lundi, 28 septembre 2009
Beltoise Suède 73 #64/88

Dessiné au milieu des bois, le circuit d’Anderstorp héberge pour la première fois le Grand Prix de Suède, lequel est d’ailleurs le premier ouvert aux F1, après les éditions Sport des années 1955 à 1957. Son tracé pas trop rapide, qui évoque vaguement un pistolet-mitrailleur, convient à Jean-Pierre Beltoise qui s’y montre à l’aise en dépit de la non-compétitivité de plus en plus alarmante des BRM. Au moins n'encourt-il pas ici les conséquences d'un déchapage à 320 km/h, comme les deux qu’il a essuyés aux 24 heures du Mans le week-end dernier !
L’accident de Beltoise à Monaco a contraint BRM de n’envoyer en Suède que trois châssis : Lauda dispose de P160E/08, Rega roule sur 07 tandis que le Français a 01. Les temps des essais mettent en évidence la régularité de JPB, seul pilote avec Jacky Ickx à descendre son chrono à chacune des quatre séances d’essais. Le samedi après-midi le voit signer un bon 1’25.738 qui le met en 9e position sur une grille dont Cevert et Peterson occupent le haut. Il devance ses deux compagnons d’écurie. Notons au passage le chronométrage des temps au millième de seconde – c’est la première fois en Europe.
50 000 spectateurs font le déplacement d’Anderstorp ; on se demande d’où ils sortent vu que rennes et ours font dans le coin le gros des statistiques de la population ; sans doute sont-ils attirés par leur idole Ronnie Peterson, en première ligne, alors que les ours dégusteront comme du miel la victoire de leur congénère Denis "the bear" Hulme.
La course de Beltoise est plus terne : 10e jusqu’au 15e tour, il dégringole à l’avant-dernière place après qu’une fuite d’huile l’eût obligé à un arrêt au stand. Ses mécanos enfilent en hâte un rivet pop et font repartir le pilote, mais ce sera l’abandon pour panne de moteur au 57e tour. Qu’importe, la France est passionnée par le duel Matra-Ferrari en Sport et Jean-Pierre est déjà en pensée à Zeltweg où se dispute dimanche prochain l’avant-dernière manche du championnat.
Grand Prix de Suède . Scandinavian Raceway Anderstorp . 17 juin 1973
Fiche technique : www.grandprix.com/gpe/rr227.html
JPB à Anderstorp, photo DR (FORIX)
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dimanche, 10 mai 2009
Beltoise Monaco 73 #63/88

Coincé entre les 1000 km du Nurburgring et les 24 heures du Mans, ce GP de Monaco pour lequel nous embarquons à Orly le samedi 2 juin 1973 de bon matin. JPB, que nous avions laissé à Zolder, rééditera-t-il son exploit de l'an dernier ?
Dans le Fokker affrété par Sport Auto où ça discute ferme sur les chances de Stewart et de Fittipaldi, mon voisin, qui s'avèrera plus tard être le Pr Reimsparing, sort un livre de son sac, et en lit la première ligne : "Trente secondes. Le cercle épais du volant.", qui deviendra bientôt aussi fameuse chez les beltoisistes que le "Longtemps je me suis couché de bonne heure", chez d’autres. Le livre de Johnny Rives, Beltoise, le roman d’un champion vient de sortir. Nous savons quoi acheter lundi avec l’Equipe.
Nous dégotons une tribune peu avant la fin des essais, accompagné du Prof, et de Pierre Chrétien, un pur, connu dans l’avion et toujours fidèle depuis. Nous suivons des yeux la BRM numéro 20 emprunter la voie des stands et stopper devant le sien. Les jumelles circulent ; on voit le dos trempé de sueur de Beltoise quand il sort de sa voiture ; un gros type lui parle, on reconnaît tous les trois Tim Parnell, le team manager de l’équipe. On était capables à l’époque de nommer chaque membre de chaque équipe, ou presque.
Attablés devant trois demis sur une terrasse du côté de la rue Grimaldi, nous commentons la grille de départ, récupérée au service de presse. Jean-Pierre est onzième, sur la sixième ligne. Mal parti pour faire comme l’an dernier, fait l’un ; d’autant qu’y z’annoncent du beau temps, il n’aura pas la pluie pour l’aider à remonter dit le second, ce que conclut le troisième par un Garçon, la même chose !
Il fait un temps splendide lorsque le drapeau libère les 25 concurrents le dimanche sur le coup de 15 h 30. Rééditant la manœuvre de son beau-frère l’an passé, François Cevert gicle de la deuxième ligne et s’adjuge le commandement dans la montée de Ste-Dévote, devant Peterson, Regazzoni, Stewart, Fittipaldi, Lauda, Ickx, Hulme, Wilson Fittipaldi, Amon, Ganley et Beltoise. Cevert ne fera qu’un tour, il a touché au Casino et crevé. Englué à la 12e place au premier passage, JPB gratte une position lors de l’arrêt de François, en gagne une autre quand Regazzoni, alors beau second, grille ses freins au 5e tour, remonte encore grâce aux ennuis de frein d’Amon, et arrive enfin en 8e position à la faveur de l’abandon de Lauda au 25e tour. Dernière BRM en course, la numéro 20 fait partie d’un groupe qui chasse la cinquième place. Soudain, au 39e tour, à l’attaque du droite rapide qui tourne autour du massif de fleurs posé devant l’Hôtel de Paris, Beltoise, en appui sur ses ressorts gauche, sent sa suspension arrière lâcher. Une fraction de seconde après, il cogne le rail avec une extrême violence, casse un porte-moyeu. Privée de freins, l’auto enquille la pente de Mirabeau pour taper droit dans le rail 300 mètres plus bas. Le choc est conséquent, la voiture salement amochée, mais le pilote en sort indemme.
Beltoise n’a plus qu’à rejoindre Le Mans, et nous Paris.

Grand Prix de Monaco . Circuit de Monaco . 3 juin 1973
Fiche technique : www.grandprix.com/gpe/rr226.html
Beltoise en gros plan © Didier Braillon, in Jean-Pierre Beltoise Grand Prix Club News, 4-5/1973
Beltoise en plan moyen, photo DR (FORIX)
mercredi, 14 janvier 2009
Beltoise Belgique 73 #62/88

Après le Grand Prix d'Espagne fin avril, celui de Pau F2 le 6 mai, puis des essais Matra en vue des 24 heures du Mans les 10 et 11 mai au Ricard, notre routard de luxe gagne la province du Limbourg qui accueille pour la première fois sur le circuit de Zolder le Grand Prix de Belgique.
Les essais de vendredi sont vite perturbés à cause du tarmac que les énormes roues motrices des monoplaces arrachent par plaques ; c’est que, pressés par le GPDA et la CSI qui leur avait demandé un resurfaçage de la piste, les organisateurs ont fait appel en hâte à une entreprise de travaux publics qui ne rendit le circuit que l’avant-veille des essais. Dans ces conditions ardues qui voient Follmer et Jarier sortir dans le virage à droite avant la chicane – l’endroit le plus dégradé -, les BRM de Lauda et Beltoise font les 4e et 5e temps.
Comme l’écrivait Jean-Pierre dans la chronique libre qu’il donnait dans les années 70 à José Rosinski pour la revue Champion : "Sans être des foudres de guerre, les Marboro BRM n’en sont pas moins des voitures très bien équilibrées, mais depuis le début de l’année, les pneus Firestone ne leur permettent pas de jouer les premiers rôles. Or sur le circuit de Zolder, les nouveaux pneus Firestone se sont très bien comportés."
Une intervention dans la nuit améliore l’état de la piste. Les essais reprennent dans une atmosphère apaisée. Beltoise arrache à Lauda la première place des BRM, se hissant en troisième ligne, 3/100e devant Stewart.
Ronnie Peterson est le plus rapide au départ de la course, suivi de Cevert, Ickx, Hulme, Reutemann et Beltoise, encore une fois bien parti. La casse du moteur de Jacky Ickx causant une sortie de route de Hulme, voilà JPB quatrième au septième tour. On se prend à espérer un bon résultat, d’autant que les pneus des BRM, principales causes de leurs abandons, paraissent pouvoir tenir la distance. Las, Jean-Pierre stoppe à son stand au dixième tour ; les freins donnent dans le mou. Un mécano avait oublié de les purger ! Il plonge au classement. Des ennuis d’allumage se manifestent ensuite, qui le font s’arrêter à trois reprises ; il termine non classé, mais termine quand même et échappe aux pièges d’un revêtement qui a recommencé de se désagréger et aura causé 10 accidents, entre les essais et la course.
Jean-Pierre fait ainsi le point dans Champion : "Il reste encore dix Grands Prix à disputer et rien n’est joué au Championnat. Toutefois, le problème avec le 12 cylindres BRM est que son régime limite n’est que de 11 000 t/m alors que le Ferrari prend 12 500 t/m. Il y a donc automatiquement une perte de puissance maxi qui nous pénalisera sur les circuits rapides."
Speedy Beltoise a déjà filé ; dimanche prochain, ce sont les 1000 km du Nurburgring.
Grand Prix de Belgique . Circuit de Zolder . 20 mai 1973
Fiche technique : www.grandprix.com/gpe/rr225.html
JPB à Zolder © FORIX
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lundi, 20 octobre 2008
Beltoise Espagne 73 #61/88

Quel programme absolument dingue ! Sept courses disputées durant les 8 semaines d'écart entre le précédent GP d'Afrique du Sud et celui-ci. Après Mallory Park F2 et la Course des Champions, Beltoise enchaîne la semaine suivante les 6 heures de Vallelunga pour Matra, quinze jours après, le Deutschland Trophäe F2 à Hockenheim, puis dans la foulée les 1000 km de Dijon le 14 avril, et Thruxton F2 le lundi 23.
C'est alors que ça s'accélère. Attendu le mardi 24 avril à Monza où il doit effectuer les essais des 1000 km courus le mercredi 25, JPB saute dans un avion privé en compagnie de Tim Schenken, de Manou Zurini et de quelques autres joyeux drilles en direction de Toussus-le-Noble où un taxi les mène à Orly juste à temps pour attraper le vol commercial pour Milan. Au soir de la course, Beltoise salue la victoire de Ferrari dans le zinc affrété par Moêt et Chandon pour lui permettre de rallier le Paul-Ricard où a lieu un test d'endurance Matra. Nous sommes mercredi soir et les essais de Montjuich commencent dans moins de 48 heures. À la fin de ces essais Matra, le jeudi, le même avion décolle de l'aérodrome du Ricard sur le coup de 16 heures et se pose enfin à Barcelone une heure plus tard. Ouf !
Le paddock de Montjuich est plein des nouveautés saluant la saison européenne. Chez BRM, il s'agit d'une nouvelle peau en alliage léger censée jouer le rôle des structures déformables obligatoires à compter de cette course. Les autos sont appelées P160E ; Regazzoni en a une neuve, Jean-Pierre garde sa fidèle 03 et Lauda utilisera le mulet, outre son châssis. Si le Français est lent le vendredi, ce n'est pas à cause de la fatigue mais d'une direction très dure qui ôte toute sensibilité pour contrôler les dérives.
D'autres pépins entravent les essais du samedi ; le moteur manque de couple - ennuyeux sur ce tracé tout en courbes -, la tenue de route n'est pas terrible et les freins sont moyens.
Beltoise est rassuré aux essais libres du dimanche matin, l'auto tient mieux et freine normalement. Les 21 voitures se rangent sur la grille un peu avant midi ; ici à Barcelone on part à midi pour permettre aux amateurs d'assister aux corridas. Le directeur de course tarde à baisser son drapeau, les moteurs chauffent trop et au signal deux fusées rouge et blanc giclent sur la gauche dans un nuage de poussière : les BRM de Beltoise et Rega dont les Firestone marchent mieux à froid que les Goodyear. Ça ne durera pas. Super bien parti, Beltoise est un magnifique cinquième au premier tour. Il conservera cette place au terme d'une course intelligente qui le voit économiser des pneus qu'ont été incapables de préserver Lauda et Regazzoni.
La course achevée, une autre commence pour JPB qui doit être à Magny-Cours le surlendemain pour la réunion traditionnelle du 1er mai où il est engagé sur une Chevron 2 litres, puis à Zolder le 2 et le 3 pour des essais BRM et enfin à Pau le week-end prochain en F2. Est-ce que ça n'anticipe pas le calendrier d'un chef de l'Etat quelque 35 ans plus tard ?
Grand Prix d'Espagne . Circuit de Montjuich . 29 avril 1973
Fiche technique : www.grandprix.com/gpe/rr224.html
GP d'Espagne 1973 © FORIX (Rob Soethoudt)
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vendredi, 22 août 2008
Beltoise Afrique du Sud 73 #60/88
Un mois a passé depuis le Grand Prix du Brésil. Après un séjour en France largement accaparé par des tâches promotionnelles, JPB retrouve Kyalami, une piste qu'il affectionne et où il a toujours bien marché. Avec BRM, c'est une autre paire de manches.
On joue aux châssis musicaux chez BRM : Lauda utilise P160D/01, la voiture de Regazzoni au Brésil et en Argentine, alors que ce dernier conduit P160D/04, un châssis échangé contre P160D/05 qu’avait l’Autrichien en Amérique du Sud et qui a été retourné à Bourne. Beltoise reste fidèle à P160D/01. Une salade de châssis qui tournera à la grillade, comme on le verra plus loin.
Bien que les autos rouge et blanc soient à l’aise sur ce tracé tout en courbes rapides mettant en valeur la tenue de route, celle de JPB connaît son lot d’avanies. Les vitesses sautent au cours de la première séance, à quoi s’ajoutent une garde au sol trop basse, des roues arrière mal alignées, un compte-tours déréglé de 700 t/m et enfin un maître-cylindre qui choisit de lâcher. 13e temps mercredi.
Il réédite un chrono identique le lendemain alors que ses soucis ont disparu mais avant que casse le V12, considéré comme bon. La dernière séance du vendredi est marquée par un sérieux accident de Stewart qui fracasse sa Tyrrell privée de freins dans Crowthorne ; il gicle aussitôt dans celle de Cevert, qui fait la gueule.
Côté français, Jean-Pierre Beltoise n’affiche guère une meilleure humeur car son nouveau moteur ne tire pas. Il est pourtant bien placé en grille avec le septième temps sur la troisième ligne, mais il estime sa course compromise. Son intuition allait s’avérer juste au moment où s’abaisse le drapeau qui lance un départ donné avec du retard, la pluie menaçant. Une fuite de lookheed sur le cylindre d’embrayage grille celui-ci et Beltoise reste collé à son emplacement alors que la meute file vers le premier virage. Abandon au bout de trois tours.
Regazzoni est impliqué dans une collision au troisième tour, la BRM prend feu, empêchant les sauveteurs d’intervenir pour extraire le pilote inconscient. Mike Hailwood l’en tirera de là, avec des commissaires. Ca sent le roussi chez BRM où l’on fait pression sur Beltoise pour qu’il ne participe pas à la course de F2 à Mallory Park la semaine prochaine, en raison de la Course des Champions prévue juste après. Le Français n’en a cure et fera la nique à Big Lou par une jolie pole position à Mallory Park. Il fera la même chose à B’Hatch pour se faire pardonner...
Grand Prix d’Afrique du Sud . Circuit de Kyalami . 3 mars 1973
Fiche technique : www.grandprix.com/gpe/rr223.html
JPB en Afrique du Sud, photo D.R.
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lundi, 26 mai 2008
Beltoise Brésil 73 #59/88

Arrivant directement de Daytona où sa Matra était en tête au moment d'abandonner, Beltoise retrouve le Brésil pour le deuxième GP de l'année, après Buenos Aires. Interlagos est un circuit nouveau dans le championnat du monde sur lequel il est l'un des rares parmi les présents avec Carlos Reutemann, les frères Fittipaldi, Carlos Pace, Ronnie Peterson et Luiz Pereira Bueno à avoir tourné lors du Grand Prix du Brésil 1972, hors-championnat. Il s'y sentira à l'aise.
Avec leur tonus retrouvé, les BRM enroulent facilement les grandes courbes qui passent en quatrième ou en cinquième, et n'était-ce la puissance qui fait défaut et les pneus fragiles, ces autos auraient pu capter les premières lignes. A l'issue des quatre séances d'essais, JPB arrache un dixième temps qu'un moteur chauffant moins que le sien eût amélioré. Il est derrière Regazzoni, manifestement chouchouté par Louis Stanley, mais devant Lauda.
120 000 personnes prennent possession de l'autodrome dès les premières lueurs de l'aube du dimanche. Ecrire qu'il fera chaud au moment du départ est un euphémisme aisé qui pallie à l'absence d'un mot qui manque à la langue française pour décrire la gélatine brûlante qui englue le public passé au Karcher par les arroseuses municipales.
Luc Augier rapporte dans Moteurs qu'une température de 56° a été relevée sur le tarmac ; ce Grand Prix fut l'un des plus chauds.
Fittipaldi gicle de sa première ligne au baisser du drapeau et passe en tête au premier tour, avec dans ses roues, Pace (deux Brésiliens devant, inutile de décrire les tribunes, on a encore le bruit trente ans après), Stewart, Peterson, Ickx et Beltoise, super bien parti comme d'habitude. Ce sont les autres qui partent mal, explique-t-il, modeste, à Johnny Rives, l'envoyé spécial de Virage-Auto.
Passant cinquième grâce à l'abandon de Peterson, Jean-Pierre grimpe d'une place quatre tours après lorsque Pace casse un porte-moyeu. Il mène, à quelques longueurs du groupe de tête, un peloton de chasse comprenant Hulme, Cevert, Rega - ralenti par un moteur chauffant - et Merzario.
Derrière ce monde-là il y a Hulme, mal parti, qui remonte. L'ours Néo-Zélandais n'est jamais aussi bon que par forte chaleur, il saute Beltoise puis Ickx pour se caler troisième, place qu'il garde jusqu'au bout mais qu'il paie cher à l'arrivée : totalement déshydraté, il restera prostré deux heures. Beltoise est donc quatrième. Il tourne en tentant de sauvegarder ses pneus qui menacent de tomber en lambeaux, mais la poisse vient d'ailleurs, d'un boulon du plateau d'embrayage qui se dévisse, percute la boîte d'allumage au 23e passage et prive la BRM d'électricité.
C'est la fin d'une belle démonstration.
Grand Prix du Brésil . Autodromo Jose Carlos Pace (Interlagos) . 11 février 1973
Fiche technique : www.grandprix.com/gpe/rr222.html
JPB dans une posture familière, photo DR
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mercredi, 21 novembre 2007
Beltoise Argentine 73 #58/88

BRM présente une équipe largement remaniée en 1973 alors que s'ouvre une séance d'essais officieuse le jeudi. Beltoise, loin des frimas du Glen qui fermait la saison dernière, court son premier Grand Prix d'Argentine. Il a renouvelé son contrat, l'espoir Matra s'étant dissout. Il est le seul ancien pilote d'une formation qui a remplacé Gethin et Ganley par Regazzoni et Lauda.
Parti chez Shadow, Tony Southgate laisse la place d'ingénieur projeteur à Mike Pilbeam. Clay allait démontrer le potentiel retrouvé des nouvelles P160 en enlevant une pole position inattendue à la barbe d'Emerson Fittipaldi, crevant de près de deux secondes le meilleur temps de l'an dernier.
Deux des trois BRM sont d'un type nouveau justifiant l'appellation P160D. Elles se distinguent par un nouvel avant caréné, plus déportant, un aileron très reculé, ainsi que des radiateurs d'huile latéraux et carénés. Les moteurs sont toujours à la traîne ; 440 chevaux contre 460 pour les Cosworth et 480 au Ferrari.
Septième chrono aux essais, Jean-Pierre déclare aux journalistes français sa confiance en une BRM relookée au soleil austral, même s'il estime son V12 moins vif que celui de Rega. Il ne le dit pas mais on peut lire dans ses yeux que cette année sera plus dure que la précédente qu'il avait vécue dans la peau d'un premier pilote. Le sera-t-il encore en 1973 ?
Tout ce qui roule dans Buenos Aires converge le jour de la course vers l'autodrome Almirante Brown qui ressemble à une cocotte-minute géante dont la poule dominicale aurait été remplacée par 80 000 Tuercas (les Tifosi argentins) gueulant " Lole, Lole" (Reutemann, pourtant loin sur la grille, 9e temps). Quelque 15 000 Brésiliens les contredisent par des "Fittipaldi" plus en phase avec la réalité du chrono.
Personne ne crie "Beltoise" lorsque le drapeau déclenche une envolée dont François Cevert, surgi de la 3e ligne, prend le meilleur devant Regazzoni qui recouvre son bien dès la fin du premier tour. Les autos se répartissent en trois blocs, un groupe de chasse constitué de Regazzoni, Cevert, Fittipaldi, Peterson et Beltoise, que traque à distance Ickx, puis viennent Hulme, Stewart, Reutemann et Revson. Le reste suit.
Le tour par tour montre la course de JPB mais ne dit rien du superbe comportement de son châssis qui compense dans les sections sinueuses ce que le moteur peine à délivrer aux roues arrière. Il est cinquième, puis sixième quand doublé par Stewart. Il mène grand train. Seules six secondes le séparent, au 20e tour, de Regazzoni en tête. Le groupe de chasse rejoint Jarier au 23e passage, le bouffe mais Beltoise se rate dans l'opération et vire large en faisant l'extérieur à son pote. La BRM file dans l'herbe, remonte sur le tarmac mais le contact avec la chasse est rompu.
La faiblesse des BRM est dans leurs pneus. Ils s'usent excessivement. Jean-Pierre s'arrête pour cette raison au 74e tour, repart mais au 79e tour, le moteur coule une bielle bien que le limiteur ait été réglé sur 11 000 tours/minutes, régime raisonnable s'agissant d'un V12.
Beltoise s'envole le lendemain pour la Floride. On l'attend jeudi à Daytona où il est engagé sur Matra.
Grand Prix d'Argentine . Autódromo Municipal de la Ciudad de Buenos Aires . 28 janvier 1973
Fiche technique : www.grandprix.com/gpe/rr221.html
Images, photos DR
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