lundi, 16 juin 2008
Ses 24 heures 72
- Dis p’pa tu m’emmènes au Mans cette année ? Avec la réglementation 3 litres, Matra a de grandes chances de l’emporter. Ils ont bien préparé leur coup en s’entraînant uniquement pour cette épreuve. En plus Ferrari a jeté l’éponge !
- Mais dis-donc le lundi qui suit, tu passes ton bac de français à l’oral. Tu dois revoir les textes que tu présentes, cette note est importante.
Argument implacable. Cela s’appelait faire la lippe ! Il ne restait plus que la télé diffusant à dose infinitésimale et les ondes d’Europe 1 avec le flash heure par heure… Il passa le week-end dans la "librairie de Montaigne" [1] à Maison-Blanche, en compagnie du Montesquieu de L’Esclavage des nègres côte-à-côte avec Beltoise et la casse d’un V 12. Arrias de La Bruyère ne put rivaliser avec le flamboyant Cevert de l’équipe Matra. La Leçon de nature de Diderot parût bien pâlotte face à la leçon de pilotage de Hill sous la pluie. Une nuit dans le désert du Nouveau Monde de Chateaubriand ne valut pas une nuit sur le circuit de la Sarthe ! Mérimée proposa La Vision de Don Juan ; plus prospère, le speaker des points horaires à la radio celle de la Matra 670 montant ses régimes dans la ligne droite des stands !
Entre le silence méditatif de la librairie de Montaigne et les passages rythmés des voitures nettement audibles derrière la voix du journaliste, le contraste était saisissant. Philosophe Jekyll, le récit du sage ; pilote Hyde, le vacarme diabolique dans la courbe des Hunaudières…
Matra n’aura pas la vie si facile. Après la douche froide Beltoise, l’abandon de Jabouille-Hobbs (boîte) ; sur fond de drame Bonnier, Ganley s’accroche avec M.-C. Beaumont précipitant l’issue de la course… A l’approche de la chicane Ford, c’est le soulagement pour Pescarolo-Hill, le premier nommé passant imperturbable le drapeau à damier flanqué d’un Cevert hilare, gesticulant… Ils avaient gagné !
La librairie de Montaigne vibrait, résonnait du tumulte de la foule en liesse. Rageant de n’avoir vu cela qu’à travers le petit écran, il décida quelque temps plus tard de matérialiser cette victoire sur un morceau de bois évoquant la piste, posant les deux miniatures que Solido avait mis en vente quelques mois après.
Ses 24 heures du Mans 72… Grand enfant !
François Coeuret
[1] Expression désignant à la fois l'ensemble des livres détenus par Montaigne et la tour de son chateau où il se retirait pour écrire
24 H du Mans 1972, doublé Matra 670, n° 15 et n°14 © François Coeuret
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mercredi, 13 février 2008
Rétromobile 2008, Monsieur Spitzweg s'est encore échappé

Misérable employé des Postes réduit par son géniteur Philippe Delerm (La première gorgée de bière) à l'état de personnage de fiction, Monsieur Spitzweg s'envole de temps à autre des pages blanches où d'habitude il croupit. Dans Monsieur Spitzweg s'échappe, il court le marathon de Paris. Plus sage, il a été aperçu dimanche dernier dans la queue des prétendants au ticket d'entrée de 12,50 € à ce Rétromobile dont les gazettes spécialisées étaient pleines cette semaine.
À ce prix-là il est certain que Monsieur Spitzweg n'ira pas tous les jours porte de Versailles. Mais enfin il parait qu'il y aura des petites femmes... C'était le thème de cette édition 2008.Du coup, guignant quelque chair fraîche comme celle que le Racing Car Show de Londres montrait jadis pour de vrai, Monsieur Spitzweg a fait l'impasse sur le numéro de Penthouse de février. Mais une fois entré dans le hall 4, il déchanta vite ; rien que des hommes à perte de vue, des vieux. Des vieux à cheveux blancs, d'autres vieux bien fringués, d'autres encore dans le genre mécano, d'autres enfin dans le genre collectionneur, fleur à la boutonnière.
En guise de p'tites femmes de Paris, il n'y avait guère que celle que Carol Quiniou a dessinée pour l'affiche du prochain Grand Prix de l'Age d'Or. Un poil trop sage la dame, ses jambes croisées sur le capot d'une Mustang.
Monsieur Spitzweg avait préféré l'affiche de l'an dernier, ainsi qu'il en avait fait la remarque sur un blog :" On y voit une jeune femme prise en sandwich entre deux Cobra et la dessinatrice a poussé le réalisme jusqu'à creuser sous la ceinture de la dame un sillon très évocateur."

En maugréant, Monsieur Spitzweg a poursuivi son exploration du hall 4, attentif à ne pas oublier de passer ensuite dans le hall 3, ce que les haut-parleurs rappelaient à intervalles réguliers au public qui dans sa grande majorité n'avait pas intégré cette nouvelle donnée d'un Rétromobile scindé en deux sections. Attiré, on l'a vu plus haut, par les p'tites femmes, Monsieur Spitzweg l'est aussi par les automobiles. Il faut toutefois qu'elles soient vieilles et sales pour avoir l'heur de lui plaire, c'est-à dire accessibles à sa bourse, ou du moins qu'il le crût. Voyons si celle si aurait fait l'affaire. Une DB de 1952 au moteur de 750 cc, assez crade, chic ! Il lut à haute voix le numéro de châssis car il sait que certains malades y sont aussi sensibles qui lui l'est aux p'tites femmes : 478 857. Ah ! c'est vrai qu'on se sent mieux après.
Son histoire est de celles qu'il aime à entendre : après avoir couru en 52 les 24 heures du Mans, le Liège-Rome-Liège, le Tour de France automobile aux mains de Colas et Scholmann, et la Coupe de Paris avec René Bonnet, puis en 53 le Tour de France automobile, l'auto fut achetée en 57 par un amateur de la région nantaise qui s'en servira au quotidien durant vingt ans avant de la remiser définitivement. Elle vient juste d'être retrouvée, en décembre dernier, par un chasseur de barnfinds et confiée à Jean-Paul Humbert, de la société EPAF, pour restauration. Mon Dieu quelle histoire a fait Monsieur Spitzweg dont le fantasme premier consisterait à vivre trente ans dans une grange en compagnie d'une vieille.

Après avoir passé son chemin devant des stands relevant de l'inaccessible comme ceux des horlogers de luxe, Chopard, BRM ou Tag-Heuer, dont les produits indiquent pourtant 10 h 10 quand il est 10 h 10 sur sa Timex électrique, ou relevant du pur rêve tel celui de la Galerie Vitesse dont tant l'hôtesse que les objets exposés sont hors de sa portée, Monsieur Spitzweg s'est arrêté devant les étranges sculptures sur bronze d'un auteur par lui inconnu, Hervé Nys [1]. D'abord il s'est approché comme un chat d'un chien, reniflant un danger quelconque. Hervé Nys, en discussion avec une personne du sexe, ne prêtait aucune attention à ce personnage falot comme sorti d'un roman de Philippe Delerm. C'est alors qu'il remarqua un curieux détail sur l'oeuvre, qu'il prit aussitôt en photo. Entretemps Monsieur Nys s'était approché, tout sourire : Monsieur, je vois que vous avez remarqué cette curiosité que personne ne note sauf les enfants qui regardent les choses d'un oeil neuf.
C'est un oeil neuf que cet artiste originaire de Cagnes-sur-Mer braque sur son travail. Ainsi telle monoplace fichée sur un axe de métal figure-t-elle un masque africain, posée à la verticale ; ainsi cette auto gravissant une côte enroulée sans fin sur elle-même ; ainsi un drôle de buggy émanant tout droit de Mad Max, appelé Tête d'hure en raison de sa carrosserie en forme de crâne de sanglier. En injectant du sens à la beauté formelle de ses oeuvres, Hervé Nys éclate le conformisme glacé qui fait règle dans la sculpture automobile d'aujourd'hui.

Parvenu dans le hall 3, Monsieur Spitzweg consulta sa Timex électrique qui lui indiqua qu'il avait faim. Dans un coin, deux gargote se disputaient un client rare. A l'agressive attitude des garçons de la brasserie Zinger, chassant le poisson largement hors de leurs eaux territoriales, il préféra l'apparente décontraction des teneurs de l'autre gargote, un resto corse où il commanda une planchette de charcuterie locale arrosée d'un vin du même tonneau. L'ensemble, complété d'un café, lui sera facturé 18,10 €.
Si une Bugatti 43 partie à un million d'euros chez Bonhams l'avait laissé froid, de tels prix pratiqués par la restauration à Rétromobile le mirent en rage, moins en ce qui concernait son personnage de fiction logé et blanchi par son auteur que par empathie avec le public familial du dimanche au pouvoir d'achat en berne. La plaquette enlevée au stand d'un dessinateur dont le nom lui échappait détourna sa colère. Quel beau trait de crayon, cette Jaguar XK 120 posée sur un trottoir parisien ! Elle lui rappelait celle appartenant à un personnage réel avec qui il avait sympathisé, un grand gaillard à l'aise partout.

Il a collé si longtemps son nez sur la vitrine du montreur de 2 CV qu'il s'est fait engueuler, Monsieur Spitzweg. Il avait pourtant tenté d'expliquer au marchand qu'il rendrait hommage aux 2 CV dont c'était cette année le 60e anniversaire en demeurant 6 heures le nez collé à la vitrine mais son parler un brin littéraire le desservait, semblait-il, énervant le teneur de la vitrine. Il aurait aimé s'en acheter une, de 2CV, une au 1/43e, plus facile qu'une vraie à garer sur l'étagère où dort le livre qui l'héberge.

Ça par exemple, tous ces personnages de fiction comme moi ! s'est exclamé Monsieur Spitzweg devant la vitrine de "Jade miniatures" [2], une boîte tenue par un nommé Jean Damon qu'il avait connu du temps de sa vraie vie. Mais eux étaient bel et bien prisonniers de leur créateur qui ne les lâchaient que contre une rançon de 40 € peints, ou 10 € à peindre. Un échantillonnage du public représentatif des circuits était assemblé ici : pompiers, gendarmes, photographes, ouvriers en cote, élégantes en bibi, et d'autres personnages aussi qui visaient une cible particulière, comme une strip-teaseuse, un moine, des fantômes et une femme nue, en bas à gauche, que Monsieur Spitzweg achèterait bien 10 € à peindre. Pour faire durer le plaisir. Au grand regret de Monsieur Spitzweg, Jean Damon n'avait pas poussé le réalisme jusqu'à mouler un Professeur Reimsparing au 43e.


Attroupement dans la cour séparant les deux halls que Monsieur Spitzweg fendit en demandant pardon. On murmurait autour de lui que le Premier ministre, accompagné de Pesca, était en visite au Salon, venant juste de quitter l'endroit où deux Matra, une 650 et la 640, étaient exposées. Monsieur Spitzweg pensait que c'était bien sa veine d'avoir raté un pareil pilote lorsqu'il réalisa qu'à ses côtés se tenait un duo qui parlait haut et fort de course automobile. Plus précisément, l'homme de droite, apparemment un coureur, racontait des histoires de coureur à celui de gauche, apparemment un spectateur.
...et vous voyez monsieur francis rainaut que jacques crozier excellent pilote mon grand ami qui s'est tué en essais d'une FII à zolder suite à une rupture de ses freins m'appelait bien la grande lili ceci sans aucune autre connotation il va sans dire mais j'ai une question sur une photographie précèdente ou l'on voit jim clark de mémoire se serait moi torse nu de dos les mains noires car je mécaniquais dur après une rupture mécanique de la distribution de mon cosworth richard belkechout lui se chargeant de la partie fine avec compétence et avec le talent que tout le monde lui connait je m'étais accordé un petit break dans le paddock en allant voir la lotus F II de jimmy qui avaitde mémoire un problème de sélection et voyez-vous monsieur francis rainaut, jim clark survient et ote sa chemise pour profiter du rayon de soleil et lève les yeux vers le photographe, puis nous avons échangé des civilités car nous nous connaissions j'ai échangé par mail avec gérard gamand et quand je lui dis que j'ai été invité à monaco ça veut dire que j'ai été invité à me qualifier à monaco voyez-vous monsieur francis rainaut...
Monsieur Spitzweg prit le duo en photo, persuadé que tous les personnages de fiction ne sont pas enfermés dans des livres.
Rétromobile 33e édition . Paris Expo halls 3.1 et 4 . 8-17 février 2008
Site officiel : www.retromobile.com
Voir aussi
Rétromobile 2008, collectionneuses du petit matin
Rétromobile 2008, le pavillon des fous
[1] www.nys-art.com
[2] www.jademiniatures.com
Toutes images © Monsieur Spitzweg
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mercredi, 17 janvier 2007
Où se niche notre âme d'enfant ?

Je vous propose de retrouver votre âme d’enfant à travers ce diorama. J’y ajoute ce petit questionnaire, détendons-nous un peu :
1 Quel événement sportif évoque cette scène miniature ?
2 A quelle date le situez-vous, (mois-année) ?
3 Quelques anomalies se sont glissées sur cette photo, on peut en citer trois au minimum. Pas nécessaire d’être un "matracien" assidu pour les nommer !
Désolé mon numérique n’a pas pu définir la scène plus... précisément !
Signé François Coeuret
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mardi, 09 janvier 2007
L'Aronde de mon pote

Photographiée dans son garage de Bougival d’où elle ne sort que pour des virées en club et un zeste de frime vers Saint-Germain-en-Laye, l’Aronde de mon pote Pierre Chrétien ne s’attendait pas, à cinquante ans bien tassés, à vivre autre chose qu’une retraire heureuse aux mains de son proprio, un amoureux de la marque. Amoureux est un euphémisme. Quarante ans à Poissy, aux services successifs de Simca, Chrysler, Talbot et enfin Peugeot. De l’huile moteur irrigue ses veines, il a l’hirondelle de Pigozzi estampillée sur le cœur.
C’est une Grand Large, version "américaine", luxueuse, de l’Aronde, présentée au Salon de Paris 1955, que Pierre s’est offerte pour fêter son départ à la retraite. A son volant, cigarillo au bec, bras à la portière quand il croise le long de la Seine, les dimanche de printemps, pour un peu il se croirait descendant Hollywood boulevard. Un déjeuner au Buffalo Grill, un détour par les bords de Seine, et la Grand Large regagne son repaire de l’Ouest parisien. Pierre et sa Grand Large, c’est Gatsby le magnifique dans sa Rolls.
Mais c’était sans compter avec Altaya. Envisageant une nouvelle collection de miniatures presse ayant Simca pour sujet, l’éditeur espagnol [2] s’est tourné l’usine de Poissy en vue de négocier un partenariat technique et documentaire. Accord fut trouvé pour une cinquantaine de modèles dont la diffusion s’étalerait sur deux ans à raison d’un fascicule par quinzaine.
C’est ma voiture qui a servi aux mesures, fait Pierre avec son accent à la Robert Doisneau qui maquille de Front populaire le Drugstore Publicis où, par-dessus un bœuf en sauce arrosé de Médoc, il me tend le premier numéro de la collection " Les belles années Simca" avec une Aronde Grand Large miniature, blistérisée. J’en ai acheté plein, tiens c’est mon cadeau de nouvel an. Regard en coin des deux mannequins anorexiques qui chipotent une salade nordique à côté de nous, que la faconde bonhomme de mon pote projette dans un monde de travail en atelier et de plaisirs rugueux dont elles n’ont idée que par la littérature. Les mecs de chez Altaya ont débarqué avec leur matos, ils avaient un robot avec un bras qui prenait des mesures, piloté depuis une console. D’ailleurs, ils m’ont égratigné le toit. Ensuite j’ai vu ma voiture modélisée sur l‘écran, en 3 D, c’était super !
Altaya a choisi de miniaturiser la Grand Large dans sa version « Rue de la Paix », aménagée dans le goût traditionnel des maîtres carrossiers, comme le proclamait la publicité de l’époque, c’est-à-dire que l’on pouvait se composer une auto sur mesure en choisissant une peinture personnalisée, un aménagement spécifique de l’intérieur, etc, ce qui était du pipeau, précise Pierre, car en fait ils faisaient comprendre au client qu’ils n’avaient plus telle teinte ou que telle option prendrait du temps, en fait c’était du blabla de pub. De plus, d’après lui, il y a quelques erreurs de cote et une concernant la présentation. La « Rue de la Paix » se démarquait de la Grand Large par ses montants de pare-brise de la même teinte que le toit alors que sa sœur les avait assortis à la caisse.
Bah ! ne chicanons pas comme le font les fondus de Forum Auto qui ont créé un topic sur la collection Simca [3] . Ces collections de miniatures presse ont le mérite d’être abordables et si elles peuvent émouvoir les seniors et faire prendre conscience aux teenagers que l’histoire de l’automobile a commencé avant la Twingo, c’est gagné.

Les Arondes de mon pote © MdS
[2] www.altaya.fr
[3] Collection Simca sur Forum Auto
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vendredi, 22 décembre 2006
Mes jouets Renault

Vitrine officielle de la marque, l’Atelier Renault a revêtu sa parure festive ; sapins blancs, Père Noël au volant d’une ancienne, petites voitures en réduction parsemées çà et là, qui fournissent son thème à l’expo de cette fin d’année : Mes jouets Renault. Tout cela ravit autant les petits qu'agace leurs parents qui n’ont à se mettre sous la dent qu'une R25, championne du monde des supermarchés, une Clio Sport, voire une hôtesse pour les plus vernis.
On ne vient pas à l’Atelier Renault pour acheter, c’est bien connu, mais pour se cultiver, pour réfléchir où en est la communication d'entreprise en ce début de siècle, c'est-à-dire comment vendre des autos sans en montrer.
Capturées dans des bulles de plexi, façon BD, des miniatures maison rappellent la longue histoire du Losange, depuis les premières victoires de Louis Renault en voiturette A, en 1898, jusqu’au championnat d’Europe des rallyes remporté en 2004 par Simon Jean-Joseph sur Clio, en passant par la victoire d’une Nervasport au Monte Carlo en 1935 où les records établis par l’Etoile Filante en 1956, qui tiennent toujours, semble-t-il.L’auto miniature et Renault ont développé une communauté d’intérêt qui remonte à la création de la firme. Dès 1906, la type AK qui avait gagné le GP de l’ACF s’est retrouvée réduite à l’état de jouet, lui-même aussitôt écrabouillé par les minis Marteau et Ferenc Szisz à qui on l’avait offert. En 1934, la Compagnie industrielle du jouet (CIJ) propose à Renault de développer une série de jouets à son effigie ; c’est la naissance de l’appellation "Jouets Renault, Jouets de France". Un catalogue proposant à la vente des Nervasport, Vivasport, des camions, des bus et des bateaux, est édité en 1935, avec un immédiat succès.
Après la guerre, la CIJ continue sous son propre sigle la production de voitures Renault. La révolutionnaire 4 CV connaît une belle réussite, tant en compétition (victoires de classe au Mans et au Monte Carlo dans les années cinquante), qu’en modèle réduit. Une auto dont on fête cette année le cinquantenaire. Les stars des cours de récré s’appellent en ce temps-là, Etoile filante – autre belle quinquagénaire, Frégate, Floride ou Dauphine. La CIJ ferme ses portes en 1964, laissant aux jeunes firmes montantes comme Dinky Toys ou Solido le soin d’exacerber les désirs des gosses. Dinky Toys notamment fait fort en sortant une 4 L au 1/43e en même temps que l’originale.Aujourd’hui, à l’instar de nombreux constructeurs qui ont saisi l’impact en terme d’image de la miniature, Renault confie à des sous-traitants spécialisés la production de sa marque "Renault Toys".
Enfin un espace de simulation propose à des Kovalainen en herbe ou à des Fisichella de cours préparatoire une initiation à la conduite des F1 sous l’œil attendri d’une hôtesse Renault, plus avenante que la lippe de Tonton Briatore. Seule condition pour attirer leur attention et goûter leur douce main sur son épaule, passer sous la toise d’un mètre trente-cinq donnant accès à ces baquets. Râpé pour MdS.

Mes jouets Renault . Atelier Renault . 11 novembre 2006 – 7 janvier 2007
www.atelier-renault.com
4 CV © Atelier Renault
Autres images © MdS
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jeudi, 07 décembre 2006
Trente-trois Porsche sur le bulgomme

Bien longtemps avant que j'aie eu l'occasion de commettre quelques papiers pour un défunt magazine dont la triste fin a laissé un goût amer à beaucoup, qu'ils en aient été lecteurs ou collaborateurs, ma passion pour le sport auto s'est exprimée par les voitures miniatures. Comme beaucoup d'enfants de ma génération sans doute. Mais, à la différence de la plupart d'entre eux, j'ai continué à l'adolescence en offrant à mes Solido la protection de vitrines, puis en passant au montage, plus ou moins habile, de kits en métal ou en résine.
Fasciné par les 24 Heures du Mans et les courses d'endurance en général, j'ai impulsé cette orientation à ma collection, avec une prédilection particulière pour les années 60 et 70. J'ai donc aujourd'hui un assez bel échantillon de cette époque du championnat du monde des marques.
Mais, parallèlement à cette volonté de retracer l'histoire d'un type de course, j'ai ressenti dès le début une tendance monomaniaque à la multiplication des versions à partir d'une même base. C'est ainsi qu'il y a 25 ans j'ai fait mon miel de la parution, sous l'égide de la bien connue Boutique Auto-Moto de Levallois, des planches de décals permettant de reproduire les 26 versions de Ferrari Daytona vues au Mans. Cette première "duplication" ne fut cependant pas entièrement satisfaisante : trop souvent rouges et engagées sous la bannière du NART de Luigi Chinetti, les Daytona n'offraient pas au regard une très grande variété ; en outre, la profusion soudaine des planches faisait risquer l'indigestion.
Il me fallut d'ailleurs longtemps pour la digérer puisque je n'ai replongé dans ce type d'obsession qu'une quinzaine d'années plus tard. Mais en modifiant un peu la cible. Cette fois, je me suis attaqué simultanément à deux modèles, toujours issus de la riche gamme Solido : les Porsche 934 et 935.Une entreprise qui promettait d'être plus variée que la "Daytonite", mais aussi plus difficile : car si une multitude de versions sont possibles en théorie, les décals correspondantes sont pour la plupart sorties il y a longtemps et de manière désordonnée chez divers fabricants. Mais c'est aussi ce qui fait l'intérêt de la chose, la recherche de la planche rare (voire inconnue) ajoutant une composante ludique et excitante. Quant aux bases Solido, elles ne posent pas de problème, on en trouve très facilement dans la moindre bourse d'échanges. C'est aussi dans ce type de manifestation que j'ai déniché certaines décals, mais depuis quelques années la fréquentation assidue du plus célèbre site d'enchères sur Internet a démultiplié les occasions de trouver le "Graal".
Evidemment, il ne faut pas être trop exigeant sur le réalisme de la reproduction. Ainsi, la 934 Solido n'est pas totalement convaincante ; l'aileron en particulier est assez fantaisiste. Il est certes théoriquement possible de le remplacer (tout comme les sièges par un unique siège baquet), par des pièces en white metal réalisées jadis pour des transkits (italiens surtout). Mais ces derniers sont rares et si je devais attendre d'en trouver un avant d'attaquer une version supplémentaire, je n'en aurais pas 17 aujourd'hui … Plus essentielle est la question des roues : celles d'origine sont ridiculement fausses et il faut impérativement les changer. Heureusement, je peux me fournir régulièrement en roues BBS de marque Tron chez un marchand italien qui fréquente assidûment les principales bourses de l'Est de la France.
Pour le reste, rien de très compliqué, les 934 étant toutes de carrosserie identique, pour autant qu'elles aient concouru sous le règlement GT du groupe 4 de l'époque. La Denver Le Mans 80 est la seule à présenter une particularité : les butoirs de pare-chocs arrière sont supprimés. En fait, les problèmes se posent pour les 934 qui ont des jantes spécifiques (Gotti par exemple), plus difficiles à trouver, ou pour celles qui étaient gréées avec un aileron de 930. Il faut alors espérer tomber un jour sur le transkit idoine…
Pour les 935, pas de problème avec les roues puisque celles fournies par Solido font l'affaire dans la plupart des cas. Mais, le projet 935 est néanmoins plus ardu dès lors qu'on ne se limite pas à la version de carrosserie retenue par Solido. Pour me simplifier le travail, je ne tiens pas compte de la taille et de la forme des prises d'air derrière les portes (qui différencient les millésimes 1976-77 des suivants), mais je ne peux décemment pas ignorer que les versions initiales de la 935 avaient un aileron différent (d'un seul tenant) et, surtout, qu'elles n'avaient pas de marche-pieds latéraux.Il faut donc limer et jouer ensuite du Sintofer pour refaire un bas de caisse acceptable. La première version de ce type – JMS-Cachia Le Mans 77 - est actuellement sur le métier. Mais je me suis déjà amusé il y a quelques années en reproduisant la Sekurit Le Mans 80 dont les ouvertures derrière les portes ont été bouchées alors que des ouïes périscopiques étaient créées de part et d'autre de la lunette arrière.
Dernièrement, j'ai aussi augmenté le champ des possibles en prenant comme base la 935/2 de Burago. En changeant les roues et en tolérant les vitres bleutées, il est possible d'en faire quelque chose de présentable. Bien entendu, cette double série de Porsche ne prétend pas reproduire la réalité au plus près et je suis conscient qu'elles ne pourront satisfaire les maniaques du détail. Il s'agit plutôt d'une évocation qui cherche à retracer sous un angle particulier une époque qui ne fut certes pas la plus glorieuse de l'endurance (l'uniformité engendrant l'ennui), mais qui permit à quelques amateurs aux portefeuilles bien garnis d'acheter à Zuffenhausen les outils idéaux pour écumer le groupe 4 (934) ou s'offrir des podiums en championnat du monde (935).
Enfin, et là c'est un plaisir parfaitement égoïste, il est agréable de soigner les petits détails (jantes, accessoires, modifs de carrosserie) différenciant les versions là où, hormis les couleurs et décorations, un œil profane ne verra que doublons. Un dernier mot pour évoquer les chantiers en cours (outre la 935 JMS) : la 934 Wrangler (Silverstone 1978) et une 935 Martini (Mugello 1976) sur base Luso-Toys, fabricant portugais ayant commis quelques très correctes miniatures dans les années 70.
Et pour inviter d'éventuels autres monomaniaques à se faire connaître sur MdS…

Signé Olivier Favre
Détail des versions
Porsche 934
- Gelo-Tebernum Mugello 76
- Kannacher-Valvoline 300 km Nürburgring 76
- TS- Cachia Le Mans 76
- Elf-Kremer Le Mans 76
- Gelo Le Mans 76
- HCC-Schiller Le Mans 76
- Brumos Daytona 77
- JMS-Cachia Le Mans 77
- Meccarillos Le Mans 77
- Burton-Kremer Le Mans 77
- VSD Le Mans 78
- Jägermeister Le Mans 78
- Whittington Daytona 79
- Lubrifilm Le Mans 79
- Kores Le Mans 79
- Denver Le Mans 80
- Sigma-Kores Le Mans 80
Porsche 935
- Brumos Daytona 78
- Brasil-Cachia Le Mans 78
- Amdahl-Kremer Le Mans 78
- Busch Daytona 79
- Interscope Daytona 79
- Barbour Le Mans 79 (4 voitures n° 70, 71, 72, 73)
- Kores-Cachia Le Mans 79
- Trisconi-BP Le Mans 79
- Gelo Le Mans 79
- John Paul Watkins Glen 79
- Vegla-Sekurit Le Mans 80
- Martini Mugello 77 (base Burago)
- Joest Sebring 84 (base Burago)
17 934 en haut © Olivier Favre
1 934 au milieu © Olivier Favre
1 935 au milieu © Olivier Favre
16 935 en bas (le compte est bon) © Olivier Favre
10:20 Publié dans Modélisme | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : modelisme, porsche 934, porsche 935, 24 heures du mans
vendredi, 08 septembre 2006
1636 RR 75

Comme un pizzaiolo ou un horloger minute, l'homme travaille dans sa vitrine dont il est l'attraction maîtresse. C'est Jean-Claude Baudier, le patron de Chrono 43 [1], petite boutique de modélisme sise depuis peu à Deauville dans une rue peu passante qui voit surtout des mémères à chienchien et des facteurs.
Rien ne se passe quand on franchit le seuil de cette échoppe, ce que nous avons fait l'autre samedi, Philippe Vogel [2] et votre serviteur, le premier pour s'enquérir si par hasard Baudier aurait du Beuttler en stock, le second, le nez au vent, pour voir, tout simplement.
Amateurs de discussion, refaiseurs de mondes, passez votre chemin car à Chrono 43, le client fait les questions et un autre, s'il s'en trouve un, les réponses ; le patron, plongé sur un Siffert microscopique à qui ses gros doigts donnent vie, ne répondant que par un grognement, voire un mot de deux syllabes, à une demande qui l'aurait particulièrement concerné.
- Avez-vous quelque chose sur Mike Beuttler ?
- Non.
- Cette figurine est bien Williams, le vainqueur du premier GP de Monaco ?
- Oui.
- J'ai beaucoup aimé votre livre sur les dioramas.
- Merci.
Alors que se déroule cet échange d'une rare intensité, nous flânons dans cette caverne de pirates aux mille trésors amassés çà et là, au gré de l'inspiration du flibustier Baudier. Une chose est sympa ici, on vous fout la paix. Nous avisons, planqué dans un coin de son établi, le petit diorama ci-dessus. Une Mustang garée devant trois cabines de bain sur les Planches de Deauville.
Nous ouvrons la bouche pour qu'en sortent quelques mots en forme d'une question relative à ce travail et la fermons aussitôt, conscient que la réponse eût nécessité un trop lourd investissement de la part de l'auteur de "Deauville avec Ford Mustang 1966".
Nous avons appris par la suite qu'une série de 50 exemplaires a été réalisée, en liaison avec l'hommage rendu à Claude Lelouch par la municipalité de Deauville. Vendu 285 euros, chaque exemplaire est numéroté. La Mustang numéro 184, avec marqué sur ses flancs "Ecurie Ford France", immatriculée 1636 RR 75, salie comme si elle avait couru le Monte Carlo et roulé dans la foulée jusqu'à Deauville, témoigne que Jean-Claude Baudier, s'il pourrait communiquer mieux, travaille comme un dieu [3].
[1] www.chrono43.com
[2] http://f1-mike-beuttler.monsite.wanadoo.fr
[3] Un dieu malicieux qui pose sa Mustang devant des cabines de bain aux noms de Sharon Stone, George Sidney, Charlize Theron et Steve McQueen, autant de célébrités n'ayant pas leurs noms sur les dites cabines dont on sait qu'elles sont ainsi identifiées.
Deauville avec Ford Mustang 1966 © MdS (vitrine dans le couloir du Centre international de Deauville)
13:45 Publié dans Modélisme | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : ford mustang, modelisme, jean-claude baudier, chrono 43, film un homme et une femme, festival du cinema americain de deauville
mardi, 18 avril 2006
Salon international de la maquette et du modèle réduit 2006

Au Salon de la maquette et du modèle réduit qui vient de se tenir porte de Versailles, l’auto ne fait plus rêver ; on est en peine de la trouver, cachée entre de monstrueux réseaux ferroviaires qui fonctionnent mieux que celui de la SNCF ou un immense plan d’eau animé par une reconstitution de la bataille du Pacifique au 1/10e à faire frémir Cecil B. de Mille.
Signe des temps, c’est à des événements comme celui-là qu’on mesure la banalisation, presque la marginalisation où est tombée l'automobile, fantasme qui jadis faisait s’agrandir les pupilles des mômes, rêver leurs pères, maintenant vulgaire moyen de locomotion. Regardez la littérature pour la jeunesse où il n’y a de place que pour les dinosaures, les mangas, l’héroïque fantaisie. L’automobile y est réduite au seul Michel Vaillant, qui faute de se renouveler, est devenu gentiment ringard. Quel gosse peut-il nourrir des désirs de vitesse, de gloire, de fureur, en feuilletant un Michel Vaillant actuel ?
Peugeot l’a bien compris, qui faisait grimper les enfants dans des 207 reconditionnées en consoles de jeu vidéo, espérant que quelques années plus tard, ils achèteront leurs remplaçantes.

Pourtant quelques irréductibles artisans présentaient au salon de quoi faire péter le numérique. Jacques Erémian a construit de ses mains cette Bugatti 59 de 1934 au 1/4, radiocommandée, qui fut montrée en démonstration. Hallucinante de précision et de fidélité, elle a coûté 4 000 heures de travail, pèse 27 kg.

Quelques dioramas méritaient qu’on les déniche, comme celui dû à Claude Briand qui montre le stand de John Wyer au Mans en 1971. L’image en frontispice de cette note et celle ci-dessous trahissent plus qu’elles illustrent ce formidable travail de recréation. Jo Siffert est assis sur l’aile de sa 917 ; il taille le bout de gras avec un blond qui doit être Herbert Müller, dont le casque rouge à la croix blanche est posé sur l’autre Porsche qu’on devine au fond. Le type en blouson Gulf qui leur fait face pourrait être Dick Attwood. Les mécanos s’activent sur la caisse d’à côté, que partagent Jackie Oliver et Pedro Rodriguez, qu’on voit, mains sur les hanches et dont Claude Briand souligne discrètement la virilité grâce à un moulage avantageux sur sa combinaison, exercice minutieux au 1/43e même si la bonne forme du Mexicain l’a facilité.

Jean-Paul Gosset s’est attaqué à un garage Ferrari ; il a poussé le vice jusqu’à construire au 1/24e le bureau du chef d’atelier (invisible sur la photo) avec cendrier qui déborde, paquet de Marlboro, papier à en-tête du Cavallino rampante et livret d’entretien d’une 275 GTB. On aimerait se glisser dans la peau d’un bonhomme de 26 cm de haut pour lire ce qui déborde du tiroir à demi ouvert.

Enfin on ne vous lâchera pas avant de vous avoir infligé la 369e Matra vue sur MdS, cette toute belle MS11 de 1968 qui hélas ne correspond à aucune réalité de course car, si le numéro 18 a été porté par Beltoise en Angleterre et au Canada, la voiture fut à chacune de ces sorties munie d’un aileron arrière. Son auteur l’a donc certainement figée comme elle le fut lors d’une présentation officielle.

27e Salon international de la maquette et du modèle réduit . Paris-Expo hall 1 . 13 - 17 avril 2006
Site officiel : www.salon-maquette.com
Images © MdS
10:20 Publié dans Salons, expos, musées | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : modelisme, 2006, bugatti 59, matra ms11, salon international de la maquette et du modele reduit
lundi, 06 mars 2006
Wolfgang bad trips
La seconde vie des pilotes de course n’était pas plus enviable que la première. Une fois "out", ils mettaient leur talent et leurs bras au service de clients privés qui se les offraient. Leur gloire passée, ils la bouclaient. Parole comme ceinture.
Les nouveaux maîtres, souvent très jeunes, capricieux, ne voyaient en eux que des robots embarqués dans des machines à sensations fortes, capables d’aller très vite sur les tracés trompe-la-mort que dessinaient ces "directeurs de course", sans autre critère que la rapidité ; des toboggans, d’immenses lignes droites, qui eurent fait passer Spa pour La Châtre.
Gros cœur requis, couilles bien calées entre levier de vitesse et extincteur de bord. Wolfgang, grâce à Dieu, avait été doté de ces options sur lesquelles il savait pouvoir compter quand la Ferrari était lancée à fond dans le Monaco, un tunnel étroit, aussi glissant qu’un parquet encaustiqué, que quelques projecteurs maigrelets seulement éclairaient.
Son patron, le fils d’un gros industriel du sucre, a sorti la Sharknose, tôt ce matin. Wolfgang est déjà dans le baquet. Leurs nouveaux contrats les obligeant à demeurer perpétuellement au volant, ou quasiment, les pilotes de seconde vie avaient choisi la facilité en campant littéralement dans les autos. Wolfgang, les bras tendus à 10 h 10, les reins calés contre le réservoir d’essence, est aux ordres.
Le chat noir de la maison croise son regard, n’accordant à la Sharknose aucun intérêt. C’est lui qu’il guette. Wolfgang s’arrangerait volontiers pour l’écraser si d’aventure il traversait la piste devant sa voiture. Avec quel bonheur il lui enfoncerait sa gueule de requin dans les côtes. Oui, mais voilà, le greffier est si gros !
Le fantasme quitte Wolfgang à l’instant où son directeur de course s’interroge sur le choix du circuit de la journée, en se grattant le cul, comme d’habitude. Vers lequel va se diriger l’imagination malade du tyran ? Le type Indy, un ovale dantesque ; le Monaco, qui, chez son maître, ne reprend du circuit original que le tunnel, c’est tout. Simple, efficace, mortel. Ou encore, le pire de tous, un grand huit sur lequel on hisse la Ferrari à l’aide d’un système complexe de grue et de palans.
Dans ce cas, sa mission, si Wolfgang l’accepte, est d'une simplicité biblique (en a-t-il le choix ? Pas vraiment si on lit attentivement les contrats des pilotes de seconde vie) : laisser agir la force d’attraction sur la Sharknose qui, guidée par la piste incurvée entre deux murs, dévale en roue libre jusqu’à une aire de réception constituée de gravillons ; une fois sur deux la voiture explose en se recevant sur cette surface qui l’envoie dans les airs.
Le chat adore quand la voiture déboule ; il la suit de l’œil, babines frémissantes, nullement impressionné par la vitesse. Wolfgang adore voir le chat à la sortie du grand huit ; si seulement il glissait l’ombre de sa moustache sur la piste, comment il la lui rentrerait dans la gorge, au greffier !
Non, aujourd’hui, c’est Monaco. On allume les éclairages. Mais on n'y voit que dalle. On donne un ordre au pilote. Bête comme choux, pas la peine d’avoir couru 27 Grands Prix dans le passé pour le satisfaire : à fond tout au long du tunnel, au bout duquel l’attend une vaste aire de ralentissement qu’il utilise pour faire demi-t



