vendredi, 18 février 2005

Mario Cabral

Grande nation tournée vers la mer, le Portugal a moins donné de coureurs automobiles de niveau international qu'elle n'a fourni de navigateurs ou d'explorateurs.
medium_cabral.jpgIl faut attendre 1956 pour que le nom de Mario Araujo de Cabral apparaisse sur un programme de course, celui du Grand Prix de Léopoldville, au Congo belge. Cabral est alors âgé de 22 ans et la seule chose que nous sachions à propos de cette épreuve, ainsi que d'une obscure course GT disputée en 1957 sur le circuit madrilène de Casa de Campo, est qu'il les enleva.

Nous renvoyons nos lecteurs à la biographie de Nicha - comme le surnomment ses compatriotes - qu'a publiée le journaliste portugais Adelino Dinis [1] et qui lève les zones d'ombre au sein desquelles nous avons été contraints de naviguer pour ramener quelques éléments biographiques.

Mario est un bon coureur semi-professionnel qui s'engage au Grand Prix du Portugal à Monsanto en 1959 au volant d'une Cooper Maserati T51 de l'écurie Centro Sud, équipe à laquelle il restera fidèle durant la majeure partie de sa carrière. Il ne se débrouille pas si mal aux essais, qualifié devant Graham Hill et Innes Ireland, et termine à une honorable dixième place mais se fait remarquer en expédiant au décor le futur champion du monde Jack Brabham qui s'apprêtait à lui prendre un tour et dont la Cooper est détruite en tapant un poteau télégraphique.

Il remet ça en 1960, alignant la même auto au GP du Portugal disputé cette année à Oporto, où il n'aurait dû son engagement, d'après certaines sources anglo-saxonnes, que grâce à sa nationalité. Cabral qualifie la vieillissante Cooper Maserati au fond de la grille mais réalise une bonne course devant Von Trips, Ireland et Gendebien avant qu'une panne de boîte l'arrête alors qu'il pouvait viser la sixième place.
Nicha est également pilote de Grand Tourisme et Sport-prototypes, aussi le retrouvons-nous en novembre de la même année au Grand Prix de Guanabara à Rio de Janeiro, qu'il gagne au volant d'une Maserati 300 S de Centro Sud.

Il marche très bien à Pau en 1961, lors d'une course de F1 hors-championnat enlevée par Clark et où il se classe quatrième derrière Bonnier et son co-équipier Bandini. Suspectant du louche dans ce bon résultat, des journalistes anglais soupçonnent la Centro Sud d'avoir gonflé les moteurs de leurs vieilles Cooper ; sans doute pensent-ils que l'écart de deux tours que Clark a mis à Bandini est insuffisant...

Mario part en 1962 accomplir son service militaire en Angola comme parachutiste, et profitant de la tenue d'une course de Grand Tourisme, trouve le moyen de dégotter une Jaguar et de la classer cinquième.

Centro Sud lui confie à son retour en 1963 une Cooper Maserati T53 ; il est dixième au GP de la Solitude. Son patron semble content et le gratifie d'une nouvelle Cooper Climax T60 au Grand Prix d'Allemagne, mais tous les efforts de l'écurie portant sur le leader Lorenzo Bandini, le pauvre Cabral est contraint de se débrouiller seul ; qualifié en fin de grille, il casse sa boîte de vitesses à mi-course.

Si Enna lui réussit mieux, où il classe sa T60 septième au GP de la Méditerranée, hors-championnat, une mésaventure l'attend trois semaines plus tard au Grand Prix d'Italie qu'il ne peut courir alors qu'il s'y est pourtant qualifié. Le grain de sable est le pilote italien Giancarlo Baghetti, non qualifié sur son ATS et à qui les organisateurs vont donner un coup de pouce en « persuadant » les coureurs placés devant lui de déclarer forfait. À l'issue d'un épisode digne d'un mauvais film comme on en tournait sur la course automobile dans les années cinquante, Raby, Settember, Beaufort et notre Mario Cabral sont donc priés de rentrer à la maison, à grands renforts de tapes amicales dans le dos et de liasses de lires dans les poches !

Mais le hasard cligne de l'oeil à Nicha et lui offre sa revanche au GP d'Italie 1964, où il est amené à conduire la voiture responsable de son éviction de Monza l'année passée, l'ATS de Baghetti. Celle-ci a été si profondément transformée par deux personnages, Vic Derrington, un équipementier britannique et un ancien mécanicien de Stirling Moss, Alf Francis, qu'elle perd son appellation originelle et est engagée sous le nom de Derrington-Francis ATS. L'auto n'est pas plus rapide pour autant, qualifiée juste devant l'antique BRM de Maurice Trintignant, et que des ennuis d'injection stoppent après 25 tours alors que son pilote en décousait en fin de peloton avec Peter Revson et « Petoulet ». La carrière de Nicha en F1 s'arrête là.

On le voit ensuite en F2 et en Sport/GT jusqu'à ce qu'un grave accident en F2 survenu en 1965 à Rouen n'interrompe ses activités pendant trois ans. Il pilote ensuite entre 1968 et 1975 des voitures de sport, les Porsche 917 de David Piper notamment pour qui il est second en 1971 à Vila Real tandis que sa dernière apparition notable en monoplace est une huitième place à Estoril F2 en 1973.


Mário Veloso de Araújo Cabral
Portugal
Né à Cedofeita le 15 janvier 1934


Fiche technique : http://www.silhouet.com/motorsport/drivers/cabral.html


[1]
DINIS (Adelino).Nicha : Mário de Araújo Cabral. Ed. Edipromo, Lisbonne, 2001, 260 p.