jeudi, 25 août 2005

La bande à Welter

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A l’aube d’un samedi matin de l’hiver 1970, Jean-Claude Bourguet est tiré de son lit par un cri venu de la rue et qui n’évoque en rien les chuchotements émis par les 204 ou autres Ami-8 qui croisent ordinairement dans ce coin de Thorigny-sur-Marne, près de Lagny, en Seine-et-Marne, où il reste.
Photograveur à la Documentation française, Bourguet tient en permanence un appareil photo prêt, au cas ou. En bas de chez lui, il y a cet engin, qu’il photographie. Sans doute est-il l’œuvre de la bande de doux dingues qui trafique dans cet atelier tout prêt de chez lui, celui de la bande à Welter…

Nous exhumons aujourd’hui ce document, retrouvé par hasard dans nos archives, trente-cinq ans après que Jean-Claude nous en fit cadeau. Il s’agit d’un des tout premiers clichés, sans doute même le premier, de la WM P 70, un prototype conçu autour d’une base de Peugeot 304, qui allait être présenté à la presse le 22 avril 1970 par ses concepteurs, Gérard Welter et Michel Meunier (WM c’est eux).
Les deux potes n’en étaient pas à leur coup d’essai car ils avaient commis en 1969 un premier engin à partir d’un châssis de 204 Peugeot, la WM P 69, un coupé traction avant assez pataud qui s’avèrera le brouillon de la P 70, berlinette à moteur central donnée pour 240 km/h, mue par une mécanique Peugeot 304 retaillée à 120 ch DIN.

Gérard Welter et Michel Meunier ont dessiné ces engins « au noir » au centre des études Peugeot de La Garenne-Colombes où ils sont employés, et les assemblent dans leur antre de Thorigny. Ils sont une bande à s’agiter autour de la caisse, la bande à Welter, lequel tient la portière : les frères Mathiot, Xavier et Denis, José Mailhé
L’époque des années soixante, début des années soixante-dix, était encore favorable aux artisans qui avec trois sous et quelques heures de liberté fabriquaient des autos qui pouvaient rivaliser avec les constructeurs en place, tant commercialement que sportivement. Avant que le premier choc pétrolier ne vienne dicter un nouvel ordre économique en 1973, nombre de marques minuscules mais actives animaient le paysage automobile français : BSH, CG, Dangel, Jidé, Marcadier, Marsonetto, etc., sans parler d’une Ligier naissante, et WM. Seuls ces deux dernières résisteront à la normalisation à venir.

Gérard Welter s’acharnera à obtenir un appui de Peugeot, engendrera des descendantes à P 70 avant d’engager une P 76 animée d’un V6 PRV aux 24 heures du Mans en 1976 – son rêve de toujours – conduite par Guy Chasseuil et Claude Ballot-Léna. Une fuite au réservoir d’essence arrêtera l’auto à la 16e heure. Qu’importe le pli du Mans était pris !
Le meilleur résultat manceau sera une 4e place en 1980. Les 405 km/h de Roger Dorchy sur les Hunaudières en 1988 resteront comme l'un des faits d'armes les plus marquants de la saga sarthoise de l’équipe qui devint WR en 1990 (R pour Racing).

medium_peugeot_rc.jpgResponsable du Style chez Peugeot depuis 1977 - il aura bossé toute sa vie au Lion -, Gérard Welter a commis le design de la plupart des modèles des trente dernières années.
L'une de ses récentes créations, le concept-car Peugeot RC, aligné en course dans la Coupe qui porte son nom, n'est pas sans rappeler la WM P 70. Mêmes courbes qu'on dirait façonnées à la main, même taille basse.
Gérard Welter revient sur le terrain de ses premières amours.



En savoir plus : www.welterracing.fr


La bande à Welter à Thorigny
© Jean-Claude Bourguet
Les Peugeot RC au Mondial de l'auto 2002 © Passion Automobile