samedi, 19 décembre 2009
Profitons de la crise en Vitesse

À partir du 15 décembre et jusqu'au 16 janvier, Isabelle Nicolosi, la grande prêtresse de la Galerie Vitesse présente une série d’œuvres pour les fêtes de fin d’année sur le thème qui nous est cher, l’automobile.

Elle nous affirme, peut-être crise oblige, proposer de nombreuses toiles à un prix très abordable. Vous trouverez le carnet de course de Filip'o que nous connaissons bien à MdS. Ce carnet regroupe les aquarelles que l’artiste avait réalisées pour Le Mans Classic 2006, notamment cette superbe Ferrari 250 GT SWB N° 18 que pilota le Premier ministre François Fillon ce jour-là (image en frontispice). Toujours en feuilletant ce carnet l’artiste nous montre à sa façon bien particulière l’essentiel de ces moments magiques vécus au Mans Classic, sans s’encombrer de détails inutiles, ce qu’une photo peut parfois avoir du mal à rendre.
Des postures de mécaniciens, un paddock réinventé, des autos sublimées, de la belle ouvrage quoi !

Il y a aussi des gravures et aquarelles de Mirgalet, celle que nous vous présentons est bien à l’image de sa production, légère, presque naïve sans pour une fois cette charge érotique et sensuelle à laquelle nous avait habitué l’artiste… quoique le cul d’une Porsche ne serait-il pas chargé par essence ?

Et toujours, les carlingues de Lucio Perinotto, qui certes a trouvé un bon filon mais qui l’exploite avec talent et je ne m’en lasse pas. Je suggère à chacun des MdSiens d’imprimer cette note et de la laisser traîner, comme ça, négligemment à proximité de ceux ou celles qui cherchent quoi nous offrir en ces périodes de Noël, avec un coup de stabilo sur "prix très abordable".
N’avez-vous jamais entendu : "C’est vrai quoi, on sait jamais quoi vous offrireuuu ? !" Moi j’dis ça, c’est pour rendre service aux copains.
Galerie Vitesse
48 rue de berri
75008 Paris
Mardi au samedi de 14 à 19 H
www.galerievitesse.com
Jean-Paul Orjebin
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mercredi, 16 décembre 2009
Du Cheval aux Chevrons

La présente note initiée par Pierre Ménard, concrétisée par Olivier Favre et transformée par Marc Ostermann n'ambitionne pas d'infirmer ce qu'on lisait récemment sur un forum : "C'est gentil "Mémoire des Stands", m'enfin on a plus affaire à des nostalgiques romantiques (à tendance franchouillarde) qu'à des analystes rigoureux." Elle n'est que la 1066e d'un blog amateur.
Alors que depuis déjà plusieurs années l'actualité du sport auto n'éveille en moi guère plus d'intérêt que les rebondissements improbables du feuilleton marseillais vespéral de France 3, il arrive néanmoins de temps à autre qu'une information émerge du flot quotidien au point d'attirer l'attention du passéiste définitif que je suis.
Tel fut le cas il y a quelques jours du transfert de Kimi Räikkönen chez Citroën. Plus qu'un transfert, une transplantation, celle d'un limeur d'enrobé plat et normé dans un univers où règnent les inégalités de terrain. Particulièrement remarquable à l'heure de la spécialisation à outrance et des carrières formatées sur le même moule, la bifurcation de Räikkönen est un cas unique dans toute l'histoire de la F1. En effet, jamais un pilote de F1, qui plus est une tête d'affiche de la discipline, ne s'est orienté vers le rallye pour (au moins) une saison complète.
Pourtant, les apparitions de pistards sur les sentiers forestiers ou les routes de campagne n'ont pas manqué, à une époque où la polyvalence et le simple plaisir de piloter avaient droit de cité. Mais elles étaient ponctuelles et le plus souvent motivées par le besoin de meubler une longue intersaison hivernale et/ou de répondre à des impératifs publicitaires.
Ainsi, on se souvient notamment de Jim Clark, venu rejoindre son homonyme Roger dans les forêts galloises du rallye RAC en 1966. Les reportages d'époque attestent qu'il prit l'affaire très au sérieux et contesta la suprématie des ténors de la discipline, jusqu'à une sortie de route qui mit hors de combat sa Cortina Lotus. Autre vedette des circuits au départ de cette épreuve, Graham Hill se montra moins à l'aise que son futur équipier. Peut-être eut-il du mal à loger sa carcasse dans sa Mini Cooper S d'usine ... Cependant, l'expérience ne dut pas être si désagréable puisque Graham revint un an plus tard, au volant d'une Cortina Lotus. Mais l'édition 1967 du RAC fut annulée à la dernière minute en raison de l'épidémie de fièvre aphteuse qui s'étendait dans le pays. Dommage, car cette année-là l'ours était de retour dans les forêts britanniques dont il avait disparu depuis le XIème siècle : le tout frais champion du monde F1 Denny Hulme était également engagé à bord d'une Triumph 2000 !
A la même époque, Matra emmena plusieurs fois ses pistards - Beltoise, Pescarolo, Servoz, Jabouille - sur les routes hivernales du Monte-Carlo pour le grand profit publicitaire de ses Djet puis 530. En décembre 1972, on prit les mêmes ou presque pour donner de l'éclat à la première édition internationale du rallye du Bandama, en Côte d'Ivoire. L'un d'eux, Pescarolo, y prit goût au point de revenir plusieurs fois terminer l'année au soleil. Une troisième place en 1976 avec une Peugeot 504 fut le point d'orgue de ces participations.
Un saut de quelques années encore et nous trouvons l'apparition de Prost au rallye du Var 1982, à l'époque où la Régie était encore derrière son champion. Enfin, cette année, les derniers exemples en date : Kimi et sa Fiat Punto en Finlande puis, il y a quelques jours, le Polonais Robert Kubica, qui s'est offert le Var en Clio R3.
Ceci pour les excursions hors piste des sociétaires confirmés du F1 circus. Mais il y eut aussi les "aspirants" et les "pré-retraités". Exemple-type des premiers, Stirling Moss et ses trois Coupes des Alpes décrochées au début des années 50, avant de jouer les premiers rôles en grand prix. Dans le second cas, on trouve des pilotes estampillés F1 venus tâter d'autres terrains une fois passée leur heure de gloire dominicale. Non sans succès parfois. Ainsi en fut-il de Louis Chiron, vainqueur du Monte-Carl' en 1954. Plus récemment, l'émergence des rallies-raids donna à Jacky Ickx d'autres occasions de démontrer sa science de l'équilibre sur terrain instable. Mais c'était, il est vrai, plus de 10 ans après ses grandes années en F1.
Toujours dans les années 80, Carlos Reutemann participa deux fois à son rallye national, fraîchement promu au statut d'épreuve mondiale. Et, même si le cas Räikkönen est unique, c'est peut-être à l'aune de l'exemple de "Lole" qu'on pourra le jauger. En effet, en terminant deux fois 3e, dès avant sa retraite, en 1980 (Fiat 131 Abarth), puis une fois rangé des F1, en 1985 (Peugeot 205 T16), l'Argentin aux yeux de braise est à ce jour le seul pilote à être monté sur le podium d'un Grand prix et d'un rallye de championnat du monde.
Vu la faible densité de l'élite actuelle des rallies, gageons que d'ici quelques mois Räikkönen en fera autant. Mais "Ice Man" fera t-il mieux ? le fameux "Sisu" des Finlandais fera-t-il de lui le premier double champion du monde F1-rallye ? Les premières manches du calendrier 2010 nous diront si cette perspective, encore totalement inconcevable il y a peu, relève à présent du champ des probabilités raisonnables. Mais on peut déjà convenir qu'une telle double couronne serait particulièrement à sa place sur la tête d'un pilote dont le nom se termine par –NEN ; car la Finlande n'est pas seulement LE pays du rallye par excellence, c'est aussi celui comptant le plus de titres mondiaux automobiles par habitant.

Olivier Favre
(sur une idée de Pierre Ménard)
Illustrations originales © (merci) Marc Ostermann
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| Tags : kimi räikkönen, rallye, art, marc ostermann |
lundi, 07 décembre 2009
Toute ressemblance... etc. #2

Où l'on retrouve Marc Lestelle, le héros de Toute ressemblance... etc., dans le deuxième chapître de ce qui prend la forme d'un roman écrit par Guy Dhotel et illustré par le talentueux Nicolas Cancelier.
Chapitre 2 : 100 000 Volts !
Marc commence à ralentir. La nationale à l’entrée d’Amiens est large et déserte, il croise les boulevards, plonge vers le centre-ville. Pas un regard pour la cathédrale qui dresse ses tours et sa flèche dans le ciel gris noir, il arrête l'attelage devant le portail du garage de Pierre. Steph descend, ouvre : la grosse voiture, la remorque et les six passagers s'engouffrent dans le grand hangar sous le panneau « Garage SAS », discret mais connu de tous les amateurs de belles mécaniques de la région. Tout va encore vite, presque en silence, comme si chacun avait hâte de ruminer seul cet échec, comme si c'était l'échec de tous.
Seul Pierre marmonne en guidant la monoplace tout au fond, en face d'un petit atelier, dans son box :
- Sûr que c'est la batterie !
- Pierre, je te répète, cette batterie c'est le top : une cadmium-nickel ! Elle est neuve et chargée à bloc.
- T'es bien certain qu'elle est encore chargée à bloc comme tu dis ?
- Ecoute, J'ai fait deux tours de course, à peine dix kilomètres !
- Avant de partir, je la teste.
Pas le temps de le contredire, il monte sur la remorque, soulève le baquet, sort une clé plate de sa poche, dévisse les cosses, extirpe la petite boite translucide, la pose sur l'établi, branche les fils du testeur et rugit : 10,2 volts ! 10,2 volts pour 12 volts avec un mini de 11,5 pour l'allumage !
- A part ça, c'était pas cette saleté de batterie ! Tout ça pour gagner deux kilos! Il prend la batterie à bout de bras, fait mine de la jeter au sol. - Comment perdre une course pour deux kilos ! Personne ne s'amuse à contrarier Pierre quand il a son coup de sang. Il suffit d'attendre. Il secoue la tête comme un ours en colère.
Marc se risque :
- OK, tu as raison, c'était la batterie. Mais dans ce châssis, on ne peut pas glisser autre chose, il n'y a pas de place.
- Ouais, sauf la caisse de clés à douilles derrière le siège pour passer au poids mini ! Z'aurait mieux fait de prévoir une batterie au plomb, comme tout le monde.
- Demain, je téléphone chez Martini et dans la semaine on a une nouvelle batterie.
- Mouais, tu devrais en commander une douzaine, grommelle Pierre.
- Ben tiens, c'est la Shell qui aimerait la facture ! Tout le monde se marre dans l'atelier désert ce dimanche soir. La panne a été enfin débusquée et ça va sourire pour la prochaine course.
- N'empêche, grognonne Pierre qui veut avoir le dernier mot, c'est pas avec ton moteur préparé Rowland que tu vas faire une première ligne ! C'est un poumon, ce truc ! La rigolade retombe, c'est qu'il a raison, le râleur. Il faut absolument un autre moteur, un autre préparateur pour espérer gagner.
- C'est simple, continue-t-il : Renault, tu oublies, Shell va pas aimer. Le Ford Holbay mais c'est encore des British et avec la Martini, je les sens pas. Reste le Ford Novamotor italien. Ça c'est une préparation. Solide, régulier, rapide...
- Italien, quoi, dit Stephane trop sérieusement.
- Et alors, Ferrari, c'est espagnol peut-être ? Pierre, il vaut mieux lui parler Ferrari, Alfa Roméo, Lancia. Sa mauvaise foi admet Tico Martini et ses monoplaces françaises comme pur italien (Il est né où, à Edimbourg, peut-être ?). Il vaut mieux éviter de parler d’anglaises quand il est de mauvaise humeur, comme maintenant.
- On se calme, Pierre, tu as raison, je téléphone demain matin et je te tiens au courant.
La voiture a été déchargée, la remorque rangée, chacun a subitement envie de se rentrer, d'oublier cette frustration. Les au revoir sont brefs, les autos démarrent et s'éloignent. Marc retient Brigitte par la manche.
- Reste !
- Tu habites sur le palier, Marc ! Tu ne sais même pas si Pierre va dormir maintenant ! Viens à la maison, dit Brigitte à l'oreille de Marc, c'est plus tranquille. On verra quand tu seras champion de F1, tu me rachèteras ma baraque!
- C'est malin ! Il rient tous les deux, montent dans l'Opel. Marc démarre le moteur, recule pour sortir du garage. Un geste rapide de la main à Pierre en guise d’au revoir et la voiture est lancée quand Brigitte reprend calmement :
- Je ne disais pas ça pour rire, tu es surdoué, je le sais. Tu n'as pas encore commencé ta vraie carrière.
- Mouais, j’espère déjà suivre les meilleurs, tu oublies que je débute ! Marc Lestelle a oublié cette course loupée : il ne pense que réparation, essai, et retour sur l'autodrome de Montlhéry dans quinze jours. Trois jours après Monaco : Il y aura un coup à jouer, La plupart des "grands" seront restés sur le Rocher.
- Si tu ralentissais un peu ? on arrive. Marc sourit : Brigitte ne lui fait jamais la moindre remarque sur sa manière de "piloter" la lourde Opel Admiral, il n’arrive pas à savoir si elle aime la vitesse ou si c’est seulement lui, Marc, qu’elle aime et à qui elle fait confiance.
- Tu viens ? Elle farfouille déjà dans son sac : un tour de la clé cylindre et le lourd battant pivote en silence.
- J'allume ?
- Pas la peine ! Marc connaît par coeur l'immense maison. Construite au XIXe siècle en pierre de taille par un ancêtre de Brigitte aussi riche que pointilleux. L'homme n'avait pas apprécié l'accueil frais de la grande bourgeoisie locale pour une fois unie dans son rejet de cet étranger - Monsieur Comte venait du Sud Est -, de la région de Provence, disait-on. Ce Français du Sud avait par représailles acheté un pâté de maison en plein centre de la ville, l'avait fait raser et avait fait édifier une superbe propriété qui... Pour faire simple, en 1940, les allemands s'installant à Amiens avait immédiatement décidé que cette magnifique bâtisse avec jardin et dépendances en plein centre serait la Kommandantur de la Picardie.
Les deux amoureux se fichent totalement de ce passé en montant le monumental escalier de marbre. Brigitte referme du pied la porte de sa chambre, ils se laissent tomber sur son lit. Se foutant royalement du plafond à coffrages ouvragés qui les surplombe. Leur nuit est belle, simplement, magnifiquement belle. Marc Lestelle dort tranquillement indécent, le cul à l'air. Brigitte, appuyée sur le coude, le regarde, pensive. " Que vas-tu devenir cette année ? Et moi, qu'est-ce que je viens faire dans tout ça ? Tu vas gagner, je le sens. Tellement passionné par la perfection que tu m'inquiètes. Tu n'aimes pas seulement la perfection dans le pilotage, tu veux tout gagner, tout contrôler à la perfection. Comme la drague, mon salaud ! Si tu crois que je n'ai pas vu tes sourires aux deux minettes en short jean's ras du cul, les pétasses ! "
Brigitte manque d'éclater de rire. " Ma minijupe était pas mal ras du bonbon aussi ! Mais moi, au moins j'avais une culotte !" Elle le frôle, le flaire: "Tu me fais passer des nuits de folie mais par moment, j'ai l'impression que tu veux faire mieux que ce que j'ai tout connu. Alors, à quand une autre, pour lui prouver aussi.... Zut, je suis trop conne ! Il m'aime, on verra bien." Et s'endort enfin.
Le réveil grince ses trois notes électriques, Marc l'arrête et s'apprête voluptueusement à se rendormir.
- Huit heures. Tu dois te lever pour tes coups de fils et moi pour mes cours. Il ouvre un oeil, d'un geste rapide pose les mains sur les fesses de Brigitte.
- Les bureaux sont encore fermés, on s'est à peine dit bonjour ! Il se redresse soudain, bien réveillé, renverse Brigitte qui se trouve en position très favorable. Elle essaie un peu de se défaire de l'emprise : Marc précède ses gestes, la lutte se mue en corps à corps houleux, leur désir éclate en déferlantes plus fortes, plus lourdes, plus hautes jusqu'à la dernière, celle qui vient s'écrouler sur la plage et se retire à regret dans des blancheurs d’écume.
- Chéri, tu es intenable. Marc est déjà debout, il esquisse un saut carpé et disparaît dans la salle de bains. Brigitte se lève, heureuse et furieuse de l'être. Elle entre à son tour dans la salle de bains,
- Ah, non, ça suffit ! Bas les pattes, obsédé !
- On fatigue ? Répond une voix railleuse tandis que Lestelle prend les cheveux blonds mi-longs à pleines mains, les ramènent sur la tête de Brigitte et commence à masser doucement. Elle s'échappe de justesse, s'enferme dans la douche et éclate de rire en le regardant, penaud.
- Tu ferais mieux de penser à ta prochaine course ! Tu devrais déjà t'occuper de ta monoplace. Elle s'est trompée, il est vexé, son homme, atrocement vexé qu'elle se soit échappé. Et il lui fait payer cash :
- Je sais ce que je fais ! La réponse a claqué sèchement. Marc n'a pas aimé, il ne supporte pas que Brigitte lui donne ne serait-ce qu’un conseil pour la course. Elle le sait très bien ! Furieux, il se mure dans le silence. Il n'y aura plus de conversation ce matin.
- On se voit à midi ? demande Brigitte d'un ton détaché en enfilant dans l'entrée son imper rouge.
- Je ne pense pas, je reste au garage la journée pour régler mon problème. Je pourrais même faire un aller retour en Italie si tout va bien. Deux, trois jours. " Merde, pense Brigitte en claquant la porte, mais quel con ! Il se prend déjà pour une vedette, un champion alors qu'il n'a même pas encore terminé une course ! Je devrais le larguer ! Je vais le larguer."
Ragaillardie par cette décision, elle marche d'un pas rapide vers la fac de médecine. Marc claque la portière de sa voiture. De mauvaise humeur. Il tourne la clé et démarre sèchement, les pneus gémissent. " Qu'est-ce qu'elle a besoin de me donner des ordres ? Si je me laisse faire, elle me fera courir en voiture comme on va au bureau ! Je n'ai pas besoin qu'une étudiante vienne me donner des cours, Qu'est-ce qu'elle connaît de la passion, de celle qui fait risquer sa peau ? C'est elle qui s'est fadé plus de cent chutes en moto ? C'est elle qui a réussi à devenir le plus jeune champion de France en 250 cc ? Elle ne me connaissait même pas à l'époque ! Mirette, si, et on se connaissait même très bien ! Bon, pas que ça à penser, faut voir cette histoire de batterie et puis prendre vite fait un rendez-vous avec Herchin, le patron du service course Shell. Il faut avoir ce Novamotor avant deux semaines."
Le portail du garage SAS est ouvert : l'Opel s'engouffre, Marc descend.
- Salut Pierre.
- Bonjour, Je suis au courant pour hier. Je présume que tu vas me bloquer le téléphone ce matin ? Répond celui-ci avec une pointe d'humour.
- Ouais. " Rare qu'il soit de mauvais poil." pense Pierre. Marc est déjà dans le bureau, il tourne nerveusement le cadran.
- Evidemment, toutes les lignes sont occupées ! C'est pas vrai, s'emporte-t-il, on est en 1971 et il faut une heure pour avoir un numéro de téléphone! Enfin, il obtient la ligne du service compétition Shell.
- Bonjour Sonia. Il faut que je voie de toute urgence le patron.
- Bonjour, Marc, dis, tu es bien pressé ! Pas la moindre gentillesse pour moi ?
- Désolé, répond Marc, je suis mal. Tu peux me joindre Mr Herchin ?
- OK, mon chéri, tu as de la chance, il est là et... et... tiens, je bloque une communication pour te le passer. Bisou, mon Marc. A bientôt ! Gentille, mignonne, même très mignonne, mais j’aurais pas dû… Quel pot de colle ! pense Marc.
- Ah, bonjour Monsieur.
- Bonjour Marc. Mais qu'est-ce qui vous arrive ? -
Vous n'avez pas encore lu L'Equipe, Monsieur ?
- Eh bien si. Et j'ai lu que José Dolhem était le meilleur de l'Ecurie Shell. Cinquième, pas mal. Mais vous avez encore abandonné pour casse mécanique ? Il faudrait peut-être un peu plus de sérieux dans la préparation, non ? " En plus, il m'engueule !"
- José avait un BRM, moi un Rowland. De plus, la batterie est la cause de mes deux abandons. Dans quinze jours, il y a une autre course à Montlhéry. Je veux la gagner.
- Hé bien, voilà une bonne nouvelle ! Enfin, une louable intention.
- Attendez, je ne suis pas stupide ! Le même week-end, c'est le GP de Monaco et sa course internationale de F3. A Montlhéry, il y aura forcément moins de ténors. Si j'ai un bon moteur, je gagne.
- On parlait de batterie, je crois, répond Mr Herchin soudain circonspect.
- Non, on parle de faire gagner Shell, s’emporte Marc. Il me faut un moteur pour la saison, on a déjà assez perdu de temps. Si vous voulez des résultats, on ne peut pas se balader avec dix chevaux de moins. Donc, pour gagner à Montlhéry et faire une belle saison, j'ai bien réfléchi, il faut un Novamotor. C'est le plus fiable et un des plus puissants.
- C'est tout ? Répond sèchement Herchin.
- Oui et c'est indispensable. A moins que vous ne préfériez que les Volants Shell ne soient la risée de la F3. Silence au bout du fil. On ne parle pas comme ça à Mr Herchin. Sonia qui écoute tout tremble pour "son" Marc, pour l'explosion qui va suivre et puis ça retombera sur elle de toutes les façons ! Un raclement de gorge annonce la tempête.
- Marc Lestelle ? Vous courez en F3 dans l'Ecurie Volants Shell depuis quand, deux courses, c'est ça ?
- Oui, Monsieur.
- Eh bien, vous avez raison. Nous allons commander deux Novamotor... Marc ose l'interrompre :
- Monsieur, si la commande se fait par le circuit normal nous aurons les moteurs dans un mois minimum. Je vous propose d'aller les chercher dès aujourd'hui si l'usine peut livrer.
- Vous ne désirez pas aussi changer de châssis, je ne sais pas, moi, Lotus, Tecno ?
- Non, Monsieur, encore une fois ce n'est pas une lubie et nos châssis Martini sont très bons. D'ailleurs, Coulon a failli gagner dimanche devant les Alpine.
- Bon, je ne veux plus perdre plus de temps avec vous ! Sonia va faxer un bon de commande à Novamotor. Et débrouillez-vous comme vous voulez mais vous avez intérêt à gagner à Montlhéry !
- Je le ferai. Merci... Mr Herchin a déjà raccroché. Pierre, à côté, n’a pas le temps de risquer un "Alors?" que Marc a repris le combiné :
- Je voudrais un numéro en Italie, s'il vous plaît. Puis la main devant le micro du combiné, il crie presque :
- Ca marche, je vais l'avoir ! Bonjour Madame. Monsieur Pedrazzani, s’il vous plaît... Non, je ne parle pas italien. Je suis Marc Lestelle, écurie Volants Shell. Vous allez recevoir une commande par fax de Shell France pour un moteur F3, c'est bon ? La réponse est longue, Marc change de tête : -
Mais un seul, vous pourriez ? Je n'ai plus de moteur du tout ! " Un seul, en venant le chercher avant mercredi."
- C'est bon, vous me le réservez jusque mercredi. OK, jeudi matin dernier délai. Merci, Monsieur, à mercredi. Pierre regarde Marc, les sourcils levés.
- Non, pas le temps d'expliquer, Je dois partir et vite ! Tu peux venir avec moi à Milan. Enfin, à Novara ?
- En avion ? Dit l'autre avec un fin sourire.
- Ben tiens ! Avec l'Opel, on ramène le moteur. Je l'ai, mon Novamotor !
- C'est bien ce que je craignais, dit Pierre tranquillement, il est de plus en plus givré. Et mon garage ? Tu t'en fous ? Bon, d'accord, je ferme. Tu me laisse le temps d’afficher un mot sur le portail ?
- Merci, qu'est-ce que je ferais sans toi ! Marc continue en même temps à triturer le cadran de téléphone :
- Shell ? Le service compétition s’il vous plaît, pour Marc Lestelle… Ah, Sonia, remise de tes émotions ? Tu as déjà envoyé le fax de commande ? Dis, je suis rapide mais il y a des limites !
- Parfait ! Alors tu vas faire deux commandes : un moteur puis un autre. En deux fax différents.
- Mais...
- D'accord ? Ah, tu peux me préparer une avance de frais ? j’ai pas un rond pour descendre à Milan. Je t'embrasse partout.
- Tu exagères, Marc, répond Sonia d'une voix toute chose. D'accord.
- Yepee !!! Marc danse autour du bureau.
- Profites-en ! Entre les fermetures en semaine et les coups de fils à rallonge, je mettrais la clé sous la porte bientôt ! Bon, Gérard ! Son mécano sort de sous une Alfa Giulia Bertone.
- Je m’en vais faire le manœuvre pour Monsieur, dit Pierre en désignant du doigt Lestelle qui retient un fou rire. Tu tiens le garage, fais comme pour toi. Je devrais revenir avant un an. Mais non, fais pas cette tête, je serai là dans trois jours. Tu sais où sont les clés ? Gérard acquiesce. Trois ans avec Pierre, il est devenu accro : les plus belles voitures à mettre au point, une liberté totale après quelques mois… Faut dire qu’il aime ça, Gérard, il a été cinq ans chef d’atelier Ford où Pierre est venu le débaucher. À eux deux et avec leurs trois mécanos, ils sont les seuls vrais préparateurs de course capables d’entretenir les plus belles sportives de la région.
Les portières claquent, le six cylindres gronde. Encore heureux que Gérard tienne la maison aussi bien que moi. Et qu’il n’est pas cardiaque ! Pierre conduit, impassible. Le détour par la Shell à La Défense n'a pas pris une heure : Sonia m'avait préparé le carnet de passage en douane plus des documents à faire signer à Gianni ou Oresti Pedrazzani, les patrons de Novamotor, sans oublier le précieux et confortable viatique appelé élégamment avance sur frais.
Voilà, nous sommes sortis de Paris, 160 sur l'autoroute de Lyon, le six cylindres ronronne, pense Marc satisfait... Elle est jolie, Sonia, grande, élancée mais nos emplois du temps ne concordent jamais et ça la désespère. Je m'en suis tiré avec un baiser et des promesses ! Bon, je prendrai le volant après Bourg-en-Bresse, quand ça commencera à tourner." Marc s’endort, se réveille un peu sur une reprise vigoureuse du six cylindres… " Etonnante cette voiture ! Pierre m'avait dit cet hiver : maintenant que tu as le Volant Shell, il te faut une routière qui tracte et une remorque. Il avait ri en voyant ma tête en voyant cet énorme parallélépipède sur roues aux gros yeux rectangulaires ! Une Opel Admiral 1966, croisement de voiture américaine pour les dimensions et de tank pour le design. "Va l'essayer", m'avait-il dit en me tendant les clés. "Cette six cylindres, comme je voulais la garder pour moi, je l'ai un peu modifiée. Tu seras aussi surpris par la tenue de route." La prise de contact dans les faubourgs nord d’Amiens avait été rapide : un démarrage sans ménagement, la grosse bête avait patiné jusqu'en seconde ! Quelques virages serrés, quelques courbes avalées en troisième, non seulement ça accélérait tout le temps ce truc mais en plus, ça tenait par terre !
Au retour, Pierre avait parlé:
- Que je t'explique l'engin. Des barres stabilisatrices avant et arrière plus grosses pour la tenue de route et quatre freins à disques, du solide au freinage, plus quatre pneus Good Year carcasse radiale. Pour le moteur, deux carbus 9,5 de compression, soupapes et arbre à cames venus, heu… venu tout seul du service essais d’Opel. Le résultat, tu as entrevu : 190 km/h en pointe, 160 de croisière tranquille à vide ou avec ta remorque, en montée ou en descente ; Ah, j’oubliais, en plus, t'arriveras pas à la casser. Sauf la boîte, ça, je ne dis pas.
Alors, toujours aussi banale ?
- Combien... ?" Il ne m'avait pas laissé le temps de finir : "tu m'énerves, Marc! Je te la prête jusqu'à ce que Shell te paie une Mercedes de fonction. De toutes façons cette Opel, elle est invendable !" C'était tout Pierre et la bande de copains. C’était son carburant à Marc, cette bande qui le poussait, l'aidait, sans horaires, et puis Brigitte aussi avec cette énergie qu'elle lui transmettait quand il n’était pas dans sa monoplace. En course, dans le baquet, Marc était seul. Plus d’ami, plus de copines mais des roues, des hurlements de moteurs, des odeurs de brûlé ou d’essence, des trajectoires à défendre, des places à gagner, gagner, gagner encore…
- Je crois que je me suis endormi. Pierre part d'un grand rire :
- Tu parles! Tu ne t'es même pas réveillé quand j'ai fait le plein ! J'ai trouvé ta carte de paiement Shell dans ta mallette. Dis, elle s'est pas foutue de toi, Sonia, déjà qu'on ne paie pas l'essence. Elle a même pensé à prendre des lires.
- Une vraie petite fée. Tu devrais tenter ta chance.
- Zéro ! Elle est branchée pilote, pas jazz.
- Tu veux que je te relaie au volant ?
- Bof, y a rien à faire avec cette bagnole, c’est du velours. Je te dirai quand j’en aurai marre. Probablement après Lyon.
- Tiens, on devait pas passer par Bourg-en-Bresse ? dit Marc.
- En prenant l’essence, j’ai regardé la carte : trop de virages par Bourg, on n’avancera pas. Ca devrait pulser plus par Lyon, Chambéry, Saint-Gervais pour rattraper le tunnel du Mont-Blanc. C’est un peu plus long. On verra bien pour le retour.
- OK, boss, moi je repique une ronflette.
- Ben tiens ! dit Pierre. Profite, t’as un pilote automatique !
- C’est pour ça que je t’ai emmené, répond Marc en se marrant.
- Attends le restaurant ce soir. Tu rigoleras moins. Marc Lestelle ferme les yeux. C’est vrai, Pierre a un appétit qui n’a d’égal que la finesse des plats choisis. Au pire, Sonia fera…
- Cette fois, à toi de prendre le manche. Je fatigue.
- Où on est ?
- Après Lyon, sur la N6, à Bourgoin-Jallieu. Tu continues la N6, il reste 50 bornes pour Chambéry, puis tu prends Megève, Saint-Gervais, Chamonix et le tunnel du Mont Blanc.
- Si tu veux faire un temps, me secoue pas trop, je vais dormir derrière. Pierre descend, s’installe en chien de fusil sur la banquette arrière. "Ce mec me surprendra toujours: Il pourrait dormir dans un grand huit ! Pas vrai, il dort déjà !" Marc monte les rapports. La route est rapide, le compteur revient sur son chiffre favori, 160. Deux heures et quelques jolies glissades plus tard, c’est l’entrée du tunnel du Mont-Blanc. "On est parti de Paris à 11 heures, il n’est pas encore 7 heures du soir : c'est vrai, elle va bien cette voiture ! Et un vrai plaisir en montagne !"
- Aoste. Une heure d’arrêt buffet, annonce Marc pour réveiller la grosse marmotte que rien n’a empêché de ronfler derrière. Tu sais que tu ronfles plus fort que le moteur ?
- Ben ça t’as pas empêché d’attaquer, répond Pierre en farfouillant dans ses cheveux. Bon, t’as trouvé une auberge sympa ?
- Regarde, là à droite, ça te va ?
- Pas mal, Répond Pierre. Il reste environ 150 km. On pourrait dormir ici, on sera à l’heure à l’ouverture de Novamotor.
- Grande idée.
A Novara, Gianni Pedrazzani nous offre le caffè stretto. Il est au courant, le moteur est prêt, tout est réglé par la Shell, on charge dans le coffre, disons la soute, de la voiture. Bien calé pour le retour, quelques signatures, merci, grazie mille, et ciao. On est déjà reparti pour la route retour, direct Amiens. On est mardi midi. D’accord, on se fait une bouffe à Turin. À 9 heures du soir, la berline s’engouffre dans le garage SAS encore ouvert.
- Je vous attendais un peu plus tard, dit Gérard sans plus d'émotion.
- Il adore travailler la nuit, dit Pierre, remarque, c’est pratique, Somme Auto Service est d'attaque 20 heures sur 24 ! Comme l'agent secret !

On décharge précautionneusement le moteur tout brillant de peinture. Moment émouvant. Mercredi après-midi, le Novamotor est remonté dans la F3 Martini rouge. Pierre s’affaire aux derniers serrages, derniers branchements et à cinq heures, premiers grondements du 4 cylindres et explosion de joie.
- Il chante bien, dit Pierre.
- Je vais faire un tour, dit Marc. La sortie du garage se fait doucement, Marc prend à gauche, au milieu des petites maisons de la rue Saint-Maurice, roule tranquillement jusqu’au virage à gauche en face du cimetière de la Madeleine, et là, à fond ! 6500 tm et en filant au ras du sol, sans casque, sur une départementale tortueuse, glissante. Il gueule de joie, revient à l’atelier avant la Renault Estafette bleue qui essaie régulièrement de coincer une de ces machines qui sortent de temps à autre de ce maudit garage.
Marc s’extrait du cockpit en criant :
- Rien à voir avec le Rowland précédent, c’est une balle, ce moulin ! Ca va faire mal, dimanche. Va falloir la régler plus dure en suspension, et faut que la balance de freins soit parfaite. Et un degré de carrossage négatif partout.
- Mais personne ne règle avec autant de carrossage ! C’est pas une R8 Gordini ! dit Pierre tout en essayant de comprendre.
- On règle très dur. Les pneus sont à environ un bar de pression. Donc, en virage ils se déforment et doivent avoir une bonne adhérence. Et en ligne droite, moins de surface au sol donc plus de vitesse ! Les autres se regardent. Et si c’était vrai ? Si c’était le vrai départ de sa carrière, à Marc ?
Jeudi Marc Lestelle, Pierre, Stephane et Jean-Marie sont sur l’aérodrome désaffecté qui leur sert de base d’essai. Juste derrière l’usine de petits pois Cassegrain. Un circuit à trois virages est vite monté : de vieux pneus sont en permanence sur le bord de la piste. Marc fait durcir ressorts, amortisseurs, la répartition du freinage un peu plus en arrière. Son pilotage est devenu aérien. Il vient de la moto et son rêve est de passer comme en moto de course : délester la monoplace en freinant très fort, le moins possible d’angle au volant pour la déséquilibrer, lâcher les freins et maintenir en légère glisse des quatre roues, volant en ligne en dosant la glisse à l’accélérateur. Si c’est bien fait, dès le premier tiers du virage, c'est les gaz à fond. La nouvelle réglementation F3, avec ce moteur 1600cc bridé à 6500tm et des pneus larges ne simplifie pas le challenge. Déjà, au Volant Shell, Richard Knight lui avait fait quelques remarques sur ce style "trop en glisse" mais, en finale, le chrono et le jury lui avaient donné raison. François Cevert, Jean-Pierre Beltoise, Gérard Crombac l’avaient élu.
Après une journée de réglages, de brefs essais, de longs réglages de plus en plus affinés, Marc Lestelle est enfin satisfait : sa Martini Novamotor Shell réagit comme lui, trop vive pour beaucoup. C'est bon, on remballe, et on fait la fête ce soir chez Val'. Chez Val, c'était le bistro de la bande de Marc. S'y donner rendez-vous ne posait pas de problèmes : On reconnaissait facilement, pas besoin de voir la façade : sur une cinquantaine de mètres, étaient garés des bagnoles toutes anormales, des trop bariolées, des avec des arceaux, des avec pleins de phares dépassant largement du pare-choc et d'autres sans pare-choc, des avec des roues trop larges, trop inclinées, des tubes d'échappements libres, brillants, doubles, inclinés, des vrais Devil, des faits mains, et puis de vieux breaks aux crochets d'attelages menaçants. Tout cet étalage de monstruosités mécaniques s'arrêtait net juste après la façade de verre traditionnelle du café. Il faut dire que la grosse et sombre bâtisse suivante était la gendarmerie.
Curieusement, Valentin, le patron du bistro, n'avait pas souvenir que les gendarmes aient jamais sévi contre sa clientèle de furieux motorisés. Les murs de la gendarmerie étaient épais, anciens. Ils ne devaient laisser passer les aboiements des échappements, les crissements de pneus, tandis que leurs fenêtres calfeutrées contre le froid empêchaient les infiltrations de vapeurs éthyliques qui flottaient joyeusement à la fermeture, vers une heure du matin. Enfin, c'est ainsi que des deux côtés, on admettait le choses. Cette soirée-là futt particulièrement réussie. Steph avait rameuté ses copains de rallyes et divine surprise, Jean-Luc Thérier était passé en voisin, "c'était sur ma route et on ne peut pas traverser Amiens sans vous entendre !"
Les adieux à une heure du mat' avaient eu des allures de départ à l'ancienne des 24 Heures du Mans, avec courses plus ou moins rectilignes vers les voitures, "merde, ou est la mienne ?" gueulait Steph qui avait oublié qu'elle était encore chez le carrossier. Des claquements de portières, et tous les moteurs poussés à fond sans pitié avec des nuages de fumée bleue pour les vieux, les hurlements des Devil des Gord' et Alpine, le grondement métallique de la Porsche de Jacquot, et ce capharnaüm disparaissait, englouti dans l'embranchement à droite après la gendarmerie comme dans la courbe Dunlop.
Il était deux heures du mat' ce mercredi 19 mai 1971. "Dans cinq jours, Montlhéry once again et…" eut juste le temps de penser Marc avant que Brigitte ne prenne délibérément les choses en main.
À suivre...
Guy Dhotel
Illustrations originales © Nicolas Cancelier www.nicolascancelier.be
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jeudi, 12 novembre 2009
Toute ressemblance… etc.

La grosse voiture grise tangue à 140 kilomètres/heure sur la nationale ; le faisceau jaune des puissantes gamelles Marchall 100w longue portée illumine les platanes et le ruban bosselé de la RN1 qui passe entre eux. Derrière le long coffre plat, la monoplace sur sa remorque éclairée par les immenses feux arrière de l’Admiral dessine une longue flèche rouge en guise de sillage.
- T’aurais pu ralentir, Marc, elles voulaient un autographe ! dit Brigitte en montrant du doigt un troupeau de vaches éblouies fugacement par les projecteurs.
Brigitte éclate de rire. Un de ses fou rires contagieux dont elle a le secret. Dans les secondes qui suivent, les six occupants de la grosse Opel Admiral sont secoués de hoquets.
- Marc, l’avantage de ton début de saison, c’est que tu ne peux pas faire pire !
- Stéphane, t’es mal placé !
Le longiligne rallyman, sans voiture pour cause de tonneau récent, se tait et fait semblant de bouder.
Depuis qu’il a gagné le Volant Shell 1970, Marc Lestelle est sur un nuage. Rien n’a entamé son optimisme, pas même le changement complet de réglementation de la F3 qui a semé la panique chez les constructeurs et les préparateurs. Conséquence d’être débutant donc crédule, sa monoplace a deux mois de retard. Marc a loupé les trois premières courses de la saison.
Le moteur tant attendu est tombé en panne pour sa première course, à Pau, sous des trombes d’eau. Personne ne lui a dit qu’il fallait protéger le boîtier d’allumage. Il aura fait deux mille bornes pour apprendre ça. Et ne pas se qualifier. C’était il y a longtemps, au moins une semaine.
Il n’a pas osé le dire, mais il en est presque soulagé : débuter sur ce circuit si difficile sous des trombes d’eaux et contre les meilleurs pilotes reconnus en F3, le passage de la courbe des tribunes, il a essayé à fond de son moteur ratatouillant et il a failli se vautrer... Alors….
Mais cette fois, c’est Montlhéry et il connaît : Il y a couru en moto. Marc Lestelle a réglé les suspensions de sa Martini plus dures en prévision de la compression sur l’anneau de vitesse. Le boîtier électronique, la batterie, tout a été vérifié, chargé, bichonné. Il se sent bien, porté par ses amis venus en renfort, c’est la fête dans la bagnole depuis le départ à 4 heures du mat’ ce samedi !
On passe le souterrain, on arrive devant le premier bénévole avec brassard : il voit la monoplace et fait signe : passez !
Marc s’arrête et demande benoîtement :
- Je pourrais avoir des tickets pour mes amis ?
- D’abord, c’est pas des tickets, mais des badges : t’es nouveau, toi, répond le bénévole ancien. Tu as droit à trois badges.
- Ben oui, mais on est six !
- C’est un autocar, votre voiture ? Vous voudriez des places gratuites pour tous vos admirateurs ?
– Oui.
– Vous rigolez ?
– Euh ! non, mon mécano Steph, mon médecin, son épouse, mon amie et moi !
– Et lui, planqué au milieu derrière, c’est votre confesseur ? dit le gars en se marrant. Bon, vous avez de la chance, il n’y a pas trop de monde, tenez et filez !
Il a pris deux rouleaux de tickets, en détache deux fois six – pour samedi et dimanche- et les tend à Marc par la vitre baissée.
- Merci, oh ! Merci : les filles sortent, se jettent sur lui, envol de minijupes, elles le couvrent de baisers, il est ravi, éclats de rires, l’attelage entre prudemment dans le pâturage défoncé communément appelé parc coureur à Montlhéry.
- On peut s’installer là ?
- Bien sûr, bien sûr, bonjour …
A côté, un couple tranquille, la quarantaine, le gars astique sa monoplace et nous regarde d’un œil franchement inquiet.
Brigitte glisser à l’oreille de Marc:
- Y' a des catégories d’âge ou bien vous êtes ensemble ? Je te préviens, si t’arrives derrière lui, je ne te regarde même plus.
Marc et Brigitte s’embrasse, elle est tellement heureuse d’être avec lui, heureuse de… de vivre !

Le parc est rempli de breaks , des berlines d’un autre âge, le cul écrasé par les quintaux de pièces et d’outils. Des gars courent dans tous les sens. Certaines groupe 2 impressionnent, comme l’Alfa GTA à compresseur de Dépailler avec un staff badgé "Autodelta". Il y a aussi des petits camions aux noms de sponsors, des mecs déjà en combinaison qui discutent entre eux.
Pour Marc Lestelle, les visites de politesses sont vite faites : il ne connaît personne, il débute.
A Pau, il pleuvait tellement qu’il n’a vu qu’un seul pilote : Jean-Claude Andruet qui a loupé la qualif’ lui aussi et l’a engueulé.
Les échappements libres sonnent déjà sur toute la gamme et tous les volumes, le hurlement sec d’un petit 1000 Abarth fait dresser toutes le têtes, puis des grondements de V8 américain, une meute des 4 cylindres aux échappements plus ou moins accordés: des tourismes, groupe 2, GT, protos, monoplaces, certains ont démarré leur moteur à l’aube comme pour le réveiller en douceur, lui expliquer qu’il doit faire les essais aujourd’hui avant la course de demain.
Marc en chef d’orchestre, chacun joue son rôle : Steph et Jean-Marie descendent en douceur la Martini MK7, Pierre est parti chercher où est le contrôle technique et à quelle heure "on" passe. La voiture est sur la liste des engagés, merci Shell, pas de temps perdu en paperasserie.
Les essais sont à dix heures, "mon" contrôle technique une demi-heure avant. Stéphane trouve un sol plat pour vérifier les hauteurs de caisse (8 cm à l’avant, 10 cm à l’arrière.) Les filles ont préparé table, café, croissants (d’hier, merci la réflexion !), maintenant elles polissent le capot de la monoplace comme une oeuvre d’art. Marc enfile les sous-vêtements ignifugés puis sa magnifique combinaison aux couleurs Shell.
- C’est con, ton casque jure.
La remarque est sévère mais exacte: Le Bell flambant neuf est orange, la combi est aux couleurs jaune et rouge. La visière est nettoyée avec des précautions de chirurgien.
- Marc ! on t’appelle au parc fermé, grouille !
Tout à coup, la trouille lui prend. Peur de tout. Marc a envie de fuir, il cherche des yeux, le bosquet là-bas ? Etre un ver de terre, devenir invisible. Une véritable panique.
- Alors, t’arrives ou faut te porter ?
Que c’est bon d’avoir des copains ! Lestelle se détend d’un coup et file sur les traces de Stéphane qui avec deux autres, poussent la monoplace vers le béton de l’autodrome.
" Les observer, ne voir que les objets, les roues, les suspensions, le quatre-dans-un de l’échappement, des choses réelles, ne pas penser. Surtout ne pas penser que dans un quart d’heure, je vais me retrouver en piste avec les meilleurs pilotes en F3 : les Alpine officielles de Jabouille et Depailler, mais aussi Coulon, Ethuin, des pilotes déjà connus, rapides, très rapides, et tant d’autres, Dolhem et Guitteny, Volant Shell avant Joël Auvray et moi. Ils ont déjà des Novamotor bien meilleurs que nos Rowland. Et…"
Marc est dans le parc fermé, il s’est enfilé dans le cockpit, chauffe doucement le moteur. Il se sent d’un calme olympien, si Steph lui disait que de l’extérieur il n’arrête pas de régler ses tirants de ceinture, de tirer sur ses gants, de vérifier pour la quinzième fois sa visière, il ne le croirait pas. Et les monoplaces se pressent soudain vers le passage qui mène à la piste. Dans un foutoir complet. On croirait une sortie de poulailler, chacun veut être sur la piste le premier, ou le plus tôt possible. Trop d’attente.
" Première, deux, trois, l’embranchement vers le routier, quatre, cinquième, pas encore 6000 tm, il faut déjà freiner pour l’épingle des Deux Ponts. L’essaim au bourdonnement sourd des 1600 cc bridés commence à se fractionner. Je me retrouve entre une Alpine et la Tecno d’Ethuin. Bon plan, les Deux Ponts, je suis, on saute sur le virage de La Ferme, je suis encore mais dans la montée, les deux me larguent.
Le Rowland est un poumon, je le savais ! tout le monde le sait, on attend des nouveaux BRM . P… de nouveau règlement ! les 1000 cc étaient au point, j’aurai pu…"
Freinage en descente pour le Faye, reprise en première et ligne droite jusqu’à la chicane de botte de paille avant la courbe relevée de l’anneau. Trois, quatre monoplaces le passent en ligne droite. Marc fulmine. De rage, il s’en fait deux au freinage, les bottes de paille frôlées, mais pas de miracle à la sortie, il se refait passer à l’accélération. La chicane des stands, c’était son point fort en moto : Jean-Pierre Beltoise himself en 66, dans Moto-Revue, avait titré : "Lestelle, un inconnu qui marche !" Tu parles, Marc avait pété le meilleur temps absolu dans cette longue chicane ! Avec sa 175 cc !
Premier passage, tranquille, calme, pas de folie, t’as le temps, il y a une demi heure d’essai, tout tourne rond, la Martini est facile.
" Bon, J’ai repéré Steph avec ses bras de deux mètres : mon panneau d’affichage sort du lot ! On attaque un peu !"
Freinage des Deux Ponts, Marc passe Lafosse, arrive juste au cul de Lacarrau. Sortie nickel-chrome, La Ferme, faudra se calmer le tour prochain, Lacarrau s’éloigne dans la montée, Marc tente de le ramarrer au freinage du Faye, un petit travers à la corde, perte de temps, Lafosse repasse.
" Bon, pas de quoi s’affoler, je ne suis pas trop largué malgré cette saleté de moteur mou.
Passage devant Steph et son panneau de chronométrage et c’est parti pour un deuxième tour chrono."
Ligne droite, quatre, cinqu…, le moteur se met à ratatouiller. Marc enfonce l’accélérateur, réflexe inutile : il est bien à fond mais le moteur cafouille, repart, hésite : cette fois, des paquets entiers de monoplaces le passent. Marc ne comprend pas, tout a été vérifié, une voiture le frôle, un poing rageur se lève.
"Merde, je me traîne, rester sur le côté de la piste."
Il ne reprendra pas sa chicane préférée, celle devant la tour de contrôle, celle où on plonge en freinant dans un droite et où on renquille vite fait quatre trois deux pour passer le gauche de bottes de paille et foncer vers le mur, droite à fond et la ligne droite du routier.
C’est terminé pour aujourd’hui, il ramène lentement sa Martini blessée devant la vieille Opel.
Ses copains, les copines sont déjà là, il sort du cockpit, enlève casque, gants…
- Bon, dit Pierre qui arrive en courant depuis la butte de La Ferme, c’est clair, y a un loup dans l’allumage, faut trouver.
- Bon courage, répond Marc qui va s’asseoir au volant de sa vielle bagnole et regarde fixement au travers du pare-brise. Il ne veut pas entendre les autres tourner.
- Faudrait vérifier la batterie.
- Trouve autre chose, elle a fait deux tours, me dis pas qu’elle est déchargée ! Elle est neuve et c’est fait pour une heure de course !
Batterie dernier modèle, une "cadmium Nickel" ultra plate et ultra légère. Le top du top.
Cinq minutes de solitude et Marc revient. L’atmosphère tendue laisse place au sourire, deux ou trois vannes, ça va déjà mieux. Les essais F3 sont terminés. Les monoplaces passent dans le désordre des tentes, des camping cars, des camions officiels Alpine, Bardhal… Steph revient en courant :
- T’as le quinzième temps ! Sur un seul tour et tranquille, pas mal !
- C’est vrai ?
Marc est surpris. Il s’est promené le premier tour. Le moral lui revient comme la marée au Mont Saint Michel : au galop !
- Bon, on range tout et on part.
Montlhéry-Amiens en une bonne heure et demi, la France était alors plus petite, je ne vois pas d’autre explication.
Au garage jusque tard le soir, tout est ausculté, chaque fil, chaque branchement électrique, la batterie est rechargée par précaution, les bougies comme leur faisceau changées.

La course a lieu à quatorze heures. L’Opel Admiral lancée à fond, ses six occupants, la Martini derrière, c’est le retour à Montlhéry dans une atmosphère qui se veut joyeuse mais un peu forcée. Pierre, Steph ou Marc, personne n’a trouvé la moindre raison à ce cafouillage électrique.
Tout va très vite ce matin de course : Marc Lestelle est entouré, aidé, sa monoplace est prête, moteur chauffé, il est déjà dans son cockpit au milieu des autres F3 sur la grille de départ.
Concentré. Fermé à tout sauf le départ de la course. Les jappements des échappements, l’accélération de son rythme cardiaque, le panneau trente secondes qui sera retourné pour dix secondes. Le cœur bat encore plus vite. Le pied droit au rebord appuyé sur la pédale de frein se fait précis sur l’accélérateur, le 1600 cc est à 6000 tm, l’aiguille du Smith suit dans son staccato en retard d’une mesure, Dix secondes ! Les moteurs hurlent, l’homme au panneau s’éclipse et le drapeau tombe : Embouteillage devant Marc, il ne peut même pas lancer à fond de cinq son Rowland. C’est déjà le premier freinage, des roues partout, ça bloque, ça fume, un cul de boîte juste devant, l’éviter, juste, bras croisés pour l’épingle à droite. Deux ou trois se vautrent à l’extérieur, les pavés des Deux Ponts sont traîtres. Passer la deux en sortie, trois, freinage léger : un autre à l’intérieur n’a pas freiné, donc virage de La Ferme à deux de front. Ca passe juste. L’autre à l’intérieur élargit à la sortie, classique, oblige Marc à rouler un peu dans l’herbe, à perdre du temps et une place mais le peloton reste serré. Statu quo au Faye, tout le monde se méfie. Mais au freinage de la chicane Nord, Marc se déchaîne et s’en prend deux : Brigitte et Pierre apprécient, hurlent derrière le grillage!
Chicane des tribunes : Marc rase le mur, fait l’extérieur à une Martini rouge et passe la chicane tout en glisse sur le béton. Steph brandit le panneau, il a écrit : + + + !
Marc revit, respire : il se bat, il est enfin à la lutte avec les meilleurs ! Devant ou derrière, mais tout près. Rester calme, ne pas s’exciter. Admettre le manque de puissance du moteur, donc espérer une place correcte, c’est tout. Mais le freinage des Deux Ponts est un tel régal : Marc Lestelle fait l’intérieur à une autre Martini rouge, reste devant après La Ferme, la contient dans la montée, l’autre, Dohlem ( ?) se glisse à l’intérieur au freinage du Faye : A l’extérieur, ça glisse moins : l’autre part en travers et Marc passe.
La course, enfin. La vraie !
Une grosse dizaine de monoplaces devant, à vue, il les ramarre au freinage de la chicane nord. Steph brandit le panneau : 12 +++. Pas très académique mais on est en paquet les temps, on s’en fout, la place seule compte.
Une petite coupure, très brève. Pas le temps de s’alarmer. Sortie des Deux Ponts, accélérateur à fond mais coupures d’allumage : deux places perdues. En force à l’intérieur à La Ferme, en rage, le moteur ratatouille lamentablement, Marc obligé de serrer à droite, deux roues dans l’herbe, déjà au ralenti. Trois, deux cylindres, puis plus rien. Marc Lestelle est arrêté dans l’herbe. Etrangement calme. Une rage froide. Il descend, deux commissaires l’aident à glisser sa voiture vaguement en sécurité. Il s’assoit sur le talus, regarde les autres passer sous ses pieds sans les voir…
- Toujours pareil ?
- Oui, même chose. Coupure d’allumage. A devenir fou.
Ses copains l’entourent, Brigitte lui passe le bras autour du cou, le serre.
- Reprends-toi. Tu as super bien piloté et tu le sais. Le reste, ça se répare.
Marc lui sourit. Elle a raison. Il a tout à apprendre. Pas seulement à piloter, à battre les autres, mais aussi à supporter deux abandons sur panne tordue.
Elle l’embrasse.
- Regarde-moi, regarde-nous tous et imagine si tu étais tout seul !
- Bon, on remballe.
Aucun ne reste regarder la superbe empoignade entre les quatre voitures de tête : Depailler gagnera d’un souffle devant Coulon, Ethuin et Jabouille.
L’Opel est déjà sur la N20, direction Paris puis Amiens. En arrivant, Marc Lestelle a oublié sa course, il ne pense que réparation, essai, et re-Montlhéry dans quinze jours. Le même jour que Monaco : Il y aura un coup à jouer, les grands seront tous sur le rocher.
Coupe de vitesse de l'USA . Autodrome de Linas-Montlhéry . 9 mai 1971
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A suivre...
Guy Dhotel
Illustrations originales (un grand merci) © Nicolas Cancelier www.nicolascancelier.be
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mardi, 06 octobre 2009
Pour qui sonne le Glen ?

Une à une les autos s'arrêtèrent puis le silence s'installa. Le silence en plein milieu d'une séance d'essai, c'est comme un coup de téléphone à 7 h du matin ou la mine grave d'un toubib devant une radio, c'est pas bon. Les pilotes se regroupèrent. On parla d'une voiture bleue. Pas celle de Stewart puisqu'il venait de descendre de la sienne, réfugié au fond du stand Elf Team Tyrrell. Ni celle d'Amon, le présumé malchanceux mais pas assez pour tenter la Faucheuse.
Peu après 17 h, Elle revint du bois de Boulogne où Elle avaient promené Son premier-né. Sa mère l'accompagnait. L'été indien à Paris, sous la forme d'un soleil doré, jouait dans Ses cheveux, s'ingéniant à La rendre encore plus jolie. Petit-Charles était devant la télévision, les femmes à la cuisine, préparant le goûter.6 octobre 1973. L'Egypte et la Syrie ont attaqué Israël cet après-midi, ce qui engendrera le premier choc pétrolier et partant la prise de conscience universelle qu'un âge d'or qui courait depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale s'était éteint. Et puis une info donnée à la télé que Petit-Charles répercuta à la volée sans bien en saisir le sens, ni la portée, en direction des deux femmes qui apportaient un goûter somptueux dans le grand salon bourgeois. François est mort.
Le Glen sonnera toujours en Elle chaque 6 octobre jusqu'à la fin des 6 octobre. Il L'a capturée dans un anneau de Moebius dont Elle ne s'échappera jamais.
CEVERT © Paul Chenard http://automobiliart.blogspot.com
Prismacolor pencils on mid-gray archival stock
34.5 cm x 50 cm
(Special thanks to Mister Paul Chenard who told us a few words about that piece of art : As someone who studies and collects Grand Prix racing history, I discovered the accomplishments of François Cevert. As an artist, I found that there were few art pieces that really honoured him in a way that I saw fit.)
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dimanche, 13 septembre 2009
Sept 1964, Montlhéry, Morini 175cc
Guy Dhotel se souvient de ses premières fois. Il raconte aujourd'hui sa première course, puis ce sera son premier classement scratch. Après on verra... Un grand merci à Nicolas Cancelier pour s'être prêté avec le talent qu'on lui sait au jeu de l'illustration, et pour qui dessiner des motos est aussi une première.
Un cheval hennit dans la nuit, d’autres renâclent, grattent, s'énervent : Hervé et moi, on a tombé le hayon arrière de leur van, il est 4 heures du matin, il fait froid et humide en ce mois de septembre 1964. Le petit village de la plaine picarde est endormi. Le lampadaire extérieur éclaire deux motos appuyées sur les flancs du HY Citroen. Hervé Bayard et moi, nous poussons à l’intérieur sur le plan incliné sa 250 Morini carénée puis ma 175cc Morini. Chaque machine dans son emplacement, séparée par un bat-flanc de bois épais et une couverture. A deux pour remonter le lourd panneau arrière, le fixer avec ses grosses goupilles, prendre la caisse à outils, on n'oublie rien ? non.
Dans mon sac de sport, mon beau cuir tout neuf, si cher que je n'ai pu acheter ni les bottes ni le Cromwell, casque indispensable en course de moto. Madame Couturier a émis un tststsss réprobateur en me voyant avec mon casque "aviation" blanc, intérieur liège, quatre fois moins cher. Si elle savait que je cours en baskets (pas de bottes de cuir, trop cher !) et avec des lunettes en plexi, pas même des googles à pan coupé en verre !
Hervé range son sac à l’équipement complet et traditionnel derrière l'autre siège .
- T'as pas oublié ta licence ? me demande-t-il.
- Non, non !
Je ne risque pas de l'avoir oublié, ce petit bout de carton : la première licence de ma vie, au MCF (Moto Club de France), le plus prestigieux !
On claque nos deux portes "suicides" et à fond : 80 km/h vers Montlhéry.
J'ai juste 19 ans, je viens (enfin !) d’avoir mon bac Sciences-ex - avec mention bien - donc mon père m’a autorisé à courir à Montlhéry.
Je suis à côté d'Hervé Bayard, pilote international en 250cc, et je vais faire ma première course sur cette 175 Morini que j'ai essayée de longues heures sur route et en ville, dans Amiens, les grands boulevards déserts y ont des courbes attirantes : no limit ! La nuit bien entendu. Cette moto toute maigre, au cadre interrompu et au frein avant latéral si petit, c’est ma première bête de course. Légère, maniable, rapide, un délice !
D'accord, ma Morini est de 1959 ; elle va sur ses six ans ; son Avon racing arrière doit avoir deux saisons et il reste juste assez de sculptures au milieu pour faire une course. On verra après.

Sous le tunnel, ça y est premier contrôle : Hervé est connu, on passe, signe d’amitié du gars au brassard. J’ai la trouille. Hervé conduit le van d’une main décidée dans un coin du parc coureur. On descend tous les deux, on abat le panneau arrière, de la paille tombe, les effluves de chevaux s’égarent dans les fumées de ricin. Franche rigolade des pilotes installés dans le coin quand des brins de paille tombent des motos que nous descendons de leurs box respectifs : le rire accroche des relations immédiates !
Chacun de nous deux s’affaire à sa machine, vérifie rapidement le réglage de frein avant et une petite poussette pour faire "craquer" les bêtes. Les mégaphones à contre cônes d’origine laissent échapper une sonorité grave. Quand les moteurs sont chauds, changement de bougie ; je me brûle les doigts en remontant la Marshall course.
- Le contrôle, Les essais, c’est où ?
- Grouille-toi, c’est là-bas ! Pour les 175, ça commence dans une demi-heure.
Enfiler la combinaison de cuir noir, casque, lunettes, gants et en route.
Le commissaire technique regarde ma machine, il la connaît, tiens vous avez racheté la 175 de Bayard ? Ca évite les pertes de temps à tout vérifier. Seul mon pneu arrière le fait tiquer :
- Trop usé, ton Avon !
Il me regarde, remarque le casque touriste, fait la moue et
- Vas-y , et fais attention !
Ben tiens ! Sur l’anneau, vite ! tout de suite ! J’ai 19 ans, ça fait 19 ans que j’attends ce moment !
On se retrouve à une quinzaine, des Morini, une Ducati desmo carénée, une Terrot Rallye et deux Bultaco.
La barrière est ouverte : lâcher de furieux dans le désordre. Dès le premier tour, je sais que je vais vite : j’en ai passé plein, moi qui avait la trouille de terminer derrière la Terrot ! Une dizaine de tours, pas de chronos, tout fonctionne, et c’est le drapeau à damier : rentrée au parc.
Moi, je n’y connais rien, tout me paraît donc normal. Hervé finit de peindre les numéros sur son carénage .
- Bon, j’y vais, me dit-il.
- Tu veux que je te chronomètre ?
- Non, ça va.
Et il part, tranquille sur sa 250 dans le grommellement du ralenti, enfermé derrière les googles à pan coupé, le Cromwell, le cuir noir, vers l’anneau de béton.
Je cours voir les machines passer à La Ferme, virage à gauche qui suit la sortie de l’épingle des Deux Ponts revêtue de briques. Que c’est beau ! les angles, les moteurs poussés à fond, tout ce dont j’ai rêvé depuis si longtemps !
Le temps de revenir au parc, Hervé est déjà rentré. Nos Morini ont tourné comme des horloges. Aucune idée de nos temps, sinon que lui comme moi, on en a doublé beaucoup. C’est bon signe.
- Allez, on range, faut rentrer. Et être à l’heure demain.
Ben oui, on ne va pas à l’hôtel, retour à Amiens, plus exactement dans la grande ferme où les parents d’Hervé nous attendent avec inquiétude et tant de sympathie.
Nous sommes déjà dimanche matin, sur le circuit. Cette fois, personne ne rit quand on a abattu le hayon arrière. Nous avons tourné vite, ça se sait.
Les 175, c’est en fin de matinée. Les programmes sont immuables : 50, 125, 175, 250, 350, 500cc.
Tout passe en accéléré, j’ai toujours l’impression d’être en retard mais non, je suis avec les autres devant la barrière, moteur tournant .
Pas le temps de gamberger. Je suis surpris, ça roule vite pour un tour de formation. Daniel Lhéraud, le favori en "Sport", avec la toute dernière machine en tête et tout le monde suit. Curieusement, en arrivaent au milieu de l’anneau, les pilotes ralentissent, se mettent à monter. Je comprends vite : la première ligne se joue ici ! Pas de chronos donc pas de places définies. Je me retrouve très haut en fin de virage. Lentement, la moto se met à glisser vers l’intérieur, vers les autres qui essaient de garder l’intérieur : Ouf, la piste s’aplatit, j’ai réussi conserver la première ligne au ras du mur des tribunes.
Moteurs arrêtés. Silence. Se caler sur le côté de la machine, reculer sur la compression, débrayer, encore quelques centimètres en arrière puis avancer très lentement, bloquer le frein avant.
"10 secondes !"
Je m’allonge, collé contre la moto, la main droite fermée sur le frein. Toute la poussée possible.
Départ. Chacun sa méthode, la mienne doit être bonne, je pars deuxième ! Un peu de monde tout autour jusqu’au freinage des Deux Ponts ; Daniel Lhéraud est déjà loin, une machine course carénée me double. Pas la même puissance, rien à faire. Jolie glissade sur les briques et attaque maxi, en limande après la Ferme. Pour ce premier tour de la première course de ma vie, je fais ce que je ferai à chacune de mes courses ensuite : attaquer, toujours et encore…
Hervé court juste après, il ne peut pas me panneauter donc je regarde sur les "ardoises" des autres pour savoir combien de tours il reste : Depuis un moment, je ne comprends plus, je suis seul ! j’enchaîne lignes droites, virages et chicanes tout seul. Plus personne devant ni derrière ! Ma surprise est telle qu’à un moment, je me relève après le Faye, dans la ligne droite de la forêt : je vois enfin loin derrière quelques machines groupées ! Heureux ! Un peu plus tard, c’est l’arrivée : troisième au général et deuxième en sport national !
Les résultats sont affichés derrière la tour. Pas de podium, une poignée de main, non, il n’y a pas de prix pour le deuxième. Je commence à faire connaissance avec d’autres pilotes.
La vraie vie commence pour moi. J’ai dix-neuf ans.

Coupes de Paris . Autodrome de Linas-Montlhéry . 20 septembre 1964
Voir la saison motocycliste 1964
Guy Dhotel
Voir aussi La Guerre du rail
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| Tags : moto, guy dhotel, autodrome de linas-montlhéry, 1964, morini 175, hervé bayard, art, nicolas cancelier |
jeudi, 06 août 2009
JMG went to LM Story and all we got were these lousy drawings

Plus de 300 voitures de compétition, réparties en 9 plateaux différents, ont disputé 15 courses sur l’ensemble du week-end des 4 et 5 juillet où se déroulait au Mans la quatrième édition de LM Story. Mais il ne faudra pas compter sur la note de ce jour pour prétendre en être informé de façon exhaustive puisque notre homme sur place, JMG, utilise une technique datant de l'époque de la chasse à la massue, quand les hommes repus dessinaient leurs proies sur les murs de leurs cavernes.

Faisant fi de la photographie, soit qu'il la boude, soit qu'il ignore son existence (on lui annonce qu'elle fut inventée en 1825 par un certain Nicéphore Niepce puis améliorée par des hommes comme Robert Doisneau, Eric Vargiolu ou GT Dreams), JMG court les paddocks à la recherche de la belle image, à défaut de l'image dynamique, de celle dont le fonds filé suggère la vitesse, de celle, enfin, dont le piqué ne cache rien des superstructures d'une automobile.
JMG est d'ailleurs connu pour ce dangereux déviationnisme ; n'est-il pas photographié ici - à son insu ? - par les lascars de British Pistons, comme on prendrait en photo un coureur du Tour de France en draisienne ou un utilisateur de Bi-Bop à la terrasse du Flore.


Au piqué hallucinant de la photo de la MG Monaco de Michel Loreille répond la frêle esquisse de JMG dans laquelle le robuste conducteur aurait du mal à se glisser. Et d'abord, laquelle des trois piloterait-il ?




L'harmonieuse esthétique de la CD Panhard photographiée par GT Dreams (Le Mans Classic 2008), et aussi sa pureté de ligne, ne saute pas aux yeux de qui se fie au travail du dessinateur.
[1] http://intraphotoslive.lemans.org
JMG au travail et MG Monaco © British Pistons www.british-pistons.fr
Racer 500 © ACO
CD Panhard © GT Dreams www.gtdreams.com
Dessins © Jean-Marie Guivarc'h ;) http://arbresacamesetpoilsdemartre.hautetfort.com
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samedi, 01 août 2009
Jean Behra (1921-1959)

Le cinquantaire de la mort de Jean Behra, célébré aujourd'hui, permet la réédition de la note que nous avions consacrée au champion niçois en décembre 2004. Une note revue et enrichie des magnifiques toiles de Nicolas Cancelier. Très populaire dans les années cinquante grâce au courage et la maestria qu'il démontrait sur les Gordini, Jean Behra se place, sur l'échelle chronologique de notre sport, en annonciateur de la jeune garde nationale qui émergera durant les années soixante et soixante-dix, les Beltoise, Cevert et Depailler, d'anciens motards comme lui.
Issu d'une famille niçoise dont le père est radioélectricien, le petit Jean Behra est très tôt victime du démon de la compétition ; il faut qu'il se mesure à ses copains. Il bricole entre deux récréations une caisse à savon et dès douze ans il "s'aligne" dans les rues de Nice, au grand dam des ménagères qui reviennent du marché… Tout est bon pour brûler la folle énergie qui court en lui, gymnastique, football, et surtout le cyclisme qu'il pratiquera sérieusement. Il entre au service d'un marchand de cycles chez qui il "rayonne" des roues et saisit vite l'opportunité qui s'offre à lui chez ce petit patron ; le bricolage. C'est ainsi qu'il monte un cadre allégé avec lequel le jeune homme va connaître ses premières émotions de coureur.
Jean Behra commence sa carrière à vélo. Il amasse rapidement, du fruit de ses courses, un pécule aussitôt investi dans une moto qui ne tarde pas, la pauvre, à subir des traitements identiques (bricolage, traficotage) à toutes les machines que Jean a jusqu'alors chevauchées.
Et c'est en 1945, à Nice, que Behra remporte sa première victoire motorisée, dans le Grand Prix de la Libération. Il y pilote une Terrot radicalement gonflée qui ne laisse aucune chance aux autres. La Terrot fut remplacée par une Guzzi et la carrière de Jean se fraya doucement un passage, entre les chutes, les accidents et les avanies multiples.
A l'aube des années 50, cinq titres de Champion de France figurent à son palmarès. Behra est un nom, comme ceux des pairs de l'époque, les Georges Monneret, Roger Loyer ou Georges Houel. Mais l'ambition de notre motard est autre ; il vise la course automobile dont un emblème le fait rêver, Amédée Gordini.
Il débute en auto au Mont-Ventoux en 1949, au volant d'une Maserati 1500 cm3 empruntée sous caution. Alors que nul ne l'attendait, il gagne, pulvérisant les records de Louis Chiron et de Toulo de Graffenried. La presse s'empare de lui. Behra monte à Paris, bien décidé à conquérir, sinon la vie, du moins la confiance d'Amédée Gordini. Il campe Boulevard Victor, siège des Automobiles Gordini. Le "Sorcier" est intéressé, mais, vous savez… "On vous écrira jeune homme".
Pourtant un an plus tard, un coup de téléphone à Nice, où Behra est reparti. Et l'histoire le pose alors au Grand Prix des Sables-d'Olonne dans le siège d'une Gordini quatre cylindres aux cotés de Trintignant et de Manzon. Notre homme bat le record du tour et fait troisième ; il décroche aussi et de manière permanente un volant d'usine. Une légende Behra est en train de naître en France, surtout à l'issue du GP de France 1952 (hors-championnat) où le Niçois tient tête aux Ferrari Tipo 500 emmenées par Ascari et a le culot de gagner.
Le 24 août 1952 tout ce petit monde est à La Baule où se tient un Grand Prix. Parmi les spectateurs, un gamin est derrière les barrières, il tend le cou pour mieux voir et son petit visage étroit s'allume à chaque passage de la Gordini de Jean Behra, c'est Jean-Pierre Beltoise. Une vocation - une autre - naît ce jour-là.
Parmi les grandes victoires behrasques de l'époque, citons celle acquise sur la Gordini sport 3 L au Tour de France automobile 1953 (photo ci-dessus) et deux autres en 54, à Pau et Cadours, sur Gordini F1.
Behra restera avec Gordini jusqu'en 1954. Ce sont les déboires financiers d'Amédée ajoutés aux ennuis qui affectent les autos - elles ne sont guère fiables, guère puissantes -, qui le convainquent de tenter sa chance en Italie, chez Maserati. Le passage de Behra à une marque étrangère fera couler de l'encre, on ne lui pardonne pas de laisser tomber Gordini.

Entre 1955 et 1957 il remporte au volant de la Maserati 250F des Grands Prix mais toujours hors-championnat, Pau et Bordeaux en 1955, Pau et Casablanca en 1957. On le voit aussi cette année-là conduire une BRM à la victoire à Caen, ce qui conduit la firme de Bourne à lui offrir un contrat pour l'année suivante. Les autos anglaises étaient alors malchanceuses et fragiles et le mieux qu'il pût en tirer fut une troisième place au GP de Hollande 1958.
Quittant BRM il arrive chez Ferrari en 1959. La saison démarre bien, il gagne hors-championnat à Aintree et fait second à Syracuse, mais le climat s'envenime, le bouillant Behra s'entend mal avec Romolo Tavoni et le clash éclate à l'issue du GP de France où la Ferrari abandonne, moteur cassé ; Behra met son poing dans la figure de Tavoni. Il est flanqué dehors.
Moins d'un mois plus tard, Jean Behra se tue sur la Porsche RSK Sport qu'il avait engagée en lever de rideau du GP d'Allemagne, sur le circuit de l'Avus.
Le nom de Behra ne s'éteindra pourtant pas avec lui puisque son frère José (1924-1997) courra épisodiquement sur Ferrari GT, au Mans, à Montlhéry et au Tour de France, et que son fils Jean-Paul pilotera également en moto et auto. Le fils adoptif de ce dernier, Eric, se trouve actuellement à la tête du Groupe Behra, un groupement de concessionnaires.

Jean Marie Behra
France
Né à Nice le 16 février 1921
Mort en course sur le circuit de l'Avus (Berlin) le 1er août 1959
www.groupebehra.fr
Jean Behra, GP du Mexique 1953, Gordini T16 © (merci) Bernard Cahier www.f1-photo.com
Jean Behra, départ du Tour de France automobile 1953 à Nice, Gordini 36 S © Musée de la photo de Nice www.tpi-nice.org
Jean Behra, GP de Monaco 1956, Maserati 250 F © Nicolas Cancelier www.nicolascancelier.be
Jean Behra, 24 heures du Mans 1958, Porsche RSK 1600 © Nicolas Cancelier ;)
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Annexe
Jean Behra a aussi peu écrit qu'on a écrit sur lui. Un état de fait que son caractère tourné vers l'action plutôt que l'introspection explique. Une recherche sur le catalogue général de la BnF indique seulement cinq références.
Deux enregistrements sonores :
- Un disque 33 tours édité à l'occasion du cinquantenaire de l'ACO, sur les 24 H du Mans 1958, avec les participations de Jean-Claude Vidille, Juste Vernet, Maurice Trintignant, Harry Schell, Umberto Maglioli, André Masson Jean Lucas, André Guelfi et Jean Behra.
- Un disque 33 tours de la collection Sonorama, n °20. Juin 1960. Behra y est interviewé - à titre posthume - en compagnie de Maurice Trintignant et de Harry Schell.
Deux références bibliographiques :
- Paul Massonnet et François Cavanna. Les 24 heures du Mans [Texte imprimé]. Préface de Jean Behra et Maurice Trintignant. Illustrations de Georges Brient. Ed Charpentier, Paris, 1959, 193 p., 2 NF
- François Paour. Bleu de France [Texte imprimé], roman. Préface de Jean Behra. Ed La Nef de Paris, 1959, 168 p.
Une référence iconographique :
- Trafic à Paris, automobiles et prototypes [Image fixe numérisée] Robert Doisneau, photogr. Ed Rapho, Paris. Recueil de 43 images prises entre 1938 et 1971, parmi lequelles "Le coureur automobile Jean BEHRA et l'ingénieur Amédée GORDINI, avec la Simca. Gordini, Grand Prix 1952. [Cote : 31574, boite n °4] [Image fixe numérisée]"
Cette liste écarte les écrits, articles, portraits qui ont pu être publiés par la presse automobile et dont nous saurions gré à nos lecteurs de bien vouloir les mentionner. Il nous a paru intéressant d'enrichir cet appendice de la préface que Jean Behra a écrite un mois avant sa mort pour le livre de François Paour, Bleu de France, ainsi que de l'hommage de ce même auteur à Behra.




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jeudi, 18 juin 2009
Le Mans par Guivarc'h

Mémoire des Stands n'était pas au Mans mais a regardé quand même par-dessus l'épaule de Jean-Marie Guivarc'h.
Notre ami JMG est une aubaine pour l'historien ou le simple amateur d'automobile ancienne car tout ce qu'il touche acquiert aussitôt la patine de l'antique.
Il n'est que d'admirer ses Peugeot 908, Aston Martin LMP 1 ou GT 1, Spyker ou Porsche spyder pour se convaincre qu'elles appartiennent à la même famille que les Delayahe, Bentley, Jaguar D ou Aston Martin DBR1 qu'il a croquées lors de la grande semaine mancelle.
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jeudi, 11 juin 2009
Blue eyes turned out brown

Paul Newman avait coutume d'affirmer que le jour où ses yeux vireraient au brun sa carrière serait derrière lui. Une demi plaisanterie qui trouve une résonance étrange dans la sanguine que nous offre Patrick Brunet, l'artiste qui ajuste son oeuvre à la couleur de son nom.
Les années se suivent, les 24 h du Mans également. Pourtant certaines laissent des traces indélébiles. Une d'entre elles se résume en trois images distinctes mais qui forment un tout. La première, une pluie récurrente, la seconde, les flammes des 935 en décélération à la nuit tombante et enfin ce regard incroyable croisé par hasard le jeudi juste avant la séance d'essai, dans les paddocks, sur le marchepied de sa caravane. On cultive encore l'humilité à l'époque, pas de motor home.
Il y a... ? non... ! si ! Trente ans déjà.
Tout cela mérite bien un dessin.

24 heures du Mans . Circuit de la Sarthe . 9-10 juin 1979
Patrick Brunet
www.patrick-brunet.com
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