vendredi, 28 juillet 2006
Bertrand Gachot

Je suis cent pour cent français déclarait à Didier Braillon pour Course auto magazine celui à qui les médias peinent à définir une nationalité. Il est vrai que, né au Luxembourg d’un père français, haut fonctionnaire à la Commission européenne, et d’une mère allemande, élevé à Bruxelles où il fit ses études, et résidant en Espagne avec une compagne anglaise, Bertrand Gachot est un drapeau européen ambulant. Cet emblème a d’ailleurs figuré sur son casque.
Il aborde le sport auto par le karting, à l’âge de 15 ans, puis termine troisième du Volant Elf 1983 derrière Eric Bernard et Jean Alesi. Bertrand décide alors que son avenir n’est pas inscrit sur les bancs de l’université ; laissant tomber ses études en 1984, il participe au championnat du Benelux de Formule Ford 1600, et l’enlève.
Un ami, Harald Huysman, l’introduit auprès de Keith Wiggins, le manager du Pacific Racing, qui allait dix ans plus tard lui confier une F1. Il s’agit pour l’heure d’une FF1600 que Gachot mène au titre britannique en 1985, à laquelle succède une FF2000 dont le pilote fait un usage identique, gagnant le championnat britannique de la spécialité en 1986 et finissant deuxième du championnat européen. Ses performances restent dans les esprits des observateurs qui le virent évoluer en Formule Ford, notamment le « fighting spirit » au moyen duquel il défit Mark Blundell aux deux séries anglaises de 85 et 86.
En 1987 il est au volant d’une F3 du West Surrey Racing Team, formation qui avait conduit à la notoriété des inconnus tels que Ayrton Senna ou Nelson Piquet. Gachot arrive à la deuxième place du championnat anglais derrière Johnny Herbert, gagnant notamment à Brands Hatch, Silverstone et Thruxton. Une progression logique le mène à la F3000 en 1988. Il accomplit une jolie saison sur la Reynard du Spirit Racing, se classant 5e au final avec deux secondes places à Vallelunga et Silverstone.
Gachot lorgne alors vers l’échelon supérieur. En contact avec l’écurie Onyx qui envisage de passer de la F3000 à la F1, il est à la recherche des 100 millions de francs belges demandés pour avoir un volant lorsque, à son instigation, le milliardaire belge Jean-Pierre van Rossem vient à la rescousse, apportant à Onyx l’appui de sa société financière, Moneytron. Engagé, le Français trouve en Stefan Johansson un coéquipier excellent qui fera apparaître un peu fades ses propres efforts. Prétextant des propos désobligeants tenus par Gachot dans la presse belge (Je n’étais pas payé alors que les directeurs l’étaient, eux. Aussi je lui ai dit que je voulais mon argent et van Rossem m’a dit : « écoute, je te donne un million de dollars l’année prochaine si tu acceptes de n’être payé que l’année prochaine. J’ai refusé), van Rossem le vire après le GP d’Italie.
Sa mallette à dollars sous le bras, Bertrand sonne alors chez Gunther Schmidt l’irascible (selon le terme consacré qui a valeur de norme) qui fait courir les Rial, ou plutôt tente de les qualifier. Les participations de Gachot aux deux derniers GP de 1989 n’allègent en rien l’humeur du patron qui dissout son écurie à la fin de l’année. En signant chez Coloni en 1990, Gachot plonge un peu plus dans la Formule un d’en bas. 16 GP soldés par 10 non pré-qualifications sur l’auto mue par le V12 Subaru, suivies de 6 non qualifications, un progrès (!) permis par le V8 Cosworth venu remplacer le Subaru à mi-saison.
L’horizon de Bertrand semble se dégager vers la fin de l’année quand, muni d’un gros pactole, il signe chez Jordan qui débute en F1 en 1991.Mais en se rendant à la présentation à la presse de l’écurie, le 10 décembre 1990, il heurte dans la circulation un taxi conduit par un certain Eric Court, et dans la bagarre qui s’ensuit, vaporise au visage de ce dernier un gaz paralysant interdit en Angleterre.
Cette affaire va gâcher la fin d’une saison qui s’annonce comme la meilleure qu’il ait connue ; au volant d’une auto fabuleuse, il prend la mesure de son coéquipier Andrea de Cesaris : 8e à Monaco, 5e au Canada, 6e en Angleterre et en Allemagne, 9e mais surtout auteur du meilleur tour en Hongrie. Il gagne en outre les 24 heures du Mans sur une Mazda partagée avec Johnny Herbert et Volker Weidler.
Quatre jours après le GP de Hongrie, l’horizon de Bertrand Gachot est brutalement réduit à une cellule de la prison de Brixton, l’une des plus dures d’Angleterre. Traîné en justice par le chauffeur de taxi qu’il a « agressé » en décembre dernier – ce qui fera écrire à nos confrères anglais : M. Court took Gachot to court -, le pilote est condamné le 15 août à 18 mois de prison ferme.
Face à l’énormité de ce verdict, un comité de soutien se forme, une pétition recueille au GP de Belgique seize signatures de pilotes. Gachot espère être libéré sous caution le 20 août. Il prend les choses avec bonne humeur, comme le rapporte sa compagne Kate Palmer : "Bertrand a déjà eu des propositions de volant pour 1992 en prison, deux malfrats le veulent comme pilote pour leur prochain casse !"
Il sera libéré le 15 octobre, pour bonne conduite, au bout de deux mois, après qu’un pourvoi en appel eut réduit sa peine à trois mois fermes.
Ratant cinq GP, il perd dans l’affaire son volant chez Jordan, qu’un Allemand débutant, un certain Michael Schumacher, récupère au GP de Belgique, mais rebondit chez Larrousse à l’ultime épreuve de la saison. A court de forme, il ne s’y qualifie pas. Une saison complète l’attend chez Larrousse en 1992. Ramasser un point à Monaco ne suffira pas à Gachot pour conserver un volant que son patron lui retire à la fin de l’année, lassé des fréquentes sorties de route et collisions, dont la dernière, avec Katayama au GP du Japon, fera blanchir un peu plus sa crinière.
Voilà Gachot, à l’orée de 1993, encore une fois impliqué dans la naissance d’une équipe (il vivra la naissance de trois des six teams de sa carrière en F1, et en verra mourir deux). Renouant avec sa vieille connaissance de la F3, Keith Wiggins, il participe à la création de l’équipe Pacific qui doit se lancer dans le grand bain en 1994, et y consacre l’année 1993, qu’il meuble par une course de CART à Toronto et quelques montes sur une Honda GT. Son bilan chez Pacific est aussi mince que le budget de l’écurie : une 12e et une 8e place, plombées par une série de onze non qualifications et quatorze abandons sur les saisons 1994 et 1995. Gachot et Wiggins mettent la clé sous le paillasson fin 95. Ajoutons à cette année, des courses GT dans les séries Belgian Procar et Porsche Supercup.
Le nom de Bertrand Gachot s’efface vers la fin de l’année 1997, après une participation aux 24 heures du Mans et à quelques manches du championnat du Japon GT. Il réapparaît très discrètement en octobre 2000, associé au lancement d’un site Internet spécialisé en sport automobile, F1i.com [1] .
Bertrand Gachot
France
Né au Luxembourg le 23 décembre 1962
[1] www.f1i.com
Portrait, photo DR
Bertrand Gachot sur Jordan au GP du Canada 1991, photo DR
10:25 Publié dans Biographies françaises | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : bertrand gachot, gerard larrousse, ecurie jordan, ecurie onyx, ecurie coloni, écurie rial, ecurie pacific



