lundi, 21 avril 2008
Dune

Le très parisien Gianpaolo est décidément là où on ne l'attend pas. Alors que la 2 CV fait son show [1] à la Cité des sciences et de l'industrie, porte de la Villette, où elle célèbre son soixantième anniversaire - événement dont les médias sont pleins, il a préféré enfiler une saharienne pour aller à la rencontre d'une improbable bestiole des sables, sortie d'un film de science-fiction.
***
Me mélangeant ce dimanche à une joyeuse équipe de propriétaires de 2 CV Sahara fêtant à Ermenonville son 50e anniversaire, je me suis demandé si cette manifestation avait sa place sur MdS.
Deux moteurs, un à l’avant comme il se doit pour une deuche tradi et un autre du même type mais cette fois logé à l’arrière, rendant ainsi le véhicule traction et propulsion. Pas de liaison mécanique entre les deux moteurs, une seule boîte de vitesses, ce qui rend, vous l’imaginez bien, les réglages assez complexes. Construites chez Panhard à temps perdu entre une série de camions militaires et une d’engins blindés. Certains disent qu’une Sahara c’est comme un hélicoptère : une heure de fonctionnement et sept heures de mécanique. Mais enfin tout cela ne faisant quand même qu’une quarantaine de chevaux, peut-on l’évoquer sur MdS ?
Des amateurs venus d’Autriche, de Belgique, un Savoyard venu à Ermenonville avec une Sahara de 1959 dont il quotidiennement, afin d’échanger avec ses confrères ; une ambiance très rustique pas vraiment Blenheim Gang, assez éloignée du Ferrari Owner’s club ou d’un vernissage à la galerie Vitesse ; toujours pas très MdS tout ça ! Ermenonville a été choisi pour cette réunion vintage car c’est non seulement le seul site en France qui donne l’illusion des sables sahariens, mais aussi parce que c’est sur ce même lieu que Citroën présenta en 1958 ce modèle. La Mer de Sable était exploitée par Jean Richard à l'époque où les pétroliers français exploitaient la 2 CV Sahara dans le désert algérien. Elle coûtait à son lancement 800 000 anciens francs soit deux fois le prix d’une 2 CV normale. Aujourd’hui elle est introuvable en bon état à moins de 30 000 €, et dernièrement Artcurial a fait tomber le marteau pour une belle 2 CV 4x4 sur la somme de 44 000 €.
Avant cette escapade elles se rassemblèrent devant le château d’Ermenonville pour se laisser admirer par les badauds nostalgiques. Comme toujours les automobiles anciennes délièrent les langues. C’est un agriculteur en Paraboot et casquette Berteil qui se souvint d’un appentis où se cache toujours ce vieux GMC 6X6 qui servait à sortir les betteraves. Sa voisine, autre paysanne planquant tant bien que mal son foulard Hermes (on est à Ermenonville, pas au Larzac) sous son Barbour bleu marine, y alla, elle, de la Hotchkiss de son père, toujours sous une bâche dans les dépendances.
En traînant encore, j’aurais sûrement déniché une vieille Facel Vega ou autre Bugatti dans son jus, gênant pour sortir la 607. Mais il ne fallait pas lambiner, ma recherche permanente du Graal me poussant à interroger un à un les propriétaires pour savoir si ce type d’auto avait ou non été utilisé en compétition. Je bosse pour MdS, pas pour Deuche et Mehari Magazine et puis il y a le Vatan qui met la pression, il a un blog à tenir lui, faut pas mollir. Je pensais à une participation à un Côte-Côte, à un Londres-Sydney, ou à un Dakar. Non, non et non les historiens présents eurent beau se gratter la tête, ils ne réussirent pas à me dégoter la moindre petite inscription à une épreuve sportive en cinquante ans. Un timide avança une participation à un rallye-cross mais il se tu immédiatement en se rendant compte qu’il pourrait très vite devenir vulgaire en affirmant ce genre de chose.
Le champagne coulant au même rythme que la conso d’un big-block américain, un Bordelais bonhomme se souvint, quand même, d’une Sahara ayant connu son heure de gloire entre les mains expertes d’un pilote et que cette même deuche était d’ailleurs en cours de restauration dans la région bordelaise ; elle aurait appartenu à un pilote belge : Jacky Ickx.Ça y est, je tenais mon lien avec MdS : Jacky Ickx ! J’allais pouvoir creuser. Peut-être le grand champion a-t-il appris à conduire sur ce genre de bagnole complètement anachronique, mais le soufflé retomba très vite car pour la plupart de ceux qui m’entouraient, verre de champagne d’une main et pain surprise de l’autre, Ickx, c’est l’inconnu.
Exposition : 50 ans de 2 CV 4×4 Sahara . Maison Joseph II (Office du tourisme d'Ermenonville) . 19 avril - 17 mai 2008
Rue René de Girardin
60950 Ermenonville
Tél: 03 44 54 01 58
Mail : ot-ermenonville@wanadoo.fr
www.clubamis2cv.org/50ansSahara
Jean-Paul Orjebin
[1] 2 CV Expo Show
Qu'est-ce que ça fait sur MdS ? © Jean-Paul Orjebin
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lundi, 14 avril 2008
Grand Palais, printemps 58

Cinquante ans presque jour pour jour avant d'héberger les 230 machines du Tour Auto Lissac 2008, le Grand Palais servit d'écrin à un concours d'élégance dont les chers téléspectateurs du journal télévisé du soir de la RTF eurent un aperçu de deux minutes et dix secondes signé Micheline Sandrel.
La nef conçue par Henri Deglane en 1897 n'en était pas à son coup d'essai puisque le Salon de l'automobile s'y tint entre 1901 et 1961. Ce n'est pas sans un fin sourire que nous proposons à ceux de nos lecteurs qui se rendront aujourd'hui entre deux réunions aux vérifications du Tour Auto ce voyage temporel qui trahit "l'évolution" de la société.
Pas de jeans et de sacs à dos pour cette élégante en manteau de velours, Mademoiselle Lessert, d'après la notice de l'INA, qui s'extrait de la Renault Mouette montrée en frontispice. La Mouette n'était autre qu'un cabriolet ou un coupé carrossé par Chapron sur une base Dauphine ; une auto très élégante qui fit des ravages dans de tels concours.
Les puristes auront noté l'identité de l'auto blanche, une Austin-Healey 100, et non une 3000 apparue un an après la tenue de ce concours d'élégance. Une machine mue par un 2,6 L mais de laquelle il s'avérait tout autant périlleux de sortir sans atteindre aux bonnes moeurs que d'une 3000, doit penser Mademoiselle Brigitte Widoff qui effectue et réussit l'exercice en manteau de cocktail.Pendant ce temps et à quelques encâblures de là, le président Coty se demande s'il ne va pas passer la main à ce De Gaulle qui fait tant de raffut.
Sous la grande nef, à peu près à l'endroit exact où cinquante plus tard un traiteur chic régalerait les invités du tout aussi chic Tour Auto Lissac 2008, une demoiselle Tielant est accompagnée devant le jury par les officiants. Elle laisse dans son sillage une trace de Lanvin, et plus immédiate, une Karmann Ghia, produite sur une base Coccinelle.Une auto que l'écoulement du temps a rendue délicieusement kitsch, d'ailleurs l'écrivain Jean-Paul Dubois en place une dans chacun de ses livres. Y en aura-t-il une au départ du Tour ?
Habillées par Guy Laroche ou Christian Dior, les élégantes de la Ve République naissante n'imaginent pas un instant que leurs descendantes confieraient à Kiabi ou Gemo leur silhouette.Elles sont trop affairées à applaudir, devant la caméra des actualités télévisés, et à critiquer celle-ci ou celle-là en aparté, pour penser à autre chose.
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dimanche, 06 janvier 2008
Jean Lerust, l'art en fauteuil
Jean Lerust photographe.
Il a accepté de confier à Claire Sirot la présidente de l’Office de tourisme de Montdidier (Somme) une cinquantaine de clichés qui ont la particularité d’avoir été pris à partir de son fauteuil. La volonté de l’artiste est de montrer son univers immédiat. Attention, il ne s'agit pas de shooter le canapé ou la table de salon. Jean Lerust vit dans une maison totalement lumineuse dont les baies vitrées donnent sur la campagne picarde.
Même en vacances, son appartement est un balcon sur la mer, ce qui lui permet de saisir le monde extérieur mais il s’impose la contrainte de toujours le faire de son fauteuil.
La photo ci-contre, qui sert d'affiche à l'exposition, est un exemple concret de sa technique. Il utilise également certains artifices complexes qui lui permettent des photos dont on jurerait qu’elles sont prises du bord d’un circuit, mais je vous laisse la surprise.
Jean Lerust invite tous les lecteurs de MdS le mercredi 9 janvier à 18 heures au vernissage de son exposition "Mon univers à moi".
Signé Jean-Paul Orjebin
Jean Lerust
Mon univers à moi
8 - 26 janvier 2008
Office de tourisme de Montdidier
5 place Général de Gaulle
80500 Montdidier
Tel : 03 22 78 92 00
www.ot-montdidier.fr
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jeudi, 25 octobre 2007
Brussels Rétro Festival 2007 #03/03, flâner

Rendre compte d'une façon exhaustive et objective d'une course de voitures anciennes est idéal puisque constituée de données factuelles que le rédacteur expose (qui a gagné, sur quelle voiture, etc.), mais rendre compte d'un salon où la notion d'ancienne est éclatée entre toutes ses composantes est un exercice impossible.
Les vingt-sept mille visiteurs auront vu vingt-sept mille Brussels Rétro Festival différents car chacun d'en retirer ce qui l'enrichira le plus. Le monde est tout sauf un et indivisible, c'est heureux ; à charge pour le reporter de lui appliquer une grille de lecture.Ainsi le blogueur livrant une note dont un élément est selon lui bien observé ou présenté sous un angle chouette la verra-t-il commentée de biais ; l'ensemble redevenant cohérent par la multiplicité des points de vue. Le monde sera alors un et indivisible, heureux reporter qui utilisera sa grille de lecture pour d'autres applications.
Jouant la carte du rétro à fond car plus personne en 2007 ne s'aventure du côté d'Halloween, le club des anciennes Peugeot de Belgique avait disposé trois citrouilles dans son stand qu'il sera flatté de retrouver intactes, hormis une égratignure, sur Internet. Gageons qu'on ne nous piquera pas cette image.
Quant à notre "confrère" Automag.be, sa conception du dressing code ne lui ouvrira pas une boutique rue de la Boétie mais lui vaudra un succès d'estime au prochain Automédon si sa collection automne-hiver 2008 est du même tonneau.

Nicolas Cancelier est belge. Mais l'essentiel est qu'il a glissé sur une palette de peinture à l'âge de trois ans. Son André Morel s'éloignant de sa Delage 1500, montré à Bruxelles avec d'autres huiles sur toile du même acabit, démontre qu'il ne l'a pas quittée et qu'il en use aussi bien que son sujet de son auto. Peut-être s'agit d'une scène prise sur le vif du Grand Prix de l'ACF 1927 que le grand pilote avait terminé à la troisième place.

Une large part de l'espace du BRF est attribuée aux miniatures. Les organisateurs poussent la convivialité assez loin puisqu'ils offrent aux miniaturistes une table où s'exprimer en live. On dirait un élevage en batterie et c'est la raison pour laquelle le chaland hésite sur la conduite à tenir quand il croise devant ces hommes. Aux pêcheurs on demande si ça mord ; à un miniaturiste, que demande-t-on ? Si ça colle ?
Mieux vaut passer au large et laisser intacte l'intimité nécessaire à la confection des miniatures. Remarquez, on aurait pu simplement leur demander ce qu'ils faisaient, espérant une réponse du genre "la Bugatti 35 B d'Elizabeth Junek au GP d'Allemagne 1928", alors qu'on aurait eu vraisemblablement "des miniatures, une fois." Quand nous sommes passé devant la batterie, ils discutaient des mérites comparés d'Alonso et d'Hamilton, à quelques heures du dernier GP de la saison. C'était bien la peine de les exposer.

Martin Schröder n'a pas bâti cette maquette au 1/8e de l'Auto-Union type C de 1936 sous les sunlights, lui. Il avait au final 5379 pièces à mettre ensemble pour qu'elles forment cette auto, l'une des 25 produites selon ses plans, chacune étant la réplique d'un modèle historique. Celle-ci est la type C au volant de laquelle Bernd Rosemeyer avait dominé le GP d'Allemagne 1936, avec son coéquipier Hans Stuck, laissant les Mercedes à un tour. Il y avait autant de monde devant la voiture au 1/8e que devant la vraie.


Moins de foule sur ces deux pauvres autos délaissées, qui sur son lit de mousse, qui derrière sa vitrine, une clé à la place de la roue arrière droite. On le sait, dès qu'une Jaguar Mk 10 est en vue, nous gambergeons. A Automédon, elle n'était pas roulante, et trop chère. Celle-là n'était pas roulante non plus, et bavait dans les coins. Nous aurions volontiers offert la Porsche à notre petit neveu mais ne voulant pas courir le risque de s'entendre répondre qu'un iPod eût été préférable (subjonctif à la charge de tonton), nous avons différé à l'an prochain l'achat.

Rien de commun à priori entre goggle et google en dépit d'une graphie quasi similaire. Le premier terme désigne en anglais une sorte de lunette enserrant les yeux pour les protéger de la boue, des cailloux, de la poussière engendrés par les routes qui servaient de théâtre aux épreuves de ville à ville au début du siècle précédent. Le second mot, anglais (?) désigne une sorte de guide capturant des robots pour les protéger du chômage, de la violence, de l'incertitude engendrés par les chemins de vie qui servent de théâtre aux épreuves du début de ce siècle.
Brussels Rétro Festival . Brussels Expo halls 11 et 12 . 19 au 21 octobre 2007
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mercredi, 24 octobre 2007
Brussels Rétro Festival 2007 #02/03, lire
Ci-dessous quelques bouquins, récents ou non, vus sur les tables des libraires du BRF, qui eussent tenté votre serviteur si sa bourse n'en eût décidé autrement. Feuillette-les d'abord, tu verras après, lui a-t-elle soufflé à l'oreille. Un conseil, messieurs, quand vos bourses vous susurrent à l'oreille qu'elles sont vides, il est temps de consulter, à défaut d'un docteur, un banquier.
Weekend Heroes
Tony Adriaensens
CorsaResearch, Anvers (Belgique), 700 p., 199 €
Lien fin
Enorme pavé de 700 pages et 569 photos, pesant 4,6 kg, Weekend Heroes est limité à 1000 exemplaires, dont un était disponilble en feuilletage au BRF. Il s'agit de l'histoire du California Sports Car Club, mythique club qui vit l'émergence de la scène automobile californienne entre 1952 et 1957. Texte en anglais.
Motor Movies - The Posters !
Paul Veysey
Veloce Publishing Limited, Dorchester (Grande Bretagne), 224 p., 34,99 €
Lien fin
Premier ouvrage consacré aux affiches de films automobiles.
Racing Team Holland
Rob Wiedenhoff
Ed Heuvink Editing, texte en anglais, 240 p., 64,95 €
Lien fin
Rob Wiedenhoff, un journaliste que nous avons souvent croisé dans les 70's, a commis cette histoire du team national batave créé en 1963, qui vit défiler dans ses rangs des gens comme Ben Pon, Rob Slotemaker, Gijs van lennep, Toine Hezemans, Jan Lammers, Huub Rothengatter, Arie Luyendijk.
Lewis Hamilton : The Biography
Frank Worrall
John Blake Publishing Ltd, Londres, 288 p., 14,99 £
Lien commercial
Il existe déjà cinq livres consacrés à ce petit prodige de 22 ans qui a raté son premier titre d'un cheveu, faisant rater à ses chers éditeurs autant d'exemplaires.
Memories of the Bear: A Biography of Denny Hulme (en anglais)
Eoing Young
Ed. J H Haynes & Co Ltd, Londres, 384 p., 17,99 £
Lien fin
Ce livre marque le 40e anniversaire du titre mondial remporté par l'ours le plus vite de la planète, aussi à l'aise sur le tarmac qu'emprunté dans les pince-fesses, ce en quoi nous différons.
Le restaurant Génisssel des Hunaudières
Christophe A. Gaascht, traduit en anglais par David Waldron, illustrations de Benoît Deliège
48 p., 15 €
Commande par mail à info@benoitdeliege.be
Maurice Génissel, décédé récemment, était le propriétaire de ce restaurant culte des 24 heures du Mans. Il n'avait manqué qu'une édition de la course depuis sa création en 1923. Cet opuscule narre des anecdotes.
Damn Few Died in Bed (Memories of a Life in American Automobile Racing 1930 -1975)
Thomas F. Saal
Racemaker Press, Boston, 294 p., 39,95 $
Lien fin
Les mémoires d'Andy Dunlop, chef mécanicien et team manager dans les années cinquante et soixante aux Etats-Unis où il sévissait en dirt track. Le titre à lui seul justifierait l'achat.
Mes courses
André Pisart
Ed. Lumière, Bruxelles, 208 p.
Lien librairie du Palmier
Voici ce qu'en dit Michel Delannoy, du Palmier : "Ce livre déroutant pour le pur historien a été écrit par André Pisart en 1945. Publié, dans une qualité très médiocre, en 1946, il n’a été que très peu diffusé. C’est l’ambiance qui se dégage de ce livre, témoignage de la vie d’une époque, qui m’avait fasciné. En même temps que coureur, Pisart avait été un commerçant, pas toujours avisé, mais généralement lucide et visionnaire, nous faisant vivre le krach de l’automobile européenne des années 30. Ayant une la chance de pouvoir obtenir, par sa fille Marie, la plupart des photos d’époque, je ne pouvais laisser passer une telle occasion de vous faire partager mon plaisir."
Bob Bondurant - America's Uncrowned World Driving Champion
Phil Henny
Ed. Cotty, 196 p., 75 $
Lien fin
"Le livre que le monde attendait", d'après la notice. Le monde auto américain à tout le moins. Phil Henny, un ancien mécano chez Filipinetti et Shelby, à qui on doit une bio dudit Carroll, s'est laissé aller à rédiger celle de l'ancien coureur de chez Shelby et qui s'aligna sur quelques Grands Prix sur BRM et Eagle avant de participer au Grand Prix de John Frankenheimer.
Brussels Rétro Festival . Brussels Expo halls 11 et 12 . 19 au 21 octobre 2007
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mardi, 23 octobre 2007
Brussels Rétro Festival 2007 #01/03, rouler

Tenu à Bruxelles, enclave francophone en terre flamande, le Rétro Festival, 26e de la série, a réussi le petit prodige de dissoudre dans le chaudron de la voiture ancienne, facteur d'unité, les éternelles querelles entre Flamands et Wallons, plus aiguës que jamais dans un pays incapable de se doter d'un gouvernement d'union. Unité de façade pourtant car qu'y a-t-il de commun entre un acheteur intéressé par l'Arnolt présentée par l'écurie des Damiers et le gars venu en mobylette depuis la gare du Midi pour se payer une Norev à la bourse aux miniatures ?
300 exposants répartis sur deux halls d'une surface totale de 20 000 m2 rivalisèrent d'énergie pour soutirer des quelque 20 000 visiteurs une poignée d'euros, voire, dans le cas des exposants institutionnels pour faire passer une bonne image d'eux-mêmes. Affirmer le BRF comme le pendant belge de Rétromobile revient à exposer en quoi les Belges diffèrent des Français.Souvent plus simples, moins collet monté, pratiquant l'authenticité là où nos compatriotes affectent de se croire indispensables, ils font de leur salon de la voiture ancienne un rendez-vous familial, un happening entre copains, à l'image du club des cyclecaristes belges qui avaient déployé entre deux Amilcar et une Fiat comme celle avec laquelle courait Nazzaro un terrain de boules.
Oh certes ils sont mal fringués, nonobstant le dressing code façon Le Mans Classic dont un artisan fripier vantait les mérites (ci-contre), ne fleurent guère l'élégance, celle qui est de mise à la soirée inaugurale de Rétromobile, et parlent à 70% une langue incompréhensible au commun des mortels, mais à laquelle les exposants francophones attachent du prix car c'est la langue de l'argent.
Aller au Brussels Rétro Festival, c'est se faufiler dans une histoire à la Simenon. Il ne s'y passe pas grand chose mais on mène l'enquête quand même autour d'une Healey pourrie sortie d'une grange, puis on en sort par le métro et on dîne le soir au Char d'Or, derrière la Grand Place, d'une carbonade flamande arrosée d'une grande Jupiler (et non Jupiter comme nous corrigea le garçon qui dût nous prendre pour un touriste venu voir le Manneken Pis).

A la collection Jacques Swaters de l'an dernier a succédé sur l'estrade d'honneur l'Auto-Union type A de 1934, reconstruite d'après les plans d'origine et plus de 600 photos par la D'Ieteren Gallery de Bruxelles, qui la présentait conjointement à une Mercedes W 125 de 1937, pour faire bonne figure. L'Auto-Union est présentée dans sa version Grand Prix d'Allemagne 1934 où elle fut menée à la victoire par Hans Stuck. Les gars de chez D'Ieteren ont fait fabriquer trois moteurs identiques au V6 de 4,3 L qui équipait ces autos, et l'emmenait à 295 à l'heure (en 34) et ils sont cassé le moule ensuite. Beau geste un peu vain. À intervalles réguliers, un enregistrement sonore du moteur éclatait dans le hall, faisant croire aux Flamands que le vrai moteur était mis en marche - Wallons dixit.


La belle rouge est une Wanderer (ça signifie "baladeur" en allemand), premier modèle sport construit en 1936 par cette firme créée en 1887 mais qui ne fabriqua des véhicules qu'à partir de 1912 car spécialisée au début dans les machines à coudre. Une sorte de Peugeot germain. Wanderer, ainsi que les trois autres constructeurs dont les machines composent les deux vignettes ci-dessus et ci-après, DKW, Horch et Audi fusionneront en 1932 pour former Auto-Union. La petite DKW verte, mue par un moteur de moto de 584 cc, est estampillée F1 par son constructeur qui s'essaya avec elle à la traction avant - F pour Front. Elle contribuera à mettre, selon un slogan de l'époque "l'Allemagne sur la route", un pays meurtri par la Première Guerre Mondiale. Des F1 s'illustrèrent notamment aux 24 heures de Francorchamps où une équipe officielle de trois d'entre elles remporta la Coupe du Roi.


A gauche, la Horch 853 a de 1938 tire son nom de celui de son concepteur, August Horch, un industriel de Saxe qui dès 1899 se lance dans la fabrication d'autos de luxe et de sport. Fâché avec ses actionnaires, il les laisse tomber et fonde en 1909, exactement en face de l'usine, une autre entreprise à laquelle il donne aussi son nom mais en latin, Audi (Entends). La firme Horch poursuivra ses activités jusque vers la fin des années 30. Ce modèle de grand luxe, propulsé par un 8 cylindres en ligne de 4944 cc développant 120 chevaux, était d'un raffinement extrême, en témoignent un capote qui se basculait en cinq secondes et les quatre crics hydrauliques intégrés au châssis. Première traction avant d'Audi, le modèle UW 225 de 1934 est équipé d'un six cylindres en ligne de 2,2 L conçu par Ferdinand Porsche peu de temps après qu'il eut fondé son bureau d'études à Stuttgart. Ce modèle a inspiré de nombreux carrossiers dont les Berlinois Erdmann et Rossi qui lui ont donné la forme d'un roadster. Retrouvée à l'état d'épave en 1980 par D'Ieteren, l'auto a été restaurée par l'atelier qui deviendrait Auto Classic Touraine.

Premier des trois cockpits qui nous ont séduit, celui-ci a vu les culs de Clive Baker et Andrew Hedges s'y poser lors des 24 heures du Mans 1968 que l'auto en question, une Healey SR 2, V8 Coventry-Climax 2 L, n'a pas terminées à cause d'un embrayage défaillant. Construite en deux exemplaires seulement, la voiture a participé également à l'épreuve mancelle de 1970, sans plus de succès. Elle ressemble au fruit des amours entre une Lola T70 et une Alfa 33. Un saphisme sans doute néfaste à la performance.

Tombé amoureux de la Jaguar SS 100, que nous avions montrée ici en 2005, nous ne résistons pas à l'envie de vous faire jouir de son intérieur. Avec les yeux seulement hélas. Yeux d'ailleurs fort occupés à consulter la batterie de cadrans. Etre passager d'une SS 100 était un métier.

Le visiteur non francophone qui s'aventure au BRF doit savoir au moins deux mots de néerlandais, "te koop", qu'on retrouve sur beaucoup de voitures. Ca signifie "à vendre". Un panneau ainsi libellé ornait le pare-brise de la Healey Alvis de 1953 dont nous avons préféré vous offrir la banquette avant. Ça sent sa sortie de grange, n'est-ce pas ? Le vendeur indiquait, comme argument massue, en anglais cette fois, "Only 28 ex built". Historiens du Net, à vos tablettes !


Sauf un accès facilité, ces deux engins n'ont en commun que la volonté douteuse d'un webmestre, deus ex-machina d'un jour. En rouge, une des ces autos britanniques improbables dont il était ardu de distinguer l'avant de l'arrière, exercice qui n'est plus pratiqué que par une secte appelée Blenheim Gang qui divise le monde en deux blocs : ceci est blenheim et ça non. La Humber est blenheim. Acculant notre savoir à ses extrêmes limites, nous avançons que cet engin est une carrosserie spéciale d'un modèle Snipe d'avant 1940. Wait and see the commentaires. Quant à l'autre caisse, pas blenheim, elle, ou alors nous n'avons rien compris, il s'agit d'un cyclecar Derby datant de 1927, propulsé par un Ruby OHV de 1 100 cc, dont six exemplaires furent vendus en Angleterre sous l'appellation "Vernon Derby", du nom de Vernon Balls, un pilote importateur Amilcar qui avait compris l'intérêt de ces petites machines françaises animées par des moteurs de moto et construits par la société française Monet. Les Derby furent fabriqués entre 1921 et 1936.
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vendredi, 19 octobre 2007
Des carlingues sur les murs...

... Et un champion du monde de F1 à Cuba
La toujours aimable Isabelle Nicolosi de la Galerie Vitesse nous informe qu'elle va prochainement accrocher à ses cimaises des Lucio Perinotto.
Ce peintre que l’on peut maintenant considérer comme le maître officiel de l’air possède une maîtrise et un style étonnants. Il réussit sur chacune de ses œuvres à mettre en valeur des avions stars en les isolant dans le ciel tout en les intégrant à un paysage presque toujours mythique.
Son Constellation de la Varig au-dessus de la baie de Rio est un bon exemple de son style. L’avion occupe magistralement l’espace mais l’aspect fantastique du relief autour de Rio est parfaitement suggéré à la limite de l’expressionnisme et de l’hyperréalisme, comme un écrin pour un bijou d’aluminium. On peut penser également au traitement des paysages de l’art japonais. Les éclairages mettent en valeur les courbes métalliques et les formes superbement imparfaites des carlingues en alu de l’heureuse époque où les peintures criardes et vulgaires ne les recouvraient pas.
On imagine facilement Fangio dans ce Constellation, il vient de décoller de Santos-Dumont au pied du Pain de sucre, il a passé quelques jour au Copacabana Palace pour une tendre étape amoureuse après le Grand Prix d’Argentine de manière a se consoler de sa 4e place et avant d’aller disputer le Grand Prix de Cuba. Hors championnat mais les primes de départ sont en dollars et la concurrence en cette année 58 est plus dure.
Maria Verana, l’hôtesse de la Varig, vient gentiment proposer au Campeon un cafezinho bien chaud, il l’avalera d’une traite, de peur de le renverser sur sa chemise blanche ; l’air chaud de ce mois de février provoque des remous d’air et la cabine est durement secouée. Qu’importe, il est confiant, bien installé dans son profond fauteuil de 1ère classe, sait qu’il sera chouchouté durant tout le vol par l’équipage. Le commandant de bord l’a félicité en castillan pour son titre suprême de l’an passé. Son mauvais accent l’a amusé mais il est toujours sensible aux compliments surtout dans sa langue.
Pourtant, en pensant à ce mauvais accent, un petit détail sans importance agace encore Juan Manuel : juste avant l’embarquement, une jeune femme l’a bousculé sur le tarmac de l’aérogare sans même se retourner ; rien d’extraordinaire, hormis le Faites attention sans suite qu’elle a prononcé dans un espagnol gravement teinté d’un accent slave indéfinissable... Bah ! Dans quatre heures il atterrira à La Havane, puis il s’installera dans cette belle chambre de l’Hôtel Lincoln.
Fangio ne restera pas dans sa chambre car il a entrevu Stirling Moss dans le hall et il tient à discuter de la révolution provoquée par les anglais, un mois auparavant à Buenos Aires. Le terme de révolution n’est pas trop fort pour décrire cette rupture qui va devenir bientôt définitive dans le monde entier : La position du moteur à l’arrière des monoplaces de Grand Prix et de sa conséquence la victoire de la Cooper Climax. Il veut évoquer cette révolution avec Moss, l’un de ceux qui l’ont ourdie.
Pendant cette discussion animée, une autre révolution va rattraper Fangio pendant 24 heures. Celle de Faustino Perez Hernandez et de ses Barbudos du M26 qui afin de faire un coup d’éclat et se faire connaître du monde entier enlèveront le Champion sous les yeux médusés des clients de l’hôtel.
Trois mois plus tôt Faustino rentrait de Moscou accompagné d’une jeune femme, Tania Lopatnikoff à l’accent slave très marqué.
Signé Jean-Paul Orjebin
Exposition Luigi Perinotto
CARLINGUES
25 octobre - 24 novembre 2007
Galerie Vitesse
48 rue de Berri 75008 PARIS
Lundi au samedi de 14h à 19h
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lundi, 15 octobre 2007
Automédon 2007, encore un dimanche de perdu dans le neuf trois
Voir aussi Automédon 2005, ou un dimanche à perdre dans le neuf trois

Espèce de grosse brocante avec des voitures dedans, ou plutôt dehors, Automédon, dont la 7e édition s'est tenue ce week-end, occupe une place à part au calendrier de la voiture ancienne, tellement à part que peu la connaissent.
Ceux qui savent que ça existe se rendent au parc des exposition du Bourget, ce qui manque pas de désorienter le familier de Rétromobile qui doit se payer une plongée dans le neuf trois, désorientation d'autant plus aiguë s'il emprunte le RER jusqu'à la gare du Bourget, unique stratagème pour ne pas acquitter le péage de neuf euros (oui, vous avez bien lu 9 €) pour garer sa caisse, à moins qu'il ne roule en ancienne dont le parking est gratuit.Arrivé à la guérite d'accueil, il se verra délester de neuf autres euros (oui, vous avez bien lu 9 €) pour se voir "offrir" quelques véhicules présentés par des clubs, déjà maintes fois vus, des pièces détachées, quelques miniatures et enfin deux ou trois étals de libraires.
S'il veut se nourrir, notre visiteur préfèrera une salade de pistons agrémentée d'un soupçon de Yacco, meilleur marché, que le jambon-beurre, hissé à des hauteurs insoupçonnées par l'unique resto d'Automédon.
On optera donc pour la nourriture aussi terrestre qu'intellectuelle dispensée par les clubs ayant joué le jeu de la présentation, dont le thème était l'Amérique.
Ainsi le club Simca, dont l'Aronde Grand Large de l'ami Pierre Chrétien (ci-dessus), était la pièce maitresse, était-il déguisé comme un seul homme en mariachis, avec sable, cactus et carcasse de bison dans le stand.
Une mise en scène spectaculaire mais insuffisante pour lui assurer l'Enjoliveur d'Or, le premier prix du concours de stands, enlevé par un club Panhard et Levassor à la présentation pourtant terriblement banale. Cuisine de jury que nous ne touillerons pas.


Depuis peu, une règle est commune aux teneurs de stands d'automobilia et de vieux journaux : on met du Cevert en vue, Coco ! Avant c'était Senna. Sans doute flotte-t-il dans l'air que respirent les teneurs de stands d'automobilia et de vieux journaux un nuage de pixels bleus et blancs.


Un camp de réfugiés ? Non, non, le parking d'Automédon qui sert aussi de bourse d'échange. Mais on s'y tromperait et nous ne jurerions pas que le système d'écoute américain Echelon ne s'y tromperait pas aussi, capable de flouter comme secteur sensible ce paisible morceau de bitume.


Déjà midi. Entre une grillade de pistons à la sauce Prost (proclamé sur le carton qui les authentifie comme tels) et une brochette de carbus, nos papilles balancent. Le sourire jaune du vendeur de cette quincaillerie suggère beaucoup sur l'état mental qu'il nous prête, comme nous faisons ces photos.

Posée sur une remorque, il y a une Jaguar MK 10 à vendre. 7 500 €. Pas cher mais la caisse est sérieusement à revoir. Nos lecteurs connaissent le sentiment qui nous étreint chaque fois qu'une de ces machines est en vue, ce qui est rare car il n'en reste plus guère de ces grosses berlines fragiles comme du verre, à l'époque. Alors maintenant, vous pensez ! Nous devons à celles qu'a possédées notre beau-père l'amour de l'automobile.

Tiens, James Dean est venu à Automédon. Immatriculé dans l'Eure et non en Californie. Encore un effet du réchauffement climatique ?


Les teddy girls and boys sont de sortie. Dame il fait beau et pas de vent, les cheveux tiennent sans gomina. Les trois à droite sont penchés sur la suspension - magnifique, on dirait celle d'une Lotus 25 mais l'image ne le montre pas donc croyez nous sur parole - de ce rod avec autant d'attention que votre serviteur sur la stèle d'un pilote inconnu.
Un truc en passant qui n'a rien à voir : si vous demandez à la cantonnade la signification du terme Automédon, chacun de s'écrier : c'est le conducteur du char d'Achille lors de la Guerre de Troie, puis de son fils Néoptolème. Son nom est passé dans le langage courant, un "automédon" désigne un bon conducteur d'attelage. Edifiant, n'est-ce pas ? Wikipédia est à la culture ce que McDo est à la gastronomie. Et ça impressionne les teddy girls.

Voilà qui devait arriver. Marri d'avoir raté la première place du concours de stands à cause d'une magouille (note du comité de lecture, merci de lire : "Marri d'avoir raté la première place du concours de stands en raison d'une faiblesse de présentation de son club), l'ami Pierre Chrétien errait l'arme au poing sur le parking d'Automédon, le brave conducteur de char bien connu. Avisant un local, un cow boy d'Aubervilliers, il le braqua, comptant sur sa bourse pour se rembourser des 13, 10 € que lui avaient coûtés un jambon-beurre, une tartelette au chocolat et une Kro.



