mercredi, 03 octobre 2007
Michel Vaillant revu par Gianpaolo #01/13
La visite du garage Alpine de la rue Forest, lors des funérailles de Jean Rédélé, m’a donné envie de revoir les 13 épisodes du feuilleton télévisé des années 60 : Les Aventures de Michel Vaillant. Pour l’information des plus jeunes d’entre nous, il s’agit d’une suite de petits films de 30mn autour du pilote Alpine Henri Grandsire, tournés au cours des saisons 65 et 66.
D’épisode en épisode, nous passons allègrement du rallye des Routes du Nord à une course de F3 à Reims ou à Rouen, d’essais de protos sur un aérodrome à la Targa Florio, à Monaco et même à Sebring. Les images de course et de son environnement mais aussi des pilotes de l’époque sont nombreuses, parfois cocasses, elles revêtent aujourd’hui un intérêt historique qui donne aujourd'hui un intérêt certain à ce feuilleton qui sans cela serait bien décevant.
Cette série fut réalisée par Charles Bretoneiche et Nicole Riche. Le premier nommé a essentiellement fait une carrière dans le cinéma assis derrière une table de montage. Il travaillera sur des séries B mais aussi des Tati, notamment Les Vacances de Monsieur Hulot et pour cela il lui sera beaucoup pardonné.
Nicole Riche est plus connue pour ses doublages audio, elle était la voix française de Shirley Mac Laine. A noter derrière la caméra la présence de Patrice Pouget qui en 1966 sera dans l’équipe de Lelouch sur Un homme et une femme ; il disparaîtra en Argentine durant le tournage d’un documentaire sur Fangio, Une vie à 300 à l’heure.
Il est nécessaire de se sortir les yeux de la tête pour chercher dans les arrière-plans ce qu’il peut y avoir de détails qu’aujourd’hui nous pouvons considérer comme pièces historiques. Toutefois pour mériter d’apercevoir Bandini, Hulme, Jaussaud, Pesca, Weber, il faut enfiler les séquences cul-cul à la pelle. Mais voir un briefing de Toto Roche à Rouen traduit en anglais par Gerard Crombac, Rodriguez gagner à Reims, ou Jo Schlesser baragouiner en anglais à Sebring, etc, mérite de faire cet écart au bon goût.

Premier épisode : Flash back.
Dans les premières images nous sommes dans l’Alpine A 110 de service de Michel Vaillant au moment où, victime de la promiscuité et des attouchements qu’une jeune femme lui prodigue alors qu’il conduit son auto d’une manière sportive et virile, un accident survient.
Sur son lit d’hôpital, il fait un flash back de son début de carrière. Son père que nous voyons dans les bureaux de Jean Rédélé au 6e du garage de la rue Forest lui refuse une auto d’usine pour courir et lui ordonne de poursuivre ses études tout en lui permettant de travailler au service course de son écurie comme assistant.


Ceci nous permet de suivre les Alpine aux Essarts et de traîner dans le fameux paddock normand, d’avoir une vue plongeante dans les stands et d’une manière furtive d’apercevoir, superbe et impérial, Amédée Gordini, les bras croisés, attentif au bruit de ses moteurs. A droite un juvénile Bernard Boyer. Apres les essais du samedi, Grandsire ira tout en glissade roder les plaquettes de la monoplace de Mauro Bianchi sur la place du Vieux-Marché de Rouen, de nuit et sous la pluie. On se demande si cette scène est réelle ou fabriquée pour les besoins du film.
La course suivante a lieu à Reims et la mission que se donne Michel (Grandsire) qui, rappelons-le n’a pas le droit de piloter en course, sera de faire l’aller et retour Reims Paris en moins de trois heures pour récupérer une pompe à eau au garage de la place Clichy. Cela nous vaut une belle montée jusqu’au 6e étage de la rampe du garage Escoffier et cela rappellera des souvenirs à ceux qui l’ont empruntée pour faire réviser leur berlinette ou…leur R16. Cette course de Reims commentée par Tommy Franklin est sans grand intérêt si ce n’est une jolie sortie de piste de Johnny Servoz-Gavin sur Matra.

Le meilleur qu’offre cet épisode est un Pierre Dupasquier en tout jeune ingénieur Michelin lors d’essais du proto A210 sur un aérodrome. Autre réjouissance, une scène tournée dans les bureaux de Sport Auto où l’on voit, pipe au bec, Gérard Crombac lisant comme il se doit une revue de sport automobile anglaise.
A suivre
Signé Jean-Paul Orjebin
Les Aventures de Michel Vaillant. 1967 (sortie DVD 2003), réal. Charles Bretoneiche, Nicole Riche ; avec Henri Grandsire, Claudine Coster, Yves Brainville, Alain Leguellec, Bernard Dhéran, Mony Dalmès, etc.
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10:10 Publié dans Cinéma/télévision | Lien permanent | Commentaires (155) | Envoyer cette note | Tags : les aventures de michel vaillant, michel vaillant, henri grandsire, amedee gordini, bernard boyer, pierre dupasquier, alpine
vendredi, 23 mars 2007
Pierre Dupasquier, 40 ans de passion en sports mécaniques

Quand le bougnat de Clermont-Ferrand raconte 40 ans de sport auto...
Figure emblématique du sport automobile depuis les années 60, Pierre Dupasquier est demeuré fidèle à Michelin sa vie entière. Il a décidé de céder sa place chez Bibendum à la fin de la saison 2005, à l’âge de 68 ans. Il a démarré sa retraite par un livre de souvenirs, 40 ans de passion en sports mécaniques, sorti le 15 mars.
Nous l’avons évidemment lu car cet ouvrage, ne serait-ce qu'en raison de la personnalité de son auteur, est à sa place sur MdS.
La préface, bien que convenue, de Sir Frank Williams, pare l’ouvrage d’une certaine noblesse, c’est une mise en grille traditionnelle, efficace, mais sans événements particuliers. Le bouquin comporte deux parties, que je qualifierais d’inégales, comme si au pit stop, Dupasquier nous montait des pneus différents des précédents. Dans la première période qui couvre les années 1964-1984, on assiste à un très joli départ de Dupasquier dont on sent la passion alors que jeune ingénieur, il tente de remuer la léthargie clermontoise. L’apprentissage se fait de rencontre en rencontre et dès les premiers tours, pardon dès les premières années, l’esprit Michelin est révélé et intégré, en l’occurrence, comprendre pour mieux progresser et avoir confiance en la curiosité de ses ingénieurs.Cette partie est très intéressante car bourrée d’anecdotes, de moments partagés avec des grands de l’auto, comme ses rencontres avec Jean Rédelé mais bien sûr et surtout avec Enzo Ferrari ; la virée sur la route d’Abetone à côté de Mike Parkes (son touché de volant…) est un moment d’anthologie surtout quand on réalise que ce sont les premiers tours de roues d’une Ferrari en pneus Michelin, on est en 65 et c’était une 275GTB.
Le retour à l’usine leur vaudra la question du Drake : E alora, ingeniere come vano le gome francese ? Une seule anecdote de ce type justifierait l’acquisition de ce livre qui en est plein et je préfère vous les laisser découvrir, il ne faut pas gâcher le plaisir.
Je pourrais dévoiler la qualité de l’humour de Jody Schekter ; les colères de Tomaini et de Forghieri ; raconter le trajet du circuit de Barcelone à l’aéroport dans une R5 de loc avec un Gilles Villeneuve un peu pressé au volant ; je pourrais également vider devant vous l’attaché-case de Gordon Murray ; je pourrais dire tout ça mais je n’en ferai rien car se serait raconter la fin du film.
Parfois très technique, notamment sur les détails de l’élaboration du pneu radial et de son adaptation au sport auto, l’ingénieur Dupasquier aurait peut-être pu ajouter quelques schémas explicatifs de la technique du pneu X et des contraintes que les flancs subissent lorsque les gommes sont à la limite en course ou en essais, ce qui aurait sans doute aidé le lecteur dans son approche des difficultés que les hommes de Michelin ont eu à surmonter pour élaborer cette technique pneumatique. Il est évident que sa grande première mission aura été d’expérimenter la fameuse technique radiale en l’adaptant aux pneus de course et en la faisant progresser, ce sera l’œuvre de sa vie ainsi que la volonté de la firme d’imposer ce concept industriel révolutionnaire. Mais, là encore, davantage de vulgarisation aurait aidé le lecteur moyen.
Goupillée en forme de petites chroniques, la deuxième partie du livre, les années 1990–2005, est intéressante mais moins palpitante que la première partie car dénuée de sa structure chronologique. L’épisode d’Indianapolis 2005 est bien sûr relaté, il permet d’approcher d’une manière intime mais avec pudeur le drame personnel que cet homme parfaitement intègre a dû vivre ce jour-là.
On adressera deux reproches à l’éditeur. Le premier tient à l’iconographie, bâclée en un cahier central de 32 pages qui globalement n’apporte rien. Sur une quarantaine de photos, seules deux ou trois attirent l’attention, les autres n’ont aucun intérêt. On se prend à rêver aux images d’un Cahier, Zurini ou Asset, on aurait apprécié quelques docs inédits…
Regrettons enfin l’abondance des fautes sur les noms propres, ainsi trouve-t-on des Sterling Moss, Michel Leclerc, Silvain Floira, Peter Schetti, Alboretto et j’en passe. Un éditeur spécialisé comme ETAI ou le Palmier n’aurait pas laissé passer ces fautes.
En résumé, le livre de Pierre Dupasquier rend compte du parcours d’un honnête homme dans un monde qui s’est transformé sous ses yeux en passant d’un sport de gentlemen à un sport business. Il le fait avec toute l’intégrité et la dignité qui caractérise l’ingénieur à l’éducation stricte qui a crû et s’est épanoui dans une firme qui prône la discrétion, le travail et le sérieux comme valeurs de base.
Signé Jean-Paul Orjebin
DUPASQUIER (Pierre). - 40 ans de passion en sports mécaniques. Pref. Sir Frank Williams. Ed. Textuel, Paris, 2007, 320 p., 21 €
Pierre Dupasquier en Grand Prix © Jean-Paul Orjebin
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