mardi, 09 octobre 2007
Un dimanche à l'autodrome 02/04, Terra Incognita

Les flonflons de la fête s'amenuisent au fur et à mesure que je pénètre cette Terra Incognita, cette zone de non droit que personne, hormis quelques essayeurs, n'a jamais vue et que je m'étais promis d'explorer, le circuit routier de Montlhéry.
L'excitation me gagne car je sais que dans mon dos la passerelle ex-Dunlop s'estompe. Arrivé à la hauteur de la guérite des Deux-Ponts, je décide que cette chronique sera écrite à la première personne, contrairement à l'usage sur ce blog, car ce qu'il y a entre le Routier et moi est de l'ordre de l'intime. Comme les grandes courbes rémoises invisibles pour le Pr Reimsparing. Aux Deux-Ponts, une barrière empêche l'accès au Routier ; je la lève et, lentement, avec langueur, comme un amant découvrant un corps longtemps espéré, je me fonds dans un espace forestier barré d'un trait de bitume, qui parait s'étirer à l'infini.

Le silence est total lorsque se dessine sous mon pas la terrible contre courbe Ascari qui n'a rien de terrible lorsqu'on l'aborde à la vitesse d'une limace, que les protos des 1000 km de Paris prenaient à quelque 280, déboulant d'une ligne droite de 1,5 km, depuis la sortie de l'anneau. Elle est doublée sur la voie de retour de la non moins terrible courbe Ascari, où le champion italien perdit la vie en 1925. L'endroit est marqué d'une stèle étonnamment vivante, que nous évoquerons. Le point blanc qui focalise l'oeil est la guérite des Quatre-Bornes, abandonnée.

Posté dans la guitoune délabrée des Quatre-Bornes, j'ai joué les commissaires de piste, attendant qu'un hérisson daigne emprunter la bretelle pour retourner vers les Deux-Ponts. Peine perdue. Ce faisant, il aurait alors "tourné" sur le développement dit "Deuxième circuit", de 5 km. Le Routier est à géométrie variable, composé de six tracés dont la longueur est comprise entre 5 et 12,5 km.


Ces vignettes aussi peu spectaculaires que possible ne restituent en rien la terrible bosse de Couard, à droite, suivie d'un court bout droit qu'une grande courbe continue. Encore un terrible spot de Montlhéry qui n'usurpe pas cet adjectif. Gros coeur seulement. Paul Armagnac en eût témoigné s'il avait survécu à l'effroyable cabriole qui l'envoya au fossé lorsque sa René-Bonnet lui échappa à l'approche de la bosse. C'était aux essais des 1000 km de Paris 1962. Là, en décollant plus ou moins, se bâtissaient les écarts. J'ai stationné quelques minutes sur le goudron balayé de feuilles mortes. Attention, passage de fantômes.

Une pente à 6% mène aux lacets de Couard que seuls les plus hardis passaient s'en s'y prendre les pieds. Une bretelle dite "de la côte Lapize" qui conduit au virage du Gendarme, juste au-dessus des Lacets, délimite le tracé du Quatrième circuit de 7,7 km, utilisé entre autres pour les 1000 km de Paris. C'est Helmut Marko qui en détient le record du tour à presque 190 de moyenne sur un spider Porsche 917, lors des 1000 km de Paris 1971, dernière vraie course disputée sur l'autodrome. Quand on voit de quoi est fait ce circuit...

Divisé en deux pour les besoins de la mise en page, ce grand gauche très vite dévale la côte Lapize - que les motards attaquaient en l'escaladant - qui conduit à l'épingle des Bruyères. On attaque à cet endroit le grand développement de 12,5 km qui ne fut guère utilisé après la Guerre. Le silence absolu qui régnait ce dimanche dans ce coin perdu, totalement inhabité car il y a un terrain militaire en face de la piste, me faisait songer à ce que ressentirait un voyageur égaré dans l'espace-temps. Nous sommes ici à 3,5 km des stands.

Après avoir rejoint la portion de retour par la forêt, à la hauteur du virage de la Forêt, et grimpé aussi lentement que possible les lacets menant au virage du Gendarme, pour jouir de chaque centimètre, toujours baigné d'un silence de désert troublé seulement par les plongs métalliques des bogues de châtaignes explosant contre les glissières, c'est ce rectiligne qui s'offrit à ma vue. Une borne d'un droit absolu avec au bout la terrible courbe, appelée courbe de St-Eutrope avant l'accident qui coûta la vie à Antonio Ascari, dont l'oeil noir et étrange brille sur une stèle qui n'accueille personne. Montlhéry : un circuit où Herman Tilke n'a pas sévi.

Images © MdS
10:10 Publié dans Circuit de Linas-Montlhéry | Lien permanent | Commentaires (36) | Envoyer cette note | Tags : autodrome de linas-montlhery, paul armagnac, antonio ascari, helmut marko



