mardi, 17 octobre 2006

Les coquetteries d'un programme du bon vieux temps #2


Circuit de Rouen. Samedi 6 juillet 1968. Essais Formule 3. Virage des Six Frères.
 

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Dans 24 heures, à peu près à l’endroit où se trouve la troisième voiture, la Honda n° 18 de Jo Schlesser va lui échapper sur la piste détrempée et tirer tout droit, pour aller percuter le talus dépourvu de tout rail de sécurité et exploser dans une gerbe incandescente, mettant fin, moins de dix minutes après son premier départ en formule 1, à la vie, certes bien remplie, mais trop brève assurément, de ce très chic type.

Cruelle ironie du sort, engagé de dernière heure sur la Honda allégée expérimentale, il ne figurait pas sur le programme officiel, lequel attribuait le numéro 18 à Dan Gurney sur Eagle. Celui-ci ayant déclaré forfait, ce numéro allait être attribué à Schlesser, en toute logique puisque son coéquipier John Surtees avait le numéro 16 ; ce même Surtees qui, après avoir brièvement essayé en Angleterre la Honda expérimentale, avait refusé de la piloter en course, la jugeant dangereuse (et pourtant, « Big John » était tout le contraire d’un couard). Mais pour Schlesser, à 40 ans, la foutue machine représentait l’occasion ultime et inespérée d’accéder à cette formule 1 dont il rêvait depuis si longtemps… 

Ce 6 juillet, loin d’imaginer que la Camarde a choisi sa proie et attend patiemment son heure, les jeunes loups de la F3 s’en donnent à cœur joie sur ce « tracé d’hommes », désireux de briller sous les yeux du gratin de la F1.

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Parmi eux, il y a François Cevert, sur sa Tecno n° 31 et Patrick Depailler, sur son Alpine n° 2, tous deux ici à la limite dans cette terrible courbe des Six Frères.

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En cette année 1968, leurs trajectoires, bien que parallèles, ont pris un nouveau tournant (si l’on peut dire). Paradoxalement, sa victoire au Volant Schell 1966 avait plutôt desservi Cevert, qui avait certes touché une Alpine F3 neuve, mais s’était trouvé complètement livré à lui-même tant pour la régler que pour la faire courir. Ses galères tout au long de l’année 1967 ont été racontées dans des termes aussi émouvants que passionnants par Jean-Claude Hallé. Grâce au soutien de… Jean-Pierre Beltoise, l’ancien motard Patrick Depailler avait pu, quant à lui, saisir l’opportunité de courir sur une Alpine d’usine, c’est-à-dire dans de bien meilleures conditions.

Mais depuis six mois, les choses ont changé. Cevert est un séducteur naturel et il a prouvé qu’il savait aller vite. C’est pourquoi, fort de divers soutiens, dont celui de Sport-Auto (Gérard Crombac est sous le charme), il pilote maintenant une très compétitive Tecno, qui lui permet de postuler pour le titre national. Depailler est plus en retrait.

A Rouen, quoi qu’il en soit, les deux espoirs montants du sport automobile français vont se faire (très fugacement) voler la vedette par Adam Potocki, qui gagnera la course, bien aidé par la mécanique exceptionnelle montée sur sa Matra, ainsi que nous l’a fort talentueusement expliqué il y a quelque temps déjà « le roi de Pologne » dans les commentaires faisant suite à la note Adam Potocki dans l’actualité.

On sait, grâce aux révélations inédites de sa Majesté, que Potocki avait failli ne pas prendre le départ, sa candidature ayant été refusée par Gérard Crombac, et qu’il ne dut sa participation qu’à la compréhension de Bernard Consten, alors président de la FFSA.

Ces péripéties expliquent-elles que le futur vainqueur ne figure même pas sur la liste des engagés de la « Coupe internationale de vitesse F.3 » livrée par le programme officiel ? C’est vraisemblable.

Au final, François Cevert remporta brillamment le titre national de F3. Jean-Claude Hallé a décrit cette dernière course, à Albi, où Jean-Pierre Jabouille, très fair play (Jean-Claude Arnold y faisait allusion il n’y a pas si longtemps), avait accepté que le départ soit retardé pour permettre à Cevert de s’élancer, alors que le titre se jouait entre eux deux.

Gérard Crombac expliquait, de son côté, qu’il se serait couché devant la voiture de Jabouille s’il l’avait fallu. Il n’a cependant jamais révélé, semble-t-il, s’il avait été tenté de faire de même devant la voiture d’Adam Potocki à Rouen…


Signé Pr Reimsparing
Voir aussi Les coquetteries... #1



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mardi, 31 mai 2005

Adam Potocki dans l'actualité

medium_potocki.jpgAu moment où notre ami le commentateur commenté, sur une de ses récentes interventions, extirpait de l’oubli Adam Potocki en rappelant comment ce Polonais établi en France avait remporté la course F3 de Rouen en 1968 au volant d’une Matra MS5 superbement préparée par le mécanicien Richard Belkechout, on apprend, par un de ces hasards qui fait croire en quelque chose derrière l’ordre apparent des choses, que ladite Matra fera l’objet d’une vente aux enchères le 20 juin prochain au Palais des congrès à l’occasion du 25e anniversaire des ventes d’automobiles de collection par la maison Artcurial [1].

Outre la Matra MS9 de F1, pilotée par Jackie Stewart en Afrique du Sud en 1968, et diverses Porsche appartenant à Florian Pagny, les acheteurs auront donc l’opportunité d’acquérir en cette Matra F3 une auto à partir de laquelle la firme de Vélizy a bâti son histoire.
C’est par la F3 que Matra s’est engagé dans ce sport en 1965.
La MS1, construite selon des techniques empruntées à l’aéronautique, tranche d’avec ses concurrentes d’alors.

Après quelques tâtonnements, la MS5 qui lui a succédé gagne à Reims aux mains de Jean-Pierre Beltoise, qui sera sacré champion de France F3 fin 1965. C’était parti pour trois saisons au cours desquelles les F3 Matra gagneraient 14 courses en 1966, dont cinq à l’actif de Johnny Servoz-Gavin qui sera champion de France sur la MS5, puis une série de 26 succès en 1967 (MS6) dont 10 rien que pour Pesca, et au sein desquels on n’oublie pas les quatre victoires à la Temporada argentine enlevés par un impérial Beltoise.
Henri Pescarolo est champion de France en 1967.

medium_ms5_67.jpgNombre de pilotes français se sont fait les dents sur ces monoplaces qui leur furent autant de tremplins, comme Jean-Pierre Jaussaud, Eric Offenstadt, Jacky Ickx, Henri Pescarolo, et Jean-Pierre Beltoise ou Roby Weber (tremplin pour la mort pour le pauvre Weber qui se tuait en 1967 sur un proto Matra 630 ; à notre connaissance l’unique décès enregistré sur une Matra).

L’auto que mena le comte Adam Potocki à Rouen est un châssis ex-Jacky Ickx qui a couru en F2 en 1966 après avoir été conduit par Jean-Pierre Jabouille en 1967 dans l’écurie Crio au tournesol. On se rappelle que la MS5 était convertible F3/F2.
S’il daigne se déplacer au Palais des congrès le 20 juin pour assister au show de Maître Poulain, notre commentateur commenté pourrait acquérir cette MS5, en gérant habilement l’enchère, et enfin la démonter pour voir à quel bois elle carburait et résoudre une fois pour toutes le mystère de cette victoire.

[1] www.artcurial.com

Adam Potocki © Moteurs
Pescarolo devant Jaussaud à Reims en 1967 © DPPI (http://www.dppi.net/)