mercredi, 16 avril 2008

Son dernier menu

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À la nef du Grand Palais qui vit lundi le départ du Tour Auto a succédé hier celle de l'église St-Christophe-de-Javel, où Georges Houel a délivré son dernier menu. Le père Gilles de Raucourt a donné le ton d'un office sobre et émouvant mais aussi hors norme, à l'image du personnage, en citant un extrait de la nécrologie de L'Equipe - une vie ayant fait rimer passion avec compétition. 

Lorsque Monsieur Houel fils, au cours d'un hommage à son père, fit remarquer que le hasard voulut que la cérémonie fût célébrée en un lieu consacré au saint patron des conducteurs, l'esprit facétieux de Georges frôla les épaules de ses amis. Ils le retrouvèrent au Volant, peu après, où se glissant parmi eux, il les régala sans façon d'une charcuterie du Sud-Ouest arrosée d'un petit vin rouge.

Ses amis ? Entre autres, Jean Vinatier, René Ligonnet, Jean-Pierre Beltoise, Annie Soisbault, Bernard Consten, Jean-Loup Chrétien, Albéric Haas, Martine Rénier, Georges Monneret junior, François Libert, Etienne Moity, Gérard Flocon, Jean-Paul Renvoizé, Bernard Lagier, Gilles Gaignault, Pat Béhar, Michel Maurier, Eric Hélaine, Jean-Pierre Aujoulet...

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Obsèques de Georges Houel . Eglise Saint-Christophe-de-Javel (Paris) . 15 avril 2008
Voir aussi
Georges Houel n'est plus
Passage de témoin 



Dernière minute :

Son statut d’artiste permet à Jean-Marie Guivarc’h de se libérer des contraintes matérielles, comme la pesanteur terrestre ou l’obligation de revêtir un corps pour voyager. Ainsi a-t-il croisé peu après ses funérailles l’ami Georges sur la route du Paradis.


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jeudi, 10 avril 2008

Georges Houel n'est plus

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Un coup de fil de Gianpaolo commençant par ces mots, "Gilles Gaignault vient de m'appeler..." Aïe, nous nous crispons, attendant la (mauvaise) nouvelle car nous savons cette combinaison redoutable : Georges Houel est mort ce matin  à l'hôpital Georges-Pompidou  à Paris où il avait été admis pour une visite de routine.

Né en 1913, Georges représentait un siècle de sport automobile, motocyliste, sans omettre le rugby, sa seconde passion. Dans sa 95e année, il disparait en emportant avec lui la bibliothèque qu'il était, à l'image des vieillards africains à propos desquels un dicton populaire affirme que leur mort est une bibliothèque qui brûle. Le livre en préparation sur lui n'aura pas été publié de son vivant, aussi rééditons-nous le premier chapitre que nous avait adressé Gilles Gaignault en 2006.

Ses obsèques ont été célébrées mardi 15 avril à 10 h 30 en l'église Saint-Christophe-de-Javel, 28 rue de la Convention, 75015 Paris. Il repose dans le caveau famillial à Herbeuville (Yvelines). 


***


Once upon a time. Il était une fois, Georges Houel.

Tout commence le 5 juillet 1913. Ce jour-là Louise Mathieu, épouse de Paul Houel, met au monde un superbe bambin. Ils l'appellent Georges. Curieux, car sa soeur aînée alors âgée de 13 ans se prénomme Georgette. Les Houel auront un troisième enfant, Marcel né un peu plus tard en 1919. La famille Houel est établie à Herbeuville en Seine-et-Oise du coté de Maule, après Saint-Nom-la-Bretèche. Louise et Paul sont cultivateurs-maraîchers.

Le jeune Georges effectue sa scolarité normale à l'école du village. Il aide parfois ses parents au travail du potager pour cueillir et ramasser les fruits et légumes. Il passe son CEP à l'école d'Herbeuville où Monsieur Emile Laurent, son instituteur, le trouve déjà très boute-en-train. "Un jour on a eu une narration à faire sur l'avenir .... Moi j'ai écrit que je souhaitais être sportif pour avoir mon nom dans les journaux et que je souhaitais vivre au moins jusqu'à 4O ans ! "» Puis il quitte définitivement l'école à 13 ans et va travailler avec ses parents, les aidant à transporter et à vendre tous leurs produits maraîchers à des grossistes.

A l'époque les Houel se déplacent en voiture à cheval à Saint-Germain-en-Laye et à Versailles. Parfois ils se rendent à Orgeval ou se trouve le grossiste qui ravitaille les halles de Paris. C'est en 1925, alors qu'il n'a que 12 ans, que son père l'emmène le premier week-end d'avril assister aux fameuses 24 Heures d'endurance moto de l'UMF (Union motocycliste de France). Il s'agit d'une épreuve disputée sur trois communes : Maule, Bazemont et Herbeuville. La boucle à parcourir est longue de 6 kilomètres.
Georges se souvient toujours de cette découverte du monde de la course et de sa toute première rencontre avec la moto : " Un mois avant, tous les pilotes venaient s'entraîner et reconnatre le parcours. Le directeur de course Rober Sénéchal possédait une Bugatti qui fonctionnait à l'huile de ricin. Il venait surveiller les essais sauvages mais totalement libres qui se déroulaient soit très tôt le matin, soit tard le soir. J'étais envoûté par cette folle ambiance pour un gamin de mon age et par l'agréable odeur du ricin surtout sur la partie du parcours qui empruntait la forêt et où l'odeur stagnait. J'ai encore en mémoire ces superbes Peugeot Terrot, Monet Goyon et autres Gnome Rhône."

Ce type de compétition, une course de vitesse en circuit était vraiment extrêmement rare à l'époque car la très grande majorité des épreuves se disputaient de ville à ville comme Paris-Nice, Paris-les Pyrénées ou encore le Tour de France moto. Ce circuit d'endurance moto de l'UMF avait été remporté par Henri Naas et Gustave Bernard sur une Gnome Rhône.
"
A la Pentecôte cette même année les 3O et 31 mai 1925 mon père qui était passionné de compétition m'a aussi emmené assister au fameux Bol d'Or .Lequel se déroulait le dimanche en moto et le lundi en auto. La course avait lieu dans la forêt de Saint-Germain-en-Llaye sur le circuit de la Légion d'honneur du coté du Camp des loges très connu de nos jours avec le camp d'entraînement du club de foot du PSG.
Les plus grands pilotes de l'époque y participaient car c'était l'événement de la saison : Péan, Lemasson, De Bézieux, Lambert, Bernard, Ménier, Beaudelaire, Barthélémy. On s'y rendait en « tapissière » une sorte de petite calèche moins élégante, moins raffinée, plus rustique avec trois places à l'avant, deux grandes roues et une petite capote . En moto c'est René Francisquet sur une Sunbeam qui avait gagné l'épreuve et en auto la victoire était revenue à Michel Doré sur une Sénéchal. Je crois que ces deux courses en 1925 m'ont réellement filé le virus de la compétition
"

Après avoir quitté l'école élémentaire d'Herbeuville, son certificat d'études en poche, Georges, qui n'était il est vrai guère passionné par les études ni non plus par la culture maraîchère, aidera cependant ses parents deux années durant de 1925 à 1927. Il parvient à se faire embaucher par un voisin fin 1927. Il va aider Alphonse Masson qui est chargé de l'entretien du Château de la Falaise qui se trouve pas très loin de son village natal, Herbeuville, entre Epône et Nezel.
Mais un matin Georges est convoqué et il va tirer sa révérence. "Chaque jour ma mère me préparait une musette avec des casse-croûte mais ce jour-là l'un des chiens de la propriétaire des lieux me l'a volé, attiré probablement par l'odeur du pâté ! Afin de la récupérer je lui ai jeté des pierres pour qu'il la lâche et s'éloigne. Mais la châtelaine m'a aperçu et m'a insulté alors que je tentais de lui expliquer ce qui venait de se passer. Et elle a alors immédiatement convoqué mon patron. Ce dernier m'a passé un bon savon. Alors dépité et écoeuré, je lui ai répliqué : payez -moi ce que vous me devez et je m'en vais à l'instant."
Ce qu'il a fait sur le champ.

Revenu à Herbeuville, Georges apprend le jour même qu'un richissime parisien, monsieur Henri Fournier, un très important marchand de bois d'Ivry-sur-Seine, venait d'acquérir une fort belle propriété avec une très vaste ferme non loin du domicile familial à la périphérie d'Herbeuville et qu'il recrutait du personnel.
Georges entre alors au service de l'entrepreneur chargé de réaliser les travaux d'embellissement de la nouvelle acquisition de Monsieur Fournier. Les travaux dureront trois bonnes années mais Georges n'y restera que jusqu'à la fin de l'année 1928.
Il était tantôt un jour apprenti électricien ; un autre apprenti menuisier, un autre encore apprenti maçon. Il aimait bien accomplir ces travaux manuels mais Georges aspirait sincèrement à tout autre chose. Un jour qu'il croisait son ancien instituteur monsieur Laurent - dont le neveu était son ancien copain d'école et dont le père tenait une boucherie à Paris, 135 Avenue Félix-Faure, près de la porte de Versailles - , Monsieur Laurent, donc, lui propose d'accompagner Jean en tant qu'apprenti boucher chez son frère.

Les deux jeunes garçons montent donc à la capitale à l'automne 1928. Ils viennent d'avoir leur quinze ans. Et Georges Houel va alors découvrir Paris… et se lancer alors dans une folle vie !


Signé Gilles Gaignault


766577737.jpgQuelques dates :

1928 : débute le rugby
1936 : entre au Stade Français. Il y restera jusqu'en 1945
1938 : commence en auto par le dirt-track
1945 : ouvre son pemier restaurant, "L'Equipage"
1951 : victoire au GP de Suède moto sur Gilera 500 devant Jean Behra. Premier de ses 17 rallyes de Monte-Carlo sur Austin A135 avec André Trigano, frère de Gilbert, comme co-équipier
1954 : gagne le rallye Jeanne-d'Arc
1956 : deuxième comme coéquipier de Sirling Moss au Tour de France automobile
1965 : premier Français à courir le rallye d'hiver de Moscou sur Lada
1968 : rallye Londres-Sydney sur Simca 1100 
1987 : crée les Trophées du volant
1997 : court à 84 ans le Tour de France auto sur Ferrari
1999 : rallye de Monte-Carlo sur Subaru comme co-équipier de Jean Vinatier
2007 : cède son restaurant Le Volant

En oubliant les centaines de courses de toutes natures auxquelles il a participé, rallyes, piste, moto, etc.


Georges Houel
, pilote moto et auto, restaurateur
France
Né le 5 juillet 1913 à Herbeuville (Yvelines, ancienne Seine-et-Oise)
Décédé le 10 avril 2008 à Paris


Jojo sur Mémoire des Stands
Putain, un avion qui décolle pas !
Passage de témoin



Passage de témoin
© jean-Paul Orjebin (2006)
Jojo au GP de l'Age d'Or 2003 © MdS

mercredi, 02 janvier 2008

Jean Lerust, le fil des souvenirs

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Nous vous avions promis une suite au récit de notre rencontre avec Jean Lerust. Jean-Paul Orjebin est retourné chez lui le 19 décembre. Pour Jean-Paul ce fut un vrai cadeau de Noël, nous savons que pour vous ce sera une chouette façon de commencer l'année.

***

MdS : Jean, vous souvenez-vous de votre premier papier ?
Jean Lerust : Bien sûr, c’était une interview de François Cevert pour ses débuts avec Tyrrell. Pour l’occasion j’avais invité mon « client » à déjeuner au restaurant de la FFSA, France-Auto-Club. Le souvenir est cuisant, j’étais payé à la ligne et la note de resto était plus élevée que le montant de la pige que j’ai touchée.

MdS : C’était facile d’intégrer le milieu ?
JL : Comme tous, au début j’ai galéré. Je me rappelle un coup fumant, à Rouen je n’avais pas de laissez-passer alors j’ai arrêté une ambulance qui rentrait dans l’enceinte du circuit, l’infirmière a accepté que je m’allonge sur le brancard à l’arrière et deux minutes après j’étais sur la pré-grille. Fallait se débrouiller.

MdS : Un souvenir cocasse ?
JL : C’est au Rallye du Maroc en 73, Marianne Hoepfner et sa navigatrice Yvelyne Vanoni avaient ensablé leur Alpine Aseptogyl. Pour que les pneus puissent avoir un peu de grip elles avaient retiré leurs jeans et les avaient étalés devant les roues de la berlinette. Cela a parfaitement fonctionné, mais une fois l’auto sortie de l’ornière, nos deux belles ont considéré qu’elles avaient déjà perdu assez de temps, alors elles ont abandonné leurs jeans dans le sable. Vous imaginez la tête des autochtones lorsque à l’étape suivante ils ont vu sortir de leur voiture les deux filles en petites culottes, pour aller faire pointer leur feuilles de route. On en parle encore !

231c93c14a2cba9dda57a06140316609.jpgMdS : Racontez-nous votre accident avec Georges Houel.
JL : Nous sommes en 1970, Jojo était toujours à l’affût d’une bonne affaire, il devait acheminer la Camaro ex-M.-C Beaumont à Magny-Cours pour la louer à J.-C Gueurie et ceci avant de la mettre en vente. Il avait trouvé un client, Jean-Claude Willmart à qui il avait proposé, afin de le convaincre, de la lui faire conduire en allant à Magny-Cours. Il y avait avec nous un jeune homme Pierre Chini, qui était à la fois fils d’une riche antiquaire et propriétaire d’une GT40, l’un allant sans doute avec l’autre. Donc nous avions Jean-Claude au volant, Pierre et Jojo derrière et moi à la place du mort.

Jusqu’au péage de Fontainebleau tout allait bien, mais sur l’autoroute Jean-Claude qui d’habitude pilotait une Imp Frazer a été surpris par la puissance et le poids de la Camaro, à un moment il a fallu éviter un traînard qui changeait de file et on s’est retrouvés direct de l’autre coté, sur la file province Paris ; à l’époque il n’y avait pas de rails. Un pauvre bougre de Belge en 404 qui rentrait de vacance n’a pas bien compris pourquoi cette grosse américaine blanche venait s’encastrer dans le capot de sa Peugeot. Moi qui n’avait pas réussi à boucler ma 6 points je me suis retrouvé la tête sur l’accélérateur et le levier de vitesses enfoncé dans le ventre, c’est vachement agressif un levier de vitesses de Camaro. Jojo et Jean-Claude avec chacun un bras cassé et ce pauvre Pierre hélas n’a pas survécu. Le Belge lui avait l’enjoliveur latéral chromé de sa 404 planté dans le poumon comme une flèche d’Indien.

Quand tout ce petit monde s’est réveillé à l’Hôpital de Melun, ça geignait dans tout les coins, le Belge sur l’état piteux de sa poitrine, la mère de Pierre sur son fils, Jean-Claude sur l’avenir de son bras, moi sur ma pauvre jambe et Jojo qui en avait vu d’autres et des pires se plaignait en se demandant si la Camaro allait être réparable, c’est qu’il avait prévu de la louer pour Spa, alors il fallait pas mollir ! Sacré Jojo, sympa mais le boulot c’est le boulot. Comme quoi la douleur est relative.

Il me revient une autre histoire avec Georges Houel, une histoire qui prouve encore que le Jojo, ses bagnoles il y tient. C’était sur le 1er Côte-Côte qu’il faisait sur une R12 Gordini. Un moment il casse son moteur vers Agadez mais refuse de laisser sa Gord sur place comme font la majorité des pilotes, il réussit à se faire remorquer par le camion balai. Le problème, c’est que les pistes étaient tellement ravinées et défoncées que la Gorde tractée s’est retournée et le chauffeur du camion s’en est pas aperçu tout de suite. Mon Jojo, la tête en bas, klaxonnait comme un fou pour que l’autre arrête son putain de camion. Il a fini par se rendre compte parce que ça tirait un peu. Je ne vous dis pas l’humeur de Jojo ! Voila un personnage, Georges Houel, quel dommage qu’il n’ait pas écrit un livre de souvenirs.

MdS : Avez-vous eu peur parfois ?
JL : Deux sortes de peur, la peur du moment, immédiate et brutale qui ne permet pas la réflexion, cela m’est arrivé a Montlhéry et d’ailleurs l’un de vos lecteurs l’a relaté dans un commentaire (Jacques Rivaud le 23 novembre). Il ne se souvenait pas du nom du pilote, il s’agissait de Thomson sur Ensign, dans le dernier tour il dépasse Ethuin, il est trop vite et se met en travers dans les bottes de paille qui formaient la chicane des tribunes, il arrache tout son demi train arrière et tout ça s’envole dans ma direction, j’étais coincé entre le muret et le grillage, j’ai eu le réflexe de détourner le pneu avec mon bras, ça m’a fait un mal de chien mais m’a sauvé. Cette fois-là j’ai eu très peur.

Mais j’ai connu aussi une peur lourde et longue parce que la pression était montée en une dizaine d’heures. Nous couvrions le Rallye Trans Africa en 79 ou 80 avec Jeff Lehalle dans un Fiat Campagnolo prêté par Fiat Iveco. Pour suivre l’épreuve avec nous dans le 4x4 deux passagers prestigieux, Bob Neyret et Jean-Louis Trintignant, qui je me souviens avait une rage de dents terrible malgré le fait d’être assis à coté d’un dentiste. Pour la petite histoire, c’est sur ce rallye qu’il a rencontré Marianne. J’avais le road–book et un moment d’inattention, me fait louper un changement de piste aux environs de la frontière entre le Niger et la Libye. Ce genre d’erreur ne se révèle pas tout de suite, et quand on s’en aperçoit il faut encore un certains temps pour s’en persuader et encore un bon moment pour le dire à ses compagnons. Il nous a fallu une dizaine d’heures pour être sûrs de retrouver notre piste et les douaniers qui nous ont ravitaillés en carburant. Jean-Louis qui s’occupait de la bouffe avait en réserve deux boîtes de sardines, vous imaginez la tension dans le Campagnolo.
N’oublions pas que nous étions à l’époque où dans la région, les rebelles d’Hissen Habré n’hésitaient pas à pratiquer la prise d’otages, Françoise Claustre était libérée depuis peu et la présence d’une notoriété telle que Jean-Louis ne nous rassurait pas. J’ai vraiment ressenti la peur qui monte et qui s’installe petit à petit dans les têtes, c’est très pesant. Tout s’est bien terminé, des militaires nous ont replacés sur une piste et nous avons roulé de nuit en priant de ne pas sortir des traces, mais nous avions pris 3 jours de retard sur la course et nous n’avons plus revu les concurrents.

MdS : Votre plus grande déception ?
JL : Au retour du TAP en 1974 en pleine révolution des Oeillets j’avais été séduit par les murs de Lisbonne couverts de graffitis politiques. De cette forte impression m’était venue une phrase que j’avais glissée dans mon compte rendu du rallye. Cette phrase je la trouvait bonne et j’y tenais, d’ailleurs 33 ans après je m’en souviens : « Un peuple se libère que déjà ses murs sont occupés ». Jean-Claude Lamorlette, secrétaire de rédaction, d’un trait de plume a rayé cette phrase et a noté en marge : hors-sujet. J’y pense encore… parfois.

MdS : Une erreur ?
JL : Oui et qu’en j’y pense c’est une faute. Au Mans 1969, le dimanche un peu avant 11 heures du matin, Jeff et moi nous disons que la course est faite, la 917 d’Elford à 8 tours d’avance sur la GT 40 de Ickx et entre les deux il y a deux autres Porsche. Les carottes sont cuites, on décide de se barrer. On range les appareils-photos et les sacs dans le coffre de la Taunus et en route sans la contrainte pénible de l’embouteillage de fin des 24 heures. C’est à la porte de Saint-Cloud en allumant l’autoradio, que nous avons entendu Tommy Franklin s’égosiller derrière son micro en relatant la fin de course haletante et historique entre Ickx et Hermann. On n’était pas fiers de nous et on avait loupé un grand moment du sport automobile.

MdS : Une image insolite ?
JL : Oui et bien nette. C’était un rallye africain, sans doute le Côte-Côte organisé par mon copain Jean-Claude Bertrand. Un équipage était formé de Jean Todt et de Wolf Mauch sur une Range Rover. Mauch etait le patron des vêtements Lothars et donc très riche, pour l’anecdote il avait un Baron Beechcraft bimoteur que lui pilotait Etienne Vigoureux. Sur le bateau il avait acheté une boîte de 50 cigares Château-Margaux qu’il avait fait tourner le soir autour du feu à Arlit au Niger dans le massif de l’Aïr. Nous étions tous bien crevés et les bouteilles de rosé aidant on s’est tous vite endormis. Je me souviens le lendemain, au réveil, la vision des 50 barreaux de chaises plantés dans le sable autour des cendres du feu de camp, presque aucun n’avaient été allumé et cela faisait comme des statuettes vaudous.

MdS : Le pilote qui vous a le plus impressionné ?
JL : Sans hésitation René Arnoux pour son Volant Shell en 72  à Magny-Cours sous la pluie. Une maîtrise parfaite de sa monoplace, des glissades contrôlées au millimètre, du grand art. Il a mis un réel acharnement à remporter ce Volant Shell, il s’était installé dans une caravane avec Nelly sur le circuit pour pouvoir s’entraîner chaque jour, un sacré bonhomme.
A propos de René j’ai une anecdote amusante vécue avec ses parents Georges et Alice. En 73, au retour d'une course en Espagne le père de René me propose de me ramener en France, il avait - les temps ont bien changé - une Ami 8, et nous voilà partis tous les trois. Une fois passé la frontière, Georges fait le plein de l’Ami 8, dans une station Shell, ceux qui le connaissent reconnaîtront l’homme honnête qui essaie de rendre ce que le sponsor de son fils avait donné. Un peu fatigué, le père Arnoux s’allonge près de la machine à café de la station et s’endort comme un bienheureux. Le gérant de la station se précipite, secoue notre dormeur, le fiche dehors sans ménagement  en le traitant de clochard. Je m’interpose et explique que le clochard jeté dehors avec sa vieille 3CV c’est Monsieur Arnoux le père du Volant Shell, donc un peu de la maison. "C’est ça" me répondit le gérant "et moi je suis le pape !"

MdS : D’autres bons souvenirs ?
JL : Il y en a plein, je pense par exemple à la course de R8 Gordini à Charade en 69, j’étais au bord de la piste avec Jackie Stewart, qui devait gagner le lendemain je crois. Il était enthousiaste comme un gamin en regardant la course, je me souviens qu’à chaque passage de Michel Leclère il me regardait et en levant le pouce disait « Fantastic ! ». Lorsque après la course j’ai raconté l’histoire à Michel, il n’était pas peu fier.
Un autre très bon moment peut-être parce que partagé avec mon fils Yann. Jean Todt nous avait invités à Maranello pour effectuer l’enregistrement sonore de la F40, j’ai le souvenir intact d’un grand bonheur de nous voir, Yann et moi, dans une petite Alfa 147, suivre la F40 de l’usine jusqu'à Fiorano, de voir la grille du circuit s’ouvrir rien que pour nous et d’avoir le privilège d’être à côté du pilote avec mon magnéto et d’enregistrer le bruit fabuleux de ce moteur fantastique sur cette piste privée. Je m’aperçois en racontant ça, que j’ai les poils qui se dressent sur les bras, Grand moment !

MdS : Le confrère que vous admirez le plus ?
JL : C’était Christian Vella, pour la qualité de ses papiers, un poète romantique, et Johnny Rives, c’était bien aussi. Cela va faire retour d’ascenseur mais je veux citer aussi Eric Bhat pour son intelligence et sa capacité à trouver des idées bonnes et neuves

MdS : Vos circuits favoris ?
JL : Spa bien sûr, Charade, et Rouen pour cette putain de descente. Je dis Rouen bien que j’y aie vécu comme beaucoup ce moment terrible où j’ai d’ailleurs failli tout abandonner, me disant Est-ce que ça vaut le coup ? C’était le week-end où Bob Wollek s’etait envolé dans les arbres, où Salomon s’est tué à la Scierie et Dayan dans les Six-Frères. Terrible.

330e239369b10f70227797115564f05b.jpgMdS : Et aujourd’hui ?
JL : Je m’aperçois que j’ai passé en revue pas mal de moments forts de ma vie sans évoquer celui qui certainement a la plus grande place dans mon cœur. Je veux parler de Jean Ragnotti, de Jeannot, le plus merveilleux des hommes, un clown, un acrobate, un gros cœur, toujours souriant et de bonne humeur, d’une générosité exemplaire, un véritable ami.

Mon actualité ? Elle est photographique. L’office de tourisme de ma ville va présenter quelques-unes de mes photos prochainement [1]. Elles ont la particularité d’être toutes prises de mon fauteuil. Elles montreront donc mon environnement, je vous promets des surprises.


(Propos recueillis par Jean-Paul Orjebin)




[1]
Une note relative à cette expo est à suivre



Jean Lerust et Yannick Auxemery, Charade 72
© Jean-Paul Orjebin
Jean Lerust dans son atelier © Jean-Paul Orjebin

lundi, 04 juin 2007

Passage de témoin

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Georges Houel vient juste de vendre son Volant. À 94 ans, il prend sa retraite. Il était un adepte du "Travailler plus pour gagner plus" avant que ce principe ne devienne un truc électoral.

Chaque soir que Dieu faisait, à l'heure où le service s'étirait vers les pousse-café, il émergeait de sa cuisine, le tablier travaillé au lapin chasseur, et s'en allait faire le tour de sa salle. Il avait couru avec Moss et De Portago mais abandonnait aux connaisseurs du jour le soin de restituer son palmares, préférant cent fois baiser la main des dames dont sa mémoire, bien qu'instable maintenant, lui restituait les prénoms sans l'ombre d'une faute, sacré Georges !

Il tomba ce soir de novembre 2006 dans le guet-apens que lui tendit l'équipe de Mémoire des Stands, à moins que ce ne fût l'inverse. En rouge, Jean-Michel S., cinéaste ; en face Patrice V., blogueur ; à droite, recevant à travers le bras noueux de l'ancêtre un siècle de sport mécanique dans le sang, Régis, le neveu du Cake en l'honneur de qui cette soirée était organisée.

Tout ceci appartient à l'Histoire.


Georges Houel en tournée des popotes . Restaurant Le Volant . Samedi 25 novembre 2006


Passage de témoin
© jean-Paul Orjebin

vendredi, 31 mars 2006

Putain, un avion qui décolle pas !

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Ils prennent de l’âge, ont le dos explosé à force d’avoir trop conduit des fourgonnettes de merde, s’habillent chez Kiabi, se sont fait refaire le nez, suivent des régimes qui ne les empêcheront pas d’avoir les boules sur la plage cet été, ne risquent pas de poser nus sur un calendrier, sinon pour vanter les bienfaits de la chirurgie esthétique ; "Ils", ce sont mes amis, à qui une amitié de trente ans me cimente aussi fort que le goudron adhère à la piste, qui me pardonneront d’autant ce portrait réaliste que le mien, exécuté par eux, serait pire.
Raison pour laquelle Internet, à l’instar de beaucoup de bloggeurs, est devenu ma maison.

Je les ai revus, hier soir, le temps d’un dîner au "Volant" [1] du vieux, du très vieux Georges Houel, 93 ans au compteur, qui il y a peu faisait son marché à Rungis au volant de sa Ferrari Dino 308 GT, et qui, comme tous les soirs ou presque sur le coup de 11 heures, apparut dans son resto, l’œil humide en apercevant Monique, le polo sémillant, le verbe assuré, tançant ici ou complimentant là. Sa table l’attendait, couvée par Marie. Il y dîne tous les soirs.

Depuis le départ de Monique – l’autre, celle qui officia longtemps dans la salle du "Volant" -, c’est Marie qui chouchoute ses hôtes. Kir déjà sur les tables, la main qui flatte le dos d’un bon client, les formes rebondies ; Marie offre un spectacle en trois dimensions. Elle fait cadeau à Monique – la nôtre, celle qui part à Cuba (éclaircir l’affaire de l’enlèvement de Fangio en 58 ?), d’un sac de verroterie destinée à diluer la nuée des mendiants qui l’assailliront dès le pied posé sur le tarmac de Jose Marti, l’aéroport de la Havane. Il y a dedans des bricoles publicitaires qu’un sponsor, ATS, lui a données lors des dernières 24 h du Mans.
Monique en ONG d’assistance humanitaire automobile ! Amusant de penser que les mômes de Malecon qui plongent pour trois pesos dans l’océan le feront sous les couleurs d’un ascensoriste parisien. Il y a trente ans j’aurais tué pour une casquette Goodyear. Le jour où j’en ai piqué une, au Ring en 76 je crois, celle que Jo Salas, de Ligier, avait laissée sur le muret du stand, je me suis senti mieux. Mais ces mômes, à qui on va donner des casquettes ATS sans qu’ils aient fourni le moindre effort pour les mériter, les apprécieront-ils à leur juste valeur ? On ne règlera pas le problème de la casquette promotionnelle dans le tiers-monde sans la mise en place d’un programme industriel de ladite casquette promotionnelle, avec transfert de technologie, formation de personnel local, etc. Bref.

medium_volant1.jpgA ma droite le hasard a placé Jean-Michel. Grimaçant sous la douleur d’une hernie discale, il se réfugie dans le passé, une époque où le présent annonçait un futur en bleu. "En 69, j’étais bidasse à Villacoublay, sur la base aérienne. Un jour depuis ma piaule, j’entends comme un bruit d’avion suraigu, je me pointe à la fenêtre et j’aperçois au loin un avion filant au sol à toute allure sans décoller ! Putain, un avion qui décolle pas ! Je réalise alors que c’est Matra qui fait ses essais ici.
Le lendemain, je baratine mon pitaine pour emprunter une caisse de l’armée pour aller sur le tarmac car c’était interdit. Je tombe sur la 640 de Robert Choulet avec les gars de Matra autour. Je me faufile parmi eux. A un moment, j’entends Pesca dire à Ducarouge
: "Elle est vachement instable !"
Jean-Paul Orjebin en reste la fourchette en l’air. "Il faut que tu raconte ça sur Mémoire des Stands, Jean-Michel, ça vaut de l’or !" Trop tard, c’est fait.

A ma gauche, Monique lit le tirage papier d’une note qui lui fut ici consacrée et qu’elle découvre. Vous avez dit fracture numérique ? Son nez, habilement rectifié mais encore visible, se tortille au fur et à mesure qu’elle prend connaissance de jusqu’où je suis capable d’aller pour rendre attrayant un texte. "Oh ! C’est pas vrai, tu as parlé de Bernard ! Et si jamais il tombe là dessus ! Je t’avais demandé de ne pas en parler ! Et tu cites mon nom en plus !" Ne t’inquiète pas Monique, personne n’a fait le rapprochement entre toi et Bernard. 

medium_volant3.jpgGuy, lui, garde le silence. Ses archives parlent pour lui. Des centaines de diapos qui attendent leur classement et leur tirage sur CD. Comme celles que Pascal Bisson, son voisin de table, a prises en dix ans de GP et que la flemme de l’un et le surbooking de l’autre privent les lecteurs de MdS, et accessoirement les gens qui projettent des livres, d’en jouir… Sacrés eux, il va falloir que je m’en occupe moi-même !

Face à moi est Michèle, la vicomtesse. Ses hommes autour d’elle la rendent heureuse. Elle n’oublie pas ce qu’elle doit à la course automobile qui les lui a donnés. Elle ne demande rien d’autre à la vie que de les avoir là, à ses côtés le temps d’un dîner, là dans ce resto à la gloire de ce sport aussi cruel qu'il peut s'avérer tendre. A côté d’elle, veillant sur son assiette, comme s’ils surveillaient le régime auquel elle s’astreint, Stewart, Beltoise et Servoz-Gavin posent dans une méchante photo en noir et blanc. Ou que se porte le regard au "Volant", il rencontre une image qui parle ; ici c’est Jojo avec Philippe Streiff et Alain Prost, là on le voit flanqué de Stirling Moss ; c’est un musée.

Ne manquait hier soir que le Pr Reimsparing pour que l’illusion muséographique soit parfaite, quoique sous la défroque de l’austère juriste sommeille un agitateur d’humour, mais oui, ce dont témoigne l’histoire drôle suivante dont il nous aurait immanquablement gratifiés : C’est un patron qui propose un doigt de whisky à sa secrétaire qui répond : "d’accord, mais avant", à quoi l’autre rétorque : "avant quoi ?"
Devant le blanc que cette blague engendre chez vous, chers lecteurs, il me vient à l’esprit que j’en ai peut-être mélangé les éléments. L’auteur rectifiera, s’il ose.








[1] Le Volant, 13 rue Béatrix-Dussane, 75015 Paris

 


Ils
© Pascal Bisson

mercredi, 29 mars 2006

Ma vie, mes passions

medium_georges_houel.jpgGilles Gaignault, présenté lors d'une note antérieure et dont on remarque le style de temps à autre dans les commentaires, nous envoie les bonnes feuilles de Ma vie, mes passions, son livre à paraître sur Georges Houel, dont l'expérience au volant égale celle qu'il a acquise aux fourneaux.
En attendant de déguster la prose de l'ami Gilles, nous renvoyons les lecteurs qui veulent en savoir plus sur Jojo Houel au lapin cocote grand-mère qu'il mitonne tous les soirs au "Volant"... [1]


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Once upon a time. Il était une fois, Georges Houel.

Tout commence le 5 juillet 1913. Ce jour-là Louise Mathieu, épouse de Paul Houel, met au monde un superbe bambin. Ils l'appellent Georges. Curieux, car sa soeur aînée alors âgée de 13 ans se prénomme Georgette. Les Houel auront un troisième enfant, Marcel né un peu plus tard en 1919. La famille Houel est établie à Herbeuville en Seine-et-Oise du coté de Maule, après Saint-Nom-la-Bretèche. Louise et Paul sont cultivateurs-maraîchers.

Le jeune Georges effectue sa scolarité normale à l'école du village. Il aide parfois ses parents au travail du potager pour cueillir et ramasser les fruits et légumes. Il passe son CEP à l'école d'Herbeuville où Monsieur Emile Laurent, son instituteur, le trouve déjà très boute-en-train. "Un jour on a eu une narration à faire sur l'avenir .... Moi j'ai écrit que je souhaitais être sportif pour avoir mon nom dans les journaux et que je souhaitais vivre au moins jusqu'à 4O ans ! "» Puis il quitte définitivement l'école à 13 ans et va travailler avec ses parents, les aidant à transporter et à vendre tous leurs produits maraîchers à des grossistes.

A l'époque les Houel se déplacent en voiture à cheval à Saint-Germain-en-Laye et à Versailles. Parfois ils se rendent à Orgeval ou se trouve le grossiste qui ravitaille les halles de Paris. C'est en 1925, alors qu'il n'a que 12 ans, que son père l'emmène le premier week-end d'avril assister aux fameuses 24 Heures d'endurance moto de l'UMF (Union motocycliste de France). Il s'agit d'une épreuve disputée sur trois communes : Maule, Bazemont et Herbeuville. La boucle à parcourir est longue de 6 kilomètres.
Georges se souvient toujours de cette découverte du monde de la course et de sa toute première rencontre avec la moto : " Un mois avant, tous les pilotes venaient s'entraîner et reconnatre le parcours. Le directeur de course Rober Sénéchal possédait une Bugatti qui fonctionnait à l'huile de ricin. Il venait surveiller les essais sauvages mais totalement libres qui se déroulaient soit très tôt le matin, soit tard le soir. J'étais envoûté par cette folle ambiance pour un gamin de mon age et par l'agréable odeur du ricin surtout sur la partie du parcours qui empruntait la forêt et où l'odeur stagnait. J'ai encore en mémoire ces superbes Peugeot Terrot, Monet Goyon et autres Gnome Rhône."

Ce type de compétition, une course de vitesse en circuit était vraiment extrêmement rare à l'époque car la très grande majorité des épreuves se disputaient de ville à ville comme Paris-Nice, Paris-les Pyrénées ou encore le Tour de France moto. Ce circuit d'endurance moto de l'UMF avait été remporté par Henri Naas et Gustave Bernard sur une Gnome Rhône.
"
A la Pentecôte cette même année les 3O et 31 mai 1925 mon père qui était passionné de compétition m'a aussi emmené assister au fameux Bol d'Or .Lequel se déroulait le dimanche en moto et le lundi en auto. La course avait lieu dans la forêt de Saint-Germain-en-Llaye sur le circuit de la Légion d'honneur du coté du Camp des loges très connu de nos jours avec le camp d'entraînement du club de foot du PSG.
Les plus grands pilotes de l'époque y participaient car c'était l'événement de la saison : Péan, Lemasson, De Bézieux, Lambert, Bernard, Ménier, Beaudelaire, Barthélémy. On s'y rendait en « tapissière » une sorte de petite calèche moins élégante, moins raffinée, plus rustique avec trois places à l'avant, deux grandes roues et une petite capote . En moto c'est René Francisquet sur une Sunbeam qui avait gagné l'épreuve et en auto la victoire était revenue à Michel Doré sur une Sénéchal. Je crois que ces deux courses en 1925 m'ont réellement filé le virus de la compétition
"

Après avoir quitté l'école élémentaire d'Herbeuville, son certificat d'études en poche, Georges, qui n'était il est vrai guère passionné par les études ni non plus par la culture maraîchère, aidera cependant ses parents deux années durant de 1925 à 1927. Il parvient à se faire embaucher par un voisin fin 1927. Il va aider Alphonse Masson qui est chargé de l'entretien du Château de la Falaise qui se trouve pas très loin de son village natal, Herbeuville, entre Epône et Nezel.
Mais un matin Georges est convoqué et il va tirer sa révérence. "Chaque jour ma mère me préparait une musette avec des casse-croûte mais ce jour-là l'un des chiens de la propriétaire des lieux me l'a volé, attiré probablement par l'odeur du pâté ! Afin de la récupérer je lui ai jeté des pierres pour qu'il la lâche et s'éloigne. Mais la châtelaine m'a aperçu et m'a insulté alors que je tentais de lui expliquer ce qui venait de se passer. Et elle a alors immédiatement convoqué mon patron. Ce dernier m'a passé un bon savon. Alors dépité et écoeuré, je lui ai répliqué : payez -moi ce que vous me devez et je m'en vais à l'instant."
Ce qu'il a fait sur le champ.

Revenu à Herbeuville, Georges apprend le jour même qu'un richissime parisien, monsieur Henri Fournier, un très important marchand de bois d'Ivry-sur-Seine, venait d'acquérir une fort belle propriété avec une très vaste ferme non loin du domicile familial à la périphérie d'Herbeuville et qu'il recrutait du personnel.
Georges entre alors au service de l'entrepreneur chargé de réaliser les travaux d'embellissement de la nouvelle acquisition de Monsieur Fournier. Les travaux dureront trois bonnes années mais Georges n'y restera que jusqu'à la fin de l'année 1928.
Il était tantôt un jour apprenti électricien ; un autre apprenti menuisier, un autre encore apprenti maçon. Il aimait bien accomplir ces travaux manuels mais Georges aspirait sincèrement à tout autre chose. Un jour qu'il croisait son ancien instituteur monsieur Laurent - dont le neveu était son ancien copain d'école et dont le père tenait une boucherie à Paris, 135 Avenue Félix-Faure, près de la porte de Versailles - , Monsieur Laurent, donc, lui propose d'accompagner Jean en tant qu'apprenti boucher chez son frère.

Les deux jeunes garçons montent donc à la capitale à l'automne 1928. Ils viennent d'avoir leur quinze ans. Et Georges Houel va alors découvrir Paris… et se lancer alors dans une folle vie !


Signé Gilles Gaignault


Georges Houel au GP de l'Age d'Or 2003
© MdS








[1]
Le Volant, 13 rue Béatrix-Dussane, 75015 Paris

lundi, 14 mars 2005

Grand Prix de l'Age d'Or 2003

L’avenue Georges Boillot - en réalité un chemin vicinal - est la côte qui grimpe à l’autodrome de Linas-Montlhéry. En cette journée de forte chaleur du 29 juin 2003 qui concentre sur la RN 20 le départ en vacances des juillettistes et la brocante annuelle de Linas, l’avenue qui porte le nom du vainqueur du GP de l’ACF 1913 est un piège.
En témoignent le nombre d’anciennes, en rade dans la côte, le capot levé devant un propriétaire dubitatif. TR3 fumantes ou Alfa 33 ahanantes sont dépassées à la vitesse d’escargot permise par l’embouteillage par les Aston-Martin DB7 aux vitres levées pour garder leur habitacle au frais ; tout ce monde étant doublé par des piétons qui, comme votre serviteur, sont venus au circuit en autobus, lequel les lâche au bas de la montée.medium_anciennes_cuites.jpg

On va au GP de l’Age d’Or comme d’autres vont à Saint-Jacques-de-Compostelle, en pèlerinage.
Un mot qui prend un sens très précis depuis qu’on sait l’autodrome condamné. L’Anneau est le premier édifice que l’on trouve sur son chemin après la billetterie. En le longeant pour passer dessous et gagner les paddocks, nous sommes immanquablement parcouru des frissons du souvenir.
Comment oublier ce jour d’octobre 1970, où dans la lumière rasante du matin sortait d’un des boxes qui sont sous l’Anneau la Matra 660 de François Cevert et Jack Brabham, ce dernier attendant casque à la main ?

Quelques chiffres pour situer ce GP de l’Age d’Or. 200 voitures de course réparties en 10 plateaux.
Se partageant la pelouse centrale, 110 clubs y exposent 3000 véhicules. Là, guidé par l’odeur des merguez, l’amateur peut voir le meilleur côtoyer le pire. L’élégant French Jaguar Driver’s Club, avec ses autos lustrées en permanence et ses membres vêtus comme dans un film de James Ivory, voisine un club d’outlaws qui se croit dans Easy Rider et présente deux caisses américaines ornées de têtes de mort décourageant toute demande de renseignement.

Si l’on déjoue la vigilance du maître de céans – un costaud au tee-shirt proclamant I fuck like a beast -, on tombe sur un autocollant plaqué sur la vitre de leur antique Cutlass, proposant un emploi : Girls wanted, no experience necessary. medium_club_porsche.jpgEntre ces deux pôles, nous trouvons le sympathique club Euro Trabi, qui manifeste pour la sauvegarde du circuit, ou encore le club Porsche de France, un rien envahi de ses déchets.

L’Age d’Or dégage un charme particulier qu’on aurait du mal à identifier.
Pourtant c’est tous les ans la même chose, ou presque ; les mêmes autos, la même organisation pro mais relax, le même speaker à la casquette de Sherlock Holmes, Marc Aumonier, à qui il manque un docteur Watson pour l’assister, tant l’homme est au boulot, poussant les voitures gênantes dans les stands, faisant la police à l’occasion et tenant le crachoir non-stop du samedi matin au dimanche soir, non sans donner prise à une fatigue légitime dont les spectateurs suivent la montée au fil des heures. medium_aumonier.jpg

Le charme opéré par l’Age d’Or est dans l’alchimie entre cette manifestation et le lieu qui l’accueille, cet autodrome délabré et bouffé aux mites, condamné en 2005 si l’on ne fait rien, mais qu’on adore. C’est parce qu’il est difficile, viril, qu’on l’aime.

Survivre à l’Age d’Or est un boulot à plein temps. En plus d’assister aux courses, l’amateur est animé de deux autres besoins, s’alimenter et trouver de l’ombre, si possible simultanément. Nos lecteurs du Québec doivent savoir que l’allée centrale des exposants, fin juin, est aussi infréquentable que le centre-ville de N’Djamena en plein été, les palmiers en moins, sauf toutefois celui qui abrite le stand de Michel Delannoy, le libraire nîmois.

Une fois arrachés de haute lutte un sandwich au thon qui bave dès qu’on le sort du sac en papier et une bière glacée qui tiédit dans la minute, en route pour l’ombre qui n’est fournie, dans le secteur du paddock, que par un pin maigrelet poussant à la sortie du tunnel. Là, nous déchantons : 25 pékins y sont agglutinés en une masse grouillante épousant le dessin sans cesse changeant de l’ombre.
Nous nous rabattons vers la solution de rechange, la forêt, où un danger sournois guette l’imprudent qui poserait son postérieur sans avoir vérifié qu’un autre de ses congénères ne l’aurait pas fait avant lui, un rouleau de papier rose à la main. L’espace dévolu aux clubs, formé d’une large partie de forêt, est la version automobile d’un camp de réfugiés ; les latrines y sont rares.medium_jabby.jpg
Nourri, abreuvé et rafraîchi, nous retournons vers les paddocks. La rencontre de Gérard Crombac indique que nous sommes revenu à la civilisation, L’homme a l’air gaillard, même si personne ne lui a dit qu’il faisait trop chaud pour déambuler en veste de tweed et casquette à carreaux.

Puis nous rencontrons Georges Houel, pantalon à pinces et polo vert pomme, qui a délaissé son restaurant de la rue Beatrix-Dussane pour voir gagner son pote Andruet en GT. Né l’année de la victoire de Boillot à l’ACF, l’ancien rallyman est toujours aussi vert, comme son polo. Il raconte des trucs qui font qu’on