jeudi, 24 novembre 2011
Diapasons, Cromwell, ricin et bottes de paille

En cette période de l’année, deux anniversaires peuvent retenir l’attention : les soixante ans du Beaujolais Nouveau et le cinquantenaire de la présence de Yamaha en Grands Prix Moto… Laissant à chacun le soin de discourir sur les supposés arômes de banane ou de framboise de l’avatar d’AOC précité, nous préférons nous tourner vers les senteurs d’huile de ricin émanant de l’édition 2011 du Salon Moto Légende.
Ayant pris soin d’arborer pour l’occasion notre Perfecto badgé "Ace Cafe London", de rigueur pour se fondre dans la foule de dévots motorisés, nous négligerons cette année le soin d’évoquer stands de clubs, bourse aux pièces rares et démonstrateurs en produits dédiés au culte de la moto.
Il y a cinquante ans l’épopée Yamaha dans le Continental Circus commençait par un timide débarquement au Tourist Trophy de l’Ile de Man. S’il est commun d’entendre que tout motard a posé au moins une fois dans sa vie les fesses sur une Honda, Yamaha reste une icône incontournable des Grands Prix motos, particulièrement pour son emprise sur la technologie des« cylindres à trous », les moteurs deux temps aux sonorités évidentes pour une entreprise originellement destinée à la fabrication d’instruments de musiques.
Deux espaces à l’entrée du salon étaient consacrés à la marque et à son anniversaire, de manière fort partiale nous n’avons retenu que quelques machines à nos yeux emblématiques.
Pour les amoureux des "tasses à café", on reste fasciné par la finesse de la RF302 50cc de 1962 (photo d'ouverture) avec laquelle s’illustra avant d’accéder aux catégories supérieures "Little Bill Ivy" ; pilote au talent inversement proportionnel à la taille, qui avait entamé une très prometteuse reconversion sur quatre roues stoppée par un accident fatal au guidon d’une improbable V4 Jawa 500cc.

Les 250 cc sont dignement représentées par la RD05A, quatre cylindres, avec laquelle Phil Read, autre légende, devint champion du monde en 1968 avant de tenir boutique aujourd’hui dans une autre allée du salon avec des produits dérivés rappelant sa gloire passée.


Deux machines témoignent de la présence française en Grands Prix : en 1982 Jean-Louis Tournadre devint champion du monde avec la 250 TZ, à gauche, et en 1989 Christian Sarron effectua une magnifique saison, terminant 3e du championnat du monde 500cc avec l’impressionnante YZR 500.

Aujourd’hui, capitalisant sur ce passé et pour le plus grand bonheur des fanatiques nostalgiques (dont nous sommes…) la marque aux diapasons préserve cette légende avec le Yamaha Classic Service dédié aux projets de restauration.
Parcourant les allées du salon au coude à coude avec autant de fanatiques de que visiteurs, une citation du livre de Paul Ardenne [1], Moto, notre amour [2], nous revint à l’esprit au moment de partir : "Ma moto est un corps vif. Elle est mon corps, je suis le sien. Nous communiquons, nous nous comprenons. Nous endurons ensemble et devenons solidaires, amis, amants".
Salon Moto Légende . Parc Floral de Vincennes . 18-20 novembre 2011
www.salon-moto-legende.fr
Christian Magnanou
[1] http://paulardenne.wordpress.com
[2] ARDENNE (Paul).- Moto, notre amour. Ed. Flammarion, Paris, 2010, 235 p., 17,00 €
Images © Christian Magnanou
10:10 Publié dans Mauto, Salons, expos, musées | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note
| Tags : 2011, moto, salon moto legende, paul ardenne |








Commentaires
Une petite précision, la 250 TZ de Jean Louis Tournadre est sur la photo de droite et la YZR de Christian Sarron sur celle de gauche, pourtant tout a été fait pour éviter le Beaujolais Nouveau ...
Écrit par : Christian Magnanou | jeudi, 24 novembre 2011
Sieur Magnanou... hips... nos amis motards auront rectifié d'eux-mêmes... hic... zut elle est vide !
Signé un TTDCB qui attend avec impatience la bière de Noël
Écrit par : Patrice Vatan | jeudi, 24 novembre 2011
Enfin de belles motos sur mds! Merci Christian pour ce reportage et ce rappel sur Bill Ivy , un des très rapides. Reste à nous faire plasir avec toutes les autres: Kawazaki, Honda, les fulgurantes tasses à café Kreidler et Bultaco indissociable de Ramon Torras !
La marque tchèque Jawa a effectivement sorti des engins bizarres :
J'avais déniché dans une arrière cuisine (sic!) de la campagne picarde une 500 bicylindre 4 temps ACT de 1952. Même pas besoin de discuter, le propriétaire me la laisse pour une bouchée de pain. Avec mon ami et âme damné Hervé sur sa Matchless 650, nous partons plein pot: le 500 envoyait pas mal dans un grondement superbe. Pas contre, l'angle de chasse avait du être calculé par des kamikazes: impossible de rouler sous les 10 km-h sans mettre pied à terre! Ca ne me dérangeait pas trop, je n'aimais pas rouler sous les 10 km-h.
Quand, après 40 km à fond ou presque (Hervé et sa 650, fallait suivre!) , le moteur de ma Jawa perd subitement ses chevaux, genre serrage: on s'arrête, le twin ACT est bouillant. Vérification, niveau d'huile OK et retour au ralenti chez l'ex propriétaire . Il nous attendait!
"Ca fait 3 fois que je la vends, 3 fois qu'elle revient. Cette fois, c'est la ferraille!"
Il e rembourse et nous explique le problème insoluble: l'ACT est commandé par arbre et vis sans fin en bronze sur pignon acier d'où surchauffe automatique.
(En relisant, je me rends compte qu'alors, les motards étaient passionnés de mécanique...)
On est reparti à deux sur la Matchless, la 500 Jawa a disparu chez un ferrailleur.
Elle était pourtant très belle et sonnait superbement. Mais à 19 ans, on est rarement nostalgique.
Écrit par : guy dhotel | jeudi, 24 novembre 2011
La devise de Yamaha pourrait être "Qui va piano ..." La première moto que j'ai voulu acheter après mon permis, la XS 1100 avec cardan (pas si fréquent à l'époque) que je n'achèterai d'occasion que bien plus tard... Ça valait peut-être mieux !
Merci aussi pour avoir évoqué Bill Ivy.
Écrit par : Marc Ostermann | vendredi, 25 novembre 2011
Christian, pourrais tu nous en dire plus au sujet de Jean Louis Tournadre. Je me souviens de sa saison exceptionnelle et de son titre puis. Je l'ai croisé au Volant Marlboro 1983 puis je n'ai plus jamais entendu parler de lui.
Écrit par : Olivier ROGAR | dimanche, 27 novembre 2011
Effectivement, merci d'avoir évoqué le très grand, par le talent, Bill Ivy. Mais la machine n'était pas une 500 mais une 350. Cette machine n'avait rien d'improbable, elle était même très performante malgré un grand retard de développement. En effet, avant d'être engagée en GP entre les mains expertes de "Little Bill", elle avait subi une longue période (un à deux ans) de déverminage et mise au point, à rythme lent. Et nous touchons là le point critique. cette machine à la conception d'avant-garde, quatre cylindres deux temps en V, à distributeurs rotatifs, ne bénéficiait pas des matériaux ni des équipements nécessaires à un engin aussi évolué. La raison n'en était pas une coupable négligence ou une quelconque incompétence des ingénieurs et techniciens Tchèques. En fait, comme MZ, Jawa souffrait du niveau de technologie disponible pour cet usage de son coté du Mur. Du coup, l'engin manquait cruellement de fiabilité. C'est ainsi que dans un tour lent, vraisemblablement pour rentrer au paddock, le moteur serra. Comble de malchance, à ce moment, déconcentré, Bill Ivy ne tenait pas son guidon de la main gauche, il la portait à sa tête, sans doute pour rajuster son casque ou ses lunettes. Si la vitesse était lente pour un tour sur circuit, elle restait assez élevée dans l'absolu, le serrage fut brutal, et l'infortuné pilote n'eut pas le temps d'empoigner son levier d'embrayage pour éviter le blocage de sa roue arrière, d'où mauvaise chute. C'est ainsi que nous a quitté un très grand pilote, qui plus est un homme bien.
Écrit par : pilote91 | mardi, 27 décembre 2011
Merci pour ces précisions intéressantes autant pour la Jawa que pour la fin de Bill Ivy.
Écrit par : Marc Ostermann | mardi, 27 décembre 2011
Merci pour cet éclairage autorisé sur les circonstances fatales de la chute de "Little Bill", il s'agissait bien sûr de la Jawa 350 V4 type 673; par le qualificatif d'improbable j'ai souhaité signifier sa particularité conceptuelle par rapport aux autres machines du Continental Circus à cette époque.
Écrit par : Christian Magnanou | mardi, 27 décembre 2011
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