dimanche, 22 février 2009
Se faire noir au freinage des Deux Ponts

"Tu trouveras ci-joint, Patrice, une note sur les deux roues et Claude Vigreux. C'était un type extra, intelligent, et piégé par le Volant Shell qui te faisait "reine d'un jour" (vieille émission de TSF), te faisait cadeau d'une splendide monoplace et t'abandonnait sans la notice. Shell faisait toute sa pub sur le jour du Volant Shell, pas sur sa carrière. Vigreux l'a compris très vite, il assurait sa passion de la course en deux roues en attendant des jours meilleurs sur quatre. Il n'a pas eu le temps.
Le Continental Circus de cette époque, en deux roues, a réellement été quelque chose d'extraordinaire où chacun vivait sa passion en toute liberté : pas de sponsor, des sommes ridicules en jeu, des moteurs solides et des pilotes-mécanos."

Claude Vigreux. L'époque est lointaine et nous ne nous sommes rencontrés réellement, en prenant le temps de discuter, que deux fois.
Côte Lapize en 1966. Hervé Bayard me prête sa G50, Claude étrenne sa G50 à cadre Rickman. Mon "gromono" à boîte 4 tire environ 120 en 1e : pas terrible pour un départ canon en côte. Il aurait fallu un pignon de sortie de boîte plus petit.
Pour les plus jeunes, la côte Lapize, c’est un truc inutile mais incontournable. Le premier rendez-vous de la saison. Départ sur du ciment, une ligne droite de goudron bosselé, freinage, un droite en ciment qui passe à environ 110, une ligne droite pentue et bosselée et la ligne d’arrivée au sommet dans une grand courbe à gauche qui replonge vers d’autres méandres du "10 km" de Montlhéry. La courbe du haut déleste et en 500, très peu de pilotes passent à fond.
Après les essais, on se retrouve sur le ciment, en bas. Chacun raconte son virage et les problèmes de rapports trop longs. Claude a le meilleur temps, on discute, on compare les bécanes, il a une collection complète de pignons : il me propose celui qu’il faut.
Nous courons dans la même catégorie. Il a été de loin le plus rapide, courbe en haut à fond. Il a gagné largement. En gentleman.
Une autre fois, à Montlhéry évidemment. On a discuté longtemps de course et d'autres choses. Il était déjà dans les meilleurs sur deux roues et voulait être champion sur deux et quatre roues. Il avait toutes les qualités pour cela, avec en plus une sympathie naturelle et une ouverture d'esprit assez rare chez les pilotes. Au risque de faire hoqueter certains gardiens du temple, je comparerais le souvenir à celui que je garde de François Cevert.
J'aimerais, je me répète, que des gens l'ayant mieux connu nous détaillent ce pilote surdoué et attachant. Je suis très surpris que personne, à ma connaissance, ne lui ait consacré un site, au moins une page. Cet oubli est difficile à supporter : je l’ai côtoyé, je le tenais pour un futur très grand. Il est mort à Mettet en 1967 sur sa G50 Rickman, comme beaucoup mouraient alors. Bêtement. Comme si on pouvait mourir intelligemment…
Pour en revenir à la technique, évoquée par Christian Magnanou, je me souviens d'une des premières course de Jack Findlay avec son cadre plus bas que les autres, des angles à faire frémir et une efficacité révolutionnaire. Les marques anglaises n'ont pas réagi. La Norton Manx avec ses éternels ressorts de soupapes en épingle à l’air libre et son cadre featherbed, le meilleur du monde n’est-il pas ? ou Matchless et sa chaîne de distribution longue comme une journée sans MdS, brefs les anglaises s'étaient assoupies depuis longtemps.
Le grand Jack a été le (un des ?) dernier à faire gagner ces moteurs d'un autre temps face aux japonaises multicylindres-multisoupapes ou deux temps à trous béants. Mais ceci est une autre histoire...
Dans la série des très très grands pilotes de motos oubliés, Ramon Torras ! Une photo sur Moto-Revue en 65 ou 66, où il faisait l’extérieur à Luigi Taveri sur Honda-4 cylindres-16 soupapes-21000 tm avec sa toute simple Bultaco mono deux temps, faisait frémir.
20 bornes de moins en pointe ? 20 bornes de plus en courbe ! Telle devait être sa devise !
Et dans les français, le tout petit Marcellin Herranz qui au guidon, était un des plus grands...
Ils ont disparu. Ils étaient de grands, de très grands pilotes. Le Continental Circus méritait son nom : Dans le paddock, les pilotes couchaient sous la tente ou dans une caravane avec leur épouse comme le grand Jack Findlay. Qui faisait partager sa table pour des apéros mémorables ou des repas bienvenus pour quelques affamés, rigolant entre eux et risquant tout pour juste de quoi vivre la prochaine course. Il y avait parfois moins de spectateurs que d’engagés en piste (toutes catégories confondues quand même.). Mais quel plaisir de se tirer la bourre et de se raconter tard dans la nuit :
« oui môssieur, si j’avais mieux réglé mon 4 cames (double frein à tambour avant pour les béotiens), je te faisais noir au freinage des Deux Ponts. »
« Eh, c’est pas ça qui t’aurais fait prendre plus d’angle à la chicane des tribunes ! ouafff !!! »
Aussi curieux que cela puisse paraître, nous ne nous sommes perdus de vue que lorsque nous n’avions plus à nous piquer au freinage ou à nous balancer des vannes…
Allons, vraiment personne sur MdS pour faire revivre ces deux roues de 50cc à 500cc, qui vrillaient les oreilles ou faisaient trembler le sol, pour ressusciter ces pilotes habillés de cuirs plus fins et moins protecteurs que des jeans : tout pour la vitesse…
Claude Vigreux a voulu mener de front moto et auto en 1967. Je le comprends d’autant mieux que je regrette un peu de ne pas avoir continué à courir en moto : plus d’adrénaline, plus de fantaisies possibles au guidon, des sensation physiques extraordinaires quand on jette la moto dans un virage et qu’on frôle le cuir du pilote qu’on dépasse. Un monde moins policé que la monoplace.
Bah, la prochaine fois…
Guy Dhotel
Publicité Volant Shell © Sport Auto
Les trois premiers lauréats du Volant Shell (Jean-Pierre Jaussaud, Claude Vigreux, Robby Weber) et Tico Martini © Classic Days
10:10 Publié dans Mauto | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note
| Tags : claude vigreux, guy dhotel, herve bayard, cote lapize, moto, jack findlay, continental circus |



















Commentaires
J'ai eu le plaisir de voir courir ce jeune pilote lors des épreuves de Monlhéry notament, il est arrivé avec des pilotes qui eux aussi avaient la rage de percer dans le sport automobile où la préparation et le sérieux d'une écurie se faisaient resentir lors des résultats; Claude Vgreux n'a pas eu le temps de s'exprimer pour convaincre une grande écurie à s'intéresser à lui, le destin en a voulu autrement dommage car il serait devenu un grand champion motivé du premier au dernier tour d'une course. bravo à ces commentaires c'est sympa de repenser à cette période de gestation des pilotes français qui s'attaquaient à la playade de nos voisins anglais.
Ecrit par : mauricelaunay | dimanche, 22 février 2009
Une note de rêve. Le texte d’abord, et puis les évocations qu’il suscite, l’odeur de Moto revue ou de son petit frère Scooter et cyclomoto, la texture, la pub pour le "Vade-mecum du motocycliste" sur la 4 de couverture, l’allure du 50 Tomos de course qui était pour moi le plus beau. La visite des usines Itom etc ...
Le courrier des lecteurs qui trafiquaient tous leur BB Peugeot ou leur AV78.
Tout revient peu à peu grâce à cette note.
On peut voir un lien entre les quelques pilotes que cite Guy Dhotel, la catégorie 175 cc.
De Herranz à Vigreux, de Beltoise à Roca ils ont couru en 175 ils ont été champions de France. Champion en 175 cc,vous vous rendez compte.
Ecrit par : AG | dimanche, 22 février 2009
Bonjour,
Je cherche à revoir le film culte Continental Circus vu au Cinéma '' La Pagode'' Paris dans les années 70 ......
Toute vision ou possibilité diverse me ferai TRES grand plaisir .
Je suis joignable email ou 06 60 46 05 64 .
Merci d'avance.
Un passionné aux cheveux blancs !
Ecrit par : duvernay | lundi, 23 février 2009
Merci M. Dhotel ...
Un seul reproche ! pourquoi n'écrire pas plus souvent de ces superbes notes sur un temps "que les moins de 20 ans " ...
Ecrit par : Hugo | lundi, 23 février 2009
Claude Vigreux est le genre de pilote dont le nom m'est familier sans que j'en sache beaucoup plus. Une de ces légendes entendues il y a longtemps, une silhouette dans les récits de gens plus âgés.
Il trouve ici un visage pour nous. Merci, donc.
Quant à Continental Circus, c'est certes un film mal foutu, chargé d'effets complètement datés et d'une musique de Gong (oui, le Gong de Flying Teapot et Camembert Electrique, qui a pourri mon adolescence). C'est aussi un document extraordinaire et il est difficile de ne pas aimer le très touchant Jack Findlay après l'avoir vu tomber et se relever obstinément pendant cette heure et demie.
(Pour duvernay : le film n'existe pas en dvd mais on en trouve des vhs, un peu chères, sur internet)
Ecrit par : sue | lundi, 23 février 2009
Un très beau "papier" de Guy Dhotel.
J'ai un grand souvenir de "Continental Circus". On a jamais, à mon avis, fait un documentaire aussi prenant sur la course automobile, enfin peut-être, mais j'ai oublié...
En attendant la VHS, on trouve bien-sûr des extraits sur YouTube.
http://www.youtube.com/watch?v=roPRp83_704
Ecrit par : Marc Ostermann | mardi, 24 février 2009
J'ai ete contacte par Philippe Roche sur le site Anglo-Americain "Nostalgia Forum", et aussi par email.
Je remercie Philippe pour ses efforts continuels de garder l'historique de la moto de course francaise, pour que les generations futures n'oublient jamais l'heroisme du passe.
Claude Vigreux etait mon ami et mon guide dans mes debuts de coureur motocycliste. Son talent etait celui d'un champion du monde. Il etait extremement genereux, me permettant de le joindre pour participer a des courses lointaines alors que j'etais a l'epoque, sans ressources suffisantes pour pouvoir le faire. Il m'a apprit beaucoup, et bien plus tard quand j'ai eu du succes aux USA et ai pu gagner des championnats, je le lui dois.
Je possede une archive de photographies de Claude Vigreux jamais publiee et il est mon intention depuis quelque temps de construire dans un tres prochain futur, un site Internet celebrant Claude et ses titres de Champion de France. Je bookmarque ce site pour vous donner l'adresse quand cela sera fait.
Bien a vous,
Philippe de Lespinay
Newport Beach, California, USA
Ecrit par : Philippe de Lespinay | mercredi, 25 février 2009
Merci Philippe, je savais que vous auriez à coeur d'intervenir au sujet de votre ami Claude Vigreux. Vous avez forcément du croiser Guy Dhotel, l'auteur de cette note, sur les circuits ou vous courriez à la même époque ...même si vos préférences, si j'ai bonne mémoire, allaient plus aux "tasses à café" Derbi et Kreidler qu'aux "gromonos" Manx et G 50
Ecrit par : philippe7 | jeudi, 26 février 2009
Super vos souvenirs !
Claude Vigreux était pour moi un vague souvenir d'une époque ou je tentais de m'intéresser aux sports mécaniques comme on disait alors malgré un environnement familial hostile .
Roby Webber lui aussi sur la 1°photo m'était plus connu et la mort de cet authentique espoir nous avait bouleversé .
Vos souvenirs sur les motards me rappellent une certaine époque que j'ai à peine entrevue mais bien ressentie dans son immense générosité : celle où certains pilotes venaient de la moto se confronter aux champions de la F1 ou F2 et souvent gagner comme Surtees, Hailwood, Agostini, Cécotto ou Beltoise dont le livre"défense de mourir" est un hymne à la course et à la vie miraculeusement réchappée de la mort .
J'ai un souvenir ému du film "Continental Circus", avec Jacques Findley et sa Suzuki plein d'humanité et de passion mais aussi tout l'environnement y compris la musique de Gong qui était une des premières musique de rock sur nos sports mécaniques . J'étais persuadé à tord qu'il était depuis longtemps en CD .
Le souvenir le plus émouvant fut à Montlhéry lors des Coupes de l'Age d'Or : à la tombée de la nuit un petit groupe de motards anglais discutait devant leurs tentes... et là devant moi John Surtees himself seul multi-champion moto F1 sans doute ad aeternam puisque Valentino Rossi a malheusement renoncé à relever le défi ; l'émotion me submergea et je n'osai pas l'aborder alors qu'il respirait la gentillesse et la simplicité . Ces rencontres faisaient partie de la magie de Montlhéry à l'époque où le circuit était ouvert à tous .
Ecrit par : jeanmarch2005 | lundi, 23 mars 2009
Gong, toute une époque des sports mécaniques et de la moto en particulier. Je me souviens d'avoir vu Continental Circus en première à Clermont Ferrand au beau milieu d’une foule de motards, la veille du GP de France moto de 1972. Depuis des années, Ago archi dominait la concurrence en 350 et 500. Pourtant à Charade en 350, il s’était revêtu d’un haut de combinaison rouge qu’il mettait quand il n’était pas certain de gagner. En effet, il eut fort à faire avec Jarno Saarinen, l’étoile montante qui le battit à la régulière. En 500, il avait son haut blanc car il se savait sans adversaire. Je revois Phil Read sur une Yamaha Ardwinson en 250 cc et la sortie spectaculaire d'un side au virage du Tedes. J'ai vu Gong de l’australien David Allen ensuite en concert ; c'était un mélange de Pink Floyd et de Soft Machine. J'adorais le disque Continental Circus que nous avions tous acheté et particulièrement le titre phare qui débutait par la mise en grille des machines, sans doute à Spa, avec l'intervention du speaker. Ce film Contiental Circus de Lapérousaz racontait la vie de nomade de ces pilotes privés qui s'acharnaient derrière Agostini dont les MV Agusta étaient intouchables. Jack Findlay en était le héros avec son Kangourou sur le casque. On y retrouvait des images d’ Herrero et sa Ossa et de la courronne de fleurs posée au sol sur la grille de départ à Assen après la mort de Bill IVY. Je note sur l’affiche du film le nom de Jean Francis Held qui, si je me souviens bien était le spécialiste auto du Nouvel Observateur.
Ecrit par : Daniel DUPASQUIER | lundi, 23 mars 2009
La couronne de fleurs pour la mort de Bill Ivy,ce n'est pas plutôt dans l'ex-RDA à Karl Marx Stadt,aujourd'hui Chemnitz(le vrai nom de cette ville)où se tua Ivy ?
Ecrit par : Jacques Rivaud | lundi, 23 mars 2009
Exact, c'était en RDA. Assen était en hollande et un circuit relativement plus sûr !
Ecrit par : Daniel DUPASQUIER | lundi, 23 mars 2009
Un mail de notre ami Philippe de Lespinay :
"Bonjour,
En attendant que je complète le site internet sur mon ami Claude, voici quelques photos inedites que vous pouvez mettre sur Memoire des Stands si vous le voulez bien:
http://www.tsrfcars.com/picture_library/vigreux_andelys1964.jpg
Claude a la course de cote des Andelys en 1964 sur la Velocette de Leconte
http://www.tsrfcars.com/picture_library/vigreux_coupesusa1966.jpg
Au depart des Coupes de l'USA a Monthlery en 1966 sur Kirby-Matchless G50
http://www.tsrfcars.com/picture_library/vigreux_dayan_rosemon_delespinay_nancy1964.jpg
En bagarre avec Dayan, Rosemon-Popp et moi-meme a Nancy en 1964.
http://www.tsrfcars.com/picture_library/vigreux_volantshell1967.jpg
Au Volant Shell avec le casque Cromwell reconverti pour usage sur 4 roues.
Best regards,
Philippe de Lespinay"
Ecrit par : Mémoire des Stands | lundi, 23 mars 2009
En ce matin printanier sur le Bd Lefebvre à Paris dans le 15ème
http://memoiresdestands.hautetfort.com/files/Matra.jpg
Ecrit par : Alphart | mardi, 31 mars 2009
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