lundi, 09 novembre 2009
Nostalgie, faut-y qu'on soit ballot !

Claude Ballot-Léna disparaissait il y a dix ans jour pour jour. Hubert Baradat a veillé à ce que ce jour ne passe pas sans qu'on ait eu une pensée envers cet "honnête homme", selon l'acception du XVIIe siècle qui désignait un personnage à la culture généraliste, par opposition au spécialiste.
Le Mans 66, on gueulait Ferrari sur les gradins, cris désespérés, en sentant bien que l'ogre allait bouffer de la P3. Les rouges n'étaient pas bien prêts, les américains vachement forts quand même ! On eut droit, après une triste pluie de fin de course, au podium Ford 1-2-3. Ça craint, comme on ne disait pas encore. Alors on se rattrapa le moral et on gueula à nouveau très fort au passage du dernier qui franchissait la ligne mouillée : une puce que les gens connaissaient mal, appelée Mini-Marcos. Donc un petit châssis Marcos, un moteur spécial de Mini - importé par un Jean-Louis Marnat fûté, sans rien dire à BMC de sa destination finale ! - et une grenouille empaillée coiffant le tout, caisse plastique également rapportée par la route d'Angleterre. Marnat partageait le volant avec Claude Ballot-Léna qui se souvenait quelques années plus tard : On se faisait tout petit, j'ai passé ma course à rouler les roues dans l'herbe pour ne pas gêner les gros ! Aux essais, un pilote Ford est venu nous demander combien il y avait de Marcos, il en doublait plein ! Pensez donc, les grosses tournaient en 3'30, la Marcos en plus de 5 minutes…Le Mans dix ans plus tard, balade dans le paddock aux essais. Allons voir les nouveaux qui s'installent : Inaltéra. Dont le PDG des papiers peints eut l'idée lumineuse de contourner l'hypocrisie ambiante en appelant pour la première fois une voiture de sa marque commerciale. Les journalistes de la télé allaient bien être obligés de citer Inaltéra ! Installation du clan, avec des vigiles en uniforme - nouveau ça aussi - ceinturant leur emplacement de cordelettes, des loquedus (moi) qui râlent, un coup de vent, des bâches qui s'envolent… En face du spectacle, à la fenêtre de sa caravane, un Ballot-Léna la tête fendue d'un large sourire. On s'approche : Ils n'ont pas l'air habitué… Non, mais ce sont des professionnels, c'est écrit dessus ! Carrément hilare, ça lui a fait passer un bon moment.
Montlhéry, un samedi de course gris, en octobre début des seventies comme disent ceux qui ne les ont pas connues. Les GT tournent, on va les voir à l'épingle des Deux-Ponts, là où les voitures font un 180° sur un rayon de 25 mètres avec changement de revêtement et fossé extérieur en sortie. Et même des deux côtés le fossé, c'est plus sûr. Claude Ballot-Lena est responsable de l'usure du circuit déjà vieillissant à l'époque, il l'a limé en Fiat-Abarth pendant plusieurs années. Comment rentrait-il ses épaules dans une Fiat-Abarth ? Mystère. Mais maintenant ça roule en Porsche, c'est simplement le meilleur pilote européen de 911 sur circuit. Et il y avait du monde dans la catégorie ! Alors peut-être pour sa réputation, sûrement pour faire plaisir aux cinq frileux qui se trouvaient là, il sortait à chaque tour en équerre de l'épingle, le coude gauche sur la portière, la main tenant la gouttière de toit… Meilleur temps et gain de la course. Croisé ensuite au paddock, bravo et remerciements timides pour le spectacle : Ah ! C'était vous les agités aux Deux-Ponts !Je ne le connaissais pas. Il avait une gueule de beau gars, un sourire désarmant de gentillesse et pilotait des deux bras. Je n'ai pas de photos de tout cela, mais c'est gravé là, dans la mémoire du coeur où l'on revoit même les couleurs, où l'on entend le son des voix qu'on n'oublie pas.
Claude Ballot-Léna
France
Né à Paris le 4 août 1936
Décédé le 9 novembre 1999
Voir Forum Auto
Hubert Baradat
www.etoilespassion.com
Portrait de Claude Ballot-Léna © Caradisiac
La Mini-Marcos au Mans 66, posté sur Forum Auto
Grand Prix de Paris 1973, Porsche 911 RSR , posté sur Forum Auto
10:10 Publié dans Pilotes | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note
| Tags : claude ballot-léna, memorial, marcos bmc, inaltera, porsche 911 |








Commentaires
Un peu HS, mais Inaltera n'est pas la première marque commerciale a donner son nom a une auto au Mans.... Avant, il y a Monopole, Howmet et Duckhams....
Écrit par : De Passage | lundi, 09 novembre 2009
Si je me souviens bien,il y avait en 1973 un championnat d'Europe des GT avec essentiellent des Porsche 911 S ou Carrera et il avait un adversaire redoutable en la personne de John Fitzpatrick
Écrit par : Jacques Rivaud | lundi, 09 novembre 2009
Il faut avoir vu Ballot Léna et Schikentanz (un pointure de l'époque en 911) portière contre portière au freinage du Faye ...
Écrit par : Christian Magnanou | lundi, 09 novembre 2009
C'est vrai qu'avec de tels pilotes et de telles voitures,il y avait du spectacle !!!
Écrit par : Jacques Rivaud | lundi, 09 novembre 2009
En tant qu'officiel surtout à Montlhéry qui n'a pas côtoyé Ballo dans le diminutif, brillant coéquipier de Chasseuil au temps du team BP, aura piloté toutes sortes de voitures : Abarth, Marcos, Alpine, Alfa, Jaguar au Mans, Porsche ainsi qu'une longue carrière en production sur BMW avec Bleynie, un souvenir de Montlhéry une course en Groupe 3 avec Lafosse, Touroul, Wolleck où l'intimidation était de rigueur à la chicane sud, un grand gentleman !
Écrit par : mauricelaunay | lundi, 09 novembre 2009
Ce "papier" me fait penser à un autre sacré Claude qui était lui aussi de l'aventure Marcos du Mans 66, Claude Plisson. Claude qui a comblé les amateurs de Mini et de Lotus des années durant dans son "petit atelier" du quai de Stalingrad à Issy.
Quel plaisir d'évoquer avec lui cette aventure le vendredi soir après la fermeture du garage. Il coule maintenant une retraite paisible et manque quand même sacrément à nos autos.
Écrit par : Oscar | lundi, 09 novembre 2009
Claude Ballot Léna : un homme super à côtoyer... Deux souvenirs particulièrement vivaces.
Le premier aux 24 heures du Mans, dans les années 80, dans la petite salle ou l'on pouvait envoyer des photos aux journaux, juste devant la ligne de décélération, au petit matin. Claude prenait un café avec quelques journaleux, un clope au bec et nous racontant comment, en 1970 en montant dans la 914/6 en début de nuit mancelle, il a sentit comme une odeur de tabac dans l'habitacle. "C'était ce cochon de Guy (Chasseuil, autre accro à la cigarette) qui s'en grillait une durant son relais... Aussi ai-je fait pareil durant les miens. On s'ennuyait vraiment dans les Hunaudières avec cette 914, alors on fumait. On planquait la cigarette sous le siège à Mulsannes à cause du panneautage et devant les stands"... Une autre année, en bon spécialiste des courses US, il nous a fait mourir de rire en nous racontant les à-cotés érotico-truandico-judiciaires de certains teams owners américains engagés au Mans, par exemple l'un d'eux tuant son comptable d'une balle de révolver parce qu'il s'occupait un peu trop de sa femme pendant que lui courrait sur ses petites voitures...
Le deuxième remonte à 1991 ou 92, lors du week-end des 1000km du Nurburgring. Au volant d'un R21, je me lançais à la découverte de la Nordschleife en me faisant tourner autour par des motos, des BMW, des Porsche, etc... Soudain je me fais doubler par une Golf GTD. "Pas trop puissant pour moi, je devrais pouvoir la suivre" me dis-je in-petto. Mais c'est que son bougre de pilote semblait bien connaitre le terrain. La puissance supérieure de ma R21 me permettait néanmoins, dans les bouts de droite, de reprendre à la Golf un peu du terrain que je lâchais en virages. J'étais particulièrement heureux d'avoir un tel lièvre qui me permettait d'avoir ne serais-ce que des points de freinage... Arrive la fin du tour et la longue ligne droite qui ramène aux stands. Là, effrontément, je joue de la puissance supérieure de ma R21 pour remonter à hauteur de la Golf Turbo-chaudière, et m'aperçois alors que c'est l'ami Ballot, hilare, qui s'amuse avec sa voiture de location. En en reparlant après, il me dit "tu sais, sur ce circuit, je dois être le seul étranger à y avoir battu tous les spécialistes de Porsche sur leur terrain... Je l'adore..."
Écrit par : Patrick Martinoli | lundi, 09 novembre 2009
Dernier souvenir du grand Ballot , en 97 ou 98 , briefing pilotes des 6H du mans VHC (il courrait avec son pote JL RICCI), dernier rang seul en combinaison "joest blaukpunt" & la clope au bec, celui ci me fit le plaisir d'échanger quelques propos.... Enfin durant la course en fin de relais j'eu le plaisir de batailler contre lui ,911 contre 911 avant qu'il ne rentre au stand ... je crois que se fut sa dernière course....
Écrit par : brumos | lundi, 09 novembre 2009
Tout d'abord Merci à Hubert BARADAT pour ce sujet émouvant consacré à Claude BALLOT-LENA.....
Physique à la Paul Neuwman (les lunettes de soleil) sur le présent cliché, me laisse libre cours à la ressemblance et ses triomphes outre-atlantique ( daytona 1983 Porsche 911).
10 ans déja que ce Patrimoine du Sport Automobile Francais nous a quitté..." la mort m'attends comme une vieille fille" chantait Jacques Brel, mais quelle sournoiserie.
Alors que je me "plonge" dans le Mensuel Sport-Auto de juillet 1973, je constate que dans la course des GT, le duo Claude BALLOT-LENA et Vic ELFORD remporta cette Immortelle Course à bord de la Ferrari 365 GTB 4 Daytona rendant Charles POZZI trés Heureux.
A la 23 éme heure, faute de puissance le duo SERPAGGI-DOLHEM dut conceder la 2éme place, à la Porsche du triumvirat : Keller-Kremer-Schikentanz.
Au Classement Général de ces 24 heures du mans 1973, le Duo BALLOT-LENA-ELFORD terminerent 6éme au Classement Géneral de ces 24 heures du Mans.......Chapeau bas les Artistes.
Écrit par : patricelafilé | lundi, 09 novembre 2009
Aux Mans 1972,le duo Andruet-Ballot Lena sur la Ferrari 365 GTB 4 No 39 de l'écurie Pozzi(peinte aux couleurs du drapeau français) avait déjà gagné la catégorie GT.
Écrit par : Jacques Rivaud | lundi, 09 novembre 2009
Merci jacques RIVAUD,
je me replonge dans les années 1972 de sport-auto, grace à vous grand plongeon dans l'histoire du sport automobile avec beaucoup de plaisir et d'emotions.....
Écrit par : patricelafilé | lundi, 09 novembre 2009
A force de trainer ses guêtres à Montlhéry quotidiennement pendant plus d'une vingtaine d'années, Beltoise s'était créé autant d'inimitiés féroces que de solides amitiés. Ballot-Léna faisait partie de ses indéfectibles potes, aussi bon vivant que fin coup de volant.
Quand JPB a été brutalement écarté du programme Ligier F1, Ballot lui a tenu à peu près ce langage : "Tu devrais laisser tomber tous ces cons et leur pognon. Viens avec nous courir sur les circuits français le championnat des voitures de production. On va bien se marrer."
A l'idée d'aller dévorer du fois gras à Nogaro ou déguster des crus bourguignons à portée d'arquebuse de Dijon-Prénois, Beltoise s'est dépêché d'oublier le stress de la F1. Sa notoriété attirait le public au bors des pistes. L'idole festoyait avec ses potes. Ballot était à l'origine de cette euphorie.
Écrit par : eric bhat | lundi, 09 novembre 2009
L'enseigne des hyper Carrefour était aux trois couleurs de notre drapeau. Les deux 365 GTB/4 C, n° 39 et 75 arboraient le C des Hypers.
L'année suivante elles portèrent une autre marque; si "Ballot" gardait le n°39 en cette année 1973, ce n'était pas le même châssis.
Écrit par : jlm | mardi, 10 novembre 2009
Exact jlm,il y avait en plus le logo Carrefour.En 1973 et déjà fin 72(1000Km de Paris à Rouen),le sponsor était Thomson
Écrit par : Jacques Rivaud | mardi, 10 novembre 2009
Je sillonnes les mensuels "SPORT-AUTO" et dans le mensuel de juillet 1973, je découvre l'un des clichés concenant Claude BALLOT-LENA à bord de sa Porsche Carrera RS en prélude du Theme consacré à ce Pilote.
Dans ce SPORT-AUTO de juillet 1973 dans la rubrique "on a couru", figure le cliché de la Porsche Carrera de BALLOT-LENA arpentant à bord du n° 7, un virage du GP de PARIS dans le cadre du championnat d'Europe G.T. cela se déroule le 13 Mai 1973................BALLOT-LENA termine 1er devant une Armada de PORSCHE, dont un certain Schickentanz terminant 2éme aux 24 heures du mans 1973 dans la course des G.T.
Écrit par : patricelafilé | mercredi, 11 novembre 2009
Bonsoir !
Juste pour se souvenir, j'ai vu courir Claude Ballot-Léna aux 1000 kilomètres de Francorchamps sur sa belle Porsche 908-2 BP (#26) amenée à la 5ème place avec Guy Chasseuil. J'avoue que je les connaissais peu à l'époque étant concentré sur les Ferrari 512M, 312PB et Jacky Ickx (pas encore Mike Beuttler).
Quelle carrière pour ce pilote sympathique et diversifié.
Bien amicalement et sportivement !
Philippe Vogel
Écrit par : philippe vogel | lundi, 23 novembre 2009
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