vendredi, 04 novembre 2005

Solitude Ring

Avant qu’une série de courses automobiles l’ait popularisé, le nom de Solitude fut d’abord attaché au château que le duc Carl Eugen de Württemberg fit construire en 1763 au sud-ouest de Stuttgart, pour échapper à la cour de Vienne et à la pression politique.

medium_solitude.jpg"Solitude" était un terme par lequel on désignait au XVIIIe siècle une demeure isolée où son propriétaire avait le loisir de donner des chasses ou de recevoir quelque galante visite dans une relative discrétion. "La vue qu’on y a est l’une des plus belles au monde" note en 1784 Gottfried von Rosenstein depuis la terrasse du château qui donne sur un paysage boisé et accidenté, la Vallée de Madhental, découpée plus tard en parc naturel et où se déroulerait encore plus tard les Grands Prix de la Solitude.


Le bon duc en aurait eu la perruque toute désordonnée s’il avait su qu’une bande de gueux chevauchant de drôles d’engins pétaradants grimperait à l’assaut de sa demeure cent-quarante ans plus tard…
Le vélo-club de Bad-Cannstatt, une banlieue de Stuttgart, organise en 1903 la première course sur le site de la Solitude, une course de côte pour bicyclettes motorisées longue de quatre kilomètres et reliant la gare de Stuttgart-Ouest au château de la Solitude. Disputée jusqu’en 1906, la course est annulée en 1907 puis suspendue durant 15 ans, pour des raisons de sécurité car cette épreuve était très populaire, comme elle le sera tout au long de son existence et au gré des divers développements du circuit.
Une imprécision concerne la date exacte de la suspension, des documents de l’ADAC font état de 1913 comme dernière épreuve avant la reprise des activités en 1922, mais l’automobile-club allemand a égaré ces papiers.

Avec la venue des automobiles en 1922, la course gagne une popularité fantastique. Trois éditions sont organisées sur le parcours qui avait été porté depuis 1906 à 7 km et au long duquel 100 000 personnes assistent en 1923 à la victoire d’Otto Salzer sur une Mercedes à compresseur. Le succès est tel qu’en 1925, l’ADAC Württemberg et le Motosportclub Stuttgart changent le concept de la course de côte en une épreuve sur circuit routier. Une boucle de 22,3 km est tracée sur les petites routes de la vallée, avec le château comme point de départ et d’arrivée. Ce circuit n’est utilisé que trois ans par les voitures, mais les motos l’ont exploité jusqu’à sa transformation en un parcours raccourci en 1931.


Otto Merz sur Mercedes l’emporte en 1925 devant 300 000 spectateurs et réédite en 1926, couvrant les 446 km sous la pluie en près de cinq heures ( !). August Momberger fait triompher sa Bugatti 35B en 1927, lors d’un Grand Prix ne comptant qu’un seul tour. Si quelqu’un sait pourquoi…


medium_plakat26.jpgChaotique est l’histoire de la Solitude. En filigrane de la boucle de 22,3 km originelle se superposent deux tracés successifs ; l’un qui est inauguré en 1931, réduit à 15 km, que remplace en 1935 le tracé le plus connu, le parcours historique de 11,7 km qui perdurera jusqu’en 1965, date de sa fin.

Dans une succession de montées et de descentes, 26 virages à gauche et 19 à droite s’entremêlent en un long ruban souvent rendu glissant par l’humidité laissée par la forêt environnante. Les nombreuses croix disséminées le long du parcours toujours praticable témoignent du danger de ce circuit dont Phil Hill estimait la mémorisation encore plus difficile que celle du Nurburgring.


Une nouvelle marque allemande, Veritas, inaugure victorieusement avec Toni Ulmen la reprise des courses à la Solitude au lendemain de la guerre en 1949, et réalise le doublé l’année suivante en F2 avec Karl Kling et Hermann Lang. L’étroitesse des lieux conduit à une nouvelle interruption, au plan international, jusqu’en 1956, date à laquelle, élargie de 8 à 12 mètres pour satisfaire aux normes FIA et recentrée autour d’un nouveau pôle de départ/Arrivée, la piste voit gagner Hans Herrmann sur une Porsche Sport.

En 1959, le Grand Prix de la Solitude, dédié à la formule junior, est remporté par Michael May sur une Stanguellini. S’ouvre alors une période de relative stabilité qui oeuvrera beaucoup pour la notoriété de l’épreuve que les grands noms de l’époque vont fréquenter, et remporter. Von Trips impose sa Ferrari 156 de F2 devant Hermann et Bonnier en 1960, puis la F1 prend le relais, hors-championnat, en 1961 avec un succès d’Innes Ireland sur Bonnier et Gurney. Ce dernier vainc en 1962 devant Bonnier et Trevor Taylor, Brabham l’emportant en 1963 sur Arundell et Ireland.


medium_64f1startf.jpgLa grande année du Grand Prix de la Solitude est 1964 lorsque les équipes officielles Lotus, Ferrari, BRM et Brabham sont là. Le meeting accueille aussi le championnat du monde motocycliste ; on y voit Mike Hailwood enlever le titre en 500 cc le matin et partir l’après-midi de la deuxième ligne du GP au volant de sa Lotus-BRM… C’est Jim Clark qui gagne, devant Surtees et Bob Anderson.

Mais des querelles internes aux organismes gérant le circuit et des soucis financiers éloignent alors les F1 de la vallée de Madenthal. Les F2 les remplacent le 18 juillet 1965, pour ce qui sera la dernière course sur le circuit de la Solitude, une des rares remportées par Chris Amon – ironie du sort… L’annulation de l’édition 1966 par le département fédéral du Bade-Württemberg porte un coup de grâce définitif à cette grande série de course dont subsistent, ça et là, des vestiges. Telle la tour Zeitnehmerhaus avec les inscriptions Mercedes et Bosch qu’on devine encore, ou des restes de stands.

La gérante de l’Hôtel Glemseck [1] , situé sur le parcours, entretient la nostalgie, partagée par les motocyclistes qui y viennent en nombre.

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Solitude Ring
Solitude Revival e.V., Postfach 800929, D-70509 Stuttgart
Web : www.solitude-revival.org


[1]
  www.hotel-glemseck.de


Illustrations,
extraites de Solitude Revival