vendredi, 03 novembre 2006
En voiture, Madame Lioncel !

Madame Lioncel a décidé de s'offrir un cadeau à la hauteur de l'événement, on n'a pas tous les jours quarante ans, même si on ne les fait pas, d'après Giorgio, le coiffeur. Elle a demandé à son époux, un gros marchand d'articles de pêche, la faveur d'utiliser la 4CV du magasin "pour faire une folie", lui a-t-elle minaudé, alors que celui-ci déchargeait de la banquette arrière deux caisses de gros lombrics entrelacés.
- Quoi donc ma Georgette, quèque tu veux n'en faire de c'te 4 CV ?
- Tu vas rire, j'ai envoyé un bulletin d'inscription au rallye de la Charente, au rallye international de la Charente, s'il te plaît, qu'elle a osé lui sortir tout en lissant du plat de la main la permanente sur laquelle Giorgio avait travaillé toute la matinée.
Pour simplifier, sinon ce blog n'y suffirait point, disons que Hilaire Lioncel n'avait pas rit du tout, dans un premier temps. Pas davantage dans un second temps. Madame Lioncel dépensa un mois pour amener son bonhomme à ses vues.
La 4 CV qu'Hilaire Lioncel avait achetée neuve au Salon de l'auto 1953, il y a trois ans de cela, est une type R1062 Service, c'est-à-dire dépouillée au maximum, une version d'appel, utilitaire. "Parfait en plus pour la compétition" a souligné Madame Lioncel pour qui le poids est l'ennemi, comme elle l'a lu dans le supplément "Sport mécanique" du magazine L'Automobile, qu'elle fait venir maintenant tous les mois. Hilaire a senti une goujaterie monter aux bord de ses lèvres, malgré tout réprimée. Après tout la compétitivité de sa 4 CV et surtout celle de sa femme étaient le cadet de ses soucis. Il avait toujours aimé que ses épouses fussent du genre enrobé. Il n'allait pas reprocher à Georgette ce qui l'avait séduit chez elle.
Le 9 juin 1956, la lumière s'est faite dès potron-minet devant la boutique "Au joyeux gardon", Quai Saint-Martial à Limoges. Le cheveu en bataille, Hilaire a embrassé sa femme, a multiplié les conseils de prudence, a exhorté Odile, sa vendeuse, promue navigatrice pour l'occasion, à la sagesse, etc.
Une petite centaine de kilomètres par la N 141 jusqu'à Angoulême a conduit l'équipage féminin aux vérifications techniques de ce 3e rallye international de la Charente. Une plaque officielle ajoutée à un gros numéro, et voilà la petite Renault changée en une Gordini de Grand Prix. Un quidam passe, leur lance qu'il y a des cadors en lice, Robert Buchet et Jojo Houel, entre autres, et qu'elles ont intérêt à garer leurs miches. Ses miches, Madame Lioncel, elle les garderait bien pour ce petit photographe qui la prend en photo et lui tend sa carte pour qu'elle puisse en acheter des tirages. Claude Saffier de Bard qu'il s'appelle. Encore un gars de la haute.
Va falloir qu'elle soigne sa montée en voiture.
3e rallye international de la Charente . 9 et 10 juin 1956
Voir les images sur le site de Claude Saffier de Bard
Madame Lioncel © Saffier de Bard - Reproduction et copie interdites (http://christian-claude.com)
10:15 Publié dans Elles | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : rallye international de la charente, feminin, renault 4CV, 1956
mercredi, 10 mai 2006
Paris au mois d'août
Paris au mois d’août fait place au soleil. Jérôme remonte sa rue à 6 km/h, vitesse maximum autorisée par ses jambes. Son papa est resté à la maison car sur Radio-Luxembourg on donnera tout à l'heure un reportage sur le Grand Prix d’Allemagne.
Papa a dit que Fangio gagnerait mais maman a encore gueulé. "Tu crois que tes conneries de bagnoles sont plus importantes que ce qui se passe dans le monde ! Le Maroc est devenu indépendant, la Tunisie aussi et on a voté l'émancipation de l'Afrique noire et de Madagascar. Son pays fout le camp mais monsieur écoute tourner des bagnoles en rond. Ton putain de Fangio, y sera oublié dans 10 ans, alors que Guy Mollet lui, restera dans l’histoire !"
Jérôme ne sait pas ce que veut dire Madagascar, ni indépendance. Il sera coureur automobile plus tard. Comme Jean Behra que son copain Jeannot a vu gagner à Bordeaux. Jeannot, son père a le droit d’aller voir des courses, sa mère est d’accord.
La drôle de voiture tout abîmée du bougnat est toujours là.
Tiens, y’a un bonhomme qui le prend en photo.
(Voir la suite, Paris au mois d'août, version an 2000)
Bolides © 1956 Robert Doisneau
10:25 Publié dans Image | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : robert doisneau, photographie, 1956, fiction



