dimanche, 21 juin 2009
10 h 10

Entre bottes de paille et podiums, courbes et épingles, Parabolique et Karussel, stands et paddocks, ils ont toujours fait partie du décor, ils sont essentiels, précis, statutaires et parfois ostentatoires : eux, l’élite des garde-temps, les chronographes.
Evacuons immédiatement la courante confusion entre chronomètre et chronographe : le premier est une montre (comportant une aiguille des secondes) officiellement certifiée par le Contrôle officiel Suisse des chronomètres, selon la norme ISO 3159, après avoir satisfait à certains critères de précision ; le second permet la mesure de temps intermédiaires et c’est bien lui qui nous intéresse.
On ne peut oublier la fameuse planche aux trois chronos Zivy & Cie de Jabby Crombac préparant le tour par tour de Sport-Auto dans le stand Lotus ou ceux de Michèle Dubosc et Anne Boisnard sur les murets des pit-lanes…
Traditionnellement les vainqueurs des 24 heures de Daytona se voient offrir un chronographe Rolex "Daytona", montre mythique s’il en est grâce à Paul Newman qui lui donna ses lettres de noblesse en arborant une version au cadran bicolore dite baroque par les spécialistes.
Steve McQueen, autre célèbre acteur/pilote, reste associé à la singulière Heuer Monaco de forme carrée, récemment rééditée.
Dans la droite ligne des Mille Miglia, Chopard produit un chronographe éponyme dont la particularité complémentaire est d’être équipé d’un bracelet en caoutchouc reprenant le dessin de la bande de roulement du fameux Dunlop Racing des années soixante.
Il ne faut pas oublier celle qui est sans doute la plus pure aux yeux des amateurs et qui porte un nom ô combien prédestiné, l’Omega Speedmaster.
Aujourd’hui encore Felipe Massa n’a aucun état d’âme à exhiber une somptueuse Richard Mille, en grande partie en titane il est vrai. Les observateurs attentifs pourront remarquer sur de nombreuses photos que Sir Stirling Moss "himself" a toujours porté en course le même chronographe au bracelet métallique très particulier, bel exemple de fidélité envers un objet chargé de symboles. En effet, quel autre produit manufacturé qu’un chronographe pourrait-il concentrer autant de qualités inhérentes à l’univers de la compétition automobile : performance, précision, technicité, fiabilité, élégance en un mot, l’excellence …
Christian Magnanou
Collection personnelle © Christian Magnanou
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lundi, 23 juillet 2007
Amonmagna (nous)

Je ne sais pas s'il a bien appartenu à Chris Amon. Ce qui est certain c'est qu'il est d'époque, je le pense de 1968 (sticker Firestone sur la visière), c'est un Bell et il a vécu... Sa décoration est juste, il y a dans la coiffe les certificats d'homologation authentiques et divers de ces années, il a servi et il porte les "stigmates" de son utilisation ! Je l'ai eu aux USA par un spécialiste qui récupère et revend "casques et autres objets du culte", garantis selon lui quant à leur origine ...
Alors j'ai la faiblesse de penser qu'il est authentique même si cela m'arrange.
Il y aurait bien eu la version du casque dérobé à Jarama en 1968 (par un jeune Casablancais inconscient qui assistait à son second Grand Prix) alors que Chris tournait la tête pour allumer une cigarette, mais ...
Peut être Chris le cherche-t-il encore ? Don't worry man, il est en de bonnes mains et il m'arrive parfois (sacrilège !) de le porter pour faire un tour en scooter, espérant naïvement qu'un fondu de Mémoire des Stands m'en fera la remarque au feu rouge...
Signé Christian Magnanou
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samedi, 05 août 2006
La casquette Goodyear de Joe Salas

Dans un de ses meilleurs romans, Outremonde, Don DeLillo raconte la seconde moitié du siècle dernier par le biais d’une balle de baseball que les protagonistes se passent de main en main, d’un bout à l’autre de l’Amérique. Nous n’avons ni la prétention ni les moyens d’exposer ici une histoire d'une telle ampleur, mais celle de la casquette Goodyear de Joe Salas peut servir de passerelle entre l’époque où elle apparaît, où les écuries comptaient sept bonshommes aussi polyvalents que dépenaillés, et l’ère cybermoderne où elle resurgit du passé, peuplée des centaines de robots masqués, étroitement spécialisés, que chaque team entretient.
Né en 1947 de l’autre côté des Pyrénées, Joe Salas est un garçon tranquille, attiré tout jeune déjà par la mécanique. Emigré à Marseille, il réalise une courte scolarité qui le mène à des études de mécanique, sanctionnées par un CAP. Il entre en apprentissage dans un garage puis l’armée l’appelle, et le libère dix-huit mois plus tard. Que faire alors ?
C’est alors qu’il répond à une petite annonce d’une boîte qui se structurait et recrutait par ce biais, Matra, pour satisfaire aux objectifs que lui avait assignés son ambitieux patron : gagner en F1 et en prototypes.
Joe est embauché en qualité de mécanicien titulaire du permis de conduire poids lourds. Il monte en région parisienne, devient mécano de course sans vraiment le vouloir, presque par hasard. Un boulot comme un autre. Il rencontre alors à Vélizy certains des gars qui comme lui poursuivront l’aventure chez Ligier une fois celle de Matra terminée, Lionel Hublet et Jacky Petit, entre autres, des types dont les noms sont moins connus que les visages qu’on aura vus durant vingt ans dans les revues spécialisées ou sur les circuits, en ce qui nous concerne. Mais nous n’en sommes pas là.
Joe est versé aux protos. On lui donne une casquette Goodyear. Il disputera les saisons 1973 et 1974, connaîtra l’ivresse du combat contre Ferrari durant la première et le bonheur d’une confirmation victorieuse l’année d’après. Tout s’arrête hélas en décembre 1974 lorsque Lagardère annonce qu’il met la clé sous la porte. Rend-il sa casquette Goodyear ou l’emmènera-t-il chez Ligier qui embauche une bonne partie de l’effectif Matra pour créer son écurie ?
A l’orée de la saison 76, il est sur la grille de départ du GP du Brésil, casquette Goodyear vissée sur le crâne car il fait chaud à faire fondre le tarmac. Comme ses copains, chez Ligier il fait un peu de tout dans les stands, mais à l’atelier il est spécialement chargé des stocks. Il doit se démerder pour qu’il y ait l’équivalent d’une voiture de rechange dans le camion qui sera véhiculé sur le prochain circuit.
Quelquefois, souvent même, c’est le bordel chez Ligier. Surtout quand le patron est là. Que Jacquot tape et c’est la guerre dans le stand 26 ; chacun des sept mécanos plonge dans le bahut pour ramener une pièce neuve à installer sur la JS5.
Joe se gratte la tête, n’a-t-il pas oublié un jeu d’ailerons avant à Abrest ? Sa casquette Goodyear est abandonnée sur le muret du stand, au Ring. C’est la panique alentour. Lauda s’est planté, il va y avoir un second départ. Une main, lentement, se coule vers l’objet tant convoité, stoppe sa progression, la reprend quand l’alerte s’estompe. Joe est occupé avec son chef-mécano Lionel. La main se referme sur la casquette et la fourre dans un sac Elf qui ne quitte jamais l’auteur du forfait.
Joe Salas cherchera en vain sa casquette Goodyear. Sans doute ne demandera-t-il une autre à Bernard Cahier, qui, attaché de presse Goodyear, les distribuait. Pour Joe Salas une casquette Goodyear sert à se prémunir du soleil à Kyalami, de la pluie à Fuji, point barre. Pour le commun des mortels, une casquette Goodyear représentait une sorte de Graal. Non vendue, délivrée au compte-goutte, on pouvait dire qu’elle installait son détenteur dans la confrérie des gens du milieu.
Nous avons récemment retrouvé cette casquette Goodyear dans le garage d’un de nos frères à qui nous l’avions donnée lorsque le démon de la course nous avait lâché à l’aube des années 80. Souillée, la garniture de mousse qui garnissait l’intérieur, arrachée, et avec elle le JOE que son premier propriétaire avait dessiné au feutre, la casquette était dans un état lamentable. Nous l’avons lavée, l’avons posée sur un présentoir à chapeau dans notre chambre, et l’avons photographiée.
C’est la casquette Goodyear de Joe Salas. Elle vaut cher, très cher. Elle a vu l’arrivée des turbos, celle de Senna, la fin des premiers et du second, l’arrivée de Schumacher et bientôt son départ, le passage de la préhistoire à la science-fiction, elle est le trait d’union entre la chronométreuse branlante sur une pile de pneus et l’informatique embarquée commandée par satellite. Elle a vécu tout cela, ensevelie sous un tas de bûches où elle a vieilli de trente ans.
Cher Joe Salas, votre casquette vous est enfin rendue. Libre à vous de la mettre en fond d’écran ou préférez-vous que nous vous expédions la vraie ?
La casquette Goodyear de Joe Salas, volée et photographiée par MdS
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