jeudi, 23 décembre 2004

Rob Walker

Après John Cooper, disparu le 24 décembre 2000, et Ken Tyrrell qui décrocha le 25 août 2001, Rob Walker, le dernier des géants anglais, vient de remiser le 29 avril 2002 son couvre-chef – en l’occurrence une casquette de tweed qui ne le quittait pas.medium_picture_3.jpg

84 ans plus tôt, naissait le 14 août 1917 dans une grande demeure de Rickmansworth, au Nord-Ouest de Londres, un gamin au nom plus long que lui, Robert Ramsay Campbell Walker, que l’histoire contractera en Rob Walker. La mort du père – héritier des distilleries du même nom - quand Robert a trois ans laisse un vide qu’aide à combler la rente annuelle de 50 000 £ que touche sa mère à la condition qu’elle ne se remarie pas ; testament qu’elle s’emploiera à respecter.

L’attrait de Rob envers le sport automobile naît un jour d’août 1924 du côté de Boulogne où la famille est en villégiature. La Coupe Georges Boillot croise leur chemin et le gamin est envoûté par l’odeur de l’huile de ricin, la vitesse atteinte par les drôles de machine, et le bruit aussi : il veut être coureur. Ce que madame Walker prit d’abord pour une lubie s’avère au fil des années une passion profonde, aussi achète-t-elle en 1930 pour avoir la paix une placide Morris Cowley destinée, croit-elle, à faire le tour de la propriété mais que les garnements Walker (Rob a un frère aîné) transforment en dragster. Après une Austin Seven fracassée contre une barrière de la propriété puis l’explosion du moteur de la Lea-Francis acquise pour courir en côte, madame Walker explose à son tour et décide d’autorité du seul parc automobile admissible dans la famille : la maison Rolls-Royce. C’est au volant d’un de ces véhicules que pénètre dans la cour de l’université de Cambridge, en 1936, un Rob Walker mort d’ennui.

Quand en 1939 il tombe en arrêt devant une superbe Delahaye 35 vendue 400 £ par un marchand d’occasion de Cambridge, Rob n’hésite pas, d’autant que le garagiste prétend que la voiture a appartenu au Prince Bira, le coureur siamois, et qu’il lui fait crédit. On retrouve Walker aux 24 h du Mans en 1939, en compagnie de Ian Connell, un coureur à qui il avait prêté la Delahaye lors d’épreuves précédentes. Courir certes, mais pas n’importe comment, est la devise du jeune homme qui n’oublie pas la lignée dont il descend ; John Steed, de Chapeau melon et bottes de cuir , n’eut pas agit autrement que Rob Walker au Mans, lequel stoppait peu avant la 22e heure pour boire une coupe de champagne sur le capot fumant de la Delahaye, impeccable dans son blazer bleu nuit à rayures, sa coupe de cheveux à peine dérangée par deux tours d’horloge à 200 à l’heure, et chaussé de sandales de cordes mouillées d’eau pour éviter les brûlures causées par un tuyau d’échappement percé… Tel était Rob Walker qui se classa huitième.

La guerre le range un moment des voitures. Il sert dans la Royal Navy, épouse Elizabeth Duncan en 1940 qui lui donnera un garçon et une fille, puis abandonne le volant sur la pression de sa femme au moment où les activités reprennent, en 1945.

La seconde carrière de Rob Walker débute lorsqu’il fonde en 1948 son écurie, le R.R.C. Walker Racing Team, qui engage des Aston Martin DB2 dans des épreuves britanniques pour Tony Rolt, George Abecassis ou Roy Salvadori. Il achète sur les conseils de Rolt une Delage 15S8 que celui-ci pilote entre 1950 et 1952 jusqu’à ce qu’une Connaught A la remplace en 1953, confiée à Tony Rolt et à Stirling Moss. Une amitié allait naître entre Rob et Stirling, qui devait aboutir en une association victorieuse en 1958 quand Stirling remporte le GP d’Argentine sur une des petites Cooper T51 de Rob Walker dont c’est la première victoire en Championnat du monde, et aussi la première victoire d’une voiture à moteur arrière.

Moss triomphera à sept reprises pour Rob Walker, sur Cooper et Lotus. Maurice Trintignant, en gagnant à Monaco en 1958 et Jo Siffert en faisant de même dix ans après à Brands Hatch, complètent les succès du Rob Walker Racing Team en Grand Prix.

Le grave accident subi par Moss à Goodwood en 1962, qui marque la fin de sa carrière, met un terme à l’association Moss-Walker qui fut bien près de remporter le Championnat du monde 1959. D’autres drames vont frapper cette équipe ; Ricardo Rodriguez se tue au volant d’une de ses autos en 1962 à Mexico, puis c’est au tour du Rhodésien Gary Hocking de trouver la mort sur une Lotus aux essais du GP d’Afrique du Sud. Walker envisagera d’arrêter, puis la passion reprenant ses droits, il engage Jo Bonnier en 1963 sur une Cooper T60 suivie d’une T66.

En 1964 Bonnier est épaulé par Jo Siffert, en qui Rob Walker trouve un autre Stirling Moss, un garçon qu’il apprécie tout particulièrement et qu’il gardera sous contrat jusqu’en fin 1969. Seppi lui offrira en retour son dernier succès en Grand Prix, à Brands Hatch en 1968, qui est aussi l’ultime victoire d’une formation privée en Championnat du monde.

Le temps qui se profile est alors celui du déclin. Graham Hill est une ombre lorsqu’il signe avec Walker en 1970 et à qui il ne livre qu’une quatrième place. Soutenu par le consortium Brooke Bond Oxo, un industriel du thé, l’Anglais s’implique dans l’écurie de John Surtees pour les trois ans à venir, puis s’occupe de la carrière de Mike Hailwood jusqu'à l’accident du grand Mike au Ring en 1974 qui stoppe leurs deux carrières.

Agé de 57 ans, Rob Walker met un terme à son activité de team manager et offre ses services au magazine Road & Track où font merveille, et suscitent bien des vocations, sa plume caustique trempée d’un humour so british.

Toujours très élégant, en cravate et blazer, Rob continuera de hanter les paddocks, flanqué de sa fidèle Betty dont les homemade brownies étaient appréciés dans les salles de presse. Les anecdotes walkeriennes sont légions ; il y a les fausses que sa légende créait, et les authentiques comme celle du Bruegel exposé dans le living-room et devant lequel se pâmaient des invités. Oh nous en avons deux, de répliquer négligemment le maître de céans, l’autre est dans la bibliothèque.
Sur son passeport était inscrit "gentleman".

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Robert Ramsay Campbell Walker, gentleman and racing team owner, 14 août 1917 – 29 avril 2002

Chronologie

Pilotes engagés :

1972: Schenken, Hailwood
1971: Surtees
1970: G Hill (Redman)
1969: Siffert
1968: Siffert
1967: Siffert
1966: Siffert
1965: Bonnier, Siffert
1964: Bonnier, Barth, Rindt, Siffert, Sharp ('Geki')
1963: Bonnier
1962: Trintignant
1961: S Moss, Fairman
1960: S Moss, Trintignant
1959: S Moss, Trintignant
1958: S Moss, Trintignant, Seidel, Picard (Flockhart)
1957: J Brabham
1955: Rolt, P Walker
1954: Riseley-Pritchard
1953: Rolt 1972: Surtees-Ford TS9B

Voitures engagées :

1971: Surtees-Ford TS9
1970: Lotus-Ford 49C, 72C
1969: Lotus-Ford 49B
1968: Cooper-Maserati T81, Lotus-Ford 49, 49B1967: Cooper-Maserati T81
1966: Brabham-BRM BT11, Cooper-Maserati T81
1965: Brabham-Climax BT7, Brabham-BRM BT11
1964: Cooper-Climax T66, Brabham-BRM BT11, Brabham-Climax BT7
1963: Cooper-Climax T60, T66
1962: Lotus-Climax 24
1961: Lotus-Climax 18, 18/21, 21, Cooper-Climax T53, Ferguson-Climax P99
1960: Cooper-Climax T51, Lotus-Climax 18
1959: Cooper-Climax T51
1958: Cooper-Climax T43, T45
1957: Cooper-Climax T43
1955: Connaught-Alta B
1954: Connaught-Lea Francis A
1953: Connaught-Lea Francis A