mercredi, 18 juillet 2007
Jagtime à l'Eden

Parmi les 1004 km que déroule la Nationale 7 entre Paris et Menton - plus exactement, qu'elle déroulait, avant qu'un stupide décret la découpât en rondelles en 2005, la vingtaine de mètres qu'elle trace devant le cinéma Eden de Cosne-sur-Loire nous importe particulièrement. Le reste est chanson. Ce vieux ciné, où Eddy Mitchell eût pu tourner sa "Dernière séance", servit d'écrin à nos premiers émois cinématographiques : nous y avons vu, môme, 20 000 lieues sous les mers, adolescent, Bullitt. Et puis récemment Cars.
Est su ici notre attachement à cette petite ville qu'une situation géographique aberrante écarte des flux migratoires ; ne s'y rendent que les natifs, comme nous, ou ceux qui ont de solides raisons ; successions notariales à régler, visites de parents au cimetière, greniers à vider, etc. Sinon, ça file vers le Sud. Touristes étrangers en route vers la Côte, qui passent la nuit à La Charité ou Nevers ; Parisiens préférant goûter l'exotisme de Sancerre ; graisseux filant, la poignée dans le coin, sur Magny-Cours. N'y circule qu'une petite dizaine de milliers de conducteurs répartis, comme on l'a vu dans une note récente, dans des Xsara Picasso, des vintages qui s'ignorent et des voitures de Jacky.
Faux, nous écrit Etienne Raynaud, qui est allé vérifier la véracité de nos assertions, ainsi qu'en témoigne la photo ci-dessus qui donne à voir l'Eden accueillant sa Jaguar, laquelle lui vole la vedette, d'une part, et dont la seule présence à Cosne ébranle nos observations sociotomobiles.
Nous avons appris à nous méfier d'Etienne Raynaud. Non seulement en raison d'une classe naturelle qu'on lui envierait, faite d'une heureuse harmonie d'alcool rare, de culture Blenheim [1] et d'invitations chez la duchesse de Noailles qui tombent de ses poches comme, des nôtres, des bons de réduction Auchan, mais parce qu'il est capable de tout, Etienne. Un jour, il s'est matérialisé, trempé par la pluie charentaise, à la table que nous partagions avec nous-même chez Paul, aux Remparts. Vous êtes Patrice Vatan ? Oui. Je suis Etienne Raynaud. Discutons... dit-il en tirant une chaise
Quand même, Etienne Raynaud à Cosne...
[1] www.blenheimgang.com
Une Jaguar à charge qui fait mentir un teneur de blog © Etienne Raynaud
10:10 Publié dans Personnel | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : cosne sur loire, jaguar xk120
jeudi, 21 juin 2007
Epaves des bords de Loire

Voir aussi Chronique des bords de Loire
Avant-goût du Grand Prix de l'Age d'Or, voici quelques vieilles machines.
Boulleret est un petit village situé à 5 km de Cosne, du côté Cher de la Loire, alternance de landes, de côteaux et de bois rompue çà et là par une fermette ; un univers replié sur lui-même où rien n'a bougé depuis l'époque où les deux premiers véhicules montrés sur cette note ont été abandonnés et qui nous avaient échappé lorsque, gamin dans les années 60, nous jouions dans ces bois où nous les avons découverts cette semaine, maintenant devenus épaves.
De l'auto du haut, il ne reste rien d'autre qu'une coque nue, vidée intégralement de son contenu. Curieusement, ses surfaces vitrées ont été obturées par des panneaux en métal, comme pour servir d'abri à un sans-logis, ce que semble confirmer la cabane grossièrement établie à côté où demeure un vestige de matelas. Jean-Louis Mathieu pourrait-il tenter une identification ?

A une portée de fusil de l'épave précédente, nous tombâmes sur cet utilitaire pris en tenailles par un entrelacs de végétation qui lui assure le meilleur des freins à main. Il s'agit d'un véhicule commercial aux couleurs des "Graines Vivantes", peut-être un engrais dont la simple mention paraît efficace au vu de la voracité avec laquelle des arbres ont poussé dans la caisse, trouant le plafond et même écartant la baguette latérale pour mieux enserrer ce petit camion entre leur tronc.
Bigre ! Il n'est pas conseillé de piquer un somme dans les bois de Boulleret, au risque de se réveiller à l'état de petit homme vert.

Encore attelée à sa caravane, cette encore belle Aronde attend qu'on s'occuppe d'elle, dans un chantier abandonné à Cosne. Trouvera-t-elle son Pierre Chrétien ?

Le meilleur pour la fin, digne d'un film d'épouvante ou une comédie de moeurs, c'est selon son état d'esprit. Une porte battante, un silence de mort, nous nous faufilons dans le jardin de cette imposante propriété sise aux environs de Cosne, où rien ne bouge, hormis un coulis de vent qui agite une haie de tuyas qui n'a manifestement pas connu le taille-haie depuis des lustres. Ca sent l'abandon.
Nous progressons sur un gravier qui amplifie dans ce silence minéral chacun de nos pas comme à travers un système Dolby. Au cas où on nous tirerait dessus pour violation de propriété privée, nous avons une réponse toute faite : Nous cherchons à acheter dans le coin et votre demeure, Madame, est une splendeur. Sauf que de madame, ici, ne susbsiste que des chaussures de jardin, abandonnées devant la porte d'entrée verrouillée, dont l'accés est barré par une multitude de branchages et de feuilles mortes, autant de traces d'une nature qui a repris ses droits. Sur la table du jardin, tavelée de moisissure, attend ce qui reste d'un magazine de mots croisés, couvert de chiures de rats.
Nous nous approchons du garage. Des empreintes de pattes griffues recouvrent la voiture de bas en haut. Une des fenêtres arrière est demeurée entrouverte ; sans doute une famille de fouines s'est-elle attribuée cette auto. Des animaux au goût sûr.
Toutes épaves © MdS
10:10 Publié dans Personnel | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : cosne sur loire, simca aronde
mercredi, 20 juin 2007
Chronique des bords de Loire

C'est une tradition. Avant la furia du Grand Prix de l'Age d'Or, nous partons nous ressourcer sur les bords de la Loire où coule, sauf à Tours, une vie automobile sportive suffisamment lâche pour nous laisser respirer. Et à Cosne-sur-Loire, notre lieu de villégiature mais aussi d'origine, la course automobile est aussi incongrue que l'eau au Sahel, même si la proximité de Magny-Cours permettrait d'augurer du contraire.
Tout juste les "Pneus Robert Benoit", sis dans une rue tranquille du bourg, installent-ils une note incisive ; encore leur eût-il fallu un S pour qu'ils sifflent plus.Posée de part et d'autre de la Nationale 7, Cosne, sous-préfecture de la Nièvre de 11 500 habitants dont un gros tiers conduit une Xsara Picasso, s'est endormie depuis qu'on a construit une déviation qui ne laisse plus la pénétrer qu'un trafic local et quelques étrangers égarés, les autres préférant filer plus au sud.
Isolée à l'extrême limite de la Bourgogne, pour qui elle compte comme pipi de chat, mais dédaignée par la région Centre, de laquelle elle est pourtant plus proche géographiquement et culturellement, la ville est repliée sur sa Loire et son grand marché du dimanche, ses deux attractions.
Nous en avons trouvé une troisième, trop drôle, l'observation de l'automobiliste cosnois, attablé à la terrasse du "Pause Café", un estaminet situé en haut du boulevard de la République, devant lequel le Cosnois motorisé stoppe, comme l'y intime un gros panneau rouge.
Nous avons pu découper cette population en trois grandes familles :
- Le Conducteur-de-Xsara-Picasso
- Le Jacky
- Le Conducteur-de-vintage-qui-s'ignore.
Un gros concessionnaire Citröen particulièrement actif inonde Cosne, faisant de la ville tout entière une pub pour le double chevron. Mais pour quelle raison ses habitants ont-ils choisi en masse la Xsara Picasso pour se traîner à Auchan et bouffer au Flunch attenant ? Mystère. La Xsara Picasso est une tente en ferraille ronde qui se déplace sur quatre roulettes et n'a ni avant ni arrière. Ca ressemble autant à une auto que le Pr Reimsparing à un joueur de boules. Le Cosnois étant avant tout discret et raisonnable, sans doute trouve-t-il en cet appareillage un moyen raisonnable et discret de faire la navette entre Auchan et le marché du dimanche sans éveiller l'attention de son percepteur. Problème, ledit percepteur a la même.
Toutes les trois minutes la terrasse du Pause Café est ébranlée par des boum boum qui vous tordent le ventre avant que se matérialise l'objet anticipé par ce boucan, une bagnole de Jacky, R5 bricolée, Clio jaune fluo munie d'un aileron de Chaparral, Polo au look de low rider mais au moteur de Polo, voire pour les plus éclairés, une BM 320 savamment enlaidie. Le Jacky est l'unique expression du sport automobile dans les rues de Cosne, à voir la gomme qu'il dépose devant le Pause Café avant de s'enfuir dans la rue qui mène à la gare, emportant dans son sillage les boum boum qui sont sa signature auditive et témoignent d'une culture musicale aussi affirmée que ses goûts automobiles.
Le plus drôle est lorsque la femelle du Jacky conduit la caisse. Comme elle passe souvent pour l'intellectuelle du duo, et soucieuse de racheter l'inconduite de son mec par la sienne, de conduite, elle roule dans Cosne très sagement, avec RTL se faufilant élégamment par la fenêtre entrouverte.
Enfin le Conducteur-de-vintage-qui-s'ignore a notre sympathie, lui. C'est un gars qui roule en 2 CV, en 4 L, en Talbot Horizon, en Simca 1301, bref une caisse qui a depuis des lustres déserté les rues de nos banlieues normales où, quand on en rencontre une, il y a un gus à son volant qui sait qu'il roule en vintage, qui s'est donné du mal pour la retaper, qui veut qu'on le mate en disant : Regarde, Zézette, une 403 !
Le Cosnois en 403 trouve bizarre qu'on le regarde avec insistance. A-t-il un méchant bouton sur le nez ? N'est-ce pas ce gars qui lui a vendu une oie au marché ? Il ne lui vient pas à l'idée que c'est sa caisse qu'on admire avec un brin de gentillesse nostalgique, une caisse pourrie qu'il traîne depuis trois générations et qu'il aimerait bien changer pour une Xsara Picasso.
La vie à Cosne © MdS
10:10 Publié dans Personnel | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note | Tags : cosne sur loire, citroen xsara picasso, citroen
vendredi, 16 février 2007
Rétromobile à la campagne

Où se rend la famille en ce 16 juin 1933 ? La légende au dos de la photo dit : "Près Chauvigny (Vienne) - Route de Poitiers".
Louis Vatan, dit "Pépé Louis", pose d'un air conquérant à l'avant de son auto. Renseignement pris auprès de Jean-Louis Mathieu, celle que j'avais identifiée comme une Citroën Rosalie s'avère une Peugeot 201 berline, "normale", précise Jean-Louis, comme si mon grand-père pouvait acheter quelque chose de pas normal.
Assureur à Cosne-sur-Loire (Nièvre), il faisait partie des notables de cette petite ville qui n'a guère changé aujourd'hui et dont l'une des rares contributions au modernisme reste encore d'avoir donné à la chanson Elodie Frégé, triomphatrice de la StarAcadémie 2003. Cettre brave 201 entre pile poil dans la célébration du 99e anniversaire de Peugeot en compétition, et permet à cette note de ne pas s'éloigner trop de l'ambiance Rétromobile.
Assises sur le marche-pied sont sa femme Jeanne et sa fille Anne-Marie, dites respectivement "Bonne-maman Jeanne" et "Tata Annie". La dame debout est une certaine Andrée. Quant au jeune grimpé sur le toit, c'est leur fils Jean Vatan, qu'un jour j'appellerais papa.
Hitler venait d'accéder au pouvoir en Allemagne. On avait encore six ans de bonheur devant soi mais on ne le savait pas.
10:10 Publié dans Personnel | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : peugeot, peugeot 201, 1933
lundi, 15 mai 2006
Où André Pilette fait la leçon au professeur Reimsparing

-I-
Existe-t-il un point commun plutôt inattendu entre Niki Lauda et Keke Rosberg, d’une part, et le professeur Reimsparing, d’autre part ? Même si cette révélation n’est pas de nature à bouleverser les heureux et comblés lecteurs de ce site, la réponse est oui !
Ces trois personnages ont eu l’occasion de « piloter» (pour les deux premiers cités, alors en quête de hauteur) et de « conduire» (pour le troisième) une étrange petite monoplace qui sévissait à la fin des années 60 et au début des années 70 sous l’appellation « Formule V ».
Ladite monoplace consistait originairement en un assemblage hétéroclite constitué par un châssis assez grossier sur lequel avait été monté le moteur de la « Coccinelle » VW (d’où le « V »), le tout enrobé d’une carrosserie improbable et affublé de roues au carrossage outrageusement négatif. Elle était l’incarnation d’une formule de promotion à l’allemande et se voulait robuste et pas cher, en somme tout le contraire des plutôt sophistiquées mais fragiles Formules Junior, nées presque dix ans auparavant à l’initiative de Giovanni Lurani, italien, comte et raffiné (pléonasme ?), et qui avaient révélé pas mal de talents.
Au fil du temps, ce cocktail un peu trop germanique s’est cependant pimenté, jusqu’à devenir une véritable auto de course. Et si la prononciation allemande « Formeule Faou » reflétait assez fidèlement le comportement des premières générations, car « faou », il fallait sans doute l’être un peu voire beaucoup pour les mener à la limite, les modèles suivants, bien que toujours aussi peu esthétiques, se montrèrent nettement plus pointus et exigeants sur la qualité du pilotage.Tel celui que menait lors du lever de rideau du GP d’Allemagne 69, à en croire le speaker, un certain « Niquilaouda ». Bien qu’un peu dérouté par un patronyme aussi étrange, j’avais pu apprécier, bien calé sur mon pliant planté à l’intérieur du virage nord, juste avant de savourer le triomphe de Jacky Ickx en F1, la maîtrise et la sobriété du futur champion du monde.
En 1973 et sur ce même circuit du Nürburgring, c’est loin des stands et de la foule, mais fort près de la piste, à l’amorce de la très impressionnante descente du « Trou du renard », que j’ai assisté, toujours en lever de rideau du grand prix, à l’empoignade d’une bande de furieux finalement domptés par le plus excité de tous, j’ai nommé Keke Rosberg. Ce jour-là, plus personne n’aurait songé à se moquer des « Formeule Faou », car, croyez-moi, c’était une vraie course automobile qu’elles disputaient, frissons garantis !
- II -
Tout cela pour en venir à l’après midi du vendredi 12 juillet 1968 et plus précisément au moment où votre serviteur s’éloigne, en une accélération très mesurée, d’un poste de douane belge, l’œil rivé dans son rétro, au cas où… Je suis, à cet instant, partagé entre deux sentiments, d’inégale intensité. D’un côté, le soulagement d’avoir franchi sans encombres les douanes française et belge, ce qui relevait de l’exploit en ces temps reculés. Mais aussi, et surtout, ce qu’il faut bien nommer une assez forte appréhension (en d’autres termes, j’avais le trouillomètre à zéro). Car c’est en direction du circuit de Zolder que je cinglais, fort de mon inscription au cours de pilotage qu’y dispensait André Pilette par le biais de… Formules V.Tendu, il y avait tout de même de quoi l’être.
Le dimanche précédent, j’étais à Rouen pour le GP de France et le plaisir d’assister à la première victoire en F1 de Jacky Ickx avait été totalement escamoté par la tragique disparition de notre pauvre Jo Schlesser, laquelle m’avait d’autant plus affecté qu’à l’époque j’étais étudiant à Nancy. Dès lors, la perspective de m’installer à bord d’une monoplace, qui, aussi rustique soit-elle, ne pouvait pas ne pas évoquer à mes yeux une formule 1, n’était plus tout à fait aussi enthousiasmante qu’avant ce sinistre 7 juillet.
Et puis il y avait ce souvenir, qui, du coup, ressurgissait : la veille du grand prix de Belgique 1967, j’avais effectué un ou deux tours du circuit de Spa rendu à la circulation à la fin des essais, et j’avais été assez frappé par le nombre élevé de traces de sorties de route qui zébraient l’asphalte, entre Malmédy et Stavelot ; l’une d’elles, en particulier, visait carrément une baraque de commissaires en contrebas, qui paraissait effectivement passablement amochée. Or, renseignements pris, ces traces correspondaient à autant de …Formules V, dont les pilotes – un peu trop « faous » ? – avaient manifestement fait preuve, tout au long de ce terrifiant secteur, d’un optimisme exagéré, lequel, à plus de 200, avait viré sans préavis à l’inconscience pure et simple.
Last but not least, j’allais tout de même rencontrer André Pilette et devoir essayer de ne pas trop me ridiculiser devant un monsieur qui, en la seule année 1956, par exemple, avait tenu le volant rien moins que d’une Gordini à Reims au GP de l’ACF et surtout, lors du GP de Belgique l’ayant précédé, d’une mythique Ferrari-Lancia, engagée par l’Ecurie Nationale Belge. Sans parler du fait que son grand-père, Théodore Pilette, avait été membre de l’écurie Mercedes où il avait notamment cotoyé Christian Lautenschlager, vainqueur à Lyon du fameux GP de l’ACF 1914.
-III-


En définitive, toutefois, mes craintes se sont révélées très exagérées.
Il est vrai qu’à l’allure où je fus autorisé à rouler, il aurait vraiment fallu que j’y mette du mien pour imiter les "kamikazes" de Spa ; d’autant que le circuit école n’était constitué que de la large boucle, encadrant un étang, qui suit la ligne droite des stands. Nous quittions en effet le grand circuit bien avant la chicane et la bosse ultérieurement fatale à Gilles Villeneuve, par un virage serré à droite (voir photo de droite) qui nous permettait de traverser l’extrémité du paddock puis de rejoindre la piste en virant de nouveau à droite.
Par ailleurs, bien qu’il ait été assurément fort impressionnant, en raison non seulement de son vécu et de sa généalogie mais également de son indéniable charisme, André Pilette s’est montré tout au long du stage extrêmement gentil et patient avec ses apprentis pilotes (attitude qui n’était peut-être pas étrangère au souci d’éviter les casses de matériel dues au stress ?…).
Il m’est resté de cette expérience des sensations très « primaires », car, effectivement, la bête était rustique, ainsi que quelques notions de trajectoire idéale, que j’ai par la suite appliquées dans la conduite de tous les jours.
Mais, plus que tout, j’avais pu – à bon compte et sans danger il est vrai - ressentir l’émotion qui vous étreint lorsque, allongé dans un cockpit et serrant un petit volant, casqué et lunetté, le regard fixé sur ces roues avant découvertes et offertes, on parvient à se convaincre soi-même : eh bien oui, je suis DANS une monoplace ! Je ressemble (de si loin…) à un PILOTE DE COURSE.
-IV-
La cerise sur le gâteau nous fut offerte par André Pilette lui-même.
A la fin de la séance du samedi, nous le vîmes s’entretenir quelques instants avec sa charmante épouse puis se diriger vers nous le sourire aux lèvres, pour nous glisser négligemment : « Est-ce que ça vous dirait de faire un saut à Spa ? J’ai envie de voir mon fils ». C’est qu’en effet, ce week-end là, se disputaient les 24 heures de Spa, où Teddy Pilette était engagé sur l’une des Alfa du Comte Van der Straten !
Aussitôt dit, aussitôt fait. Monsieur Pilette et Madame, mon collègue de stage et moi-même, nous prenons place à bord de la « Coccinelle » (tiens ?) du maître des lieux et direction Spa-Francorchamps.
Le trajet aller-retour fut une superbe démonstration d’agressivité maîtrisée de la part de l’ancien pilote, et c’est en toute décontraction que nous pûmes constater la nette propension de l’intéressé à emprunter, « à fond la caisse », la bande d’arrêt d’urgence, tandis que les conducteurs (nettement) moins talentueux de voitures souvent (beaucoup) plus puissantes occupaient frileusement, à gauche, les files légalement réservées aux automobilistes lambda.
Ce furent des 24 heures très arrosées et nous ne passâmes qu’une petite heure dans le stand VDS, avant de repartir. Mais quel plaisir, en ces lieux prestigieux, de compter, même fugacement, parmi les privilégiés qui vivent la course de l’intérieur. Cela étant, le souvenir le plus marquant que j’ai conservé de cet épisode fut l’extrême vigueur de la poignée de mains de Teddy Pilette ! Avec des bras pareils, il devait contrebraquer du petit doigt…
-V-
Nous nous sommes tous quittés, le dimanche, les meilleurs amis du monde, tout en sachant que nous ne nous reverrions probablement jamais.
Mais l’humeur était au beau fixe, car la moisson de super souvenirs que j’emportais, j’allais la passer au nez et à la barbe des douaniers…
Signé Professeur Reimsparing
André Pilette tout sourire accueille ses élèves © Pr Reimsparing (tendu)
Victoire en Formule V, image extraite du site www.editions-palmier.fr
Entrée du circuit de Zolder © www.wheelscafe.be
Pr Reimsparing en pilote de course © forgetten
10:00 Publié dans Personnel | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : andre pilette, circuit de zolder, ecole de pilotage, 1968, FV
jeudi, 27 avril 2006
Le dossier F. Debord

Apparu dans les commentaires en mars de cette année, Frédéric Debord est de ceux qui contribuent à faire du fil de discussion sur François Cevert l’événement de MdS. S’il ne l’a pas connu personnellement, contrairement à Claude Roudeau et Jean-Jacques Ardouin, il ressent "autre" le lien qui l’unit à lui. D’ordre… comment l’exprimer ?… plus intime… presque extra-sensoriel, comme si quelque chose ayant à voir avec le spirituel unissait ces deux esprits.
Ne nous a-t-il pas avoué que ses rêves convoquent souvent François ? Il a raconté ici de quelle façon chez un bouquiniste il est tombé sur le bouquin de J.-C. Hallé sur Cevert, qu’il cherchait depuis des années, alors que sa quête du moment était autre. Il a levé les yeux, et ce livre était là, à l’attendre.
Malvoyant au point qu’il s’est fait opérer pour arriver à conduire sans danger sa berlinette Alpine en course historique, Fred déclare se sentir guidé au volant par quelque entité invisible qui le garderait sur la route. Peut-être, qui sait, par François, qui menait la sienne assez rondement, ce dont Jean-Jacques Ardouin témoignait récemment… Il s'interroge sur ce que Katia, notre voyante, qui a démontré çà et là l'étendue de ses capacités, verrait de François si elle se penchait sur la question. Nous aussi.
Bref, Fred aime François. Le hasard, ou l’ordre transcendant qui se tapit derrière lui, paraît jouer avec cette évidence. Fred a souvent porté un numéro 6 sur les flancs de ses monoplaces Lotus F3 et F. Renault, lorsqu’il a tâté de la compétition il y a une dizaine d’années, avant de rouler en historique.
F. Debord et F. Cevert comportant chacun sept lettres, il n’en fallut pas davantage au premier pour écrire le nom du second sur le côté droit de son auto, tandis que le sien offre un pendant idéal de l’autre côté. Détail qui a éveillé l’intérêt d’une journaliste de Rétro Course lors de la course de côte historique de Pegomas Tanneron, dans les Alpes-Maritimes, le 23 avril dernier, à laquelle François Debord ou (et ?) Frédéric Cevert participait.
Même si certaine sensibilité en est heurtée, comment ne pas verser le dossier F. Debord au fonds F. Cevert ?

F. Debord © Thierry Mouchet
10:20 Publié dans Personnel | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note | Tags : francois cevert, temoignage, alpine A110
vendredi, 31 mars 2006
Putain, un avion qui décolle pas !

Ils prennent de l’âge, ont le dos explosé à force d’avoir trop conduit des fourgonnettes de merde, s’habillent chez Kiabi, se sont fait refaire le nez, suivent des régimes qui ne les empêcheront pas d’avoir les boules sur la plage cet été, ne risquent pas de poser nus sur un calendrier, sinon pour vanter les bienfaits de la chirurgie esthétique ; "Ils", ce sont mes amis, à qui une amitié de trente ans me cimente aussi fort que le goudron adhère à la piste, qui me pardonneront d’autant ce portrait réaliste que le mien, exécuté par eux, serait pire.
Raison pour laquelle Internet, à l’instar de beaucoup de bloggeurs, est devenu ma maison.
Je les ai revus, hier soir, le temps d’un dîner au "Volant" [1] du vieux, du très vieux Georges Houel, 93 ans au compteur, qui il y a peu faisait son marché à Rungis au volant de sa Ferrari Dino 308 GT, et qui, comme tous les soirs ou presque sur le coup de 11 heures, apparut dans son resto, l’œil humide en apercevant Monique, le polo sémillant, le verbe assuré, tançant ici ou complimentant là. Sa table l’attendait, couvée par Marie. Il y dîne tous les soirs.
Depuis le départ de Monique – l’autre, celle qui officia longtemps dans la salle du "Volant" -, c’est Marie qui chouchoute ses hôtes. Kir déjà sur les tables, la main qui flatte le dos d’un bon client, les formes rebondies ; Marie offre un spectacle en trois dimensions. Elle fait cadeau à Monique – la nôtre, celle qui part à Cuba (éclaircir l’affaire de l’enlèvement de Fangio en 58 ?), d’un sac de verroterie destinée à diluer la nuée des mendiants qui l’assailliront dès le pied posé sur le tarmac de Jose Marti, l’aéroport de la Havane. Il y a dedans des bricoles publicitaires qu’un sponsor, ATS, lui a données lors des dernières 24 h du Mans.
Monique en ONG d’assistance humanitaire automobile ! Amusant de penser que les mômes de Malecon qui plongent pour trois pesos dans l’océan le feront sous les couleurs d’un ascensoriste parisien. Il y a trente ans j’aurais tué pour une casquette Goodyear. Le jour où j’en ai piqué une, au Ring en 76 je crois, celle que Jo Salas, de Ligier, avait laissée sur le muret du stand, je me suis senti mieux. Mais ces mômes, à qui on va donner des casquettes ATS sans qu’ils aient fourni le moindre effort pour les mériter, les apprécieront-ils à leur juste valeur ? On ne règlera pas le problème de la casquette promotionnelle dans le tiers-monde sans la mise en place d’un programme industriel de ladite casquette promotionnelle, avec transfert de technologie, formation de personnel local, etc. Bref.
A ma droite le hasard a placé Jean-Michel. Grimaçant sous la douleur d’une hernie discale, il se réfugie dans le passé, une époque où le présent annonçait un futur en bleu. "En 69, j’étais bidasse à Villacoublay, sur la base aérienne. Un jour depuis ma piaule, j’entends comme un bruit d’avion suraigu, je me pointe à la fenêtre et j’aperçois au loin un avion filant au sol à toute allure sans décoller ! Putain, un avion qui décolle pas ! Je réalise alors que c’est Matra qui fait ses essais ici.Le lendemain, je baratine mon pitaine pour emprunter une caisse de l’armée pour aller sur le tarmac car c’était interdit. Je tombe sur la 640 de Robert Choulet avec les gars de Matra autour. Je me faufile parmi eux. A un moment, j’entends Pesca dire à Ducarouge : "Elle est vachement instable !"
Jean-Paul Orjebin en reste la fourchette en l’air. "Il faut que tu raconte ça sur Mémoire des Stands, Jean-Michel, ça vaut de l’or !" Trop tard, c’est fait.
A ma gauche, Monique lit le tirage papier d’une note qui lui fut ici consacrée et qu’elle découvre. Vous avez dit fracture numérique ? Son nez, habilement rectifié mais encore visible, se tortille au fur et à mesure qu’elle prend connaissance de jusqu’où je suis capable d’aller pour rendre attrayant un texte. "Oh ! C’est pas vrai, tu as parlé de Bernard ! Et si jamais il tombe là dessus ! Je t’avais demandé de ne pas en parler ! Et tu cites mon nom en plus !" Ne t’inquiète pas Monique, personne n’a fait le rapprochement entre toi et Bernard.
Guy, lui, garde le silence. Ses archives parlent pour lui. Des centaines de diapos qui attendent leur classement et leur tirage sur CD. Comme celles que Pascal Bisson, son voisin de table, a prises en dix ans de GP et que la flemme de l’un et le surbooking de l’autre privent les lecteurs de MdS, et accessoirement les gens qui projettent des livres, d’en jouir… Sacrés eux, il va falloir que je m’en occupe moi-même !Face à moi est Michèle, la vicomtesse. Ses hommes autour d’elle la rendent heureuse. Elle n’oublie pas ce qu’elle doit à la course automobile qui les lui a donnés. Elle ne demande rien d’autre à la vie que de les avoir là, à ses côtés le temps d’un dîner, là dans ce resto à la gloire de ce sport aussi cruel qu'il peut s'avérer tendre. A côté d’elle, veillant sur son assiette, comme s’ils surveillaient le régime auquel elle s’astreint, Stewart, Beltoise et Servoz-Gavin posent dans une méchante photo en noir et blanc. Ou que se porte le regard au "Volant", il rencontre une image qui parle ; ici c’est Jojo avec Philippe Streiff et Alain Prost, là on le voit flanqué de Stirling Moss ; c’est un musée.
Ne manquait hier soir que le Pr Reimsparing pour que l’illusion muséographique soit parfaite, quoique sous la défroque de l’austère juriste sommeille un agitateur d’humour, mais oui, ce dont témoigne l’histoire drôle suivante dont il nous aurait immanquablement gratifiés : C’est un patron qui propose un doigt de whisky à sa secrétaire qui répond : "d’accord, mais avant", à quoi l’autre rétorque : "avant quoi ?"
Devant le blanc que cette blague engendre chez vous, chers lecteurs, il me vient à l’esprit que j’en ai peut-être mélangé les éléments. L’auteur rectifiera, s’il ose.

[1] Le Volant, 13 rue Béatrix-Dussane, 75015 Paris
Ils © Pascal Bisson
10:05 Publié dans Personnel | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : perso, temoignage, 2006, georges houel
mercredi, 02 novembre 2005
Jean-Paul "le Cake" Copatey

La Mort était collée à ses basques mais on ne le savait pas. On ne voyait en lui qu’un garçon un peu en marge, atypique, très solitaire mais aussi capable d’une grande socialisation, surtout lorsque le samedi soir, une fois les essais achevés et la grille de départ connue, il y allait de son répertoire favori : les hauts faits du sport automobile.
Le Cake était un causeux. Sa voix de basse teintée d’un accent de la Butte, soutenue d’un physique à la Gérard Darmon, n’avait aucun mal à capter l’attention de son auditoire. Des hommes, toujours. Les femmes, curieusement, évitaient ce grand type qui les mettait mal à l’aise, pourtant d’une correction exemplaire. Les femmes sentaient que la Mort ferait une rivale trop forte pour elles.
La Faucheuse était collée à ses basques, mais nous étions trop jeunes, trop cons, pour l’apercevoir, tapie derrière la grande ombre du Cake quand, en voyage, après le dîner, il s’enfonçait dans le bois proche du motel. Pour y célébrer quoi ?
Et pourtant c’est Elle, la Camarde, qui nous l’a présenté, le Cake, durant la minute qui a succédé au crash de Gerry Birrell à Rouen en 1973. La Chevron B25 a tiré tout droit aux Six Frères, là où Schlesser s’était tué en 68. Le bruit d’un carton qu’on éventre d’un coup de pied. A 260, c’est imparable. L’auto s’est arrêtée derrière les glissières, en sandwich entre le rail du dessous et celui du dessus. Birrell a tout pris dans la gueule. Tué net.
Nous, on est là. C’est notre premier mort en direct. Deux Bidochons avant l’heure se disputent à côté. Lui a raté l’accident à la super-8, sa bonne femme l’engueule comme du poisson pourri. "Putain un accident comme ça sous ton nez et tu le rates, quel connard tu fais ! Mets ta putain de caméra sur son pied et fais gaffe maintenant. Les essais vont bientôt reprendre quand l’ambulance sera partie. Rate pas le prochain !"
C’est alors que deux types se sont insurgés. L’un, le Cake, leur a intimé de rentrer la caméra et que si jamais il la revoyait, il leur explosait la tronche. L’autre, Grand Jacques, 1,90 m au garrot, en renfort derrière son pote. Les Bidochons ont obtempéré.
Nous, conquis par ces gars que nous n’avions jamais vus, on s’est avancé, on s’est présenté, on a dit tout le bien qu’on pensait de cette intervention. Et on ne s’est plus jamais quittés.
Ce jour-là, la Mort avait un accès piste, assise sur le rail. Elle avait fait de l’œil à ce beau brun d’Irlandais, Gerry Birrell. Sans doute avait-elle remarqué dans le public ce grand type au masque de truand de cinéma, le Cake. Celui-là, elle se le réservait pour plus tard. Qu’il vive encore un peu.
Puis Grand Jacques s’est marié. Puis Grand Jacques est parti à la retraite. Puis on n’a plus revu Grand Jacques. La vie, you know. Le Cake avait perdu son pote. Une femme le lui avait pris. Une femme, encore…
Si sur terre, le Cake était gauche, comme l’est un manchot qui ne se révèle que dans l’eau, au volant se dévoilait le pilote de course qu’il aurait dû être si la chance, et non la Mort, s’était occupée de lui. C’était un conducteur naturel, respectueux de la mécanique, ne freinant quasiment pas – tout au moteur, double débrayant, un sens inné de la trajectoire, capable d’aller très vite sans qu’aucune impression de vitesse fût ressentie par les passagers du coupé 204 vert bouteille que nous lui avons toujours connu.
Un vintage, comme nous surnommions cette caisse qui affichait pas loin du million de kilomètres, dont la seule concession au sport était le pommeau du levier de vitesse emprunté à une Lamborghini Miura, anonyme parmi les anonymes qui se faufilaient au petit matin dans les rues de l’Haÿ-Les-Roses ou le Cake crêchait.
Il y était éboueur, version conducteur de la benne. Il fut également conducteur de corbillard (le corbillard le plus vite de la banlieue Sud), conducteur de navette de piste à Orly, etc. Vous l’avez compris : il était vital que le Cake eût un volant entre les pognes. Dame, c’est qu’il avait pas grand chose d’autre pour les occuper, ces paluches qui faisaient peur à Monique, et aux autres.
Un soir d’hiver, il y a de cela une dizaine d’années, il a empoigné un fusil, a attendu derrière sa lourde que le copain a qui il avait demandé de passer se pointât, et se fit exploser la tronche au 12 à canon court après qu’il eut ouvert au coup de sonnette du pote.
Il n’avait pas de famille, sinon un frère resté au pays, là-bas dans l’Est, à Giromagny. Avec qui il était fâché. Son corps est parti à la science. Il a laissé une lettre où n’y avait pas grand chose, sinon que ses potes, nous, disent une messe à sa mémoire.
Nous ne l’avons pas fait. Nous, ses potes, étions disloqués, le temps avait passé. Chacun a dealé comme il a pu avec la mémoire du Cake.
Jean-Paul Copatey, toi qui n’a rien laissé sur terre, excepté des impayés, une vague inquiétude aux filles et une 204 qui se dessèche quelque part, j’écris ton nom au bas de ce parchemin électronique.
Google dira la messe qui t’est due.
10:20 Publié dans Personnel | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : memorial
dimanche, 02 octobre 2005
Les uns et les autres

Il est encadré par Freddy H., en jaune, sorte de journaliste canadien et par votre serviteur, espèce de scribouillard que nul ne voyait à l'œuvre et qui déjouait les inquisitions de ses véritables collègues en prétendant travailler sur un annuel. Bien vu le coup de l'annuel ! Comme ça les mains dans les poches et le verre dans l'autre.
Monza 1979 marque une étape dans nos vies, ferme une parenthèse ouverte dix ans plus tôt avec l'aventure des Grands Prix qui fit se rencontrer notre petite bande d'arsouilles, laquelle se disloqua au retour de cette course. La lassitude, sans doute. Également les conditions d'accès de plus en plus restrictives, bref l'ère des faussaires romantiques était tuée par l'arrivée des cartes magnétiques.
Christian était le pilote et le propriétaire de la Chrysler 180 vert kaki qui servait à nos déplacements dans l'Europe entière, de Donington à Monza, du Mans à Zeltweg. Outre un bon coup de volant, l'homme avait la langue bien pendue. Sa vision du monde était bipolaire, simplifiée. Face à la complexité toujours plus affirmée d'un environnement géopolitique et social, Christian avait opté pour une voie médiane clairement balisée. Il y avait les riches et les pauvres, ceux qui attaquent au volant et les autres, ceux qui ont des passes et les autres, les rouges et les autres (rouge Ferrari et rouge coco), ceux qui magouillent et les autres, etc.
Nous n'avons jamais revu Christian. Hasard de la vie. Hier est arrivé un mail signé de lui, où il fait une analyse de la saison de F1 prouvant sa bonne santé et sa fidélité à sa philosophie. Comme si le trou de 26 ans entre nous n'importait pas plus qu'une heure ou deux passées au café.
Le voici : "Ca y est les magouilles de la MAFIA ont réussi, une équipe anglaise managée par un jetsetteur sicilien a réussi à usurper le titre de champion du monde, les gugusses de chez Renault vont avoir la grosse tête alors qu'ils n'ont fabriqué que le moteur et sponsorisé les anglais, ça me rappelle Matra en 1969 qui n'a jamais réussi non plus à être champion du monde tout seul.
J'espère que le merdier ou est FERRARI aujourd'hui ne va pas durer encore une fois 20 ans. J'envisageais de mettre des Bridgestone Potenza sur ma voiture mais devant le coup foireux de cette année je vais peut être revenir aux GoodYear, car il n'est pour moi plus tolérable de rouler en Michelin.
J'ai lu dans Auto Hebdo que Bernie commence à s'apercevoir que les tifosi représentent 60% des spectateurs et que ça devient catastrophique pour les organisateurs, sauf Magny-Cours et Barcelone évidemment."
20:30 Publié dans Personnel | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note
jeudi, 21 avril 2005
La gare de Knittelfeld
Elle n’est pas le centre du monde, comme celle de Perpignan, n’a pas sa réplique en Afrique comme celle de Deauville, la gare de Knittelfeld, simple cube de béton posé dans une vallée de Styrie, en Autriche, dont l'intérêt n'est lié qu'à sa proximité du circuit automobile qui s’appelait Zeltweg dans le temps.
Une Simca rallye 2 immatriculée 93 stationne devant la gare un jour d’août 1974. L’apercevant, Guy arrête sa Fiat 128 rallye immatriculée 93.
- Tu crois que c’est eux ?
- On va le leur demander !
Nous descendons, marchons à la rencontre d’un gars qui attend, adossé à la portière. Vif, sec, le genre qui enchaîne.
- Ne seriez-vous pas un certain Pierre Pastore qu’on cherche depuis deux ans ?
- Moi non, moi c’est Jean-Paul, mais le voilà qui arrive fait le petit sec en désignant son pote qui sort de la gare. Lui est plus onctueux, le genre patelin.
- Ces messieurs te cherchent Pierrot !
Notre camarade se présente :
- Guy Royer… depuis le temps qu’on vous cherche ! Mon père et votre mère sont des collègues de travail et elle lui dit sans cesse que son fils et un copain font tous les Grands Prix, on savait que vous rouliez en rallye 2 immatriculée dans le 93…
… et moi je savais par votre père que vous étiez deux à faire tous les Grands prix dans une Fiat 128 rallye immatriculée dans le 93, coupe le dénommé Pierre Pastore. Le monde est petit. C’est super qu’on se soit tout de même rencontrés !
Cette rencontre, née d’un hasard que nous avons su apprivoiser, a façonné l’existence d’une bonne part du groupe d’amis que nous présentons ici, en a influencé les destins plus profondément que nous n’en avons conscience. La vie est une grosse pelote de laine. Nous avions commencé d’en tirer un fil devant la gare de Knittelfeld



