mardi, 08 novembre 2005
Beltoise Mexique 70 #39/88

Seuls les châssis Matra MS120/03 et 02 étaient acheminés par le camion affrété par les organisateurs mexicains entre Watkins Glen et Mexico ; le mulet 01 et toutes les autres voitures de réserve sauf celle de Pedro Rodriguez n’ayant pas été admis pour raisons financières. Pendant que ses pilotes disputaient les 1000 km de Paris sur le superbe proto 660 allégé, Matra ne chômait pas sur les formule 1 durant le laps de temps entre le GP des USA et celui du Mexique.
On découvre le vendredi une prise d’air dynamique montée sur les trompettes d’admission des deux autos, destinée à forcer une alimentation en air raréfiée par les 2 200 mètres d’altitude du circuit de Mexico. Une innovation qui n’attire pas spécialement l’attention mais dont on sait ce qu’il en advint par la suite…

L’auto de Beltoise est aussi l’objet du test d’un nouveau système d’allumage Dinoplex Marelli (notre photo) que le pilote compare à l’habituel Ducellier en le sélectionnant à l’aide d’une tirette sur le tableau de bord. Georges Martin cherche des chevaux par tous les moyens et estime ce nouvel allumage en mesure d’en fournir davantage en bas et en haut.
Jean-Pierre passe la première journée d’essais à tester les deux allumages et abandonne finalement le Dinoplex, qu’on démonte. L’épidémie des 19 moteurs cassés au cours des deux jours d’essais épargne les Matra qui tournent comme des montres de première communion. JPB enregistre le sixième chrono le samedi et Pesca, ralenti par des ennuis de freins, est onzième sur la grille.
Une scène hallucinante attend les pilotes le dimanche matin : non contenue par l’armée brillant par son absence, une foule épaisse a envahi la piste. Quelques policiers nonchalants tentent de faire refluer à l’intérieur de leurs enceintes cent mille personnes chauffées par la bière locale et le soleil.
Jackie Stewart et Pedro Rodriguez expliquent à la foule à travers un mégaphone les dangers ainsi encourus, il leur est répondu par des jets de bouteilles sur la piste qui en est déjà jonchée depuis le début de la matinée, et par des gestes dont l’éloquente précision est sans ambiguïté. Stewart tente une dernière intervention auprès de l’organisateur Velasquez qui répond à sa demande d’annulation de la course : "il ne faut pas vous inquiéter, vous savez, vous êtes assurés, aussi si vous en tuez un ou deux…"
C’est dans ce contexte tendu que le départ est donné avec une heure et quart de retard. Beltoise est en action immédiatement, décidé à ne pas tenir compte des gens agglutinés au ras de la piste, frôlés à 280 km/h par sa Matra que certains excités, singeant grossièrement une corrida, prennent pour un taureau en esquissant le mouvement du torero à son passage.
Quatrième au premier tour, Jean-Pierre le reste onze tours durant jusqu’à ce que Brabham le passe, puis l’abandon de Stewart, provoqué par un chien explosé à 300 à l’heure, lui fait regagner sa quatrième position. Hulme le relègue à la cinquième place au 24e passage, puis Amon le double d’autant plus aisément que la Matra sous-vire excessivement à cause des pneus inadaptés que la nécessité d’avoir une direction très légère oblige Beltoise à monter. En outre une crampe au pied le ralentit.
Il termine sa saison sur une cinquième place.
Grand Prix du Mexique . Autodromo de la Ciudad de Mexico "Magdalena Mixhuca" . 25 octobre 1970
Fiche technique : http://www.grandprix.com/gpe/rr197.html
Affiche, Allumage du moteur de la MS120, images extraites de Forix
10:25 Publié dans Jean-Pierre Beltoise : Grands Prix 1969/1970 | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
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vendredi, 21 octobre 2005
Beltoise Etats-Unis 70 #38/88

Au soir du Grand Prix du Canada, une escorte de police avait conduit Jean-Pierre Beltoise vers un aérodrome local d’où il s’envola sur Montréal, direction Orly.
Il était propulsé le lendemain dans le baquet de la Matra 650 engagée au Tour de France automobile qu’il prenait en marche à partir de La Baule. La victoire en poche, le pilote eut ensuite quelques jours de repos avant de décoller pour New York.
Watkins Glen, vendredi matin.
Le ciel bas, le froid, la boue, n’incitent guère les pilotes à la galéjade. Les plus compétitifs d’entre eux se dérident à la pensée des 250 000 $ de primes dont 2 500 sont attribués au meilleur temps. Ickx bat Stewart à ce jeu d’argent où l’Ecossais est généralement imbattable.
Chez Matra, l’humeur est sombre. JPB est contraint de monter des roues de petit diamètre pour alléger sa direction et les pneus disponibles dans cette dimension réagissent mal. De plus les moteurs V12 sont maintenant rattrapés en puissance par les meilleurs Cosworth. Un chrono de 1’05,44 met Beltoise en 18e position sur la grille tandis que Pesca est, pour la troisième fois de la saison, plus vite que son chef de file en 1’05,00. Aucun problème particulier n’est à signaler sur les deux autos qui effectueront les essais et la course avec les mêmes moteurs.
Un froid polaire règne sur la région des Finger lakes au moment où la course est lancée. Les hippies se réchauffent comme ils peuvent sur les montagnes de boue où ils trouvent des tribunes naturelles, faisant griller tout ce qui a une quelconque forme terrestre, depuis leurs merguez jusqu’aux voitures laissées là.
Jean-Pierre est 17e au premier passage, sera brièvement 15e jusqu’à ce que son pneu avant gauche, chauffant prématurément, le contraigne à un premier arrêt à la 15e des 108 boucles, au moment où Stewart, en tête, lui prend un tour. Sa Matra glissant sur la piste comme une savonnette dans une baignoire, il abandonne au 27e tour après deux autres arrêts. Qu'importe, octobre sera chaud : 1000 km de Paris, le 18 et le GP du Mexique, le 24.
Pesca ira au bout, comme au Canada. Pesca de toute façon va toujours au bout.
Grand Prix des Etats-Unis . Circuit de Watkins Glen . 4 octobre 1970
Fiche technique : http://www.grandprix.com/gpe/rr196.html
JPB au Glen, image extraite de Forix
11:30 Publié dans Jean-Pierre Beltoise : Grands Prix 1969/1970 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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samedi, 01 octobre 2005
Beltoise Canada 70 #37/88
En vertu de la règle d'alternance entre Mosport et Mont-Tremblant, c'est sur ce dernier circuit que se retrouve le Grand Prix Circus, plus emballé par le "Mont-Tremblant Lodge" et le "Gray Rocks Hotel", où il loge, que par le tracé tortueux, mal entretenu et dangereux, d'une piste plutôt destinée à la tenue d'une course de club que d'un Grand Prix de formule un.
L'animation règne au dîner du jeudi soir dans la salle à manger rustique du "Mont-Tremblant Lodge" où voisinent les équipes. La performance de Pescarolo ne passe pas inaperçue ; un 1'32,9 qui le pose en deuxième chrono provisoire, seulement battu par le 1'32,4 de Jacky Ickx tandis que Stewart est en 1'34,5 sur la March dont il n'est pas content du tout.
Beltoise vient ensuite en 1'35,5.
Les Matra sont inchangées depuis Monza, elles sont trois car MS120/01 est du voyage comme auto de réserve. Les problèmes commencent le vendredi pour la firme de Vélizy dont les moteurs cassent sur les deux châssis. Jean-Pierre tourne brièvement sur la 01 et Henri regarde comment on change un moteur. Pescarolo n'améliore pas le samedi et reste sur son temps de jeudi qui lui assure la quatrième ligne. Beltoise descend en 1'33,4, treizième chrono.
La course est dure pour les hommes de Matra, aux prises avec des Goodyear rétifs qui n'accrochent pas. JPB part pourtant bien et dépasse successivement Hulme, Siffert, Oliver, Surtees, De Adamich et son coéquipier Pescarolo. Il est huitième quand il s'arrête une première fois au 72e tour pour changer de roue, il récidive trois tours plus tard puis son embrayage cassé met fin à une de ses courses les plus difficiles de la saison.
Grand Prix du Canada . Circuit du Mont-Tremblant . 20 septembre 1970
Fiche technique : http://www.grandprix.com/gpe/rr195.html
JPB, image extraite de Forix
21:05 Publié dans Jean-Pierre Beltoise : Grands Prix 1969/1970 | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
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vendredi, 26 août 2005
Beltoise Italie 70 #36/88
Jean-Luc Lagardère a commencé en coulisses les tractations visant à remplacer Beltoise en 1971 par un homme de premier plan, ce qu’il pense que son pilote n’est pas. Il a tort.
Stewart est mandé à Monza le jeudi précédant les essais officiels pour tester une seconde fois (après Silverstone, fin juillet) la MS120 qu’il trouve très bien et fait tourner en 1’27,8 sans efforts. On verra durant le week-end le patron de Matra en conversation avec Chris Amon.
Tout juste arrivé de la course de côte d’Urcy du 30 août où il a réglé Larrousse, Maublanc et Bayard sur sa MS11 retaillée pour cet exercice, Beltoise est plongé dans le chaudron milanais, indifférent aux grappes humaines accrochées aux grilles du paddock, gommant la chaleur de 35 degrés qui poisse tout ce qu’elle peut infiltrer.
Jean-Pierre découvre les modifications apportées à MS120/03. Le moteur MS12 a son embiellage allégé par l’emploi d’acier au lieu du titane précédemment utilisé, il prend dorénavant 12 000 t/m au lieu de 11 500.
On a monté sur le décrochement gauche de l’auto un réservoir supplémentaire de 18 litres en vue de la consommation importante ici. Une voie élargie à l’avant est essayée, censée favoriser l’écoulement du flux d’air sur la coque ainsi modifiée. Enfin l’auto est chaussée en 13 pouces à l’arrière.
Beltoise signe son 1’26,01 de qualification le vendredi. Il est stoppé le samedi par une casse moteur et on monte pour la course un engin non encore essayé. On décide chez Matra de courir en conformation haute vitesse, c’est à dire sans moustaches avant et aileron arrière calé quasi à l’horizontale. Pesca garde pourtant ses ailerons avant.
Peu après le début de la deuxième séance d’essais, vers 15 h, un étrange silence s’installe, que même les tifosi respectent. Une ambulance remonte lentement la ligne droite des stands et sort par une porte dérobée. Jackie Stewart porte le masque de la mort sur le visage, Chapman et Crombac apprennent la nouvelle et fondent en larmes. Un prêtre est déjà là, qui discute avec Louis Stanley. Jochen Rindt.
Dimanche, le Grand Prix d’Italie est chauffé à blanc par une Ferrari en pôle position. Comment ne peut-il y avoir sous ces casques aucune autre activité cérébrale que celle engendrée par la Curva Grande, là-bas, brouillée de chaleur et qu’il va falloir négocier ? Bon sang, de quoi sont faits les pilotes de course ?
Ickx décolle sous les hourras d’une foule qui a déjà enterré Jochen Rindt, suivi de Rodriguez, Stewart, Regazzoni, Giunti, Oliver, Siffert, Brabham, Cevert et Jean-Pierre Beltoise. Pesca est derrière. Beltoise n’a de cesse de remonter et s’y emploie si bien qu’il est pointé sixième au sixième tour, puis troisième au 47e passage, alors que la Matra est l’une des autos les moins rapides du lot. Le tour par tour en dents de scie illustre les aléas de la course en peloton que le circuit de Monza génère.
La chaleur casse des moteurs mais épargne le V12 Matra ; Beltoise est aux avant-postes, il passe en tête très brièvement au 55e tour. Regazzoni en gardait sous le pied et s’échappe alors, laissant Stewart, Hulme, Stommelen et Beltoise se placer pour le sprint de la deuxième place. L’Allemand a des ennuis d’allumage et lâche du terrain. L’Ecossais est très dangereux, il a ôté ses moustaches et son aileron, son Cosworth est une bombe. Jean-Pierre ne pourra en venir à bout mais il passe Hulme dans les cent derniers mètres avant le drapeau à damiers. Il est troisième.
Ce qui suit est digne d’un film de Fellini, ça dépasse le pouvoir des mots et Clay Regazzoni s’en souviendra toute sa vie...

Grand Prix d’Italie . Autodromo nazionale di Monza . 6 septembre 1970
Fiche technique : http://www.grandprix.com/gpe/rr194.html
JPB torse nu, image extraite de Forix
Arrivée du GP d’Italie 1970 © (merci) Bernard Cahier (The Cahier Archive)
20:50 Publié dans Jean-Pierre Beltoise : Grands Prix 1969/1970 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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mardi, 16 août 2005
Beltoise Autriche 70 #35/88

Beltoise est absent le premier des trois jours d'essais. Prenant la piste le vendredi par une chaleur accablante, il signe le septième temps en 1'40.81 alors que Rindt a le meilleur chrono en 1'39.23 et que Stewart réussit l'exploit d'intercaler sa March 701 entre les trois Ferrari en 1'40.15.
La pluie perturbant la journée du lendemain ne permet pas aux leaders d'améliorer leurs temps, seuls le font ceux qui comme Brabham, Miles, Surtees, Fittipaldi, Andretti ou Pescarolo avaient eu des ennuis jusqu'alors. Pesca conduit sa fidèle 02 dont le sous-virage chronique est en voie de guérison et qui est chaussée en roues de 15 pouces à l'arrière, tandis que Beltoise est en 13 pouces.
Les deux autos sont équipées de prises d'air refroidissant la boîte de vitesses qui chauffe trop, un problème qui avait affecté la voiture de Pescarolo au GP d'Allemagne.
Jochen Rindt, en pole, est comme un soleil auquel viennent se brûler le dimanche quelque cent mille lucioles autrichiennes aux pattes prolongées de canettes de bière et de hampes de drapeaux.
La pression n'est pas sur Jean-Pierre Beltoise qui va réaliser une de ces belles courses de l'année 1970 qui indiquent exactement le niveau de pilotage qu'il a maintenant atteint et qui démontrent également que la Matra MS120 n'est pas l'auto sous-estimée que le souvenir qui en reste aujourd'hui laisse croire.
Regazzoni se porte immédiatement au commandement devant Ickx et Rindt. Beltoise est sixième au passage du premier tour derrière Amon, Giunti, Rindt et les deux hommes de tête. Cevert a explosé son Cosworth durant ce premier tour alors qu'il était 8e, provoquant une cassure derrière lui, mais un défaut de signalisation de la tâche d'huile laissée par ce moteur la rend invisible aux leaders qui abordent le second tour. Rega se met en crabe en passant dessus mais redresse, Ickx passe par miracle et en profite pour doubler son coéquipier, Rindt lève le pied pour éviter le Suisse et perd du terrain.
Quant aux suivants, Giunti, Amon et Beltoise, ils sont avertis et roulent à côté ; le Français en profitant d'ailleurs pour passer le Néo-Zélandais. Giunti est doublé au tour suivant par Beltoise, maintenant troisième. Jochen Rindt a perdu des places, il se balade en sixième position.
Trois moteurs 12 cylindres sont accrochés à la tête de la course. Comme lâchés par un fusil à deux coups, deux feulements rauques s'étirent devant les stands, suivis de la musique pour orgue du Matra qu'on entend sur tout le parcours. L'équivalent du bonheur en ce 16 août 1970.
Au 10e tour, Ickx, Regazzoni et Beltoise sont roue dans roue, Jochen Rindt remonte et n'est qu'à 10 secondes de Beltoise. L'écart se réduit à 7 secondes au 18e passage mais avant que l'inquiétude naisse au stand Matra, le moteur de la Lotus 72 casse. C'est Ignazio Giunti qui hérite de la chasse sur JPB. Jusqu'ici soudé, le groupe de tête commence à se distendre à partir de la mi-course ; la Matra ne peut plus suivre le train des Ferrari qui sont de plus en plus vites au fur et à mesure qu'elles s'allègent.
Beltoise est à 2 secondes au 30e tour, à 20 secondes au 45e, mais préserve sa troisième place par une avance de 50 secondes sur Stommelen. On s'apprête dans le stand Matra à fêter cette magnifique troisième place lorsque la voiture y fait irruption au 57e tour : le moteur désamorce ! On ajoute dix litres, ce qui dans la panique prend 50 secondes (notre photo).
Quand JPB appuie sur le démarreur, Stommelen passe devant la ligne et lui prend sa troisième place. Surchauffé, le démarreur se fait prier pendant dix secondes et s'ébroue enfin. Un Beltoise furieux part à l'assaut de la sortie des stands. Le feu vert vire au rouge en le voyant, alors que les deux BRM de Rodriguez et Oliver, derrière Stommelen au classement, s'inscrivent dans la grande courbe à gauche qui précède la ligne d'arrivée.
Jean-Pierre s'arrache après leur passage et arrive sur la piste un poil avant Giunti. Il est sixième.
Alors que la foule envahit la piste pour fêter la première victoire d'une Ferrari depuis le GP de France 1968, on constate chez Matra qu'il reste 40 litres dans le réservoir.
Grand Prix d’Autriche . Osterreichring . 16 août 1970
Fiche technique : http://www.grandprix.com/gpe/rr193.html
Filé de Beltoise, panne d’essence, images extraites de Forix
20:35 Publié dans Jean-Pierre Beltoise : Grands Prix 1969/1970 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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mardi, 09 août 2005
Beltoise Allemagne 70 #34/88
La prestation de Beltoise à Hockenheim en 1970 a laissé si peu de traces dans les archives qu'on pourrait la graver au dos d'un processeur : dernier temps sur la grille et abandon au bout de quatre tours.
Pour donner à cette notule la taille que mérite son objet, signalons que le circuit de Hockenheim est utilisé pour la première fois en F1 puisque le Nurburgring a été boycotté par le GPDA. L'épaisse chaleur continentale qu'on a souvent connue lors des éditions suivantes règne le vendredi au moment où les 25 concurrents prennent la piste. Il n'est pas question de pré-qualifications à ce moment du meeting, les organisateurs envisageant de laisser partir tout le monde.
Beltoise connaît d'entrée des problèmes de moteur, le V12 serre. Pesca retrouve le châssis 02 qu'il conduisait avant Brands Hatch et constate que le mal récurrent de cette auto, un affreux sous-virage, subsiste. Samedi matin, on a changé le moteur de MS120/03, l'auto de Jean-Pierre. Mais une fuite d'huile se déclare au niveau des disques de frein arrière, qui condamne le pilote à observer la séance depuis le stand pendant qu'on change encore le moteur.
Cette opération prend quatre heures chez Matra. Il ne participe à la séance qu'en toute fin et parvient à faire un 2'05.6 qui l'envoie au fond de la grille.
Le grand Riton s'est bien débrouillé, trouvant un wagon rapide au cours des derniers instants d'essais qui lui permet d'arracher un bon cinquième chrono. C'est alors que les organisateurs reviennent sur leur précédente position et décident que 20 voitures seulement prendront le départ, chiffre qui sera porté à 21 après des discussions avec les constructeurs. Peterson, 21e temps, est repêché mais Andrea de Adamich doit laisser sa place à Beltoise, qualifié d'office.
Au quatrième tour la McLaren de Denny Hulme heurte la Matra de Beltoise, lui pliant sa suspension avant et la condamnant à l'abandon. Le grand Pesca marchait bien pendant ce temps-là ; quatrième, il aurait pu finir troisième si un arrêt au stand ne l'avait fait reculer à la sixième place.
Grand Prix d’Allemagne . Hockenheim Ring . 2 août 1970
Fiche technique : http://www.grandprix.com/gpe/rr192.html
JPB à Hockenheim, image extraite de Forix
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jeudi, 28 juillet 2005
Beltoise Angleterre 70 #33/88

Beltoise arrive grippé de Magny-Cours où il a disputé la réunion du 14 juillet qu'il a gagnée sur une Lola de David Piper.
C'est une autre paire de manches sur le circuit vallonné et éprouvant du Kent qui fait souffrir son bras, d'autant que Jochen Rindt tourne d'entrée en 1'24.8, battant d'une seconde le record du tour fixé par Brabham à la Course des champions de mars dernier. La bataille pour les cent bouteilles de Moët et Chandon offertes par le quotidien Daily Mail au détenteur de la pole position est lancée sans que les pilotes des Matra aient l'ombre d'une chance d'en boire une goutte.
Pesca touche ici le châssis 01 accidenté par Beltoise à la Course des champions, qu'il trouve plus facile à régler mais dont il doit changer le moteur à la fin de la première séance d'essais, et Jean-Pierre, sujet à des douleurs rhumatismales en plus de sa grippe, est à presque deux secondes de Rindt et Brabham qui se partagent le meilleur chrono... et le champagne.
Il décroche le dixième temps sur vingt-trois en 1'26.5...
... et passe le lendemain huitième au premier tour derrière Stewart précédé par Ickx en tête, puis Brabham, Rindt, Oliver, Hulme et Regazzoni. La bataille est vive. Ce petit monde gagne une position lorsque le Belge abandonne au 6e passage sur rupture de différentiel.
Collés l'un à l'autre, Beltoise et Stewart harcèlent Regazzoni, ralenti par une commande de boîte capricieuse, et le passent ensemble au 12e tour. JPB est sixième, toujours dans les roues de l'Ecossais, et semble parti pour une meilleure prestation en course qu'aux essais. Les deux anciens coéquipiers s'en prennent maintenant à Hulme, isolé à quelques encablures d'Oliver, lui-même troisième loin derrière les leaders Rindt et Brabham.
Hélas Beltoise crève à l'avant et s'arrête au stand au 23e tour ; repartant, il y stoppe de nouveau au tour suivant car la roue mal remontée fait qu'un plomb d'équilibrage frotte contre l'étrier de frein. Découragé, il ne repart pas. Pescarolo marchait bien en huitième position quand il fracasse son auto contre le talus de Clairways, peu avant l'abandon de Beltoise.
MS120/01 aime décidément ce virage qu'elle embrasse chaque fois qu'elle court à B'Hatch...
Grand Prix d’Angleterre . Circuit de Brands Hatch . 18 juillet 1970
Fiche technique : http://www.grandprix.com/gpe/rr191.html
JPB à Brands Hatch © Barry Boor (Barry Boor racing images)
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dimanche, 17 juillet 2005
Beltoise France 70 #32/88
Tendue comme une corde, la jeune femme dirige pour la quinzième fois le viseur de la caméra vers la sortie du virage. Jean rouge, pull noir, un brassard négligemment passé dans la ceinture, Jacqueline Beltoise colle son visage à l’œilleton, l’index prêt à commander le déroulement du film. Le point de sortie de l’épingle d’où, dans quelques secondes une tache rouge va gicler, est focalisé entre les repères de cristaux liquides qui délimitent la zone de prise de vue.
Les douze cylindres se répondent en écho dans la montagne et annoncent les deux voitures de tête, la Ferrari rouge de Jacky Ickx suivie comme son double par la Matra bleue de Jean-Pierre Beltoise. Les monoplaces s’équivalent en performance ; quand Ickx s’échappe dans la montée de Gravenoire, Beltoise revient dans les passages sinueux.
Ces deux-là sont les meilleurs spécialistes de Charade dont ils connaissent comme leur pelouse chacun des 52 virages entrelacés à la façon d’un petit Nurburgring.
"Les voilà" s’écrie quelqu’un parmi le groupe qui suit la course depuis le virage Rosier. Jacqueline écrase son doigt sur la gâchette. Du bleu se matérialise sur le verre dépoli, qui grossit et emplit le cadre.
"Jean-Pierre, c’est Jean-Pierre ! la vache il est passé !" hurle Jean-Pierre Jabouille ou bien Johnny Rives, excités comme des puces, qui accompagnent d’un mouvement tournant du corps, comme Jacqueline à la caméra, la voiture numéro 21 virant devant eux, portée vers la ligne des stands par la musique de ses échappements.
15e tour du Grand Prix de France.
Beltoise parti en première ligne aux côtés d’Ickx, et qui avait bouclé les premiers tours dans la roue de son grand rival de Charade, est en tête d’un Grand Prix pour la seconde fois de sa carrière. Victime d’un bris de soupape, Jacky vient de s’incliner. C’est du délire dans le public. Bernard Consten, le président de la FFSA, secoue son mouchoir à chaque passage de Bébel.
L’avance de JPB sur Rindt est de 16 secondes au 19e tour, soit à la mi-course. Toute la France sportive est concentrée dans les douze cylindres Matra. Introduits dans les embiellages, les esprits graissent la rotation à 12 000 tours/minute, ils accompagnent en pensée la vidange de ce putain de réservoir d’essence.
Bonheur et douleur mélangés.
Beltoise est informé par le stand au 22e tour que son avance a été grignotée de deux secondes. Sans doute un dépassement difficile, estime-t-on du côté de George Martin et de Bruno Morin. D’autres, tel Ron Tauranac, mettent cela au compte de la vieille blessure au bras qui parfois à la mi-course infléchit l’effort du Français.
Les observateurs de Rosier notent que la Matra tend à glisser en passant devant eux. Une crevaison lente à l’arrière droit. Jean-Pierre sent bien les dérobades de l’auto mais n’en identifie pas immédiatement la raison. Des gens essaient de l’avertir en désignant le train arrière.
Rindt fond sur lui comme un aigle sur un lapin ; son retard est de 11 secondes au 23e passage, il passe à 5 secondes le tour d’après et au 25e passage l’Autrichien est dans les radiateurs de la MS120. Il tente de prévenir Beltoise, par des gestes qu’il renouvelle quand il le passe au 26e tour, qui se méprend sur leur signification et croit à une simple impatience de son poursuivant.
Dépassé par Rindt et Amon, JPB stoppe enfin au stand où on ignore qu’il a crevé. On change ses deux roues arrière automatiquement pendant qu’il demande sa position à un mécano.
"Sixième" répond ce dernier, après un moment, embarrassé.
"Alors, tu ne pouvais pas le dire plus vite !" fait Jean-Pierre, énervé et déçu, qui quitte les stands en dixième position au 28e tour.
Il dépasse son beau-frère Cevert et se stabilise au 9e rang jusqu’à ce que des ennuis d’alimentation ne le contraignent à un nouvel arrêt, à trois tours de l’arrivée. Toujours ce sacré problème de vidange du réservoir dans lequel il restait quarante litres. Il ne repart pas.
Jochen Rindt gagne sur ce circuit qu’il n’aime guère. Enlevant son casque, il dévoile un visage creusé de fatigue et barré d’un sparadrap, trace d’une pierre grosse comme un œuf qu’aux essais l’auto de Beltoise a projetée sur lui.
Grand Prix de France . Circuit de Charade (Clermont-Ferrand). 5 juillet 1970
Fiche technique : http://www.grandprix.com/gpe/rr190.html
Duel Beltoise/Rindt © DPPI
Jochen Rindt victorieux (image extraite de Forix)
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samedi, 09 juillet 2005
Beltoise Hollande 70 #31/88
La plupart des écuries avaient procédé à des essais préliminaires la semaine précédente, d'où le temps canon de 1'17.6 qui avait jailli des roues de la Lotus 72 de Jochen Rindt.
Ces conditions de roulage ne se reproduisent pas lors de la première séance d'essais de vendredi ; on sait l'état de la piste de Zandvoort évoluant au gré du vent, du sable et de l'huile déposée par les moteurs.
Les deux MS120 sont inchangées depuis Spa et sont chaussées en 15 pouces à l'arrière pour atténuer le patinage. Elles vont fort, d'emblée : Beltoise est quatrième en 1'21.86 et Pesca est un excellent deuxième chrono en 1'21.14, derrière Rodriguez. Jean-Pierre connaît un incident rare, il casse son volant et doit à l'écurie McLaren le prêt d'un autre. Il termine sa journée en 1'21.07, troisième position provisoire après Rindt et Stewart tandis que Pescarolo est victime d'ennuis de moteur.
Un nouveau-venu partage dans la soirée la table des hommes de Matra ; grand, brun, les yeux bleus, cachant mal son anxiété sous un aspect enjoué, c'est François Cevert qui remplace Servoz-Gavin chez Tyrrell. Il avale le soir venu un cachet-miracle pour dormir, que son beau-frère Jean-Pierre Beltoise lui a donné.
Samedi matin, on a raccourci les troisièmes rapports chez Matra. Dernières séances qualificatives. JPB est cinquième en 1'20.62 et Henri arrache un 1'20.89 qui sera son meilleur chrono. Le revêtement change au fil des tours et sa nature ne convient pas aux Goodyear dont le meilleur représentant est relégué en dixième place sur la grille en 1'20.38, c'est Jean-Pierre Beltoise. La pole position est fixée par l'intouchable Jochen Rindt en 1'18.50.
Tout ce petit monde se retrouve dans la soirée à l'Hôtel Bouwes, grosse bâtisse plantée sur le sable, pour la remise du Trophée von Trips au pilote le plus prometteur.
"Lorsque les vacanciers portent en plein été des pull-overs sur la plage, lorsque le soleil pâle ne chauffe pas, lorsque le vent fouette sans arrêt la mer du Nord, on est sûr de se trouver à Zandvoort", écrit dans son ouvrage sur Jochen Rindt, Heinz Pruller [1] , que l'ambiance grise et venteuse régnant le jour du Grand Prix a dû conforter dans son avis.
Beltoise a Piers Courage sur sa droite quand les autos s'immobilisent à l'issue du tour de chauffe. Bref coup d'oeil. Les deux hommes s'estiment depuis la course de Reims en 1965 durant laquelle Piers avait résisté vaillamment à Jean-Pierre. Le hasard les a souvent réunis au fil de leurs carrières ; c'est la dernière fois qu'il le fait.
Ickx s'envole devant Rindt, Oliver, Stewart et Miles ; Beltoise est huitième au premier tour, derrière Courage et devant Clay Regazzoni, brillant débutant qui fera une course fabuleuse. Le Suisse passe JPB au troisième passage et s'échappe vers une quatrième place finale. Neuvième, le Français suit pendant 15 tours John Miles que Courage avait dépassé au 12e passage. Puis au 23e tour le nuage de fumée noire que tous redoutent, s'élève. C'est Piers.
Rindt qui caracole en tête se dédouble au 30ème tour sur Beltoise, huitième et en bagarre avec Surtees et Brabham. Un tête à queue de « Big John » fait gagner un rang à Beltoise, très batailleur aujourd'hui.
Le drapeau sanctionne la cinquième place de JPB, lequel s'est battu contre des pneus inadaptés. Victoire de Jochen Rindt, qui affiche un visage décomposé sur le podium ; Piers Courage était un ami intime.
Terrible saison 1970.
Grand Prix de Hollande . Circuit de Zandvoort . 21 juin 1970
Fiche technique : http://www.grandprix.com/gpe/rr189.html
[1] PRULLER (heinz) . - Rindt, champion du monde. Coll. “Sport 2001”, Ed. Solar, Paris, 1971, 312 p.
JPB vu de face © www.forix.com
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vendredi, 01 juillet 2005
Beltoise Belgique 70 #30/88

Alors que les esprits sont tournés vers Spa, une nouvelle tombe le mardi 2 juin, sèche, implacable. Bruce McLaren se tue à Goodwood. Les gens de la course automobile sont cueillis à froid. Chris Amon entend l'annonce à la radio pendant un trajet routier en Angleterre, il arrête sa voiture et pleure au bord du chemin. Jean-Pierre Beltoise déjeune au restaurant "Le Bistrot de Parisé avec quelques amis et Jackie Stewart qui fête la sortie de son bouquin Grand Prix ; les deux pilotes se glacent sur les Champs-Elysées guillerets de juin.
Vendredi 5 juin.
Jean-Pierre n'a pas la pêche. La seule idée d'attaquer le raidillon, et surtout ce qui suit derrière, Burnenville, Masta, Stavelot, à 300 km/h au ras des fermes et des poteaux télégraphiques, lui donne la nausée.
Il est le plus lent de la journée en 3'53.3, à la recherche d'une vitesse de pointe correcte. Matra a installé un radar dans la descente de Masta et a pointé ses MS120 autour de 288 km/h, alors que la BRM de Rodriguez est à 301 km/h, Ickx à 296 et Stewart à 295. On a monté une voie élargie à l'arrière de MS120/03 et JPB a passé du temps à tester des pneus étroits, dans le but de gagner des kilomètres/heure.
Pesca pète son moulin le samedi tandis que Beltoise progresse en 3'37.6 dans la première séance, qui est suivi d'un 3'32.9 lors de la dernière série, ce qui le met onzième sur la grille.
L'auto n'est pas à sa vraie place, handicapée par des errements de mise au point qui s'illustrent notamment par l'adoption de pneus étroits à l'avant qui chaufferont trop en course. Spa met au jour un problème dont Matra mettra deux ans à se débarrasser, le réservoir ne se vidange pas totalement et déjauge alors qu'il y reste environ vingt litres d'essence. Un tel ennui avait été déjà rencontré sur la MS11.
Houleuse est la réunion de la Grand Prix Drivers Association (GPDA), tenue après les essais de samedi. Les pilotes sont divisés en deux camps ; ceux qui veulent courir en toutes conditions, même sur le mouillé - Ickx et Rodriguez - et les autres, majoritaires et emmenés par Stewart, qui décident un boycott s'il pleut dimanche. Beltoise déteste Spa et ne fait pas mystère de ses opinions.
Un beau soleil brille sur les Ardennes, dimanche. L'envolée de Rindt est magnifique mais il se fait souffler la première position par Amon dans le premier tour. Suivent Stewart, Rindt, Rodriguez, Ickx, Brabham et Beltoise.
En bagarre avec Brabham jusqu'au cinquième tour, Jean-Pierre est passé ensuite puis est rejoint par son coéquipier Henri qui va faire une course magnifique sur ce circuit qu'il affectionne, lui. Pesca saute Beltoise au douzième tour et les deux pilotes gagnent une place quand abandonne Stewart. JPB repasse Riton au 18e, ils sont alors cinquième et sixième, loin des leaders Rodriguez et Amon qui se tirent une bourre d'enfer. L'arrêt de Brabham au 19e tour et celui d'Ickx au 22e propulsent les hommes de Matra aux troisième et quatrième places.
Hélas Pescarolo stoppe à son stand, en panne d'essence alors qu'il reste vingt litres dans son réservoir. Il ne peut repartir car son démarreur rend l'âme. L'inquiétude croît au stand 25 où l'on doute que Jean-Pierre aille au bout. La Matra continue pourtant et coupe la ligne d'arrivée en troisième position à 1'43.7 de Pedro Rodriguez le vainqueur.

Grand Prix de Belgique . Circuit de Spa-Francorchamps . 7 juin 1970
Fiche technique : http://www.grandprix.com/gpe/rr188.html
Images de Spa 1970 © Pr Reimsparing
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