jeudi, 10 avril 2008

Georges Houel n'est plus

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Un coup de fil de Gianpaolo commençant par ces mots, "Gilles Gaignault vient de m'appeler..." Aïe, nous nous crispons, attendant la (mauvaise) nouvelle car nous savons cette combinaison redoutable : Georges Houel est mort ce matin  à l'hôpital Georges-Pompidou  à Paris où il avait été admis pour une visite de routine.

Né en 1913, Georges représentait un siècle de sport automobile, motocyliste, sans omettre le rugby, sa seconde passion. Dans sa 95e année, il disparait en emportant avec lui la bibliothèque qu'il était, à l'image des vieillards africains à propos desquels un dicton populaire affirme que leur mort est une bibliothèque qui brûle. Le livre en préparation sur lui n'aura pas été publié de son vivant, aussi rééditons-nous le premier chapitre que nous avait adressé Gilles Gaignault en 2006.

Ses obsèques ont été célébrées mardi 15 avril à 10 h 30 en l'église Saint-Christophe-de-Javel, 28 rue de la Convention, 75015 Paris. Il repose dans le caveau famillial à Herbeuville (Yvelines). 


***


Once upon a time. Il était une fois, Georges Houel.

Tout commence le 5 juillet 1913. Ce jour-là Louise Mathieu, épouse de Paul Houel, met au monde un superbe bambin. Ils l'appellent Georges. Curieux, car sa soeur aînée alors âgée de 13 ans se prénomme Georgette. Les Houel auront un troisième enfant, Marcel né un peu plus tard en 1919. La famille Houel est établie à Herbeuville en Seine-et-Oise du coté de Maule, après Saint-Nom-la-Bretèche. Louise et Paul sont cultivateurs-maraîchers.

Le jeune Georges effectue sa scolarité normale à l'école du village. Il aide parfois ses parents au travail du potager pour cueillir et ramasser les fruits et légumes. Il passe son CEP à l'école d'Herbeuville où Monsieur Emile Laurent, son instituteur, le trouve déjà très boute-en-train. "Un jour on a eu une narration à faire sur l'avenir .... Moi j'ai écrit que je souhaitais être sportif pour avoir mon nom dans les journaux et que je souhaitais vivre au moins jusqu'à 4O ans ! "» Puis il quitte définitivement l'école à 13 ans et va travailler avec ses parents, les aidant à transporter et à vendre tous leurs produits maraîchers à des grossistes.

A l'époque les Houel se déplacent en voiture à cheval à Saint-Germain-en-Laye et à Versailles. Parfois ils se rendent à Orgeval ou se trouve le grossiste qui ravitaille les halles de Paris. C'est en 1925, alors qu'il n'a que 12 ans, que son père l'emmène le premier week-end d'avril assister aux fameuses 24 Heures d'endurance moto de l'UMF (Union motocycliste de France). Il s'agit d'une épreuve disputée sur trois communes : Maule, Bazemont et Herbeuville. La boucle à parcourir est longue de 6 kilomètres.
Georges se souvient toujours de cette découverte du monde de la course et de sa toute première rencontre avec la moto : " Un mois avant, tous les pilotes venaient s'entraîner et reconnatre le parcours. Le directeur de course Rober Sénéchal possédait une Bugatti qui fonctionnait à l'huile de ricin. Il venait surveiller les essais sauvages mais totalement libres qui se déroulaient soit très tôt le matin, soit tard le soir. J'étais envoûté par cette folle ambiance pour un gamin de mon age et par l'agréable odeur du ricin surtout sur la partie du parcours qui empruntait la forêt et où l'odeur stagnait. J'ai encore en mémoire ces superbes Peugeot Terrot, Monet Goyon et autres Gnome Rhône."

Ce type de compétition, une course de vitesse en circuit était vraiment extrêmement rare à l'époque car la très grande majorité des épreuves se disputaient de ville à ville comme Paris-Nice, Paris-les Pyrénées ou encore le Tour de France moto. Ce circuit d'endurance moto de l'UMF avait été remporté par Henri Naas et Gustave Bernard sur une Gnome Rhône.
"
A la Pentecôte cette même année les 3O et 31 mai 1925 mon père qui était passionné de compétition m'a aussi emmené assister au fameux Bol d'Or .Lequel se déroulait le dimanche en moto et le lundi en auto. La course avait lieu dans la forêt de Saint-Germain-en-Llaye sur le circuit de la Légion d'honneur du coté du Camp des loges très connu de nos jours avec le camp d'entraînement du club de foot du PSG.
Les plus grands pilotes de l'époque y participaient car c'était l'événement de la saison : Péan, Lemasson, De Bézieux, Lambert, Bernard, Ménier, Beaudelaire, Barthélémy. On s'y rendait en « tapissière » une sorte de petite calèche moins élégante, moins raffinée, plus rustique avec trois places à l'avant, deux grandes roues et une petite capote . En moto c'est René Francisquet sur une Sunbeam qui avait gagné l'épreuve et en auto la victoire était revenue à Michel Doré sur une Sénéchal. Je crois que ces deux courses en 1925 m'ont réellement filé le virus de la compétition
"

Après avoir quitté l'école élémentaire d'Herbeuville, son certificat d'études en poche, Georges, qui n'était il est vrai guère passionné par les études ni non plus par la culture maraîchère, aidera cependant ses parents deux années durant de 1925 à 1927. Il parvient à se faire embaucher par un voisin fin 1927. Il va aider Alphonse Masson qui est chargé de l'entretien du Château de la Falaise qui se trouve pas très loin de son village natal, Herbeuville, entre Epône et Nezel.
Mais un matin Georges est convoqué et il va tirer sa révérence. "Chaque jour ma mère me préparait une musette avec des casse-croûte mais ce jour-là l'un des chiens de la propriétaire des lieux me l'a volé, attiré probablement par l'odeur du pâté ! Afin de la récupérer je lui ai jeté des pierres pour qu'il la lâche et s'éloigne. Mais la châtelaine m'a aperçu et m'a insulté alors que je tentais de lui expliquer ce qui venait de se passer. Et elle a alors immédiatement convoqué mon patron. Ce dernier m'a passé un bon savon. Alors dépité et écoeuré, je lui ai répliqué : payez -moi ce que vous me devez et je m'en vais à l'instant."
Ce qu'il a fait sur le champ.

Revenu à Herbeuville, Georges apprend le jour même qu'un richissime parisien, monsieur Henri Fournier, un très important marchand de bois d'Ivry-sur-Seine, venait d'acquérir une fort belle propriété avec une très vaste ferme non loin du domicile familial à la périphérie d'Herbeuville et qu'il recrutait du personnel.
Georges entre alors au service de l'entrepreneur chargé de réaliser les travaux d'embellissement de la nouvelle acquisition de Monsieur Fournier. Les travaux dureront trois bonnes années mais Georges n'y restera que jusqu'à la fin de l'année 1928.
Il était tantôt un jour apprenti électricien ; un autre apprenti menuisier, un autre encore apprenti maçon. Il aimait bien accomplir ces travaux manuels mais Georges aspirait sincèrement à tout autre chose. Un jour qu'il croisait son ancien instituteur monsieur Laurent - dont le neveu était son ancien copain d'école et dont le père tenait une boucherie à Paris, 135 Avenue Félix-Faure, près de la porte de Versailles - , Monsieur Laurent, donc, lui propose d'accompagner Jean en tant qu'apprenti boucher chez son frère.

Les deux jeunes garçons montent donc à la capitale à l'automne 1928. Ils viennent d'avoir leur quinze ans. Et Georges Houel va alors découvrir Paris… et se lancer alors dans une folle vie !


Signé Gilles Gaignault


766577737.jpgQuelques dates :

1928 : débute le rugby
1936 : entre au Stade Français. Il y restera jusqu'en 1945
1938 : commence en auto par le dirt-track
1945 : ouvre son pemier restaurant, "L'Equipage"
1951 : victoire au GP de Suède moto sur Gilera 500 devant Jean Behra. Premier de ses 17 rallyes de Monte-Carlo sur Austin A135 avec André Trigano, frère de Gilbert, comme co-équipier
1954 : gagne le rallye Jeanne-d'Arc
1956 : deuxième comme coéquipier de Sirling Moss au Tour de France automobile
1965 : premier Français à courir le rallye d'hiver de Moscou sur Lada
1968 : rallye Londres-Sydney sur Simca 1100 
1987 : crée les Trophées du volant
1997 : court à 84 ans le Tour de France auto sur Ferrari
1999 : rallye de Monte-Carlo sur Subaru comme co-équipier de Jean Vinatier
2007 : cède son restaurant Le Volant

En oubliant les centaines de courses de toutes natures auxquelles il a participé, rallyes, piste, moto, etc.


Georges Houel
, pilote moto et auto, restaurateur
France
Né le 5 juillet 1913 à Herbeuville (Yvelines, ancienne Seine-et-Oise)
Décédé le 10 avril 2008 à Paris


Jojo sur Mémoire des Stands
Putain, un avion qui décolle pas !
Passage de témoin



Passage de témoin
© jean-Paul Orjebin (2006)
Jojo au GP de l'Age d'Or 2003 © MdS

vendredi, 28 mars 2008

Jean-Marie Balestre n'est plus

Nous apprenons de Gilles Gaignault, qui fut longtemps son attaché de presse, le décès à l'aube de ce jour, à 87 ans, de Jean-Marie Balestre. Il  laissera l'image d'un homme dont la vie - savant mélange de passion mécanique et de carriérisme - fut tout entière liée à l'exercice du pouvoir, qu'il s'en servît ou qu'il le servît, tant en patron de presse qu'en dirigeant d'instances sportives.



Sa carrière en quelques dates :

659386463.jpg1921 : Naissance le 21 avril à Saint-Rémy-de-Provence (Bouches-du-Rhône), d'un père journaliste, Joseph Balestre, et de Joséphine Bayol.
1937 : Après des études au lycée Charlemagne et à la faculté de droit de Paris, il intégre la rédaction de Sport et Santé
1938 : Nommé secrétaire de rédaction de L'Auto 
1950 : JMB fonde avec Robert Hersant L'Auto-Journal
1952 : Il est administrateur d'un certain nombre d'organismes de presse, dont La Liberté de Seine-et Marne, Centre-Presse, l'Oise-Matin, France-Antilles, etc.
1954 : Otient sa carte de déporté
1960 : Passionné de sport mécanique, il fonde la Fédération française de karting
1965 : Directeur général de Publiprint - agence de publicité du groupe Hersant
1968 : Toujours passionné de sport auto, il intègre comme secrétaire général la Fédération française du sport automobile (FFSA) qu'il présidera entre 1973 et 1996
1976 : Obtient la distinction de la Licence d'or de la FFSA
1977 : Président de la Fédération nationale de la presse hebdomadaire et périodique
1978 : JMB accède à la présidence de la Fédération internationale du sport automobile (FISA), instance sportive de la Fédération internationale automobile (FIA)
1979 : Chevalier de la légion d'honneur
1980 : Entre dans l'Histoire pour s'être opposé aux constructeurs et aux équipes britanniques de F1, regroupées au sein de la Formula One Constructors Asociation (FOCA), menée par Bernie Ecclestone, lui-même patron de Brabham. Balestre mène le combat pour la sécurité des pilotes, lesquels, emmenés par Nelson Piquet, Niki Lauda et Alain Prost, le soutiendront dans ce combat avec leurs patrons. Cet épisode se concluera par les Accords Concorde, en référence au siège de la FISA installé dans les locaux de l'ACF situés place de la Concorde  à Paris. Il interdira en F1 les "wings-cars" (voitures à effet de sol), après l'accident mortel qui coûtera la vie à Patrick Depailler le 1er août 1980  après que les jupes mobiles de son Alfa Romeo se furent bloquées à haute vitesse.
1985 : JMB est président de la FIA
1986 : Il bannira les groupes B des rallyes, après un accident mortel survenu à l'équipage de Lancia, Henri toivonen-Sergio Cresto, tous deux morts brûlés sur les routes de Corse, en mai
1988 : Personnalité automobile de l'année
1990 : Ordre national du mérite
1991 : Il perd son poste de Président de la FISA
1996 : Jean-Marie Balestre se retire de la vie publique
2008 : Décès le 28 mars à la clinique du Val d'Or à St-Cloud (Hauts-de-Seine)



Jean-Marie Balestre avec Clay Regazzoni © Jean-Paul Orjebin

mardi, 18 mars 2008

Michel Leclère

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La ville de Mantes-la-Jolie est fameuse pour sa Collégiale Notre-Dame, son vieux pont, ses bords de Seine, et pour abriter depuis plusieurs générations la famille Leclère. Les grands-parents de Michel, puis ses parents, y furent minotiers, avant que son père devienne maire d’un village limitrophe, Auffreville-Brasseuil, où est né et résida jusqu'en 2002 toujours celui qui fait l’objet de la présente note. Combien, parmi les jeunes du Val-Fourré qui le croisèrent dans la boutique Décathlon ou au cinéma Mega CGR, reconnurent dans ce garçon dégingandé l’un des meilleurs pilotes de course que notre pays ait comptés ?

Elève au lycée de Mantes où il décroche le BEPC, Michel doit son intérêt envers le sport automobile à un surveillant avec qui il se lie et qui lui communique sa propre passion. Les deux garçons partent en virées dans la Frégate du proviseur du lycée, dont le fils était le surveillant en question, puis Michel acquiert un scooter. En 1964 il s’inscrit à l’opération Ford-Jeunesse. Il est convoqué à Montlhéry et Jean Lucas, directeur de Sport-Auto le qualifie d'office et lui demande de faire partie du jury pour donner mon avis sur les autres candidats. Ceci après lui avoir fait passer un test sur une Simca 1300 double commande puisqu'il n'avait pas encore l'âge de passer le permis de conduire. Hélas le mois suivant il est recalé à l'épreuve du code et ne peut participer aux épreuves.
Et c'est Pescarolo qui hérite de la voiture.

Ses parents lui ayant demandé de poursuivre ses études, il rejoint une école de commerce à Paris qui le conduit, passion oblige, à un poste de vendeur chez Renault puis chez Alpine.

1860768123.jpgIl ne réapparaît sur un circuit qu’en 1968. En compagnie de son frère Jean-Louis, de trois ans son aîné, il participe à la Coupe Gordini. Préparateur à Mantes, Jean-Louis s’occupe des moteurs de son frère davantage qu’il ne court lui-même. Après avoir achevé 16e cette première saison, Michel est deuxième de la Coupe en 1969 mais remporte le Premier pas Dunlop. C’est suffisant pour démarrer une carrière, aussi saute-t-il sur l’occasion de courir le critérium de Formule France en 1970, qu’il termine 6e avec un succès à Magny-Cours, et en 1971 où cinq victoires et trois deuxièmes places lui offrent la victoire finale de ce qui était devenu le critérium de Formule Renault. Leclère apprend au cours de ces deux saisons à se battre contre son co-équipier – Alain Serpaggi - avant de se trouver d’autres adversaires. Un état de fait qu’il allait affronter tout au long de sa carrière.

Aidé par Elf et Renault, il débute la F3 en 1972, encore avec Serpaggi, et enlève tout de go le championnat de France avec cinq victoires. Mais alors qu’il espérait de ses commanditaires qu’ils le « montent » en F2 l’année suivante, il est contraint de repartir pour une nouvelle saison de F3, laquelle est remportée par Jacques Laffite. L’appui du pétrolier tricolore est un avantage en terme de confort mais un handicap pour la bonne progression d’une carrière quand la politique s’en mêle. Elf préfère jouer la carte Patrick Tambay, en qui l’on voit le nouveau François Cevert. Quant à Jacques Laffite, son autre rival, dont le contrat avec BP est moins prégnant que celui qui lie Leclère à Elf, il connaîtra une progression rapide. Michel a néanmoins son baptême du feu en F2 à Albi sur une Elf 2 de John Coombs.

Il bataillera en F2 durant les quatre saisons suivantes. En compagnie d’un Patrick Tambay qui lui mènera la vie dure mais dont il triomphera au championnat les deux premières années, il court au volant de l’Elf 2 en 1974 et sur une March 752 officielle en 1975. Bien que modeste (6e au championnat d’Europe), sa saison 74 attire l’attention de John Surtees. Il est vrai que le Mantais se fait remarquer par ses freinages tardifs, sa rage de vaincre… son franc-parler aussi. Big John le fait tourner en essais privés à Goodwood vers la fin de l’été et lui propose sa seconde TS 16 aux Grands Prix nord-américains. L’ange gardien de Michel avait-il deviné qu’un pneu dégonflé précipiterait dans un rail de Watkins Glen cette auto que son protégé allait refuser, par peur de mal faire et sur laquelle Helmuth Koinigg se tuerait ?

En terminant deuxième du championnat d’Europe F2 en 1975, il s’impose au premier plan de la hiérarchie bien que la fiabilité désastreuse des autos ne le contraigne de ne terminer que cinq des quatorze courses. Trois victoires, parmi ces cinq arrivées, et notamment celle obtenue à Zolder lors de ce que la presse a appelé « Le volant Tyrrell », lui valent de se voir confier enfin un volant de F1, celui de la troisième Tyrrell 007 à Watkins Glen, dont Ken était venu chercher en Belgique l’heureux titulaire.

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Les vrais débuts en F1 ont lieu en 1976 sur une Williams FW05. Cette monoplace très peu compétitive, alignée par une écurie impécunieuse, condamne Michel aux fonds de grilles et aux dixièmes places. Jeté après le GP de France, il se concentre sur la F2 dont il avait commencé la saison européenne sur une des bonnes vieilles Elf 2 de son pote Jabouille, lequel enlève le championnat tandis qu’il y est quatrième avec quand même une victoire. C’est sans doute à ce mauvais choix en F1 – mais pouvait-il le deviner ou s’offrir le luxe de le refuser ? - que Michel Leclère doit d’avorter une carrière que la presse spécialisée de l’époque prédisait brillante. Ne le comparait-on pas à Tambay, Jabouille et à un Laffite qui, cette même année 1976, s’installait pour sept ans dans le baquet de la Ligier. Les carrières des pilotes tiennent à rien : la chance, l’opportunité, dire ceci ou cela, aller ici plutôt que là, ces sortes de choses…

Il repart au combat en 1977 sur une ancienne Elf 2 rachetée par Willy Khausen, mais l’inorganisation de l’Allemand pèse si lourd sur les résultats que Leclère n’apparaît dans les bilans de fin de saison qu’en tant que détenteur d’une unique pole position, à Silverstone. 1978 se présente mal. Michel a 32 ans et il est évident qu’à défaut d’une opportunité solide, il peut dire adieu au destin de pilote de course auquel il estimait avoir été prédestiné, ainsi qu’il le confiait à Jean-Louis Moncet dans une livraison de Sport-Auto de début 1976. Il conduit une Mirage au Mans avec Sam Posey, décroche une monte à Suzuka en F2 sur une Ralt, son nom circule du côté de chez ATS, puis tout cela s’évanouit dans les brumes de l’automne 78.
Après le GP de Pau 1979 qu’il court sur une March 792 de l’écurie Polifac, et les 24 heures du Mans sur une Ferrari 512 BB avec Ballot-Léna et Peter Gregg, Leclère tire un trait sur ce qui fut la grande affaire de sa vie.

Il est temps de penser aux affaires. Il met sur pied une entreprise de vente d’automobiles avec son frère en 1979, puis s’occupe d’une agence immobilière et enfin, en 2002, monte une école de conduite destinée à la formation des équipes de forces de ventes automobiles, JMD Pilotage Concept, basée à Auffreville-Brasseuil.
Depuis 2006, Michel Leclère conduit en démonstration pour Renault, dans le cadre des WSR, les anciens protos du Mans et les F1 des années 80 et y retrouve avec plaisir les pilotes de son époque : Arnoux, Larrousse, Ragnotti, Jaussaud, Serpaggi, Comas.


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Michel Leclère est le père de Maud, Romain, Cécile et Margot. Contrairement au destin qui s’est joué de son profond désir de conduire des voitures de course, le temps l’a épargné en lui évitant les rides et les kilos de la cinquantaine, comme en témoigne la photographie prise par votre serviteur à l'Atelier Renault ou il assistait à l'inauguration de l'exposition Hommage à Jean Rédélé à laquelle il contribua en exposant plusiurs pièces personnelles dont le casque de 1972, montré plus haut.



Michel Leclère

France
Né à Auffreville-Brasseuil (Yvelines), le 18 mars 1946
Voir sa fiche sur Wikipédia



Reims 1969, Coupe nationale R8 Gordini
© Pr Reimsparing
Atelier Renault 2008, casque de Michel Leclère © MdS
Hockenheim 1976, finale du championnat d'Europe de F2, Elf 2 © Guy Royer, photographe du dimanche
Atelier Renault 2008, avec Jean Vinatier © MdS

mercredi, 29 août 2007

Philippe Maillard-Brune n'est plus

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On apprend le décès de celui qui était jusqu'au lundi 27 août le plus ancien pilote français. Il s'est éteint à l'âge de 97 ans à l'hôpital américain de Neuilly.

Voici une rapide chronologie de sa carrière :

1910 : Naissance de Philippe Maillard-Brune le 25 février.

1926
: Il passe son permis moto.

1927 : Participation à la course Paris - les Pyrénées - Paris sur la 500 Gnome & Rhône offerte par son père.

1933
: Il entre au service de l'importateur MG comme attaché commercial

1934
: A la suite de la rencontre fortuite de l'héritier des Chocolats Menier, avec qui il sympathise, PMB prend la direction de l'écurie Jacques Menier dont il devient aussi le premier pilote. Le matériel se compose d'une MG J4 à compresseur 750 cm3 qui sera complétée peu après par une MG Magnette K.3 1100 m3 6 cylindres à compresseur. Voitures équipées d'une boîte de vitesse pré-sélective Wilson à quatre rapports. Ces deux voitures obtinrent de nombreux succès, parmi lesquels le Bol d'Or 1934, 1935 (record général) et 1936 à Saint-Germain en Laye, 24 Heures du Mans (1er catégorie 2 litres avec plus de 2700 km couverts), records internationaux de 24 H à Montlhéry (750 cm3), course de côte internationale du Mont-Ventoux, de la Turbie, etc.

1936
: Acquisition d'une Delahaye 135 Spéciale châssis court 3,6 L, 6 cylindres, afin d'aligner une auto française aux Grands Prix de vitesse (Règlementation Sport). PMB dispute les Grand Prix de Marseille, de la Marne, de l'A.C.F. Mais fin décembre, l'écurie, en butte aux remous sociaux nés du Front populaire, est dissoute. Maillard-Brune se retrouve à pied.

1937
: Engagement de PMB par Amédée Gordini, chef du service course de Simca-Fiat, qui séduit par ses prestations lui confie une Simca 5 : records internationaux de 48 heures (6 records), Bol d'Or à Montlhéry, 24 heures du Mans, Tourist Trophy, etc. Il tire sa révérence à la fin de l'année.

1938
: Il entre chez Peugeot comme cadre commercial après avoir manqué de peu la victoire au rallye de Monte-Carlo sur une Delahaye 135 avec Joseph Paul. Il y restera jusqu'à la déclaration de guerre en 1939.

1944
: Après un temps de guerre occupé dans la Résistance, Philippe Maillard-Brune entre au CETAC - qui deviendra l'UTAC - comme chef d'exploitation de l'autodrome de Linas-Montlhéry, fonction qu'il occupera jusqu'à la réquisition de l'autodrome par les troupes américaines.

1964
: Il devient directeur de l'autodrome.

1976
: Départ à la retraite après 32 ans de bons et loyaux services à l'UTAC.


****


d7d19af4e31e3fbafb1704a35d734607.jpgPhilippe Maillard-Brune était chevalier de l'Ordre national du mérite, Croix du Combattant 39/45 et Grande Médaille d'or du travail.

Ses obsèques ont été célébrées le mardi 4 septembre  à 14 heures en l'église de St-Michel-sur-Orge. Il est inhumé à l'ancien cimetière de Meudon.


Source : MG Club de France (http://mgcf.free.fr/)


(Merci à Jean-Louis Mathieu)



Philippe Maillard-Brune sur la MG victorieuse au Bol d'Or 1935
© Jean-Marie Guivarc'h
Philippe Maillard-Brune
en 1992 © MG Club de France

lundi, 30 avril 2007

Gérard Larrousse

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Tour à tour pilote de rallye, de GT, de monoplaces, de prototypes, puis directeur de course, d’écurie et enfin constructeur, Gérard Larrousse est une pièce maîtresse de l’architecture sportive française. Son calme, sa réserve, sa discrétion n’ont certes pas aidé sa carrière, moins flamboyante que d’autres, mais à l’heure des bilans ces traits de caractère ont la couleur de la sagesse, de l’expérience et confèrent au personnage une dimension rarement rencontrée.

Lorsque Emile Larrousse décède à Lyon en 1955, son fils Gérard est âgé de 15 ans. L’adolescent pense avoir sa vie toute tracée autour de l’entreprise de filature fondée par son père ; son caractère sérieux, travailleur, l’y prédispose. Après des études au lycée du Parc de Lyon, il monte à Paris et intègre l’Ecole supérieure de commerce. Mais le hasard – sous la forme des 24 heures du Mans - allait décider de l’avenir du jeune homme, qui, lors de l’édition 1961, s’emballe pour la course automobile. Déjà au cours de l’hiver précédent, des copains l’avaient entraîné dans cette sorte de débauche ; il avait même engagé l’Aronde maternelle au rallye des Lions qu’il terminait 49e, ce que Madame Larrousse mère avait moyennement apprécié. Le virus avait pris.

medium_larrousse2.jpgAprès quelques rallyes et courses de côte en 1962, Gérard obtient de sa mère qu’elle achète une Dauphine 1093 (sans doute un véhicule mieux adapté pour faire son marché…) avec laquelle il gagne sa première course, le rallye du Mont-Blanc 1963 en national. Remarqué par François Landon, patron de la compétition chez Renault, il reçoit une 1093 d’usine qu’il illustre au Critérium des Cévennes. A cette époque, Gérard se bat sur tous les fronts, tant en auto qu’à l’école car il n’a pas abandonné ses études. Il décroche son diplôme de Sup de Co en 1964, l’année où il est appelé sous les drapeaux. C’est à l’armée qu’un accident de parachute lui brise les deux chevilles, le privant de la Coupe des Alpes qu’il devait disputer sur une nouvelle R8 Gordini venue remplacer la Dauphine. Qu’importe, il courra les épreuves suivantes dans le plâtre !

Libéré en février 1966, il contracte simultanément un engagement d’une autre nature avec Mademoiselle Michèle Paindavoine qui deviendra la Michèle Larrousse qu’on a beaucoup vue sur les circuits, discrète et prévenante. Un garçon, Arnaud, naîtra. La chance sourit alors et a nom NSU, firme qui l’engage et le salarie – une rareté à l’époque. Il donne à cet employeur deux victoires, au rallye de Lorraine et au rallye Bayonne-Côte basque.

Les années 1967 et 1968 le voient chez Alpine dont il a séduit le patron Jean Rédelé. Il va s’y former à la course en circuit, disputant parallèlement aux rallyes les 12 heures de Reims, les 24 heures du Mans. En 1968 il débute en monoplace (Formule France) : il est propre à Rouen, ainsi qu'en a témoigné le Pr Reimparing (image ci-dessous), troisième à Magny-Cours, gagne à Albi.

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Porsche l’engage en 1969, d’abord comme pilote de rallye puis Rico Steinemann, directeur de course, le fait monter en proto. Larrousse va alors se colleter aux plus beaux monstres de l’époque : la Porsche 908 dont il va contribuer à l’inoubliable deuxième place des 24 heures du Mans 1969 – on se souvient du finish avec la Ford GT 40 de Ickx -, la 917 ensuite, notamment celle avec laquelle, en 1971 au Mans, il flirtera avec les 380 km/h dans les Hunaudières. On retiendra de l’épopée allemande qui durera jusqu’en 1971 des victoires au Tour de Corse et au Tour de France (1969), aux 12 heures de Sebring et aux 1000 km du Nurburgring en 1971. Il sera champion de France des circuits à trois reprises entre 1969 et 1971.

Un intermède Lola en 1972 lui offre l’occasion de conduire l’une des fines T280 engagées par Jo Bonnier en Sport. Peu de résultats si ce n’est la victoire aux 1000 km de Paris avec Beltoise au cours de cette campagne marquée par la mort de Jo Bonnier, avec qui Gérard fut appairé aux 24 heures du Mans.

S’ouvre en 1973 une grande épopée de deux ans chez Matra, qui appelle Larrousse pour épauler Henri Pescarolo. L’entente avec ce dernier est si parfaite ; si complémentaires s’avèrent leurs caractères calmes et posés – que l’on opposera à la collaboration électrique de l’autre équipage, les divas Beltoise et Cevert – que la paire engrange à elle seule neuf des quatorze victoires conquises par les MS 670 au long des deux saisons. En 1974 Larrousse s’essaie à la F1 sur une Brabham BT42 louée par l’Ecurie Finotto ; une expérience qu’il n’aime guère se rappeler.

L’abandon de la compétition par Matra, fin 1974, propulse en 1975 le Lyonnais chez la régie Renault pour qui il avait conduit au cours de la saison une A441 2 litres, non sans un certain succès (six victoires, toutes catégories confondues). Non content de courir le championnat du monde des marques sur un proto Alpine 2 litres turbo – une victoire au Mugello -, Gérard s’installe dans la peau d’un directeur de course en créant l’Ecurie Elf-Switzerland F2 qui aligne Jabouille et lui-même, qui gagne sa première course F2 à Hockenheim. Il prouvera, en finissant le championnat d’Europe F2 à la quatrième place derrière Laffite, Leclère et Tambay, avoir réussi sa mutation en monoplace.

Sa vie bascule en 1976 lorsqu’il accepte l’offre de la Régie de devenir son directeur de la compétition. Larrousse endossera des responsabilités administratives et logistiques qui, prolongées chez Ligier puis dans sa propre écurie, dureront un total de dix-huit ans et lui feront raccrocher son casque. Il restera chez Renault jusqu’en 1984, après avoir été l’artisan de quinze victoires en F1 et d’un succès au Mans en 1978. C’est ensuite un épisode Ligier qui l’attend en 1985, clôt fin 1986 car l’entente avec le rude patron vichyssois n’est pas des plus aisée.

Pour Larrousse il est temps de créer sa propre structure. Née en 1987 d’un partenariat avec Didier Calmels, un homme d’affaires, l’écurie, qui fait courir des Lola, se restructure au printemps 1989 lorsque des ennuis de justice mettent à l’ombre Calmels qui a tué sa femme. Après une bonne saison 1990 à laquelle succède une période difficile, faite d’imbroglios politico-sportifs, Larrousse rompt avec Lola et demande à Robin Herd de lui dessiner un châssis. Marchant sur les brisées de Bruce McLaren, Jack Brabham, John Surtees, Chris Amon, Alejandro de Tomaso, Emerson Fitipaldi, Arturo Merzario, Silvio Moser, Hector Rebaque, Lance Reventlow, Roger Penske, David Purley, Graham Hill, Guy Ligier, et avant l’expérience d’Alain Prost, Larrousse entre en 1993 dans le club des quinze pilotes de Grands Prix à avoir été constructeurs dans cette même discipline. Hélas un cruel manque de moyens financiers oblitère les résultats d’une équipe qui ne compte qu’un podium sur 242 départs (Suzuki, GP du Japon 1990), aussi à la suite d’avanies de toutes sortes, Gérard décide-t-il en avril 1995 de fermer boutique.
larrousse3.jpg

L’Etat français a toutefois reconnu ses mérites en le faisant Chevalier de la légion d’honneur. Habitant Saint-Cloud, à l’ouest de Paris, l’homme est devenu consultant dans le domaine automobile. Il lâche de temps en  temps son attaché-case pour prendre le volant de voitures historiques – il a gagné le Tour auto historique en 1996 – ou celui des grosses GT du championnat FIA, et tout cela voilé de cette discrétion qui l’entoure d’un manteau d’invisibilité. Nous en voulons pour preuve sa présence dans les stands du GP de l’Age d’Or 2003, si ténue que nul, pas même le redoutable speaker Marc Aumonier, ne l’avait notée.


Gérard Larrousse
France
Né à Lyon le 23 mai 1940
Site officiel (?) : www.gerard-larrousse.com


Gérard Larrousse avec Jacques Henry, essais d'avril des 24 H du Mans 1973 © MdS
En glissade à Rouen en 68 © Pr Reimsparing
Bricolant sa visière aux 1000 km de Paris 1971 © MdS
Avec Léo Kinnunen aux 1000 km de Paris 1971 © MdS

jeudi, 11 janvier 2007

Guy Dhotel par lui-même #5 1973-...

Lire Guy Dhotel par lui-même #1 1964-1968 
      Guy Dhotel par lui-même #2 1969-1971
      Guy Dhotel par lui-même #3 1972
      Guy Dhotel par lui-même #4 1973


medium_bbm1975.jpgLa suite du 9 septembre 1973 fut mouvementée, avec une seule constante : la douleur.

Brièvement :
Huit mois entre hôpitaux de province, hôpital parisien, Cochin et ses staphylo dorés... puis centre de rééducation de Valenton, donc loin de mes centres d'intérêt directs. Si l'une - un des centres d'intérêt - ne m'a pas lâché alors, l'autre, la course automobile a été plus versatile.

Pierre Pagani m'a réellement aidé à m'en sortir, venant régulièrement me voir, m'invitant chez lui pour des week-end (pauvre Teicha, qui supportait sans broncher mes débarquements compliqués). Mon retour à Amiens fut beaucoup moins heureux. Chez BBM, après quelques hypocrisies d'usage, le voile se leva : je n'avais plus rien, tous mes actifs avaient disparu, même mon Cosworth, la seule pièce restée intacte après l'accident.
Bertin-Boussu était évidemment insolvable. De plus, il m'avait remplacé par un copain dans le rôle de commercial-metteur au point-pilote, etc. Les orientations prises étaient catastrophiques - la marque n'a pas survécu à 1975. Mon remplaçant, venant des rallyes, manquait cruellement d'expérience et de vitesse. Pas question que je prenne de risques inutiles, j'ai une femme ravissante et deux jeunes enfants, ce qui était vrai. Le plus dur à encaisser fut d'apprendre que non content de m'avoir mis sur la paille, mon cher associé avait étudié de très près ma compagne. "Femme varie, fol qui s'y fie ? " Je dirais plutôt : "Femme ne varie que quand elle l'a décidé."

C'était trop. Malgré des propositions d'amis sincères, comme Pierre Pagani ; comme, misère son nom m'échappe, le patron de Moto-Lita qui me propose de diriger son usine de Bordeaux pendant qu'il va relancer son affaire de volants de luxe pour camions aux USA, je refuse tout. Dérive rapide sur les pentes de Black Label et les torrents de Heineken, la douleur ne se soigne pas avec des calmants, ça se saurait. Envie de rester près de mon centre de gravité. Grave erreur.

medium_roidesiles.2.jpgEnfin la mer ! La seule fuite ! Justement, des rentrées financières - assurances - un voilier de dix mètres et vogue la galère. Vous vous croyez au bout du monde, tranquille ? Encore une grave erreur. Rappelez-vous la chanson de Brel, Le Lion. J'ai vécu cette chanson, j'ai cédé, évidemment, elle m'a fait traverser le fleuve, ça a été la Méditerranée, les régates, un autre milieu, mais l'alcool coulait toujours pour éviter de couler. Je savais que l'embranchement pris était sans issue. Je me suis sauvé aux îles du Cap-Vert. Des gens merveilleux de simplicité et de sens de l'entraide qui me font revivre pendant trois mois. Je décide de vivre là-bas, on me trouve une maison, mais c’est alors une hépatite foudroyante... Des gens qui ne me reverront jamais et le savent se cotisent pour me garder en vie, je me réveille encore dans un hôpital, à Amiens, en 1980.

Six mois de repos, dès que la première bouteille de Pommerol ne me fait plus l'effet d'un acide, je repars. Vers le seul centre d'intérêt qui fait semblant, elle aussi. Un convoyage en Tunisie, promesses de beuveries intenses, et je tombe nez à nez avec Lydia, qui est devenue ma femme. 1981. Elle m'a sauvé la vie. Mais rien ne finit jamais.

Retour au présent. Après cette période mouvementée, j'avoue avoir balancé tout ce qui me reliait au passé. Heureusement, ma mère veillait, qui a conservé photos et articles que je n'avais pas jetés. J'ai donné toutes mes coupes, plus de traces, je ne voulais plus le moindre rappel de cette époque bénie qui me transperçait. "Enfin, que je me suis dit, il me reste la vie". Félix Leclerc était mon triste guide alors. Où était passée cette citation que j'avais pour devise: "Suivre son rêve, et toujours poursuivre son rêve, et ainsi, toujours, usque ad finem." (Lord Jim, Joseph Conrad)
Puis, avec le temps, je me rends compte que je poursuis toujours ce même rêve : vivre avec le maximum d'intensité, quel que soit le support utilisé. Ne serait-ce que du papier en remplacement du bitume ou de l'océan.



Signé Guy Dhotel




Dernier passage chez BBM en 1975, archives Guy Dhotel
Dernier et triste passage au bureau de BBM : 1975, décidé, trop de vacheries, la course et "Elle" m'ont fait cocu? J'ai plus de jambes mais des prothèses: ça fait mal mais ça ressemble. Faut continuer. Je me casse en mer. En solitaire. Les coupes, les souvenirs, les photos, les articles, tout balancé! Encore heureux que ma mère en avait gardé précieusement quelques-unes !

vendredi, 05 janvier 2007

Jean Lucienbonnet (1923-1962)

medium_lucienbonnet.jpgCe pilote d'origine niçoise s'appelait, selon l'Etat civil, Lucien-Jean Bonnet. Après des débuts comme mécanicien à Nice, il avait adopté le pseudonyme de "Lucienbonnet" aux alentours de 1952 alors qu’il commençait à courir en côte au volant de Panhard et de Porsche, dans le sud de la France. On le vit aussi en rallye avec Stempert.
Très populaire au plan local, Lucienbonnet s’aguerrit rapidement au contact de la multitude d'autos qu'il mena en course : Ferrari 250 GT, Cooper-Climax de F2, Lotus 22 de Formule junior, etc.

Après de très timides préliminaires en 1959 sur une Cooper T45 F2 – non qualifié au GP de Monaco - 1961 le vit entamer une carrière en monoplace, qu’il poursuivit l’année suivante dans le cadre du championnat italien de Formule junior. La saison s’engagea sous les meilleures auspices, victoire à Caserte en juin, deuxième d’un cheveu derrière Geki au Grand Prix de la Loterie de Monza en juillet, mais sa veine chanceuse se tarit brutalement à Enna le 19 juillet où Lucienbonnet avait engagé sa Lotus 22 dans la course en lever de rideau du GP de la Méditerranée F1, hors-championnat. Une épreuve que surveillait de près la sorcière aux dents vertes.

Alors qu’il roulait en troisième position, la Lotus de l’Italien Norberto Bagnalasta perdit une roue arrière devant lui et c’est en voulant l’éviter qu’il perdit le contrôle de son auto qui partit en tonneau, l’éjectant sur la piste. Derrière arrivait Nasif Estéfano qui lui aussi sortit de la route en essayant de ne pas rouler sur le malheureux Lucienbonnet, inerte au milieu de la piste, mort sur le coup.

Estéfano et Bagnalasta en furent quittes pour la peur, mais la sorcière aux dents vertes ne leur accordait qu’un répit : l’Italien trouvera la mort en 1964 à Monza et Estefano en 1973 en Argentine.


Jean Bonnet (dit Jean Lucienbonnet)
France
Né à Nice le 7 janvier 1923
Mort en course à Enna (Sicile) le 19 août 1962


Jean Lucienbonnet, photo DR

vendredi, 08 décembre 2006

Jacques Laffite

laffitenoir.jpg

Ah, ce qu’on a pu lui reprocher son dilettantisme, son indiscipline, son manque de concentration, à Jacques Laffite ! Pourtant, s’il avait uniquement démontré les qualités opposées : professionnalisme, rigueur, concentration, mais seulement elles, eût-il bâtit une carrière qui, forte de 174 Grands Prix disputés, six victoires, sept pole positions et six meilleurs tours, le désigne comme le troisième pilote français le plus capé ?

Contrairement à beaucoup de ses futurs collègues, Jacques Laffite, adolescent, ne s’intéresse pas à l’automobile. Il vit la jeunesse dorée qu’un fils de bonne famille du XVIIe arrondissement parisien peut s’offrir dans les années soixante, à l’ombre d’un père, directeur de société. À l’âge de 25 ans, le jeune homme n’a pas d’horizon professionnel, ayant raté son baccalauréat et séché les cours de Droit auxquels son père l’avait inscrit pratiquement de force.

medium_0223.jpgL’unique activité qu’on lui connaît consiste à fréquenter un grand blond rencontré en 1957 dans une patinoire, lequel se pique en 1966 de délaisser les patins de vitesse pour l’automobile en participant à la Coupe R8 Gordini. C’est Jean-Pierre Jabouille. Laffite prend son sillage, occupant deux saisons à l’assister (J’ai commencé à fréquenter des gens de l’automobile. Je voyais Cevert, Beltoise, Pesca. Tout le monde me connaissait comme le grouillot de Jabouille). Sans le savoir il avait trouvé sa voie.

Alors qu’il est aux sports d’hiver en compagnie de Jabouille, en 1968, Jacques est remarqué pour la pureté de ses trajectoires par Hubert Giraud, un riche coureur amateur, qui, séduit par ce jeune, inconscient de son propre talent, propose de lui offrir une formule France. Jacques s’inscrit à l’école Winfield de Magny-Cours et décroche derrière Jean-Luc Salomon la deuxième place du Volant Shell 1968, ainsi que la Martini F3 qui va avec.

1969 marque ses débuts dans la course automobile. Bien aidé de Tico Martini, dont il a fait la conquête à Magny-Cours, Laffite réussit au cours de cette difficile saison d’apprentissage à faire deux places de troisième… à Magny-Cours (À Nogaro, je suis parti en 1ère ligne. A Magny-Cours j’étais sur la même ligne que Jabouille. Ca me faisait marrer. En course il a chauffé, je voyais son moteur fumer. Je suis revenu sur lui et je l’ai passé). Le manque d’argent complique les choses. Son père ne l’aidant pas, Laffite vit d’expédient. Installé à Magny-Cours où il