mercredi, 07 novembre 2007
Femmes pilotes de courses auto 1888-1970

Du charme troublant d'Annie Bousquet, un an avant son accident fatal de Reims, s'échappe une essence faite de force, de détermination et de douceur aussi que Jean-François Bouzanquet a réussi à intégrer tout au long des 176 pages de son livre consacré aux femmes pilotes, dont le souvenir reste longtemps en soi après qu'on l'eut refermé.
Structuré en sept chapitres dont chacun prend en charge une décennie, l'ouvrage décrit quarante-six figures féminines dans le cadre d'un article entier, tandis que des encadrés disséminés un peu partout offrent de la place à beaucoup d'autres, de ces femmes avec lesquelles visiblement l'auteur a passé ces dernières années plus de temps qu'avec la sienne.
Oh ! ne vous attendez pas à un lourd ouvrage comme celui que Maurice Louche a écrit sur les pilotes français les plus marquants [1] car Jean-François Bouzanquet s'est affranchi des règles biographiques classiques pour mieux cerner ses sujets dans leur quotidien automobile et personnel. On peut certes déplorer ce parti-pris minimaliste que d'aucuns jugent comme une facilité mais il insuffle à l'ouvrage une dynamique et une légèreté surprenantes qui collent parfaitement au thème.
Oui, nous nous avouons surpris favorablement par ce livre dont les échos qui l'ont précédé, et le côté mondain de son lancement, faisaient craindre quelque gentille entreprise efficacement vendable ; suspicion alimentée enfin par l'impardonnable faute d'orthographe du titre qui ajoute un s à course, laissant l'imagination vaquer autour de femmes faisant leurs courses au marché alors qu'il s'agit de pilotes de course automobile. Jacqueline Auriol était-elle pilote de chasses ?Bref, passons sur ce point de détail ainsi que sur les petites erreurs glissées çà et là, dont "Sterling Moss" fait les frais, ou Mike Spence devenu Gence ou encore Gijs van Lennep, changé en Florian Vetsch, page 149. Broutilles en regard du plaisir, du charme et de l'élégance qu'offre Monsieur Bouzanquet à son lecteur, notions dont on pressent qu'elles lui sont propres tant son livre les respire.
Un tel document manquait au paysage éditorial français, rien n'ayant été publié sur les femmes coureurs automobiles hormis quelques bios de-ci de-là comme récemment ce livre sur Camille du Gast par Elisabeth Jaeger-Wolff [2] ou le bouquin sur Violette Morris de Raymond Ruffin [3], sans remonter à l'antiquité avec le Pilote et femme sur Marie-Claude Beaumont [4].
S'appuyant sur une très riche iconographie, inédite pour une large part et qui fait le prix du bouquin, JFB a composé une série de vignettes qui mettent en scène les héroïnes de l'époque définie par la tête de chapitre. Ainsi faisons-nous la connaissance de Bertha Benz, dont le minoi indique qu'elle n'avait rien de commun avec la Grosse du même nom ; frémissons-nous à la vue de Violette Morris, la monstrueuse gestapiste ; rêvons-nous à la lecture du carnet de bord de Simone des Forest, déniché par l'auteur et qui narre le Monte-Carlo 1934 ; sommes-nous bercé par le violoncelle dont jouait Lucienne Radisse entre deux courses ; mourons-nous de l'envie d'être le passager d'Annie Soisbault à bord de sa TR3, telle que vue page 128 dans un cliché qu'on croirait sorti de la Dolce Vita.
C'est tout cela et plus encore, ce livre, à la fois somme documentaire et support à fantasmes.
Enfin et en conclusion, ceci : Une seule des quarante-six personnes évoquées ici à péri en courant, Annie Bousquet. Seules deux autres ont trouvé une mort violente, Violette Morris, exécutée par la Résistance française, et Amy Johnson, tuée dans un accident d'avion pendant la dernière guerre. Un nombre très impressionnant de ces femmes a dépassé quatre-vingt ans, beaucoup les quatre-vingt-dix ; une proportion de rescapées de la course sans rapport avec les statistiques notées chez leurs collègues masculins, surtout rapportées aux époques considérées.
Constat intéressant. Constat sans appel sur notre genre, messieurs. Annie Soisbault rappelle en préface, citant Aragon, que "la femme est l'avenir de l'homme."
Merci à vous Jean-François de nous avoir permis de le vérifier une nouvelle fois.
BOUZANQUET (Jean-François) .- Femmes pilotes de course auto : 1888-1970. Ed. ETAI, Boulogne-Billancourt, 2007, 176 p., 44, 95 €
www.etai.fr
[1] LOUCHE (Maurice).- Un siècle de grands pilotes français (1895-1995). Préf. Juan Manuel Fangio, illust. François Chevalier. Ed. Maurice Louche, Campagne Cambronne, 1995, 3 vol, 880 p., 220 € http://editionsmauricelouche.com
[2] JAEGER-WOLFF (Elisabeth).- La dernière amazone (biographie romancée de Camille Crespin du Gast [1868-1942]). Ed. du Batsberg, Gambais, 2007, 411 p., 21,50 €
[3] RUFFIN (Raymond).- Violette Morris : la hyène de la Gestap. Ed. du Cherche-Midi, Paris, 2004, 267 p., 17 €
[4] LEVINE (Michel).- Marie-Claude Beaumont, pilote et femme. Ed. Solar, Paris, 1971, 241 p.
Annie Bousquet sur sa Porsche 550 spyder juste avant un accident à Montlhéry en 1955 © Collection Bavouzet
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dimanche, 21 octobre 2007
Pipole

Collectionneur, pilote, président (de droit divin, précise-t-il) de l'Ecurie Jarret Marmelade - formation plus sérieuse que son nom le suggère -, il ne manquait que l'écriture à Jean-François Bouzanquet pour qu'il laisse à la postérité l'image d'un honnête homme, au sens où au XVIIe siècle on entendait une personnalité fort bien faite.
Le mercredi 17 octobre la Galerie Vitesse prêtait ses murs à la présentation de l'ouvrage qu'il a commis sur les femmes pilotes de course, que nous avons brièvement feuilleté hier au Brussels Retro Festival en attendant de le recevoir.
Riche iconographie et mise en page aérée au service d'un sujet rarement abordé par l'édition et la presse françaises, les femmes au volant. Volant à trois branches tenu à 9 h 15, précisons-le.
Avant de passer ce livre à l'analyse, MdS en parle sous l'angle pipole.
Jean-François le bienheureux matérialise autour de soi, grâce à son stylo magique, le thème de son ouvrage, fort bien représenté de gauche à droite par son épouse, une femme de pilote ; Annie Soisbault, une femme pilote ; Claudine Latouille, une femme pilote de collection chez ETAI ; Isabelle Nicolosi, une femme de pilote également femme pilote qui fait aussi galerie, et une des filles de l'auteur, femme pilote en devenir.
Couvert de femmes grâce à son bouquin, Jean-François. On frémit pour lui s'il avait écrit sur Yacco ou Shell.

Soirée pipole, littéraire et féminine . Galerie Vitesse . 17 octobre 2007
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