lundi, 07 août 2006

Où le professeur Reimsparing joua les figurants malgré lui

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Un GP de Belgique vécu au bord de l’ancien tracé de Spa ne peut pas ne pas être mémorable. Mais force est de reconnaître que ce qualificatif sied tout particulièrement à celui de 1966.

Le départ, sous un ciel sombre et convulsé mais dont les nuées, non dépourvues d’un certain sadisme, ont jusque là retenu leur déchaînement, alors que déjà le déluge sévit à Burnenville.

Une monoplace qui laisse s’enfuir la meute et glisse en roue libre sur le bas-côté. Interrogation fugace puis stupeur incrédule : c’est la Lotus de Jim Clark, le Maître de Spa. Il vient, on le saura plus tard, de nous refaire le coup du Nürburgring 62 : pompe à essence non enclenchée ! Mais cette fois, pas de remontée époustouflante en vue. Le moteur a encaissé un sur-régime rédhibitoire et entamé sans préavis une grève illimitée. Fin quelque peu ubuesque d’une extraordinaire série de victoires incluant les GP de 62, 63, 64 (avec un peu de chance) et 65.

Premier passage : tiens, c’est bizarre, on a l’impression qu’il en manque à l’appel. Arrive Guy Ligier, sur sa Cooper-Maserati aussi bleue que privée. Déjà largué, certes, mais 7e tout de même, alors qu’il était parti dernier sur quinze. Quelle remontée ! Incroyable. Mouais… Sauf qu’il n’y a toujours personne derrière lui. Décidément, il en manque à la pelle.

On sait ce qu’il en était advenu. A partir de Burnenville, sur une piste détrempée à laquelle nul ne s’attendait, ce fut la valse des toréadors.

medium_Spa66.jpgEffectivement, l’ami Bonnier se trouva, à la sortie du virage précité, bien près de plonger dans le vide, l’auteur de ces lignes, pour avoir, après la course, contemplé la scène (immortalisée par L’Année Automobile), peut en témoigner Notre barbu polyglotte pouvait remercier les concepteurs du moteur Maserati de n’avoir pas fait la chasse aux kilos superflus. Ces derniers, en collant au sol à l’issue de sa pirouette le cul de sa monoplace (comme dirait notre TTDB), lui avaient certainement épargné de gros soucis. 

À Masta, ce fut la sortie-déroute des BRM, toutes écuries confondues : Bob Bondurant, Graham Hill et Jackie Stewart allèrent au tapis. Ce dernier, coincé dans sa voiture qui venait de se plier contre le parapet du petit pont situé à l’entrée du « S », en fut extrait par ses potes sus nommés (Graham Hill surtout). Belle solidarité. Il avait cependant copieusement baigné dans une essence qui, fort heureusement, jugea bon de conserver sa composition chimique originaire et de ne pas lui déclarer sa flamme.

L’accident eut deux conséquences d’inégale portée. Stewart loupa des courses et dut supporter quelque temps l’inconvénient de brûlures fort mal placées. Surtout, il prit conscience dans sa chair des conditions extraordinairement précaires dans lesquelles ses pairs et lui exerçaient leur métier et devint le chantre obstiné (et compétent) des barrières de sécurité ainsi que des antennes médicales. L’évolution suivit son cours et si aujourd‘hui, technologie aidant, une F1 peut taper à 300 et permettre à son pilote de regagner son stand en petites foulées le volant à la main, quelque part, c’est au petit pont du « S » de Masta qu’on le doit.

Malgré l’hécatombe, ce GP de Belgique 66 (le vrai) fut passionnant, grâce au duel homérique que se livrèrent Surtees sur sa Ferrari et Rindt sur sa Cooper-Maserati (both very big balls indeed). Le second nommé, au volant d’une machine qui tenait plus du char d’assaut que d’une monoplace de F1, ayant été, sur ce circuit-là et dans ces conditions-là, tout simplement héroïque. Ce qui ne retire rien, au contraire, à la victoire de Jean-Pierre Sarti, pardon, de John Surtees.

Oui, c’est vrai, l’infortuné Sarti était, lui, sorti, censément du côté de Stavelot, si nos souvenirs cinématographiques (bientôt régénérés) sont exacts, provoquant malheureusement la mort d’un enfant et la colère d’un père, dans la plus pure tradition des ces scènes « guimauve » et outrancières à la fois dont les films made in USA ne sont pas avares et qui gagneraient tant à être coupées au montage. D’autant qu’en la circonstance, la réalité avait déjà tragiquement dépassé la fiction un certain 11 juin 1955.

Quoi qu’il en soit, la cohabitation pacifique et peut-être même amicale du « GP Circus » et d’Hollywood généra, tout au long de cette journée quasiment onirique, moult émotions, dont on se réjouit à l’avance de revivre quelques-unes grâce à la sortie du DVD que l’on sait.

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Les spectateurs et lecteurs attentifs reconnaîtront peut-être, au sein de la foule qui se presse au bas du podium où James Garner, alias Pete Aron, vient de recevoir le bouquet de la victoire, un très juvénile professeur Reimsparing, auteur de la photo ci-dessus.

Bon, je rigole
.


Signé professeur Reimsparing



PS : Bien qu’assez peu concerné par le phénomène yéyé, je ne détestais pas Françoise Hardy et ses petits airs d’intellectuelle blasée. C’est pourquoi j’avais cruellement ressenti la déclaration selon laquelle, durant le tournage, elle avait trompé son profond ennui, non pas avec son beau fiancé italien, mais… en croquant des pommes. Nous aurait-elle pris pour des poires (voire des scoubidous) ?



Descente de Masta
© Carlos Ghys
La victoire de Pete Aron © Pr Reimsparing

mercredi, 19 juillet 2006

Grand Prix, le film, enfin en DVD !

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Il aura fallu attendre de longues années ans pour acheter la version PAL zone 2 de Grand Prix en DVD, qui sort aujourd'hui, la version NTSC zones 1 à 4 étant distribuée aux USA depuis le 11 juillet…
Suite au forcing de plusieurs milliers de fans qui ont réclamé la sortie DVD de ce film invisible, sauf de temps en temps à la télé (Arte en 2004) et ont mis en ligne un site de pétition [1] , Warner Home Video s’est enfin décidé à débloquer Grand Prix, resté enroulé sur sa bobine d’acétate pour d’obscures raisons.

Nos jeunes amis verront ainsi le meilleur film jamais réalisé sur notre sport, même si son scénario fait une part trop belle à un sentimentalisme de paccotille. Il faut avant tout vendre un film au distributeur et toucher un public plus large que celui visé spécifiquement par le thème ; donc il y a des nanas et des pleurs au bord de circuits qui eux, filmés pendant la saison 1966, sont devenu des musées à ciel ouvert et à ce titre, des pièces à conviction qui témoignent des conditions de course d'avant Bernie Ecclestone, d'avant Bahrein, d'vant les cartes magnétiques pour entrer au paddock.

En gros, et d’après nos souvenirs de Grand Prix qui datent de sa sortie en 1967 au cinéma Empire Cinérama (Plein la gueule est un euphémisme bien trop faible pour résumer les sensations ressenties devant l’écran gigantesque, où môme, nous étions embarqué comme une caméra humaine dans la Ferrari de Jean-Pierre Sarti sur le banking de Monza…), il s’agit des tribulations de quatre pilotes, Pete Aron (James Garner), Scott Stoddard (Brian Bedford), Jean-Pierre Sarti (Yves Montand) et Nino Barlini (Antonio Sabato), dont la raison est rythmée par des ruptures, tant mécaniques que sentimentales.
Aron est censé figurer un vague Chris Amon, Stoddard est à la fois Jim Clark, à qui il ressemble fortement et Jackie Stewart, dont il poste le casque, Sarti serait un John Surtees qui parle anglais avec l’accent de Beltoise tandis que Barlini est sans conteste Lorenzo Bandini.

L’intérêt du film démarre quand on lance les moteurs. Heureusement c’est souvent. A ce titre la séquence d'ouverture est grandiose. La musique de Maurice Jarre magnifie les superbes scènes de course tournées sur huit circuits dont six sont rayés du calendrier F1 en 2006 : Brands Hatch, l’ancien Spa, Charade, Monaco, Monza, Zandvoort, Watkins Glen et Riverside. La chance a voulu que nous les visitâmes tous à l’occasion de courses, même si nous ne vîmes qu’un champ de betteraves à l’endroit qu’occupait le californien Riverside avant sa faillite.

En bref, Grand Prix offre 179 mn de bonheur à porter au crédit de John Frankenheimer et des acteurs précités mais aussi (et surtout) à Messieurs Chris Amon, Lorenzo Bandini, Bob Bondurant, Jack Brabham, Jean-Pierre Beltoise (mais oui), Jo Bonnier, Juan Manuel Fangio, Nino Farina, Paul Frère, Richie Ginther, Dan Gurney, Graham Hill, Phil Hill, Dennis Hulme, Tony Lanfranchi, Guy Ligier, Bruce McLaren, Mike Parkes, André et Teddy Pilette, Peter Revson, Jochen Rindt, Jim Russell, Ludovico Scarfiotti, Jo Schlesser, Skip Scott, Jo Siffert, Mike Spence, plus des figures annexes comme Anthony Marsch (un speaker anglais), Bernard Cahier, et sans doute mais à vérifier, Franco Lini et Gérard Crombac. Tous ces gens étant crédités ou non au générique.


[1] www.putgrandprixondvd.com
 


Grand Prix
, de John Frankenheimer, avec James Garner, Eva Marie Saint, Yves Montand, Toshiro Mifune, Brian Bedford, Françoise Hardy, Antonio Sabato

Voir la fiche du film sur IMDB
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Voir le fil de discussion sur TNF 


Pete Aron et Jean-Pierre Sarti © Warner Home Video, image extraite de www.dvdbeaver.com