vendredi, 04 novembre 2011

La légende menacée

Charade 1 .jpg


Mon premier dure du 1er janvier au 31 décembre. Mieux vaut éviter de se retrouver dans mon deuxième. Mon troisième comporte soixante minutes. Mon tout est malheureusement universel et sévit parfois là où on ne l’y attend pas… [1]




Henri concocta cette petite devinette communément appelée "charade" au moment où il remontait dans sa voiture garée dans une petite rue de Ceyrat. Il repensait avec une certaine incrédulité à ce type qui l’avait abordé sur le trottoir il y a dix minutes et qui lui avait demandé de signer la pétition : "Vous qui êtes du coin comme nous, vous ne pouvez pas rester indifférent à ce problème qui nous agresse quotidiennement", qu’il lui avait dit d’un ton se voulant persuasif mais où perçait plus de la hargne qu’autre chose. Sa tête lui disait vaguement quelque chose, il avait dû le croiser dans quelque réunion au sujet du "problème" justement… Oui, oui, il s’en rappelait maintenant. Ce type habitait sur les hauteurs de Champeaux, dans une maison qu’il avait faite bâtir il y a quelques petites années de cela. C’est ça, il le situait bien maintenant : un des plus enragés de "la bande". Et il avait le culot de lui demander, à lui qui avait vu naître ce lieu de légende, de signer l’arrêt de mort du circuit de Charade !

Charade 2 .jpgHenri se rappela ce matin d’octobre 1957 où son père l’avait emmené voir le chantier de ce nouveau circuit automobile qu’on était en train de construire à deux pas de leur maison familiale de Thèdes. Les pelleteuses et les bulldozers en action déblayaient dans un vacarme étourdissant des monceaux de terre sur un tertre qui prendrait bientôt le nom de leur village. Il n’était qu’un gamin à l’époque mais suivait déjà les exploits de ses héros. Surtout de celui qui était de la région, qui s’était hélas tué l’année précédente sur sa Ferrari du côté de Paris. Aussi son cœur cognait fort dans sa poitrine à la vue de cette activité débordante annonçant la venue prochaine dans la région de toutes ces voitures de course qui le faisaient rêver. Dès lors, il enfourchait sa bicyclette à la moindre occasion pour aller voir "l’avancement des travaux". Et quand le 27 juillet 1958, il se présenta à l’entrée du circuit aux côtés de ses parents et de son frère, il fut persuadé que les rêves pouvaient parfois se réaliser.

Charade 3 .jpgCette journée devait rester gravée à tout jamais dans sa mémoire. C’était la toute première course sur ce circuit tout neuf, il faisait beau, il y avait plein de monde et il voyait enfin de près ces bolides dont il possédait certains exemplaires… sur l’étagère au-dessus de son lit. Des Ferrari surtout. Et il y en avait un paquet d’inscrites dans la course des 3 heures ! Henri crut bien qu’elles allaient gagner. Mais, pour sa plus grande déception, c’est une petite auto anglaise verte qui s’imposa au finish devant quatre voitures italiennes. Son frère fit un peu le malin en lui apprenant que c’était une Lotus. Jamais entendu parler ! Il se consola avec la victoire en Formule 2 de son idole qui avait gagné au Mans et à Monaco. Il eut même le bonheur de pouvoir lui serrer la main dans le paddock où son père avait quelques entrées ! Il était comme sur les photos dans le journal, avec son petit bonnet à pompon sur la tête et de belles lunettes de soleil. Il lui demanda même avec son accent si prononcé : "Alors petit, ça te plaît toutes ces autos" ? Ah là là, si ça lui plaisait !... 

Charade 4 .jpg

Tout en remontant la petite D767 en forêt, Henri essaya de se remémorer le nombre approximatif de courses auxquelles il avait pu assister sur ce bon Dieu de circuit. Impossible, tellement il en avait vu. Seul son emploi du temps scolaire l’empêchait d’être aussi présent qu’il l’aurait voulu sur les talus surplombant la piste, mais même du temps de la stricte pension à Clermont, il s’arrangeait toujours pour revenir chez lui pour les "grandes occasions". Quitte à poser le thermomètre sur le radiateur pour un "rapatriement sanitaire d’urgence"…

Charade 5 .jpgIl voulait voir tous les grands courir à Charade, toutes les voitures. Il suivait les Sport, les F2, les GT, le Tour Auto. Même les courses de moto, où il découvrit un beau jour de 1963 un jeune pilote clermontois sur une petite Benelli 50 cm3 qui se ferait un sacré nom une dizaine d’années plus tard en Formule 1. Et quand celle-ci vint pour la première fois en 1965, il lui fut impossible de louper Clark, Hill, Stewart, Surtees ou bien encore Ireland, celui qui avait précisément gagné il y a sept ans sur cette fameuse Lotus. Cette journée inoubliable se solda par dix jours d’arrêts pour n’avoir pas rallié sa caserne de Trèves en temps et en heure, mais qu’importe : il était conscient d’avoir assisté à un grand événement à Charade.

Henri longea les maisons nouvelles de Champeaux situées non loin de l’épingle du même nom sur le circuit, et jeta un œil torve à l’une d’entre elles. Tiens, ben justement, il habite là, l’autre apôtre qui s’énerve contre le circuit ! Il fut alors submergé par une bouffé de mélancolie soudaine.

Charade 6 (1).jpgCe beau circuit, qui aurait du prendre place pour l’éternité aux côtés des tracés de référence comme le Ring, Brands, Spa ou Zeltweg, était actuellement dans une situation proche du deuxièmement de sa petite devinette. Il fallait malheureusement reconnaître que Charade était passé à côté d’une grande carrière. On lui enleva d’abord la F1, puis les Sport, puis on voulut le tuer une première fois dans les années 70. Contre vents et marées, le projet d’un circuit permanent fut adopté et le nouveau tracé vit le jour en 1989.

Henri se rappelait encore de l’inauguration en septembre de cette année-là : les plus grands étaient venus, Fangio, Moss, Brabham, Trintignant (à qui Henri alla serrer la paluche en lui rappelant l’enfant impressionné qu’il était trente ans plus tôt), Ireland (celui à la Lotus verte !), Manzon, Amon. Les grosses huiles locales étaient là, il y avait même une ministre. Pas de doute : l’avenir ne pouvait que s’annoncer radieux. Même amputé de certains de ses passages historiques, Charade restait un écrin exceptionnel dans lequel les plus belles autos de course s’exprimeraient au mieux dans des conditions de sécurité maximales.

Charade 7 (1).jpg

Las ! Les épreuves sportives se sont au contraire raréfiées au fil des ans et aujourd’hui, le circuit n’a plus droit qu’à dix malheureuses journées estampillées "bruit". Soit trois week-ends de course, plus une journée réservée au Tour Auto lorsqu’il passe par l’Auvergne. Une misère ! "La bande des 19", comme les appelle Henri c’est le nombre de plaignants regroupés dans cette action, a même réussi à faire effectuer des relevés sonores lors de ces journées pour essayer de prouver la nuisance subie. Écœuré, Henri a vu certains de ces enragés sortir sans vergogne leur tronçonneuse le dimanche pour débiter du bois non loin des sonomètres utilisés, histoire de corser un peu plus la note ! Du coup, il a adhéré à l’association de défense du circuit pour apporter sa contribution modeste à la lutte contre la connerie humaine [2]. Parce que c’est finalement ce qu’il lui a rétorqué au zozo qui voulait lui faire signer la pétition et qui n’était pas né lorsque le circuit fut construit : personne ne l’avait forcé à acheter ce terrain. Aurait-on idée de s’arrêter devant sa maison pour se reposer et d’entrer pour demander de baisser le volume de la télévision ?

Charade 8 (1).jpg




Pierre Ménard



[1] Solution de la charade : cherchez un peu… 
[2] www.pour-charade.fr




Photos © Pierre Ménard

1- Charade, panneau village
2- Muret virage Manson
3- Golf
4- Gravenoire
5- Champeaux
6- Septembre 2011 Trophée Historique
7- Septembre 2011 Trophée Historique Petit pont
8- Septembre 2011 Trophée Historique épingle Marlboro

Commentaires

Bonjour !

Superbes note et photos ; solution de la charade : AN MERDE HEURE !

Bien sportivement ! Philippe Vogel

Écrit par : Philippe Vogel | vendredi, 04 novembre 2011

Les triples A (Amateurs Auvergnats d’Automobiles) vous remercient, Pierre, pour cette note nostalgique et militante, sus aux emmerdeurs et aux Khmers verts.

Écrit par : gianpaolo | vendredi, 04 novembre 2011

Une histoire malheureusement commune.

Allez sur un circuit Français, rencontrez son patron et ils vous racontera toujours la même chose. L'association de "riverains" venue de nulle part, qui se plaint que le circuit fait trop de bruit. Et des pressions, toujours plus intenses.
Les politiques se couchent face à ces "riverains", imposent des audits, des murs anti-bruits, restreignent l'utilisation, etc.

A Flins, les écolos se vantent d'avoir fait capoter le projet. Sur un site où des dizaines de personnes pourraient travailler, un unique agriculteur fait du bio.

C'est pas demain que la France va récupérer son Grand Prix...

Écrit par : Joest | vendredi, 04 novembre 2011

L’atrabilaire est universel. Je me souviens d’un exemplaire surexcité, faisant irruption dans le hangar de l’aérodrome de Chavenay ou œuvraient à la conservation du patrimoine volant quelques fanatiques dont je faisais partie. Il se mit à éructer sur les « ordures volantes » aux commandes de « moteurs en échappement libre », pollueurs du Ciel et de la Terre, qui osaient lui pourrir ses week-ends. Il oubliait que l’aérodrome de Chavenay existait déjà en 1914, alors que lui-même peuplait le néant, dont il n’aurait jamais dû sortir. Cet odieux personnage voulait sans doute faire son barbeuk’ sardines-merguez dans son jardin, sans être survolé par des machines dont il était incapable de comprendre le fonctionnement. Depuis trente ans, la société française est entrée dans l’individualisme forcené, la négation de l’empathie et de l’altérité. Ce que je regrette amèrement…
Postscriptum 1: l’individu dont il est question ci-dessus fut vidé du hangar à coups de pompe au cul.
Postscriptum 2 : j’ai pris ma cotise à l’assoce.

Écrit par : JaC | vendredi, 04 novembre 2011

@ Pierre Ménard : Merci,Pierre,pour ton sujet,bien écrit,rempli de nostalgie. Quelqu'un a dit,
un jour : "la connerie humaine est un réservoir inépuisable..". Tu le démontres,une fois de
plus,hélas ...
Mon souvenir de Charade : le millésime 1972(où je n'étais pas grand !!)qui vit Chris Amon,
en état de grace ,rater la victoire au volant de notre F1 "Bleue" par la faute d'un
minuscule gravillon. Le Néo-Zélandais repartira le "couteau entre les dents",mais..trop tard.
Ce fut,également,une grande "première" pour un "autochtone" prometteur au sein de
l'écurie de "Uncle Ken". La suite,tu la connais ...
Je peux comprendre un certain "agacement" des riverains,mais pas l'imbécilité !! Car,ils ont
oublié que la création du circuit de Charade engendra de nombreux emplois,sans compter
les retombées auprès des commerces locaux.
Voilà.Encore merci.Bien à toi.

Écrit par : Michel LOVATY | vendredi, 04 novembre 2011

Sujet ô combien sensible devant lequel il est difficile de garder son calme...

Ne cherchez pas plus loin devant tant de hargne, ce que cherchent nombre de "riverains", c'est le bon coup immobilier où l'on fait construire pour pas cher à cause du circuit et où on veut revendre très cher parce que le circuit n'est plus...

Regrettons le silence des Automobile Club, de différents organismes économiques, sportifs ou touristiques et de certains élus pourtant amateurs de la cause automobile et voilà comment un monument du sport automobile peut se voir clouer le bec par une association qui ne représente qu'elle même... Ajoutons dans le cas de Charade un véritable Clochemerle...

La bonne nouvelle c'est que le Tour Auto y passe l'an prochain.
C'est déjà ça de gagné !

Écrit par : era | vendredi, 04 novembre 2011

Il n'est pas dans mes habitudes, bien que lecteur assidu de mds ,de commenter les écrits érudits et talentueux des contributeurs de la rédaction, mais la , une bouffée de nostalgie aidant j'ose jeter ces quelques mots :Je fais partie de la génération du demi-siècle, qui fin des années soixante , puis soixante dix s'est passionnée pour
les engins à moteurs, contemporains ou historiques. Natif d'Aubusson mes loisirs d'adolescent et
jeune homme m'ont conduits à suivre rallies et compétitions diverses. J'ai vu naître et grandir
Le Mas du Clos ( lui aussi mis à mal depuis quelques années ) et assisté à mes premiers GRAND-
PRIX, auto et moto sur le mythique CIRCUIT DE MONTAGNE D'AUVERGNE . Que de souvenirs,
d'odeurs (l'huile de ricin , la gomme chaude;"l'odeur des circuits"ces années là , de bruit , pardon MUSIQUE,
quand Jean-Pierre Beltoise et Henri Pescarlo enchaînaient les tours le museau de la monoplace
de l'un dans la boite de vitesses de l'autre, rétrogradant au dixième de seconde au même endroit, tangentant le même point de corde, le Matra hurlant de ses douze cylindres à travers des tuyaux d'orgue accordés à 12000 ! Et la descente de Gravenoire, ou la sirène
de G Martin, amplifiée et réverbérée par la paroi nous mettait en transes.Voilà , nostalgie, nostalgie...la roue a tournée et j'assiste toujours avec plaisir aux épreuves commémoratives ou historiques organisées à CHARADE! et retrouve des passionnés comme vous, MERCI!
Charade et le Mas du Clos doivent vivre , ils sont notre patrimoine!!!

PS: En passant petite réflexion écolo; un patrimoine bien moins nuisible et encombrant que celui dont vont hériter les générations futures, avec les centrales nucléaires crédibilisées par
la soif du toujours plus...

Écrit par : Jean-Pierre Simon | vendredi, 04 novembre 2011

Parfait, comme toujours, notamment ces photos qui montrent avec justesse ce qu'était ce circuit. Je suis passé sur ces routes l'été dernier, et même au volant de mon bon diesel, la sensation de vitesse était bien là, comme l'excitation. Je retrouve tout ça dans vos beaux noir-et-blancs.
Permettez-moi tout de même de rester un peu hermétique face au couplet anti-écolo de rigueur ("lutter contre la connerie humaine", bon, très bien) et de rappeler que les conflits de ce genre sont toujours très polarisés. C'est blanc contre noir. Comment peut-on s'en sortir comme ça?
Mais oui, en effet il serait triste que cette piste magnifique, à l'histoire bien trop courte, disparaisse.

Écrit par : ferdinand | vendredi, 04 novembre 2011

Bravo pour cet hommage à la mémoire du circuit et au sport automobile.
Vive Charade et ses défenseurs.
Moi-même utilisateur à l'occasion de roulages club avec une auto non bruyante mais d'époque (OPEL Commodore A coupé 1970), je peste contre ces individus qui construisent à côté d'installations et viennent se plaindre après des nuisances.
Courage l'association pour Charade.
Gilles

Écrit par : comoav8 | vendredi, 04 novembre 2011

Bonjour,

J’ai assisté à deux grand prix moto à Charade en 1972 et peut être 1973 et l'irréelle sonorité des machines 3 et 4 cylindres MV Agusta demeurent ce que j’ai entendu de plus beau produit par un engin à pistons multiples, raisonnant dans les entrailles de ce cadre merveilleux, ultime témoin de ce qu’étaient autrefois les temples des sports mécaniques. Reims, les Essarts et dans une moindre mesure Montlhéry sont déjà passés à la trappe. Maintenant, quelques progénitures de notre moderne société, adeptes de ces lotissements qui continuent de défigurer le peu qu’il reste de campagne et amateurs de ces temples de la consommation que l’on appelle centres commerciaux, s’attaquent avec leur brevet de citoyenneté autoproclamée à un édifice qui, comme le château de Versailles ou tout autre symbole évident d’un segment de l’Histoire constituent ce que l’on appelle un héritage. Era a bien raison. Aujourd’hui, le marché de l’habitat est souvent guidé par quelques particuliers qui s’improvisent marchands de biens ou agents immobiliers, avides de quelques plus-values substantielles. Ce navrant constat est à l’image du reste et de la constante démobilisation pour les choses de l’esprit. Car la mémoire fait bien partie de la conscience qui se devrait d’être collective. Mais, celle ou celui qui n’a pas de passé n’a pas de mémoire !

Écrit par : Daniel DUPASQUIER | vendredi, 04 novembre 2011

Dans la bible il est dit qu'il faut aimer les autres pour leur différence.
Et monsieur Apôtre de Champeaux est différent. C'est peut-être lui qui a raison.
L'époque n'est plus où on pouvait faire du bruit, polluer, gêner ses voisins.
Tourner en rond avec une auto qui fait beaucoup de bruit pour aller nulle part
est quand même puéril.
Tout ça pour défiler entre deux haies de jeunes filles dénudées et rejoindre un podium
sur lequel on va gaspiller du champagne sous prétexte qu'on a fini premier.
Les manifestations historiques à basse vitesse ou statique c'est bien.
On y voit le patrimoine, on peut y promener son chien le dimanche sans risque.
Laissons les vrais circuits bruyants et malodorants s'exiler dans les émirats, au milieu
des déserts où ils ne gênent personne.

Écrit par : L'étroit mousquetaire | samedi, 05 novembre 2011

Vous avez bien raison, Etroit Mousquetaire : tourner en rond pour aller nulle part est totalement puéril. De même que se disputer un malheureux ballon sur un près strié de lignes blanches est imbécile : il suffirait de leur acheter à tous un ballon et on en parlerait plus !

Écrit par : Pierre Ménard | samedi, 05 novembre 2011

@"L'étroit Mousquetaire": Si tu veux,je peux te communiquer les coordonnées d'un
excellent psychiatre...s'il n'est pas trop tard !!!
PS: Tu n'aimes pas les jeunes filles dénudées ???

@ Pierre Ménard : Entièrement d'accord avec toi !

Écrit par : Michel LOVATY | samedi, 05 novembre 2011

Pierre Ménard; dans le jeu de ballon, il y a la dimension humaine, la tactique, les échanges
avec les coéquipiers mais aussi avec le public dans les tribunes.
On y ressent aussi le suspens, l'émotion : si François Trinh Duc réussit la transformation l'équipe de France est championne du monde...

Mais cette note est plaisante, au départ j'ai cru reconnaître le style du TTDCB.

Michel LOVATY, j'imagine que cet excellent psychiatre c'est le vôtre ?

Cela dit, la formule 1 s'honorerait à abandonner cette tradition de mettre en valeur ses pilotes en
les entourant de filles dénudées, même quand il pleut et que tous le monde porte une doudoune.
L'image de la femme en 2011 mérite mieux.
Aimeriez-vous voir votre fille ou votre petite amie ainsi reléguée au rang de potiche et de
faire valoir de sportifs masculin ?
La question n'est pas d'aimer ou non les filles dénudées, mais des conditions dans lesquelles
on les dénude.

Écrit par : L'étroit mousquetaire | samedi, 05 novembre 2011

Belle note. Mais sait-on que ce circuit qui lutte pour sa survie a failli ne jamais voir le jour ?

En 1956, le tracé trouvé par Jean Auchatraire et Louis Rosier traversait les villages de Thèdes et de Manson. Or, depuis la catastrophe du Mans en 55, le voisinage d’habitations en bordure de circuit est formellement interdit. (Ça nous ramène à la note !)
A cette époque, le « Monsieur circuit » en France est Raymond « Toto » Roche, qui préside avec efficacité les destinées du circuit de Reims. Il est réputé pour sa forte personnalité, et pour un solide coup de fourchette qui n’est pas sans influencer son profil.
Lorsqu’il vient visiter le site de Charade, il est immédiatement conquis par le tracé montagnard. Mais hors de question de traverser des villages. Durant toute une matinée, il cherche en vain une solution pour les éviter.
Jean Auchatraire raconte la suite : « Une anecdote va se révéler déterminante pour la suite des événements. Raymond Roche jetant un coup d’œil sur sa montre nous déclare qu’à son avis il est inutile de poursuivre la visite et nous suggère de poursuivre notre entretien après le déjeuner. Il était alors très précisément 12 h 20 et nous étions arrêtés à quelques mètres du carrefour de Champeaux, et ma voiture avait été garée direction Thèdes. Sur le point de monter en voiture je dis à Raymond Roche : « Si vous permettez, j’aimerais vous montrer ce qui aurait constitué un parcours idéal mais hélas, il faudrait traverser deux villages ». Sa réponse fut assez vive et formulée à peu près sous cette forme : « Mon cher Auchatraire, ne perdons pas notre temps à voir des choses irréalisables, nous avons assez à chercher des solutions acceptables. Par ailleurs, il est 12 h 20 et c’est l’heure d’aller « bouffer », alors si vous le voulez bien, filons ».
J’ai réalisé plus tard que si ma voiture avait été orientée vers la descente de Gravnoire, j’aurais sans doute gagné la ville directement, mais fort heureusement elle était braquée sur Thèdes. Je transgressai donc (mais sans effectuer un demi-tour sur une route qui eut été incorrect) le désir de rentrer au plus vite et je pris la direction de Thèdes en lui disant : « vous voyez, cela ne nous détourne pratiquement pas et nous allons passer sur le secteur dont je vous ai parlé ». Il se plut alors à souligner mon entêtement. Mais son attention fut immédiatement accrochée. A peine étions-nous sortis de Manson qu’il me demande de revenir à notre point de départ et de refaire le parcours : il m’arrêta au pied du tertre de Thèdes, descendit de voiture et je l’entends encore me dire après quelques instants de réflexion : « Auchatraire, inutile de poursuivre plus longtemps. Ce qu’il faut, c’est un raccordement qui passe au dessous des villages et rejoigne la route de Manson-Charade et là vous avez un circuit formidable. »

Charade était né. Si la voiture d’Auchatraire avait été garée dans l’autre sens, Toto Roche serait allé déjeuner et ce circuit exceptionnel n’aurait pas vu le jour.
Comme quoi, ça peut tenir à pas grand-chose.

Je tire ce récit d’un livre qu’il faut absolument lire : « Charade, le plus beau circuit du monde » de Patrice Besqueut.

Écrit par : Christian Burdet | samedi, 05 novembre 2011

Exact Christian, ce livre devrait être en bonne place dans la bibli d’un honnête homme, lecteur de MdS.
Il est très complet, plein d’anecdotes telles que celle que vous citez. De plus il donne d’une manière exhaustive un compte rendu et les résultats de toutes les courses qui ont eue lieu a Charade de la 1ere, les 3 Heures d’Auvergne le 27 juillet 1958 a la dernière les Trophées d’Auvergne le 26 juin 1988 sur le Grand Charade et de manière plus succinte celles de 89 a 99 sur le 4 km.
CHARADE « Le plus beau circuit du monde » 1958-2002 de Patrice Besqueut.
Editions du PALMIER ISBN : 2-914920-06-7
Avec en couverture un beau dessin de Geo Ham

Écrit par : gianpaolo | dimanche, 06 novembre 2011

On le trouve dans toutes les bonnes librairies auto et sur le site des Editions du Palmier au prix raisonnable de 30 €.
A noter qu'on trouve également un DVD sur les premières courses à Charade.
Allez, un peu de pub pour le Palmier, ils le méritent bien :
http://www.editions-palmier.com/les-circuits,fr,3,211.cfm

Écrit par : Christian Burdet | dimanche, 06 novembre 2011

Le jour où on légifèrera pour imposer dans les compromis de vente un "diagnostic de nuisances sonores" qui constituera une information tangible et par la même, une preuve de la préexistence de la nuisance avant l'achat d'un terrain / d'un bien immobilier par qui que ce soit, on aura mis en place les moyens de se défendre de ce fléau que sont les lobbys locaux qui agissent avec la complicité de fait des élus locaux, trop avides des votes de leurs administrés.
Ne rêvons pas, hélas...
Dans le même registre moteur mais cette fois-ci celui de l'aéronautique, je crois savoir que l'aérodrome de Toussus le Noble est également confronté à des problèmes de ce type...

Écrit par : Pierre V. | dimanche, 06 novembre 2011

Entre 1956 et 2010 la population française a augmenté de 50%. La campagne a changé d'habitants en devenant banlieue de la ville. Les circuits, aérodromes qui étaient construits largement à l'écart des habitations se retrouvent à proximité. Source de nuisance pour toutes les bonnes âmes qui s'y installent en connaissance de cause puis entrent courageusement en rebellion en signant les pétitions de l'air du temps - on dit "politiquement correct" - . ( En passant : les pétitions sont d'ailleurs généralement "contre" rarement "pour"). Les grands circuits comme le Ricard ou Magny Cours sont construits largement à l'écart de tout, ce qui a sans doute causé la perte de Magny Cours, faute d'infrastructures. Il ne doit plus y avoir beaucoup de projets de circuits à la campagne en Europe...
Mais quitte à faire du bruit, autant en faire où il y en a déjà : en ville ! Comme au bon vieux temps...
Merci pour cette belle note Pierre.

Écrit par : Olivier ROGAR | lundi, 07 novembre 2011

Il faut tout de même apporter une précisions : contrairement à une idée reçue, il n'y a jamais eu autant de circuits en France . Et le nombre de créations de nouveaux circuits n'a jamais été aussi important que ces dernière années.
Le site "pilote du dimanche" en recense actuellement une cinquantaine :
http://www.pilotedudimanche.net/circuits-automobile-france.html

Écrit par : Christian Burdet | mardi, 08 novembre 2011

Excellent billet qui ne fait que refléter l'opinion de nombreux passionnés. L'association "Pour Charade" a le mérite d'avoir vu le jour dans un contexte aussi exécrable, mais quels sont ses pouvoirs à s'opposer aux riverains et politiciens mécréants et avides de profits personnels. Et, puis, pourquoi si peu d'auvergnats à s'indigner face à l'agonie d'un circuit légendaire qui n'en finit pas...Les commentaires de L'étroit mousquetaire sont édifiants mais reflètent bien la connerie ambiante. Vivement un vaccin comme pour la grippe. Quant aux filles dénudées sur les grilles de départ F1 ou autres, elles sont rémunérées et aiment çà. On voit pire dans certains programmes TV qui font péter l'audimat...

Écrit par : Tripmaster63 | jeudi, 10 novembre 2011

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