mercredi, 06 juin 2007

Hommage aux frères Gendebien

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On trouve actuellement en assez bonne place, dans les endroits où se pratique (encore) la vente de livres, un ouvrage intitulé La Nuit du Crystal et signé Jérôme Bellay, patronyme sans doute loin d’être inconnu de maint acheteur potentiel.

Disons-le tout net, le personnage central m’a paru plutôt antipathique, ce qui était peut-être l’effet recherché, d’ailleurs. Cette caractéristique est en effet de nature à générer assez souvent une forte séduction, tant il est vrai qu’un monde où régneraient l’altruisme et la compréhension serait effroyable d’ennui.

55e5e3c99c6cd1670a2f78ee14de9b5e.jpgAvouons-le de surcroît, le style parfois un peu maniéré (c’est l’Hôpital qui se moque de la Charité, je sais…) m’a demandé de temps à autre un effort pour aller plus avant dans le récit, d’autant que les considérations socio-philosophiques sur le destin des êtres et sur les amours avortés, qui le ponctuent, sans grande originalité, ne m’ont pas vraiment passionné.

On observera enfin que le titre lui-même est le fruit d’un jeu de mots d’un goût assez douteux puisqu’il évoque irrésistiblement une « Nuit de cristal » de sinistre mémoire (le « Crystal », quant à lui, étant le bar fréquenté par la bande ci-après mentionnée). Tout cela, naturellement, n’engageant que moi.

J’ai néanmoins tenu à boucler une lecture complète. D’abord parce que l’ouvrage ressortit à la catégorie des polars ; il y a un crime non élucidé, sur lequel la lumière ne sera faite qu’en toute dernière extrémité. Ensuite parce que l’histoire est celle d’une bande d’ados rémois des années cinquante (la bande du Crystal, donc) et a essentiellement pour cadre la place d’Erlon. Enfin, parce qu’il est fait assez souvent allusion au circuit de Reims-Gueux et à la course des 12 heures, laquelle, en raison de son heure de départ, n’est d’ailleurs pas étrangère au crime sus évoqué (sans pourtant que l’adage « minuit, l’heure du crime » soit ici en cause).

On peut supposer que l’auteur s’est inspiré de sa propre expérience ou en tout cas de récits vécus, car il n’est pas innocent de faire allusion au bourdonnement nocturne des bolides perceptible depuis la place d’Erlon, ou à la fébrilité particulière que connaissait cette même place à l’époque des courses, ou encore à la personne de Toto Roche. C’est pourquoi l’on ne peut qu’être étonné de la présence de deux « perles » dont il est dommage qu’aucune relecture n’ait permis de déceler l’existence avant publication.

L’auteur évoque à plusieurs reprises l’odeur de gasoil qui régnait au bord du circuit !
Peut-être a-t-il été inconsciemment influencé par ses lectures actuelles sur les 24 heures du Mans, promises désormais aux voitures non propulsées par des moteurs à essence. Pourtant, je puis témoigner du fait que c’est bien l’odeur de l’huile de ricin que, blotti dans ma loge de piste, j’ai, année après année, respirée avec un plaisir quasiment sensuel.

Par ailleurs, et là, mieux vaut en rire, l’ouvrage nous apprend que l’année où se déroulait l’intrigue, les 12 heures de Reims avaient eu le privilège d’enregistrer la participation des frères Gendebien, qui s’étaient même portés en tête de la course !!

Comme je m’ouvrais de cette curiosité auprès du TTDCB, en suggérant que peut-être l’auteur avait-il commis une confusion avec les frères Bianchi, ledit teneur, dont la pensée, comme à l’habitude, circulait plus vite que l’éclair, me rétorqua que si confusion il y avait, elle reposait plus vraisemblablement sur une lecture hâtive du palmarès des 12 heures, lequel fait état, tant pour 1957 que pour 1958, de la victoire de l’équipage « Gendebien (Olivier) – Frère (Paul) » au volant d’une Ferrari.

Eurêka ! Là gît sans doute l’explication. Il n’empêche. Ce genre de scorie est plutôt regrettable dans un ouvrage mêlant délibérément réalité et fiction, même s’il est vrai que le genre est difficile. Cela étant, il va de soi que la présente note n’a en aucun cas pour but de déconseiller l’achat de l’ouvrage en question, qui révèlera tout de même aux amateurs pas mal de petites choses intéressantes sur la « fureur de vivre » et la passion pour le rock d’une certaine jeunesse provinciale à la fin des années cinquante.


Signé Pr Reimsparing


BELLAY (Jérôme)
.- La Nuit du Crystal. Ed. du Cherche-Midi, Paris, 2007, 300 p., 17 €


Frère/Gendebien, photo DR