voiture de course et à convaincre un pilote de renom de mener la citrouille au Mans Classic 2008 [1].Nous nous sommes entretenus avec Evelyne samedi matin, alors que ses mécanos avaient passé une partie de la nuit à réparer une boîte de vitesse récalcitrante.
MdS : Pourquoi une Simca 8 ?
Evelyne Heise : Nous voulions faire courir une voiture française et pour des raisons de moyens financiers, plutôt une petite berline populaire. Le choix devenait restreint et nous avons pensé à une Dyna Panhard ou à une Renault 1063 puis finalement mon mari ayant eu des attaches fortes avec Simca dans les années 70, nous avons jeté notre dévolu sur la ravissante Simca 8 et nous ne regrettons rien. Et puis mon mari a une forme de dette morale envers Simca.
MdS : Il faut nous en dire plus...EH : En 1967 alors qu’il faisait un rallye en Alsace sur une 1093 il a vu tout d’un coup dans son retro un furieux en Ford Mustang qui arrivait très fort. La route était enneigée et des congères empêchaient manifestement la grosse américaine de doubler la petite française. Alors d’une manière chevaleresque il s’est volontairement écrasé dans le mur de neige pour laisser passer la Mustang. Henri Chemin, le patron de la compétition de Ford France s’en souvint l’année suivante quand il devint directeur du marketing chez Simca Chrysler France et l’engagea comme pilote d’usine sur CG. Des gestes comme celui d’Henri Chemin ne s’oublient pas et méritent d’être pris en compte lorsqu’il faut faire un choix des années plus tard.
MdS : Quelle est l’histoire de la Simca 8 au Mans ?
EH : En 1938 elle était au départ des 24 heures et a même décroché la 11e place au milieu d’autos prestigieuses. Les pilotes étaient Camerano et "Robert".
MdS : Camerano dites-vous ? Vous avez aujourd’hui un Camerano dans votre équipe d’assistance.
EH : Vous l’avez remarqué, bravo MdS. Je dois d’abord vous parler de Vittorio Camerano, pilote en 1938. Italien d’origine, il s’était associé avec Amédée Gordini pour distribuer les Fiat à Paris. Les deux compères préparèrent ensemble en 1935 un moteur Fiat de 995 cm3 monté sur un châssis de Fiat 1932 et une carrosserie en grande partie alu. Cette Camerano Speciale couru le Grand Prix de l’ACF 1932. Fin 1937 Fiat produisit un nouveau moteur 1100 qui servit de base aux préparations et fut utilisé par Gordini et Camerano dans diverses courses jusqu’en 1949. En 1938 Vittorio eut l’idée de transplanter ce moteur dans une petite berline de production, la Simca 8 qu'il inscrivit aux 24 h du Mans. Bien lui en prit puisqu’il finit 11e.
Pour répondre à votre question, le petit neveu de Vittorio, Patrice Camerano, est aujourd'hui le patron de l’affaire familiale d’usinage et de rectification de moteurs à Champigny, sous l’enseigne TOUS LES MOTEURS. Cette affaire est restée dans la même famille, c’est dans les gênes des Camerano. Il est avec nous dans cette aventure et sa présence aujourd’hui renforce la légitimité de notre inscription.
MdS : Pourquoi Le Mans ?
EH : Nous habitons et avons nos bureaux à Mulsanne sur la ligne droite des Hunaudières, mon mari et moi sommes mêlés à l’auto et au sport auto depuis de nombreuses années, je pense que cela répond à votre question. Ce projet nous a demandé beaucoup de sacrifices, je n’ai pas pris de vacances depuis quatre ans, mais aujourd’hui nous sommes récompensés. La sympathie du public pour notre auto est visible.
MdS : Quelles sont vos sensations de pilote ?
EH : Cette auto est très saine, c’est un grand plaisir de la piloter, bien sûr elle manque un peu de puissance dans la montée et la courbe Dunlop. Le dernier rapport de la boite est un peu court pour la ligne droite, mais c’est quand même un grand plaisir de la conduire sur ce circuit mythique. En particulier la nuit où la vision est fantastique, l’air est frais, le pilote et le moteur respirent bien.
MdS : Comment avez-vous financé cette opération ?
EH : Par une sorte de souscription publique. En outre le soutien moral de François Fillon et l’annonce de la participation de Jean-Pierre Jaussaud ont bien aidé. Nous sommes partis de l’idée que nous avions une citrouille et qu’à la fin cette citrouille se transformerait en Cendrillon.
MdS : Expliquez-nous la présence de Jean-Pierre Jaussaud dans votre équipe, comment l’avez-vous convaincu ?EH : Jean-Pierre est un ami de la famille depuis une trentaine d’année. Nous étions équipiers il y à quelques années, notamment en rallye cross et nos liens sont restés étroits. Nous rêvions de l’intégrer à notre équipe mais nous craignions qu’il n’accepte pas, compte tenu de la modestie de la monture que nous lui proposions.
Afin de lui présenter le projet et surtout de le convaincre de participer, nous l’avons invité à diner et dans son assiette nous avons posé un paquet cadeau dans lequel nous avions emballé une Simca 8 miniature.
Nous étions très inquiets de sa réaction et pour dire vrai nous nous attendions à un sourire indulgent parce que c’est Jean-Pierre et que c‘est son caractère, mais quand même moqueur parce que deux fois vainqueur au Mans sur des protos usine. Le suspens était lourd. A l’ouverture du paquet il y eut un moment de silence et les yeux de Jean-Pierre s’embuèrent légèrement. Il nous dit simplement mais avec émotion : Comment saviez vous que la Simca 8 était la voiture de mon père ?
Nous ne connaissions pas ce détail. Le contrat était scellé.
Jean-Paul Orjebin
Le Mans Classic . Circuit de la Sarthe . 11-13 juillet 2008
Site officiel : www.lemansclassic.com
[1] www.simca-le-mans.com
Images © Jean-Paul Orjebin
10:10 Publié dans Epreuves historiques modernes | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : simca 8, le mans classic, camerano, jean-pierre jaussaud
mardi, 08 mars 2005
La Collection Jean-Pierre Beltoise à Bonhams #04/07
Simca 8 Sport cabriolet 1951
Châssis N° 902139

Chaque matin, au tout début des années 50, une auto était garée à l’angle du café de la Paix, place de l’Opéra. Une Simca Sport cabriolet, presque pareille à la version coupé qu’Amédée Gordini engageait en course en catégorie 1100, si désirable dans sa robe signée Pinin Farina, qu’un môme, chaque matin, traversait le trottoir exprès pour s’extasier devant elle, d’autant que son intérieur découvert permettait aux petits yeux curieux de fureter dans les moindres recoins de la sellerie, du tableau de bord.
Arrivé au lycée Condorcet, le jeune Beltoise rêvait devant ses cahiers ; un jour, il en aurait une pour lui, aussi. C’était à l’époque l’un des trois rêves automobiles du gamin, avec la MG TF et la Triumph TR 2.
Il lui aura fallu patienter trente-cinq ans avant que le hasard mette une Simca 8 Sport cabriolet sur sa route. Celle-ci, il l’acheta séance tenante. On imagine son désarroi lorsque le marteau du commissaire-priseur s’abattra sur la dernière enchère pour cette auto, le 16 mai prochain.
Elle est dans son jus, d’origine, n’a jamais subi de restauration.
Estimation 10 000 – 12 000 €
Citroën BX 4TC 1985
Châssis N° XL3024
Construite sur la base de la BX cinq portes et homologuée pour la saison 1986, la BX 4TC est une voiture de course qui marque l’unique incursion de Citroën en championnat du monde des rallyes groupe B. Elle était mue par un 2.2 L turbo emprunté à la Talbot Tagora, développant 300 chevaux.Une 6e place au rallye de Suède montre qu’elle pouvait être compétitive, mais le règlement qui bannît le groupe B à la fin de l’année 1986 condamna cette machine à la casse. Cette rarissime 4TC, l’une à y avoir échappé parmi les 200 exemplaires construits, a été livrée à Beltoise par Citroën Compétition en 1985.
L’auto est quasi neuve, n’affichant que 180 km, mais son propriétaire l’a régulièrement fait tourner.
Estimation 15 000 – 20 000 €
Source : Catalogue Bonhams, Les grandes marques à Monaco, to include the Jean-Pierre Beltoise Collection. Monte Carlo, Monday 16 may 2005
Images © www.bonhams.com
20:20 Publié dans Jean-Pierre Beltoise | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : vente aux encheres, 2005, bonhams, jean-pierre beltoise, simca 8, citroen BX



