jeudi, 26 juillet 2007

Niki Lauda sur le quai du RER, hier soir !

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Cette casquette rouge, cette mine de papier mâché, pour une fois au sens propre car dessinée sur une affiche, mais oui, c'est  Niki Lauda qui se matérialise à travers les vitres sales du RER qui stoppe en ferraillant à Palaiseau-Villebon où chaque soir descend un teneur de blog. Alors ce soir Niki Lauda contrôle les tickets ?! Après examen il s'avèrera qu'il vend les siens.

Intrigué par ce curieux télescopage entre notre quotidien le plus sordide et ce qui nous allume à l'intérieur, nous nous attardons sur le quai, ratant par la même occasion la navette qui nous ramène à la maison, soyons fou.
En vrac, des souvenirs liés à "L'Ordinateur" montent à  la surface, que nous ne refoulons pas. Et d'abord ce fameux retour du Ring en 76, alors que la radio à bord de la Chrysler de l'Abominable Christian le donnait pour mort. Un prêtre lui avait administré l'extrême-onction. Même Sacaze la bouclait.
Le même Lauda descendant en trombe d'une Alfa de tourisme, devant l'aéroport de Madrid juste derrière la même Chrysler du même Abominable qui avait mis tant d'énergie à ne pas rater l'avion qu'il avait empêché l'homme au masque brûlé de le doubler... Un grand fait d'armes, assurément (authentique). Comment ne pas oublier le surhomme tordu de douleur se glissant dans le baquet de sa 312 T2 à Monza, six semaines après cet accident dantesque qui signa la mort du Nurburgring. Nous étions dans les stands, Guy Royer a les images.

Ce bon vieux Lauda veut maintenant nous fourguer des billets pour Vienne ou Moscou, il n'est pas dit qu'on le suive sur cette nouvelle compagnie low cost, Niki [1], créée en 2003 pour se refaire de la mésaventure de Lauda Air dont il fut viré, lui le fondateur (!), après qu'il fut accusé de despotisme et surtout après que 223 de ses passagers durent à un des réacteurs de leur Boeing 767 dont la reverse s'était déployée sans prévenir, d'exploser en vol, en 1991. Un dernier mot en forme d'interrogation : qui parmi les passagers du RER aura reconnu le triple champion du monde, auteur de 25 victoires en GP ? N'est-il pas hasardeux de cibler cette campagne de pub sur un visage qui ne parlera pas à 95% du public ?

Quand même, Niki Lauda dans le RER, ça vaut Etienne Raynaud à Cosne...



[1] www.flyniki.com



Niki Lauda dans le RER
© MdS

mercredi, 26 juillet 2006

Et pourtant tout avait bien commencé

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Un silence de mort étreint l’auto, troublé seulement par le Wish you were here interprété en sourdine par Roger Waters, seul artiste accrédité par Christian, le pilote de la Chrysler 180 qui nous ramène du Ring. Il est une heure du matin.
Les lumières au sodium des autobahns désignent quatre cadavres dans cette machine.

L’un au volant serre les dents en mettant au fond la petite pédale, clignotants en permanence et dissuasion lumineuse enclenchée. Ca va lui faire drôle à Christian de parler de Lauda au passé.

Martine est à ses cotés, livide, muette. Encore un de parti, ou presque. Au bulletin de minuit, chopé juste avant la frontière luxembourgeoise, France Inter a annoncé qu’un prêtre avait été mandé au chevet de Niki Lauda pour lui administrer l’extrême onction. Martine s’imagine parlant de Lauda au passé. Ça fait mal.

Recroquevillé à l’arrière gauche, Guy est retourné à l’intérieur de lui-même. Il l’est en temps ordinaire mais dans les cas graves, il adopte l’attitude du bernard-l’ermite confronté à une explosion atomique. Lui qui a tourné au Ring en un bon quart d’heure au volant de sa 504, il sait ce que signifie le 7’07"4 signé par Lauda aux essais. Mais voilà, il l’a payé de sa vie, ou quasiment. Guy s’exerce à conjuguer Lauda à l’imparfait.

Pour Patrice, tout avait pourtant bien commencé. Ilher, le pote à Braillon, l’avait fait rigoler samedi matin quand il l’avait retrouvé au bureau de presse, retirant son laissez-passer. "Je me demande comment on peut penser en allemand" lui avait-il sorti alors qu'ils étaient piétinés par des dizaines de locaux se battant pour arracher leurs brassards. Un qui pensera plus en allemand, ni dans toute autre langue, c’est Lauda.

Cet été de canicule, qui avait accordé au Ring le répit de la pluie, était chaud aussi sur la piste. Il y a quinze jours à Brands Hatch, Patrice avait failli prendre sur la gueule un bon tiers de la grille de départ, suite au carambolage initial entre Lauda (déjà) et Rega. Quelle idée aussi de s’accroupir "à l’abri" de la méchante barrière en bois qui séparait les photographes accrédités de la piste, à l’extérieur du freinage de Paddock Bend ! Patrice sait qu’à moins d’un miracle, il barrera d’un trait le nom de Lauda sur les carnets qu’il tient.

Et pourtant tout avait bien commencé. Martine avait pu échanger quelques mots avec Jochen Mass – en allemand s’il vous plaît – à défaut de l’apercevoir torse nu au détour d’un motor home (son fantasme secret, que nul n'ignorait). Le pote qu’avait Christian chez Ligier, vous savez ce petit gros qui s’occupait des pneus, Michel Claiton, ou quelque chose comme ça, l’avait fait passer dans le stand en douce, d’où il avait vu le Grand Prix.
Guy avait shooté quelques bobines dans les flaques accumulées dans la cour carrée du Ring – le paddock. Ça suffisait à son bonheur. Guy était le Jean-Loup Sieff de la bande, à ce détail près que ses modèles étaient des autos reflétées dans des flaques. Le résultat est meilleur, bien meilleur que la tournure de cette phrase. Vous en aurez une idée, chers lecteurs, le jour où il daignera faire le ménage dans ses boîtes de diapos.

Et pourtant, tout avait bien commencé. Mais voilà, il faudrait un miracle pour que ça continue.


Grand Prix d'Allemagne . Circuit du Nürburgring . 1er août 1976
Fiche technique : www.grandprix.com/gpe/rr274.html