vendredi, 20 mai 2005
Grand Prix de Pau historique 2005, le toucher #04/05

Vendredi 13 mai, vers 15 h, un quidam s’est arrêté place Royale, face à la mairie. Un autre l’a rejoint, le pied sur une bite de stationnement, pour se donner une contenance. Bientôt une petite troupe paloise a grossi l’endroit que des flics n’ont pas tardé à investir.
C’est que la presse locale avait annoncé l’événement en ces termes : « Des F1 dans la ville ». Ce qui apparaissait comme une lapalissade s’agissant d’un circuit dans la ville le fut moins car, sur une idée de Rayon d’Action, des F1 se sont répandues dans le haut de la cité, au milieu des gens, pour mieux les toucher, à tout le moins ceux qui ne descendent jamais où ça tourne.
Quittant le parc Tissié, deux monoplaces, une Wolf WR1 et une Surtees TS19, ont, sous la conduite d’un motard de la gendarmerie, fait un tour de ville au ralenti, le Cosworth maintenu à la limite du calage car le convoi était d’une lenteur inadmissible au regard de sa composition.
Le personnel de la mairie, sans doute gratifié d’une autorisation de sortie, a commencé de s’attrouper sur la place : petites secrétaires au nombril à l’air ; gars des services techniques en fluo, le bide avantageux ; également quelques costards-cravates, malgré la chaleur lourde qui tombait cet après-midi. En fond sonore, on suivait la progression en ville des deux V8 sans les apercevoir. Les Palois savaient les situer, nous savions ce qui leur arriverait immanquablement s’ils tardaient à apparaître : de la casse.
Un homme en noir, pochette rose à la boutonnière, est sorti de la mairie et s’est mêlé au groupe des costards-cravates, l’air à l’aise et important ; sans doute leur chef. Nous avons reconnu André Labarrère, le maire de Pau, sénateur, ancien ministre. Subitement le pince-fesses improvisé s’est haussé du col, rectifiant qui un pli de robe, qui une mèche non laquée.Un mouvement de foule devant l’office du tourisme qui jouxte la mairie : les voitures de course arrivent !
A grands coups d’accélérateur, au point d’ébullition, la Wolf et la Surtees fendent la foule, précédées d’un des cinq Eric Hélaine que nous vîmes au cours du week-end, au bord de l’apoplexie (l’organisateur avait été cloné pour assurer sa tâche aux cinq coins du circuit), mais qui prend soin de saluer André Labarrère avant de gicler vers la Surtees qui n’a rien trouvé de mieux que de crever son radiateur au pied du maire, la malpolie.
Emoi, bazar, improvisation. Du coup le cortège stoppe. Les pilotes s’extraient des baquets. Ils sont empruntés. La situation est inhabituelle pour ces types, David Coplowe et Peter Wuensch, qui ne sont pas des vedettes et n’ont pas normalement à gérer des mouvements de foule dont ils sont l’épicentre. Le public cerne les autos, tâte les boudins décomposés par la chaleur, se risque à glisser une main au-dessus des Cosworth ébouillantés, histoire de se faire peur.
Labarrère prend les choses en main, et les pilotes par le cou, posant pour les quelques badauds qui, eux, n’avaient pas oublié leur appareil-photo à l’hôtel.
Un bus de la STAP se pointe, rempli d’usagers sortant du boulot et dont les mines renfrognées par l’embouteillage s’allument lorsqu’ils apprennent de Labarrère lui-même, penché à la fenêtre du conducteur, que des F1 sont en panne sur la voie publique. Tonnerre d’applaudissements dans le bus. Un coup de pub pour le meeting du week-end. Avec son look à la Georges C. Scott, et son chapeau à larges bords, Labarrère est un sacré communicateur. Nous avons appris là comment un événement raté pour les uns pouvait en servir d’autres.
A Pau, défense de toucher, sinon c’est la claque. Ce qui est vrai ci-contre l’est beaucoup plus le long des 2, 760 km bordés de rails d’un circuit qui n’offre aucun dégagement à part celui de la gare, d’autant que la vitesse peut y être élevée (record de la piste en 144, 839 km/h de moyenne pour Montermini en 1992 en F3000).
On évitera de sous-virer sur le mouillé au virage de la gare, ce qui envoya toucher les bordures une ou deux Ferrari 250 GT du Shell Historic Challenge ; on abordera avec circonspection et de bons freins le gauche du pont Oscar que quatre GT ont embrassé assez violemment le dimanche, laissant sur le tarmac plusieurs millions d’euros ; on fera gaffe de ne pas flirter avec le rail extérieur bordant les terribles courbes du parc Beaumont ; on veillera à ne pas se manger le maréchal Foch en passant à ses pieds et enfin on visera correctement les points de corde commandant la descente Poeymirau pour ne pas s’y racler les épaules.La bise au vainqueur est à ce prix.

Grand Prix de Pau historique . Circuit de Pau . 13 mai 2005
Web : http://www.grandprixhistorique.com/
André Labarrère © http://www.senat.fr
Image du circuit (bas) © Barry Boor
20:35 Publié dans Grand Prix de Pau historique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : grand prix de pau historique, 2005, circuit de pau, andre labarrere, eric helaine, david coplowe, peter wuensch



