mardi, 20 mars 2012
Le Chevalier Philippe Streiff à Montlhéry avec l’Ordre de Malte

La semaine consacrée aux handicapés se termine traditionnellement pour MdS par des séances de roulage à Montlhéry organisées par l’Ordre de Malte, qui a trouvé la jolie formule consistant à mêler une journée durant une centaine de malades handicapés physiques et une centaine d’amateurs de voitures sportives historiques.
Ceux qui ont vu le film Intouchables n’auront pas de mal à comprendre ce que peuvent apporter à un tétraplégique les sensations violentes et jouissives d’être passager dans une auto puissante menée à grande vitesse. La méthode employée par Omar Sy roulant à fond dans un tunnel au volant d’une Maserati pour faire plaisir à son patron handicapé ne fournit peut-être pas le meilleur exemple civique, mais elle met en évidence une méthode d’éveil des sens endormis chez certains malades. Le plaisir de les voir souriants, heureux, impatients de monter dans l'auto de leur choix pour quelques tours du circuit, est toujours un très beau moment. Comme d’écouter leur débriefing quand ils racontent leurs impressions du freinage brutal aux Deux Ponts, leur trouille lorsque les pilotes les font monter tout en haut de l’anneau et en descendre très vite pour passer la chicane.

Ce sont des moments privilégiés pour les malades et pour les bénévoles qui les encadrent. Tout cela se passant dans une ambiance de grande rigolade sans tabou y compris lorsqu’ il faut se mettre à quatre pour faire monter une jeune malade dans le siège passager de la Howmet manifestement pas prévu pour ce genre de transport.

Cette année le plateau était exceptionnel puisque Jacques de Poix, directeur de l’Ordre et Patrick de Dumast, l’instigateur de cette opération, ont réussi à faire venir 130 autos dont la rare Howmet TX de Xavier Micheron qui ajoutait à la sensation de vitesse le son strident de sa turbine d’hélicoptère.

Pour compléter le tableau, les organisateurs avaient le plaisir d’avoir la présence hautement symbolique de celui qui a réussi à faire de son handicap un vecteur de communication et d’espoir, le grand Philippe Streiff. Très disponible, il est venu au volant de sa BMW spéciale. Point de volant dans cette BM mais un joystick extrêmement élaboré situé à main droite qui concentre toutes les commandes permettant de faire rouler l'auto. Très impressionnant à voir. Parmi toutes les commandes, j’exagère un peu, il manque la fonction "décrocher" de son téléphone GSM embarqué, qu’il laisse au bon soin de son assistante. Cette fonction de prendre les appels pourrait être un full time job tellement le mobile de Phillippe est sollicité. La forte personnalité de ce grand champion méritera une note sur MdS dans laquelle nous évoquerons le livre qu’il vient d’écrire : Streiff Road.

Pour quelques euros qui vont directement à l’Ordre de Malte, les visiteurs peuvent choisir une des voitures sportives historiques et faire quelques tours du circuit à coté de son propriétaire. Cette heureuse idée nous a permis de passer un bon moment, envoûté par la musique du 12 cylindres de l’Espada de Laurent Fontaine et enivré par les arômes de ses plaquettes de freins surchauffées.
Notre ami Etienne Raynaud nous embarqua dans sa XK 120, historique jusqu’au bout des roues fils, pour une balade on ne peut plus délicieuse. Une petite pluie fine mouillait légèrement un pare-brise que les essuie-glaces hors d’âge ne réussissaient pas à sécher.
Miracle éternel des roadsters anglais où pilote et passager restent dignes et secs. Il ne manquait que le flash de gnôle tout aussi hors d’âge. Ce sera pour l’année prochaine, n'est-ce pas MM. de Poix et Streiff !

Malte à Montlhéry . Autodrome de Linas-Montlhéry . Samedi 17 mars 2012
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Jean-Paul Orjebin
Images © Jean-Paul Orjebin
jeudi, 27 octobre 2011
Dépucelage tardif

C’est l’histoire d’une première fois. Comme toutes les premières fois, elle garde une saveur particulière, même 20 ans après. Les moyens étaient limités (la qualité des photos en témoigne !), mais la passion était bien là et l’émotion fut intense. Un régal pour tous les sens.
1991 : j’ai 25 ans, dont au moins 20 de passion automobile, depuis les "vroum-vroum" sur le tapis de ma chambre d’enfant. Mais en matière de vraie course, je suis encore vierge. Car ce ne sont pas les dizaines de grands prix F1 regardés à la télé depuis 1980 qui peuvent suffire à me qualifier de "fanatique" (comme disait Jabby). Mon amour reste platonique et ne me distingue pas de la masse des contribuables moyens digérant leur rôti dominical devant les exploits des Senna, Prost ou Mansell.
Une telle situation ne peut plus durer ! et l’occasion d’enfin "voir le loup" m’est donnée quand j’apprends que fin mai aura lieu à Montlhéry le Grand Prix historique de Paris avec, entre autres, un alléchant plateau de "Super Sports Cars". Surtout - et c’est sans doute elle qui emporte la décision – parmi ces sport-protos des années 60-70 qui ont peuplé mes rêves d’enfant, il y aura celle que j’ai dans la peau depuis 20 ans : la Ferrari 512 M Sunoco. Sur le plan pratique, pas de problème majeur pour les manœuvres d’approche : je vis certes loin de Montlhéry, mais j’ai de la famille à Paris, qui pourra m’héberger et me prêter une voiture.
Me voici donc un peu fébrile au matin de ce dimanche 26 mai, au volant de ma R19 d’emprunt, en route pour mon rendez-vous galant. Ma carte routière m’ayant permis de localiser Montlhéry au milieu de la fourmilière francilienne, j’arrive sans encombre au pied du plateau de Saint-Eutrope. Pris dans la file de véhicules qui monte vers les portes du circuit, mon excitation grimpe elle aussi et je vérifie la citation généralement attribuée à Georges Clemenceau : "le meilleur moment de l’amour, c’est quand on monte l’escalier". Mais la suite n’en est pas moins délectable, ainsi que je vais m’en rendre compte tout au long de la journée.
Une fois mon billet acheté - une première expérience tarifée, ça manque de romantisme, mais bon … - et ma Renault garée, j’emprunte le souterrain d’un pas pressé et me trouve enfin au cœur de l’action. Wouah ! il y a du monde au balcon (des stands) et, petits moulins ou gros cubes, les anciennes reines de la piste ont déjà replongé en pleine débauche : plus toutes jeunes sans doute, mais encore diablement séduisantes, elles font valoir leur expérience de limeuses de bitume ; et elles ont encore assez d’appétit et de tempérament pour monter sur les trottoirs !
Entraîné dans un tourbillon de sensations, je vais alors très vite perdre la notion du temps en m’abandonnant au plaisir des sens (d’essence ?), qui sont tous mis à contribution. La vue et l’ouïe, bien sûr : extraordinaire impression que de se faire tourner la tête depuis "l’infield", en suivant les voitures qui déboulent de l’anneau sur la chicane et réaccélèrent devant les stands. Mais aussi l’odorat : pour la première fois, je respire le parfum enivrant de la course, mélange d’essence, d’huile, de gomme brûlée. De quoi devenir addict immédiatement !
Quant au goût, il ne sera concerné qu’au moment où l’estomac réclamera un peu de carburant pour permettre aux jambes de continuer d’arpenter le circuit en tous sens. Ce sera alors l’arrêt "splash and go" dans un snack-buvette ; mais là, sans risque d’addiction ! Enfin, il y a le toucher : oh, pas celui des voitures, timidité et respect m’interdisent d’y porter la main, même caressante (peut-être le regrettent-elles ?). Mais il y a le béton inconfortable des antiques tribunes, les froides rambardes métalliques au-dessus des stands, le coin d’herbe plus accueillant où l’on s’accorde cinq minutes de repos.

Et il y a la sensation excitante d’être en prise directe avec l’histoire et ses acteurs. Certes, il y a bien quelques play-boys alertes ou gentlemen-drivers bedonnants, présents par la seule grâce de leur compte bancaire bien garni ; et qui ne sont pas forcément des manches, d’ailleurs. Ainsi par exemple un certain Lindsay Owen-Jones, PDG de l’Oréal. J’entends alors pour la première fois ce nom, qui reviendra plus tard dans la rubrique "affaires politico-financières" de la presse. En attendant, il n’amuse pas le terrain avec sa Lola T70 rouge.

Mais le top, c’est bien sûr de voir des pilotes "d’époque", comme David Piper qui, tel un Ziegfeld moderne, est venu avec un bataillon de "girls" particulièrement affriolantes (une 250 LM, une 917 verte, une rarissime Ford P68 F3L, une Matra 650) ; ou les Matraciens Henri Pescarolo, Jean-Pierre Jaussaud et Jean Guichet qui nous offrent quelques tours de démonstration au volant d’un "trio 1950" (630 + 650 + 670). Ah ! ces deux V12 patiemment restaurés qui couvrent le son du Cosworth (sacrilège ?) de la 650 Piper : c’est le septième ciel ! plus trivialement, c’est le pied ! ou, comme disent les Anglais : le climax ; ce qui nous ramène directement au sujet, même si, question son, Coventry et Vélizy ne jouent pas dans la même cour.


Alors, heureux ? oh oui, sans réserve ! gavé d’endorphines, je rejoins d’un pas fatigué mais détendu le parking et ma modeste monture. Et déjà, l’envie de recommencer me trotte dans la tête. Alors que j’atteins l’autoroute et m’insère dans le flot des Parisiens de retour de week-end, l’idée se mue en certitude : oui, il y aura d’autres rendez-vous de ce genre ; le tout sera de ne pas tomber dans la luxure !

Grand Prix historique de Paris . Autodrome de Linas-Montlhéry . 26 mai 1981
Olivier Favre
Images © Olivier Favre
10:10 Publié dans Circuit de Linas-Montlhéry, Epreuves historiques modernes | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note
| Tags : autodrome de linas-montlhéry, 1981, ferrari 512, connaught, david piper, porsche 917, matra 630, matra 670 |







