dimanche, 05 juillet 2009

Tony Brooks

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En ce jour anniversaire de la victoire de Tony Brooks au GP de l'ACF et d'Europe 1959 à Reims, et au moment même où l'intéressé, invité par la municipalité de Gueux et l'association Escales, foule le théâtre de cet exploit, Mémoire des Stands a le plaisir de produire une rapide biographie du dentiste le plus vite du monde...


Étudiant en dentaire, Tony Brooks effectue ses premiers pas en compétition dès l'âge de vingt ans. Trois ans plus tard il remporte un mémorable Grand Prix de Syracuse, et le sport automobile britannique - qui n'a rien gagné sur le continent depuis plus de trente ans ! - l'accueille en authentique héros national.

Avant de s'engager officiellement dans les épreuves du championnat du monde, Brooks glane encore quelques succès en voitures de sport, notamment aux 1000 kilomètres du Nürburgring de façon mémorable.

Après un lever de rideau manqué à Monaco en 1956 (il doit déclarer forfait à cause de problèmes mécaniques aux essais), la première participation de Tony en championnat du monde s'effectue à Silverstone... et faillit bien être la dernière. Victime d'une sortie de piste et violemment éjecté de sa voiture, il s'en tire par miracle avec une seule fracture, de la mâchoire.

En 1957 chez Vanwall, Brooks se révéle véritablement comme un des tout meilleurs pilotes de sa génération, une réelle menace pour Fangio et surtout Moss et Hawthorn qui visent la succession de l'Argentin. Dès la première manche, à Monaco, il empoche la deuxième place. Puis il est absent au Grand Prix de France à cause d'un accident aux 24 heures du Mans quelques jours plus tôt : des séquelles encore vivaces qui l'obligent aussi à lever le pied dans son Grand Prix national à Aintree. Mais là, comme le réglement l'autorise alors, Stirling Moss prend le relais, et gagne. Cette victoire partagée est la première de Tony Brooks en championnat du monde, au terme de sa troisième participation ! Malheureusement le reste de la saison n'est pas de la même veine, le Britannique ne trouve plus d'occasion de marquer des points en raison d'ennuis mécaniques à répétition.

En 1958 la bataille entre Vanwall et Ferrari fait rage. C'est la première édition de la Coupe des Constructeurs dans le cadre du Championnat du Monde qui, depuis 1950, n'honorait jusqu'à présent que les pilotes. Les deux marques vont terminer la saison avec le même nombre de points final, et ne seront départagées que par la règle des meilleurs résultats retenus (6 seulement sur les 11 épreuves disputées). Question pilotes, c'est une affaire entre Anglais ; mais côté vert, Moss et Brooks défendent la firme anglaise ; côté rouge, Hawthorn et Collins sont "Italiens". En arbitres, les petites Cooper de Salvadori et Trintignant pointent le bout de leur museau sur l'avant-scène internationale....
Parmi ce plateau, Tony Brooks est incontestablement le troisième homme, l'outsider, dans un match qui oppose son équipier Stirling Moss au jeune et bouillant Mike Hawthorn. Ce dernier va collectionner les places d'honneur et ne décrocher le titre qu'avec une seule victoire à son actif, contre 4 à Moss et 3 à Brooks ! Les deux hommes n'ont comme consolation que de ramener le premier trophée constructeurs à leur employeur et leur pays.

Brooks1959France.jpg

L'année suivante Vanwall disparait, Ferrari recrute Brooks et pense détenir avec lui la véritable arme secrète pour contrer les redoutables Cooper. De fait, le Britannique réussit une superbe saison, l'emportant en France (photo ci-dessus) et au Portugal, ne devant qu'à deux événements de ne pas coiffer la couronne. D'abord, la scuderia ne s'engage pas au Grand Prix de Grande-Bretagne : Tony doit se rabattre sur une "vieille" Vanwall ressortie spécialement pour l'occasion, et abandonne. Ensuite son embrayage le trahit au départ du Grand Prix d'Italie, et Jack Brabham obtient ainsi une marge suffisamment confortable pour triompher finalement dans la toute dernière épreuve aux États-Unis.

Par la suite, Tony n'a plus la même motivation. Plusieurs de ses camarades ont péri (il y aura encore Bristow et Stacey le même jour de juin 1960 à Spa), et surtout son mariage et la perspective de fonder une famille lui retirent une part substantielle de son goût du risque...

Déjà rentré dans le rang en 1960 en ne glanant que de modestes places d'honneur sur une Cooper privée, il reste totalement effacé en 1961 chez BRM, qui est - il faut le dire - dans une mauvaise passe. Cette saison-là se termine tout de même par une belle troisième place au Grand Prix des États-Unis : mais c'est le chant du cygne. Bientôt papa, Tony Brooks se retire pour se consacrer à sa famille ; et aussi, non pas à son cabinet dentaire... mais à une belle affaire de concession automobile.



brooks2004.jpgCharles Anthony Standish Brooks
Grande-Bretagne
Né à Dukinfield, Cheshire, le 25 février 1932




Arnaud Chambert-Protat




GP de Belgique 1958, Vanwall
© Michael Turner
GP de l'ACF 1959, Ferrari 246 © (merci) Bernard Cahier www.f1-photo.com
GP historique de Monaco 2002© MdS

 

Commentaires

Antoine Duruisseau - dit Tony Brooks - a de belles quenottes, c'est ce qui le différencie de l'Anglaise ménagère de cinquante ans.

Il est vrai que sa dernière saison 1961 ne fut pas servie pas une auto éclatante, la nouvelle BRM rame ! Et son coéquipier s'améliore sérieusement : c'est Graham Hill qui termine second à Goodwood alors que Tony doit rétrograder pour cause mécanique. Et c'est toujours G. Hill qui met sa moustache dans le peloton de tête de ce GP des Etats-Unis, dernier de Brooks et de la saison. Hill terminera 5e et mais Brooks fut plus régulier, 3e derrière Ireland et sa Lotus, et Gurney et la solide Porsche.

L'époque de Brooks était passée. Mais pas son sourire.
Merci de nous l'avoir rappelé, d'autant qu'il n'en reste plus beaucoup de cette époque des premières 1500...

Ecrit par : Hubert Baradat | dimanche, 05 juillet 2009

Tony Brooks en France ? Un évènement !

Ecrit par : David Bénard | lundi, 06 juillet 2009

Bel hommage (comme toujours sur un MDS.)

Une fausse note cependant: "le sport automobile britannique - qui n'a rien gagné sur le continent depuis plus de trente ans" et la victoire de Dick Seaman au Grand Prix d'Allemagne 1938?

Sinon, il faut noter qu'Alfred E. Moss, père de Stirling, était également dentiste et pilote.

Ecrit par : Joest | mardi, 07 juillet 2009

Tony Brooks, voilà un personnage dont la carrière de pilote a quelque chose d’éminemment convenable : il est venu, il s’est hissé au niveau des meilleurs, puis est reparti sans regret, la tête haute, certain d’avoir accompli une passion. Et même si il appartient à cette catégorie de pilotes sans couronne, il reste emblématique et inoubliable de la haute époque de gentlemen que furent les Collins, Musso, Mac Laren, Amon, Ickx, et tant d’autres. Gageons que cette note sur ce symphatique pilote britannique suscitera moins de controverse qu’une précédente du même auteur.

Ecrit par : Daniel DUPASQUIER | mardi, 07 juillet 2009

En 56, j'avais 11 ans: je connaissais par coeur mes classiques: les marques de F1 et leurs les pilotes. Je leur faisais faire de terribles courses de Dinky Toys, surtout Ferrari contre Vanwall.
Tony Brooks faisais évidemment partie des meilleurs de mon "écurie" au 43e. Mais il était pour moi une énigme: comment pouvait-on être dentiste et un des meilleurs pilote de F1?
Combien de fois ensuite j'ai pensé à lui quand je me suis retrouvé étudiant en dentaire et pilote de... F3. C'était pour moi une preuve du possible.
Mister Tony Brooks, quel pilotage mais aussi quelle classe vous aviez et avez gardé !

Daniel, vous avez raison: Tony Brooks vous avez représenté brillamment et dignement le sport automobile des annes 60.
Allez, j'avoue tout: J'ai souvent pensé que j'allais suivre jusqu'au bout vos traces.
Merci, Monsieur Tony Brooks, d'avoir fait rêver tant de jeunes dans ces années royales de la F1.

Ecrit par : guy dhotel | mercredi, 08 juillet 2009

J'ai saisi "Tony Brooks" sur google pour voir et je suis arrivé là... J'aurais pu tomber plus mal...
Cher monsieur Guy Dhotel. En 56 j'étais plus jeune que vous (je le suis toujours) mais en lisant votre message il m'est revenu en mémoire quelques courses de dinky toys. Notamment une verte et une rouge. Des monoplaces. Sur mon circuit à moi elles courraient contre un camion jaune "Bailly" et une aronde taxi bicolore. La verte, la Vanwall, gagnait toujours car c'était la plus jolie. Je l'ai toujours. C'est peut-être une solido d'ailleurs, il faudra que je regarde. Je n'ai pas fait dentaire mais j'ai eu quelques caries dans mon enfance, çà nous fait qq points communs...
Très cordialement.

Ecrit par : alain pollack | mercredi, 12 août 2009

Cher Alain,
Je suis content de voir qu'un lecteur au moins possédait cette même Vanwall au 43e (Solido, Dinky ou autre ? je fais un piètre collectionneur.) Je n'autorisais sur mon circuit de terre que les monoplaces. Déjà. Ce qui limitait mon parc perso à une Talbot, une ferrari trop haute( tonneaux: ne finissait jamais), une Cisitalia quasi imbattable et la fameuse Vanwall.
A la lecture de cette note, je serais curieux de savoir combien de clients à soigné Tony Brooks. Certainement beaucoup moins que de pilotes qu'il a doublé..
Un grand bonhomme anyway, un exemple pour les jeunes râleurs et les "vieux" qui ne peuvent courir parce qu'ils ont mal au cou. Mais je m'égare. On ne parle que de pilotes sur MDS.

Ecrit par : guy dhotel | jeudi, 13 août 2009

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