lundi, 09 juin 2008

40 ans jour pour jour : première victoire d'une McLaren

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C’est en effet le 9 juin 1968, sur le circuit de Spa-Francorchamps, que Bruce McLaren reçut la juste récompense de ses efforts - et combla sa jeune équipe - en menant lui-même à sa première victoire une voiture qui portait son nom. Il aurait difficilement pu rêver, pour cet aboutissement, décor plus grandiose et plus chargé d’histoire que celui de ce GP de Belgique.



Certes, le GP le plus médiatique, c’était déjà celui de Monaco, dont le tracé soutenait évidemment la comparaison question histoire et décor, sans compter qu’il avait été le cadre, deux ans auparavant, des débuts de la toute première Mac Laren F1.

Mais la conjugaison d’un certain « Mouvement du 22 mars » né du discours iconoclaste d’un rouquin à la langue bien pendue, et d’énormes gaffes des hommes alors au pouvoir, avait déclenché, le mois précédent, quelques événements au départ bien parisiens mais qui avaient au final largement éclipsé le « must » monégasque. A tout prendre, ce n’était donc pas plus mal, en cette année 68, d’entrer dans la légende du sport automobile en côtoyant les fossés et les maisons bordant Burnenville ou Masta plutôt qu’en frôlant le mur à Mirabeau ou la Grande Bleue à la chicane.

Lorsqu’il fut salué par le drapeau à damiers, et bien que les pilotes soient réputés ne guère aimer loucher sur le passé, notre homme a peut-être songé, malgré tout, au chemin parcouru depuis qu’il avait, courant 58 et totalement inconnu, débarqué en Europe, autant dire sur une autre planète. Et l’on peut être certain que si elle lui a traversé l’esprit, il n’aura conçu nulle amertume à la pensée que ce difficile challenge de pilote et constructeur, un autre l’avait accompli avant lui, qui le devançait déjà régulièrement lorsqu’ils cohabitaient au sein de l’écurie Cooper, à savoir son vieux pote « Black Jack ». Celui-ci, en effet, avait cueilli sa première victoire au volant de sa propre machine à Reims en 66. Mais, justement, n’était-ce pas son exemple qui l’avait convaincu de franchir le pas ?

D’ailleurs, en y réfléchissant, le « Kiwi » n’avait absolument pas à rougir de son itinéraire. Le premier succès d’une Brabham, c’est Dan Gurney qui l’avait décroché, à Rouen en 64. Le pilote éponyme, lui, n’était parvenu à faire hoqueter le palmarès que lors de sa quatrième saison en tant que constructeur. Il est vrai qu’il s’était lancé en plein dans les « années Clark ». Il est vrai aussi que cette année 66 fut, du coup, celle de la consécration, avec un double titre de champion du monde des conducteurs et des constructeurs.

bruce2.jpgReste qu’en 2008, et quoi qu’on pense de la F1 contemporaine, les McLaren sont toujours là et bien là, après avoir, entre autres pages glorieuses, propulsé au firmament de la course et pour l’éternité le génial Ayrton Senna. Mais tout cela, au fond, Bruce ne l’avait-il pas pressenti ?
En tout cas, je le revois, à Reims, marchant vers la ligne de départ du GP de l’ACF 60, affligé de son léger boitillement, avec sa bouille d’adolescent, le sourire aux lèvres, comme animé de la certitude que le meilleur de sa courte vie était devant lui mais aussi que le sillon qu’il allait tracer rejoindrait inlassablement un horizon sans cesse repoussé… 



Professeur Reimsparing



Sur le GP de Belgique 68, voir aussi :
Jour de pluie dans les Ardennes
Rainy conditions at Spa-Francorchamps
Beltoise Belgique 68 #07/88


Bruce McLaren, McLaren M7A, GP de Belgique 1968
© Pr Reimsparing
Mise en place du GP de l'ACF 1960 © Pr Reimsparing
(Concernant les deux photos NB, je vous confirme que le grand format représente BML dans Stavelot lors des essais du samedi, sous la pluie, et que sur le petit format, l’on distingue le même (si ! si !) à hauteur de l’une des 2 Cooper d’usine (peut-être la sienne), vraisemblablement en compagnie de Black Jack, avec, à droite, en blanc, Phil Hill, suivi peut-être de Von Trips, mais sans certitude.)

mercredi, 13 juin 2007

The Bruce McLaren Movie

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En consultant le blog de Brad Spurgeon [1], qui couvre les GP pour The International Herald Tribune, nous sommes tombé sur une info de taille qui, si elle se concrétise, mettra un terme à la malédiction qui veut qu'aucune biographie filmée d'un personnage de la course automobile ne soit possible - un "biopic", dit-on dans le business movie. Rares sont les films sur le sujet, encore plus rares sont les biographies. Aucun des projets annoncés récemment n'a vu le jour, aussi bien le "Enzo Ferrari" envisagé par David Cronenberg qu'un portrait d'Ayrton Senna dont il avait été question avec Antonio Banderas pressenti dans le rôle-titre.

e00130c6aa618476b1774deed434a96e.jpgVoilà que de Nouvelle-Zélande surgit un projet ficelé par deux producteurs locaux, Barrie Osborne et Michael Garlick. Le premier travailla sur Le Seigneur des anneaux alors que l'idée du film est née dans l'esprit du second nommé, un ex-pilote de FFord qui rêve depuis 12 ans d'une vie cinématographique de l'idole de tout un pays, Bruce McLaren. Un budget de 100 millions de dollars a été débloqué par des financiers locaux, aussi privés que mystérieux, tandis que le script est en cours d'élaboration par un jeune scénariste, Matthew Grainger, de qui on attend la gageure de faire tenir en deux heures de film la vie de McLaren - né en 1937, débutant en tricycle dans les pattes de son père, gérant de station-service, victime à huit ans d'une grave maladie à la hanche, obtenant sa première licence a 15 ans, sélectionné au programme "Driver for Europe" qui l'amène là-bas en 1958. On connaît la suite, débuts chez John Cooper en 1958, puis c'est un enchaînement de douze ans (plus jeune vainqueur de GP en 59, champion CanAm en 67 et 69, vainqueur au Mans en 66, à Sebring en 67, etc.) qui se brisera net le 2 juin 1970 sur une guérite de commissaire à Goodwood.

Les producteurs ont lancé un site Internet très bien documenté dont une section intéressera ceux de nos lecteurs qui auraient connu ou approché Bruce McLaren. Ils peuvent y déposer leur témoignage qui grossira la base documentaire sur laquelle s'appuiera le scénario (www.thebrucemclarenmovie.com/contribute.htm)

Le tournage est prévu début 2008 pour une sortie début 2009. Dire qu'on attend ce film avec impatience est un euphémisme.

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Réunis en Nouvelle Zélande à l'occasion de la présentation du projet, quelques anciens amis ou proches de McLaren. De gauche à droite : Chris Amon, Bruce Harre (mécano McLaren), Sir Jack Brabham, Barrie Osborne, Michael Garlick, Emerson Fittipaldi, Amanda Brabham (fille de Bruce), Patty (sa veuve), Eoin Young, Anita (soeur de Dennis Hulme) et Wally Wilmott, un des plus anciens mécanos. 



[1]
http://blogs.iht.com/tribtalk/sports/f1



Bandeau d'ouverture
© www.thebrucemclarenmovie.com
Bruce McLaren, Grand Prix de France 1969 © Pr Reimsparing
Les grands-parents de MdS © Agnès Carlier

vendredi, 04 mai 2007

Orange

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Adossée à un des rares pins ayant résisté à la sécheresse de l'été, Patricia n'aurait cédé sa place pour un empire, sinon pour la fin de la soirée avec Bruce. Voire Denny, à la rigueur, mais l'ours est vraiment trop peu loquace et rien ne dit qu'il se laisserait faire par une petite Parisienne en quête de gros cu... bes ! En ce 20 octobre 69, entre parenthèses un millésime moins rigolo que la graphie le laisse supposer, la chaleur montant de la vallée de Salinas maintient Laguna Seca, la bien nommée, dans une ouateur de cocotte minute.

Patricia se fout de la chaleur. L'important est d'assister à ce qui s'annonce comme le neuvième succès d'affilée des "Orange" depuis le début de la saison, de plus à Seca, son circuit fétiche. Patricia serre toujours dans un étui qu'elle garde dans son sac à main son premier ticket d'entrée à Seca ; c'était en 59, deux après l'inauguration du circuit. Son père les y avait emmenés, son frère et elle, dans sa vieille De Soto. Elle se souvient y avoir vu courir un dénommé Steve McQueen sur une Lotus XI, qui deviendrait connu plus tard. Ce père qui repose ici, au cimetière de Seca - extrême privilège si l'on peut dire...

Déjà trois tours couverts. Passant devant elle, Denny et Bruce enroulent leur machine orange dans le Corkscreew, ce terrible pif paf en dévers, terreur des néophytes. Les McLaren épousent la courbe aussi naturellement qu'une larme coule sur une joue. Le bonheur rend Patricia émotive. Alors, elle est impuissante à prévenir de tels emportements romantiques. Elle n'a pas un regard pour Mario Andretti qui sur une ancienne McLaren rame pour maintenir le contact avec les hommes de sa vie, enfin l'homme de sa vie, Bruce, actuellement deuxième, mais qu'elle espère voir gagner. Entre deux passages du duo, elle laisse son imagination dériver vers des fantasmes inavouables ; plutôt bizarres. Elle se sent glisser dans le bas moteur du gros big block Chevy, goutte d'huile clapotant dans la boîte de vitesses. On lui offrirait de se réincarner en une fourmi remontant le mollet de Bruce contracté au freinage de l'épingle Andretti qu'elle ne dirait pas non.

Mais revoilà les deux M8B roues dans roues ; Ah ! Bruce fait l'intérieur du Corkscrew à Denny... Great ! Dommage qu'à cause de deux connards qui s'amusaient à s'asperger de Bud en l'ayant bousculée, elle ait raté ça ! Sa position privilégiée à l'entrée du pif paf lui permet de suivre les deux flammes orange jusqu'à la sortie des stands, soit sur une bonne moitié du circuit. Elles sont côte côte lorsqu'elles échappent à sa vue. Un couple d'aigles s'envole de la sierra qui domine la vallée, plane un long moment au-dessus du paddock pour finir par se percher sur l'immense publicité Gulf, face au panneau d'affichage. Nullement dérangés par le bruit, les oiseaux donnent l'impression de s'intéresser à ce qui se passe sur la piste, ce que confirme la traînée de guano que l'un des deux lâche au centre du U au moment  où Dan Gurney rentre son Eagle au stand, piston crevé. Des fans du grand Dan s'amuse Patricia que rien n'étonne en Californie.

Ah ! revoilà Bruce et Denn...  En raison d'un colis piégé, le trafic est interrompu à Gare du Nord. Les voyageurs à destination d'Aulnay et de Roissy-Charles-de-Gaulle sont invités à emprunter les transports de substitution... Merde ! Clapet du portable qui claque, coupée la video, le numéro du bureau, la flamme orange de l'opérateur téléphonique.




The Bruce And Denny Show
© John S. Krill (www.photoessayist.com/canam)

dimanche, 03 juillet 2005

Beltoise Belgique 70 #30/88

Alors que les esprits sont tournés vers Spa, une nouvelle tombe le mardi 2 juin, sèche, implacable. Bruce McLaren se tue à Goodwood. Les gens de la course automobile sont cueillis à froid. Chris Amon entend l'annonce à la radio pendant un trajet routier en Angleterre, il arrête sa voiture et pleure au bord du chemin. Jean-Pierre Beltoise déjeune au restaurant "Le Bistrot de Parisé avec quelques amis et Jackie Stewart qui fête la sortie de son bouquin Grand Prix ; les deux pilotes se glacent sur les Champs-Elysées guillerets de juin.

Vendredi 5 juin.
Jean-Pierre n'a pas la pêche. La seule idée d'attaquer le raidillon, et surtout ce qui suit derrière, Burnenville, Masta, Stavelot, à 300 km/h au ras des fermes et des poteaux télégraphiques, lui donne la nausée.

Il est le plus lent de la journée en 3'53.3, à la recherche d'une vitesse de pointe correcte. Matra a installé un radar dans la descente de Masta et a pointé ses MS120 autour de 288 km/h, alors que la BRM de Rodriguez est à 301 km/h, Ickx à 296 et Stewart à 295. On a monté une voie élargie à l'arrière de MS120/03 et JPB a passé du temps à tester des pneus étroits, dans le but de gagner des kilomètres/heure.

medium_belbel70.jpgPesca pète son moulin le samedi tandis que Beltoise progresse en 3'37.6 dans la première séance, qui est suivi d'un 3'32.9 lors de la dernière série, ce qui le met onzième sur la grille.
L'auto n'est pas à sa vraie place, handicapée par des errements de mise au point qui s'illustrent notamment par l'adoption de pneus étroits à l'avant qui chaufferont trop en course. Spa met au jour un problème dont Matra mettra deux ans à se débarrasser, le réservoir ne se vidange pas totalement et déjauge alors qu'il y reste environ vingt litres d'essence. Un tel ennui avait été déjà rencontré sur la MS11.

Houleuse est la réunion de la Grand Prix Drivers Association (GPDA), tenue après les essais de samedi. Les pilotes sont divisés en deux camps ; ceux qui veulent courir en toutes conditions, même sur le mouillé - Ickx et Rodriguez - et les autres, majoritaires et emmenés par Stewart, qui décident un boycott s'il pleut dimanche. Beltoise déteste Spa et ne fait pas mystère de ses opinions.

Un beau soleil brille sur les Ardennes, dimanche. L'envolée de Rindt est magnifique mais il se fait souffler la première position par Amon dans le premier tour. Suivent Stewart, Rindt, Rodriguez, Ickx, Brabham et Beltoise.

En bagarre avec Brabham jusqu'au cinquième tour, Jean-Pierre est passé ensuite puis est rejoint par son coéquipier Henri qui va faire une course magnifique sur ce circuit qu'il affectionne, lui. Pesca saute Beltoise au douzième tour et les deux pilotes gagnent une place quand abandonne Stewart. JPB repasse Riton au 18e, ils sont alors cinquième et sixième, loin des leaders Rodriguez et Amon qui se tirent une bourre d'enfer. L'arrêt de Brabham au 19e tour et celui d'Ickx au 22e propulsent les hommes de Matra aux troisième et quatrième places.

Hélas Pescarolo stoppe à son stand, en panne d'essence alors qu'il reste vingt litres dans son réservoir. Il ne peut repartir car son démarreur rend l'âme. L'inquiétude croît au stand 25 où l'on doute que Jean-Pierre aille au bout. La Matra continue pourtant et coupe la ligne d'arrivée en troisième position à 1'43.7 de Pedro Rodriguez le vainqueur.


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Grand Prix de Belgique . Circuit de Spa-Francorchamps . 7 juin 1970

Fiche technique : http://www.grandprix.com/gpe/rr188.html


Images de Spa 1970
© Pr Reimsparing

jeudi, 02 juin 2005

Une pensée pour Bruce McLaren

Mardi 2 juin 1970. Fin de matinée.

Alors que les esprits sont tournés vers Spa où aura lieu dimanche le Grand Prix de Belgique, une nouvelle tombe, sèche, implacable.
Bruce McLaren s’est tué à Goodwood.
Les gens de la course automobile sont cueillis à froid. Chris Amon entend l'annonce à la radio pendant un trajet routier en Angleterre, il arrête sa voiture et pleure au bord du chemin.
Jean-Pierre Beltoise déjeune au restaurant "Le Bistrot de Paris" avec quelques amis et Jackie Stewart qui fête la sortie de son bouquin Grand Prix ; les deux pilotes se glacent sur les Champs-Elysées guillerets de juin.

C’était il y a 35 ans jour pour jour.


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Bruce McLaren, Grand Prix de France 1969
© Pr Reimsparing