vendredi, 30 novembre 2007
C'était un temps...

... Où l’écurie Cooper, Anglaise bon teint, avait pour piliers un Néo-Zélandais, Bruce Mac Laren, et un Sud-Africain, Tony Maggs (pilote de la voiture ici représentée). A quoi l’on pourrait ajouter qu’au sein de l’écurie Lotus, le marqueur de points attitré était un… Ecossais volant. Et puis, en cherchant bien, on aurait sûrement dégoté, dans l’une ou l’autre, un mécano gallois, voire irlandais.
Où l’on pouvait tranquillement dépasser, sur la N 31, du côté de Tinqueux, dans le sens Reims-Soissons, une F1 remorquée à 80 à l’heure par le biais d’une vulgaire corde à bétail et la retrouver un peu plus tard, rendue à sa vocation et dévalant à plus de 250, vers le Thillois, une autre portion, toute proche, de cette même N 31, cette fois dans le sens Soissons-Reims.
Où l’on aurait pu imaginer que ce joli cigare à quatre roues avait peut-être subi un léger accroissement de son empattement, à naviguer ainsi dans le sillage d’une séduisante berline dotée d’une aussi jolie croupe. Mais nul relevé télémétrique n’aurait de toute façon enregistré le phénomène.
C’était un temps dont on a peine à croire qu’il ait effectivement existé.
Signé Professeur Reimsparing
C'était un temps... © Professeur Reimsparing
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mardi, 22 mai 2007
Pau historique 2007 J-4, l'affiche fantôme
L'affiche représente Jim Clark lors de sa première participation au GP de Pau, en 1962, au volant d'une Lotus 24. Il n'ira pas loin à cause de sa boîte de vitesses mais s'imposera ici les trois années suivantes.
Cette affiche, les Palois ne peuvent la contempler que s'ils sont internautes (elle figure depuis hier sur le site de l'Asac Basco-Béarnais) car en ville il n'y en a que pour celle - laide à souhait, on dirait une pub de banque - du Grand Prix à la sauce WTCC qui se court une semaine après l'édition historique, lequel événement est tellement discret dans les rues que pour nombre d'habitants le WTCC constitue à lui seul LE Grand Prix.
Il faut croire que l'ACBB s'est laissé surprendre par le forfait de l'organisateur historique de la manifestation, Rayon d'Action, qui faisait dessiner une affiche digne de ce nom, signée Denis Sire ou empruntée à de grands illustrateurs comme Géo Ham ; aussi a-t-on sorti en hâte une photo des cartons qu'un transparent collé dessus a hissée au rang d'affiche.
Pourtant, même invisible, même peu pensée, cette publicité est efficace. Quoi de plus beau, de plus pur, que Jim Clark faufilant sa Lotus parmi les méandres palois ? Une image qui fonctionne comme une madeleine de Proust car elle voisine avec celle que nous évoquions dans la note sur le concierge dans l'escalier, le fameux Grand Prix de Pau de 1963.
Ah ! 1963 ! Mon frère et moi faisions les andouilles un dimanche d'avril dans la petite maison de notre oncle à Orléans. Peut-être était-ce le dimanche de Pâques ? Pour tenter de nous occuper, l'oncle a mis la télé. L'image vacillante en noir et blanc s'est lentement stabilisée sur un circuit automobile que deux voitures, fines comme des cigares, arpentaient. C'est le Grand Prix de Pau a fait notre oncle, perspicace.
Ca nous a calmés. Assis en tailleur devant le gros Téléfunken, je suis resté émerveillé par l'aisance de ce type que le speaker appelait Jim Clark et que son copain, Trevor Taylor, paraissait suivre comme un chien suit son maître. Du coup, l'oncle a eu la paix. Ce jour-là est née ma passion. Oh ! une passion de spectateur seulement, une passion du pauvre. Je n'ai jamais été Guy Dhotel ou Jean-Pierre Beltoise.
Grand Prix de Pau historique . Circuit de Pau . 26 et 27 mai 2007
www.grandprixautomobilepau.com/historique/index.html
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vendredi, 02 mars 2007
Histoire de Toto 2/2

Bien que la réputation de Toto Roche en tant que « starter » soit dans l’ensemble demeurée assez mitigée – un Dennis Hulme, par exemple, le détestait cordialement à cause de la dangereuse fantaisie qu’il lui reprochait dans ce difficile exercice - l’unique incident à ma connaissance qui aurait pu vraiment (plus) mal tourner eut lieu au départ du GP de l’ACF 1960. On constate en effet que Graham Hill, à droite, n’a pu accompagner dans leur marche en avant ses voisins de première ligne, Sir Jack Brabham, sur Cooper (futur vainqueur) et Phil Hill, sur Ferrari.
L’intéressé s’en est expliqué dans son autobiographie, Life At The Limit. On y apprend qu’au panneau « 30 secondes », s’étant trouvé dans l’impossibilité d’engager un rapport en raison d’un embrayage défaillant, il avait pris le parti de poursuivre malgré tout sa tentative, en espérant qu’elle serait couronnée de succès au moment adéquat et qu’une vive accélération concomitante lui éviterait de caler. Las ! Le drapeau s’abaissa alors qu’il était encore en train de lutter avec son levier de vitesse, ainsi que le laisse deviner la photo ci-dessus.
Sur ce coup-là, la responsabilité de Toto Roche ne semble pas plus engagée que ne l’était l’un quelconque des rapports de la boîte de vitesses du Britannique à la fine moustache, car, manifestement, celui-ci n’a jamais songé à lever le bras pour indiquer qu’il était en difficulté.
La Vanwall expérimentale de Tony Brooks (vainqueur l’année précédente) évita de justesse la BRM clouée au sol. Mais la Cooper de l’infortuné Lucien Bianchi, après en avoir arraché roue et suspension arrières droites, traversa la piste, telle une fusée déviée de sa trajectoire, pour aller heurter un photographe, lequel, fort heureusement, ne fut pas grièvement blessé. On frémit à la pensée que cette même Cooper aurait pu venir bousculer notre « starter » à l’instant où celui-ci, reprenant son souffle, se croyait à l’abri de tout incident !
Quant à Graham Hill, son moteur n’ayant pas calé (!), il mit un peu de temps à réaliser qu’il était sur trois roues et qu’une simple poussette ne lui permettrait pas de rejoindre ses petits camarades. Sa déception fut cependant atténuée par le fait que Toto Roche eut « la gentillesse » (en anglais dans le texte) de verser sa prime de départ…

En tout cas, la leçon ne fut pas perdue. Au départ du GP de l’ACF 1963, Graham Hill, toujours lui, et toujours au volant d’une BRM, se trouvait au centre de la première ligne lorsque, cette fois, il ne put démarrer son moteur ! Il leva alors le bras bien haut. Toto Roche s’en aperçut et accepta que lui soit accordée la poussette qu’il avait vainement espérée trois ans plus tôt. La manœuvre réussit et toutes les monoplaces purent s’élancer à la régulière, la chance ayant voulu que ce court intermède ne génère aucune surchauffe des moteurs.
On n’en dira peut-être pas autant de l’ego des principaux rivaux de Jim Clark à l’issue de la course, celle-ci ayant été marquée – comme tant d’autres cette année-là - par la tranquille et insolente domination du « Flying Scott » sur sa belle Lotus 25…
Signé Professeur Reimsparing
Voir aussi Histoire de Toto 1/2
Départ du GP de l'ACF 1960 © Pr Reimsparing
Graham Hill à la poussette au GP de l'ACF 1963 © Pr Reimsparing
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mardi, 29 août 2006
Retrouvailles

Une vingtaine de minutes après leur brève rencontre racontée précédemment, les deux protagonistes se retrouvent ; l'un marchant derrière sa Brabham qu'on pousse vers la grille de départ, l'autre, futur professeur Reimsparing, solidement encadré entre papa et maman Reimsparing, dans la loge de piste d'où il prendra les photos publiées sur la présente note
L'image ci-dessous montre Dan Gurney, à l’extérieur de la première ligne, allongé dans sa belle monoplace et jouant les « pilote sans visage », guère plus éloigné de moi que tout à l’heure, et pourtant dans un autre monde qui me demeurera à jamais inaccessible, même si j’éprouve à cet instant, fugacement, comme le sentiment d’une petite connivence masculine, juste entre lui et moi…
Signé Professeur Reimsparing
PS : Dans la série "questions subsidiaires non précédées de questions principales", pourquoi pas celles qui suivent :
1) Graham Hill, au centre de la première ligne, est-il en train de solliciter de Toto Roche la permission de se rendre là ou Dan Gurney et moi-même nous nous trouvions peu de temps auparavant ?
2) Pourquoi Dan Gurney joue-t-il les « pilote sans visage » ?
3) Plus loin sur la grille, on distingue deux pilotes casqués de jaune qui paraissent beaucoup plus intéressés par ce qui se passe sur leur droite que par le drapeau de Toto Roche. Qu’est-ce qui sollicite ainsi leur attention ?

Allégé de quelques centilitres, Dan Gurney se dirige vers la grille de départ © (le futur) Pr Reimsparing
Graham Hill lève la main © Pr Reimsparing (en devenir)
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lundi, 28 août 2006
Brève rencontre
En ce début d’après-midi orageux du dimanche 30 juin 1963, le paddock du circuit de Reims-Gueux est une vaste fourmilière où bruissent et s’agitent à peu près toutes les composantes, certaines interchangeables et d’autres non, de cette curieuse créature itinérante connue sous l’appellation de Grand Prix Circus : spectateurs de tous âges, de toutes conditions et de toutes vêtures, passionnés ou simples curieux, resquilleurs ou, comme votre serviteur, cochons de payants ; photographes avec ou sans laissez-passer, bardés de téléobjectifs dont la longueur n’est pas toujours proportionnelle à leur talent ; officiels affairés, à brassard et chapeau de paille ; pandores débonnaires ou faisant comme si ; teneurs de buvettes ; piliers de buvettes ; mécaniciens concentrés et pénétrés de leur importance, à la combinaison souillée d’huile juste ce qu’il faut, la main serrant négligemment un outil voire un chiffon (il n’est pas interdit de parler chiffons entre deux réglages, est-il ?) ; belles nanas au statut improbable, quoique généralement callipyges ; et un raton laveur.
Parfois se forme un chancre, autrement dit un agglomérat de personnes, aussi spontané que fugitif. Un entomologiste penché sur la créature n’aurait aucune peine à en déceler les deux causes récurrentes : ou bien un mécanicien vient de démarrer le moteur de l’une des F1 qui vont bientôt s’aligner sur la grille du GP de l’ACF, et commence à le chauffer à petits coups d’accélérateur rageurs ; ou bien, oh ravissement ! c’est un PILOTE qui vient d’être reconnu, et cela d’autant plus facilement qu’à l’époque, libres de leurs mouvements et dépourvus de ces p… de casquettes dont les impératifs télévisuels ont ensuite imposé l’usage, tous circulaient sans façon à travers la foule bon enfant.
Ah, les pilotes, ces extra-terrestres, ayant certes figure humaine, mais qui ne peuvent pas être faits comme nous, ce n’est pas possible autrement.
L’heure tant attendue approchant, le futur professeur Reimsparing, la tête farcie d’images et de sons, va enfin se résoudre à quitter les lieux et à emprunter le souterrain débouchant côté tribunes, afin de gagner la loge de piste surplombant la ligne de départ, qu’il a le privilège d’occuper avec ses parents et leurs amis et qui bientôt baignera dans la délicieuse odeur de l’huile de ricin.
Ses pieds touchent-ils encore terre ? Pas sûr. Mais voici qu’un petit besoin naturel, comme l’on dit, le rappelle brutalement aux contingences bassement matérielles. Justement, pas loin de la buvette la plus proche, et non sans une certaine logique, se dresse un urinoir. Personne. Très bien. Soudain, une haute silhouette se profile et un voisin immédiat se matérialise. Nonobstant la concentration requise par l’opération en cours, le futur professeur Reimsparing réalise tout d’abord que le personnage porte une combinaison bleue, mais oui, de pilote ! Un très léger coup d’œil en coin et l’évidence s’impose : c’est Dan Gurney, qui, en toute décontraction, est en train de débarrasser sa grande carcasse de quelques grammes superflus… Surtout rester calme et en terminer comme si de rien n’était. Voilà qui est fait. Un autographe ? Non, radicalement exclu dans ces circonstances, du moins pour le timide que je suis. Dommage. L’homme est l’un des plus talentueux et des plus sympathiques parmi les membres de l’étroite confrérie des Grand Prix Drivers. Lui aussi en a terminé. Il me frôle sans un regard et se dirige calmement vers son stand.
Finalement, par certains côtés, eh bien oui, ils sont faits comme nous.
Signé Professeur Reimsparing
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mardi, 24 janvier 2006
Jean Genet dans "Sport Auto"
La révélation de notre correspondant "le pilote sans visage" selon
laquelle l'écrivain Jean Genet [1] a écrit un compte rendu dans Sport Auto, anonymement, pour dénoncer les brutalités policières en cours à Monza dans les années soixante, nous a incité à travailler sur le lien existant entre cet artiste maudit, qui inscrivait "voleur" à la rubrique "profession" quand il remplissait un papier administratif et le pilote de formule junior Jacques Maglia, "Jacky" pour l'état civil et "Jackie" pour son mentor, Jean Genet, qui fut également et un peut tout à la fois, un père spirituel autant qu'un amant, un bailleur de fonds, son manager, un pygmalion, autant dire sa chose.
Quelque part dans son oeuvre, Genet évoque la course automobile, à la lumière de l'expérience qu'il connut avec Maglia.
"Cela me paraissait bête au début, me paraît assez grave et assez beau aujourd'hui. il y a un côté dramatique et esthétique de la course bien faite. Le coureur est seul comme Oswald [l'assassin de Kennedy]. Il risque la mort. C'est beau quand il arrive premier. Il faut des qualités d'extrême délicatesse et Maglia est un très bon coureur. Les brutes se tuent. Maglia commence à être assez connu. il deviendra célèbre."
Nous reviendrons sur Jacques Maglia, dont la vie n'avait rien à voir avec le portrait qu'en brossait Jacques Rausse (pseudo de José Rosinski) dans une livraison de juillet 1963 de Sport Auto.
Nous nous sommes permis de reproduire la fameuse lettre de Genet, en priant notre auguste mensuel de vouloir bien fermer les yeux sur ce téléchargement illégal, à mettre au compte de la fougue de la jeune presse électronique.
[1] voir sa biographie sur Wikipedia
Jean Genet sur les Quais, image extraite de www.odresher.addr.com
In Sport Auto, N° 19, août 1963, p 39.
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