jeudi, 21 janvier 2010

Un Ricard sinon rien #01/07

 ambiance1.jpg


Olivier Rogar est le type même du lecteur modèle. Qu'est-ce qu'un lecteur modèle ? Un lecteur modèle lit MdS tous les jours, même le samedi, jour le plus creux en terme de fréquentation, se souvient de sa vieille boîte de diapos croupissant au grenier, en scanne le contenu et l'envoie à son blog favori assorti d'un texte passé au correcteur d'orthographe. Alors le lecteur modèle se hisse au rang de contributeur. 





lotus1.jpgNovembre 1979, Paul-Ricard.  Etudiant en première année de médecine à Marseille, je m’ennuie ferme. L’Equipe parle des essais hivernaux de F1. Je ne résiste pas à la tentation, enfourche ma 125 DTmx et "monte" au Ricard ! Fatale erreur, je ne serai ni médecin… ni pilote… mais les images que je vous livre 30 ans plus tard sont celles d’un intense bonheur, celui qui donne le sentiment de vivre sa vie. La passion était sans entrave : entrée du circuit, entrée du paddock, je laisse ma moto et me dirige timidement vers la barrière de l’entrée des stands. Le préposé me regarde d’un œil morne. Je passe. Pas un mot. Pas un geste. Aucune main pour me ramener dans le vrai monde. Moi et mon Nikkormat sommes au paradis !





01 - Ambiance et technique




La compétition reste la compétition et les pilotes, des compétiteurs nés. 1979, 1950 ou aujourd’hui, cinq générations d’entre eux peuvent se parler, se comprendre et se respecter. Je vois les pilotes en essais se parler, au-delà de leur propre écurie. Au-delà de leurs nationalités. Et ces héros qui m’intimident semblent accessibles. 

ambiance2.jpg

Gilles Villeneuve pose avec des enfants, puis attrape une corde, se fait un lasso et montre à Jean-Pierre Jabouille comment on s’en sert… 

ambiance3.jpg

Patrick Depailler nous montre le moteur de son Alfa Roméo turbo coupé de fonction… Jean-Pierre Jabouille, au moment de quitter le circuit, se fait piquer les clés de sa voiture de location par une accorte groupie qui lui fait du chantage au bisou … Je m’équipe pour reprendre ma moto, il me voit et se marre. John Watson ne se souvient plus avec quelle voiture de location il est arrivé et fouille le parking à une époque où les télécommandes et les feux clignotants relèvent encore de la science-fiction. Ces héros sont des hommes, et des hommes simples pour la plupart. D’ailleurs leur environnement est plutôt précaire et spartiate. Pas de motor home extravagant pour les debriefings, Nelson Piquet et Gordon Murray sont tranquillement installés dans leur stand en béton brut. 

ambiance4.jpg

Et côté mécaniciens, poser un V8 DFV Cosworth sur un pneu GoodYear pour le régler avant de l’installer dans la F1, est une pratique courante. 

ambiance5.jpg

Elle permet d’admirer ce magnifique moteur qui ressemble encore à un moteur et de le photographier, net de tout périphérique.

ambiance6.jpg

Les coques sont encore en alu nid d’abeille, 

ambiance7.jpg

et les instruments sont encore sur les tableaux de bord ! 

ambiance8.jpg

Une chose existe déjà qui a tendance à énerver un peu : la privatisation du circuit ! Un matin, ayant pris quelque assurance, je me présente devant la Direction de course mais la barrière est baissée. Fausse manœuvre ? Du tout, on me dit que Williams a loué le circuit pour des essais secrets. Pas de visiteurs pendant x jours. Je me rabats sur les escaliers à l’arrière des stands. Je monte sur la magnifique terrasse du Ricard. Et je me poste au dessus du stand Williams qui étrenne sa nouvelle FW 07 à effet de sol. Cette auto est fine, sobre, bien décorée avec le dessus de ses pontons vert bouteille (ou BRG ?). Comprenant que Williams souhaite tester discrètement une quelconque innovation, j’observe mais ne fais pas de photos. Je vois alors Franck Williams s’écarter de son stand, venir au milieu de la voie et, levant la tête, me désigner du doigt…Aie… il n’a pas l’air d’être content. Puis il retourne dans son stand. Dont act. Ah non tiens ! derrière moi, sur la terrasse, un vigile avec un berger allemand… il s’approche. Je ne bouge pas. Il me fait le résumé de la situation… et me demande mon, appareil photo ! Ça pas question ! Malgré cette entrée en matière, curieusement il est beaucoup moins - comment dire – primaire – que la moyenne des vigiles et accepte le fait que je n’ai pas pris de photos, le compteur de mon Nikkormat étant à zéro. Les Williams seront championnes du monde cette année-là pour la plus grande tristesse des podiums qui du fait du sponsor saoudien de cette écurie ne seront plus arrosés au champagne ! En fin de journée une moitié des stands est libérée mais derrière les barrières, Alan Jones est toujours prisonnier du "secret" ! 



Olivier Rogar



A suivre...



02 - Lotus
03 - Piquet, Fittipaldi
04 - Jabouille, Laffite, Depailler
05 - Prost
06 - Villeneuve
07 - Inclassables et épilogue



Images
© Olivier Rogar

Commentaires

On s'y croirait, merci encore pour ces photos, encore !!!

Pour info c'est là-bas et à la même époque (octobre je crois) que Nigel Mansell a effectué un test déterminant pour son avenir avec Lotus ;)

Écrit par : King Nigel Mansell | jeudi, 21 janvier 2010

Reportage fort sympathique depuis les coulisses...On en redemande!

Écrit par : f.coeuret | jeudi, 21 janvier 2010

Un reportage de condensé de passion qui fait plaisir à lire. Merci Olivier.

Écrit par : guy dhotel | jeudi, 21 janvier 2010

Tu as tout à fait raison King. La photo sera dans le chapître Lotus. Elle date de novembre 79. Mais Mansell n'a pas couru tout de suite pour Lotus. Je me souviens être entré dans les stands de Brands Hatch en juillet 1980 pendant le GP. J'ai ensuite regardé le GP depuis Paddock Bend, mais à l'intérieur du virage, côté stands. Assis dans l'herbe comme moi, juste devant il y avait Mansell et Teddy Yip.

Écrit par : Olivier | jeudi, 21 janvier 2010

Hâte de voir ça alors, et merci encore de partager ces formidables documents !

PS : Nigel a débuté au GP d'Autriche en août 80, il était toutefois intégré à l'équipe comme pilote de réserve d'où sa présence à Brands-Hatch. Quelle veine en tout cas d'avoir connu une époque où les paddocks et les pilotes étaient accessibles ;)

Écrit par : David Bénard | jeudi, 21 janvier 2010

Au vu de ces trésors je propose qu'Olivier soit nominé d'office aux Stands d'Or....
Bravo

Écrit par : Francis Rainaut | jeudi, 21 janvier 2010

Merci Francis !

Écrit par : Olivier | jeudi, 21 janvier 2010

Exact, le TTDCB a raison, vous etes lecteur et contributeur modèle.

Écrit par : gianpaolo | jeudi, 21 janvier 2010

#01/06, ca veut dire qu'il y aura d'autres épisodes, alors tant mieux !

Écrit par : Marc Ostermann | jeudi, 21 janvier 2010

J'aime beaucoup le siege de l'ATS de J. Lammers (on est en periode d'essais) et le bouton d'extincteur, combien de fois ont-ils dû le manoeuvrer sans faire gaffe en le prenant pour un autre, et hop plein la combarde ...

Écrit par : AG | jeudi, 21 janvier 2010

Merci pour ces photos qui me rappellent des hivers passionnants.
Nous avons dû nous croiser dans l'allée des stands du Ricard! Pendant les essais F1
j'abandonnais au moins un jour par semaine les bancs de la fac ,de 1974 jusqu'à ce que
l'accès soit impossible.
Un pas décidé, un Canon AE1 zomm 300mm sur la poitrine suffisaient à nous faire partager
la F1 avec ses acteurs et non plus dans les revues ou à la télé.
Je me souviens en particulier d'une semaine où Stewart,récent retraité, avait essayé plusieurs F1 pour divers magazines(Sport-auto..) en 75 ou 76.
Et aussi Rick Mears(4 fois vainqueur d'Indy 500) venu conduire la Brabham de Piquet.
J'arrête là, je vais chercher mes photos.

Écrit par : J.P. Squadra | vendredi, 22 janvier 2010

Pareil pour moi ! J'habitais à Aix en Provence, et je venais au Ricard en cyclo ... En plein hiver ... quand j'y repense ...
Il va falloir aussi que je fouille mes archives, mais j'ai aussi plein de souvenirs qui reviennent : les premiers tours de roue de Laffite et Depailler avec la Ligier qui allait dominer le début de l'année suivante; Pironi sur le parking derrière les stands qui faisait tourner une Renault 20 sur place, juste pour s'amuser; une Formule 1 qu'on a jamais vu en Grand Prix (si je ne m'abuse), la Khausen ...
Amicalement.

Écrit par : Philippe Durand | vendredi, 22 janvier 2010

JP Squadra, merci pour ces souvenirs, Rick mears tu le verras dans le chapître Piquet ( il a fait son test sur la Brabham en nov 79). Quant à Jacky Stewart, je me souviens d'un super article dans Sport Auto où il essayait plusieurs F1. Il y avait un autre chapitre dans le même N° avec les principaux représentants des 4 grands partis poilitiques français interrogés sur le sport automobile juste avant les législatives de...1978 !
Aller, vas chercher les photos !

Écrit par : Olivier Rogar | vendredi, 22 janvier 2010

Philippe Durand, moi j'aurais beaucoup aimé voir Laffite et Depailler en essais communs sur cette belle Ligier. C'était donc fin 1978... Ils étaient tellement différents tous les deux ! Toi en cyclo, moi en 125... on était un peu fondus ! J'habite à nouveau Aix depuis 1990. Plus question d'incursions dans les stands du Ricard ! Mais je crois que leur politique change un peu dans le bon sens malgré tout.
Merci de ces partages

Écrit par : Olivier Rogar | vendredi, 22 janvier 2010

Un grand bravo à mon papa pour cet article !!!!! Je sais déjà que les prochains articles vont forcément plaire aux fans de F1 alors venez les lire !!!

Bonne lecture à vous tous !

Regalez vous bien et encore bravo à mon père pour ce beau travail !

Écrit par : hereatea | samedi, 23 janvier 2010

Au Ricard, à cette époque, il n'y avait qu'un seul téléphone disponible, dans le bureau de piste. Tout le monde se retrouvait souvent dans ce petit espace chauffé, car il faisait un froid de canard, surtout lorsque le Mistral soufflait.

Le malheureux téléphone était l'objet de foires d'empoigne mémorables.

Les ingénieurs le squattaient pour communiquer à leurs maisons-mère le résultat des essais, voire pour commander du matos supplémentaires.

Les pilotes étaient de loin les utilisateurs les plus voraces de la ligne. Officiellement ils téléphonaient chez eux, mais il était fréquent que les poulettes du crû fussent présentes à l'autre bout de la ligne. Dans ces cas-là, bien entendu, la conversation se faisait à voix basse.

De temps à autre, un journaliste frigorifié faisait des pieds et des mains pour s'emparer du combiné, histoire de transmettre son papier.

D'ailleurs, il n'y avait pas souvent de journaliste. Jean Sage, le team-manager de l'équipe Renault, téléphonait les news à ses potes de la presse. Dans l'Equipe, en guise de signature , Johnny Rives le nommait malicieusement John Wiseman ou Giovanni Onesto, selon les pays où les essais avaient lieu.

L'ambiance érait décontractée. Le premier Grand Prix de la saison était attendu avec impatience.

Écrit par : eric bhat | samedi, 23 janvier 2010

Eric, vous n'etiez pas chez A uto Hebdo a l'epoque ? En tout cas le point de vue depuis la cabine telephonique est aussi amusant qu'original ! Merci de ce temoignage.

Écrit par : Olivier | samedi, 23 janvier 2010

bonsoir à tous et à toutes
Comme le souligne éric bhat , je me souviens bien d'un certain jacques luc qui était à l'entrée à gauche du paddock , qui était responsable des commissaires,
comme le dit éric quand il fait froid sur le plateau du castellet et qu'un mistral souffle à plus de 100km-h , on cherche désespéremment un endroit au chaud pour un peu se réchauffer , quand jacques laffite était venu étrennait sa ligier en février 86 nous étions venu avec mon père et un ami commissaire de course voir les éssais du "jacques" on ne pouvait pas rester ce jour là plus de 10 minutes dehors tellement le mistral nous gifflait à chaque fois que nous sortions de la voiture pour apercevoir devant nous jacques laffite débouler dans la ligne droite des stands ;
un grand merçi à olivier pour ces photos géniales , on en redemande .

Écrit par : françois bequignat | samedi, 23 janvier 2010

Bravo Olivier ! Décidément, les "Volants & fourchettes" ont la plume allègre lorsqu'il s'agit de transmettre les émotions de notre passion commune...le Castellet à Mobylette, les combines pour entrer dans les stands, l'approche des pilotes de l'époque, leur proximité et leur facilité d'accés, toute une époque qui fait ressembler les courses d'aujourd'hui à des produits sous emballage plastique.
Quant aux photos, un grand coup de chapeau, elles sont dignes d'un pro, l'ambiance s'y retrouve tellement...
L'Ecurie V & F est fière de compter un tel narrateur parmi ses membres ; il faudra que l'on profite d'une prochaine virée que tu feras j'espère en Corrèze pour partager ces souvenirs.
A bientôt donc et d'ici là bonnes ballades avec les copains Volants & Fourchettes du sud !
Bien amicalement.
Jean-Paul Brunerie
http://volantsetfourchettes.fr

Écrit par : Jean-paul Brunerie | samedi, 06 février 2010

Si je me fie à mes souvenirs de lecteur, Mr Eric Bhat était dans "l'écurie" GPI à cette époque là...

Écrit par : jebs | dimanche, 13 juin 2010

Écrire un commentaire