lundi, 23 mars 2009
Jean-Christophe Boullion

Jean-Christophe Boullion est de cette génération nourrie aux exploits d’Alain Prost, de Didier Pironi et autres Jacques Laffite, les ambassadeurs des années quatre-vingt. Il a tout juste 13 ans quand il s’assoit dans le baquet d’un engin de course – un kart -, et dès lors il n’en sortira plus que pour en changer. En 1985 il remporte le championnat de France junior de la spécialité, récidive en 1986, se classe second à six reprises au Championnat de Paris et fait quatrième au Championnat d’Europe en 1988.
JCB est âgé de 19 ans quand il décide de voir plus grand. Inscrit à l’école de pilotage de Montlhéry en 1988, il remporte le volant Elkron qui lui ouvre la voie de la Formule Ford 1600 en 1989 et termine sa première saison, sous les couleurs du Graff Racing Team, au sixième rang. C’est un galop d’essai pour 1990 où il fait un malheur : raflant neuf victoires, il enlève le titre avec une vista telle que son nom commence de circuler. Les observateurs ont l’œil sur ce garçon timide et effacé qui, comme beaucoup d’hommes qui ne sont pas tous pilotes de course, s’exprime mieux au volant qu’à la ville.JCB est moins percutant quand il accède en 1991 à la F3, toujours avec le Graff Racing ; il se classe sixième au championnat. Trois succès lui permettent malgré tout, en 1992, d’obtenir la quatrième place du championnat de France. C’est que Boullion a un défaut inscrit en filigrane de ses qualités ; il sort beaucoup. Les gens de chez Apomatox ne s’embarrassent heureusement pas de ce détail, qui en 1993 proposent à Jules – on l’appelle comme ça – le volant d’une Reynard AC 93 de F3000.
La campagne 1993 n’est pas évidente pour le Breton à l’issue de laquelle il se classe huitième ; deux secondes places à Magny-Cours et à Nogaro en fin d’année rachètent une première partie de saison assez erratique.
1994 est sa grande année. Sous la bannière de DAMS, et toujours sur une Reynard qu’il mène à la victoire par trois fois, il enlève le troisième titre de sa carrière et le premier en F3000, au terme d’une saison très réussie dont il termine toutes les épreuves sauf une.
Il passe dans la cour des grands durant l’hiver 1994-1995 lorsque Frank Williams l’appelle pour mener les essais de la FW17. Le punch du V10 Renault ne le perturbe pas, il réalise d’emblée des chronos comparables à ceux de Damon Hill. Boullion est aux portes des Grands Prix, il suffirait d’un signe...
... que fait Peter Sauber à son retour d’Adelaïde en 1995 en lui donnant le volant de la C14, qu’il juge Karl Wendlinger, le titulaire, incapable de tenir depuis son crash de Monaco 1994. Brutalement catapulté en F1 où tout est plus, Jean-Christophe ne joue hélas pas un rôle digne de ses capacités. Il est souvent hors de la piste et ses cinquième et sixième places à Hockenheim et Monza ne convainquent pas Sauber de le laisser finir une saison que Wendlinger, rappelé après le Grand Prix du Pacifique, boucle à sa place.
Il avait sans aucun doute le bagage suffisant pour se tailler une place en Formule un, mais cet univers est tellement exposé, tellement trop, que le moindre faux pas condamne irrémédiablement son auteur. L’expérience ratée en F1 marque un apogée dans la carrière du Français qui depuis se cantonne dans des disciplines secondaires.
Après une saison quasiment blanche en 1996, excepté une course en Renault Spyder Eurocup à Silverstone, JCB participe en 1997 à la série Renault Spyder et aux 24 heures du Mans sur la Panoz de l’écurie DAMS. L’expérience mancelle est reconduite en 1998, sans succès ; sa Ferrari 333 SP casse. Il essaie en outre des F1 pour BAR.
On voit ensuite Boullion en Angleterre en 1999 où il dispute le championnat des voitures de tourisme sur la Laguna du Team Williams, lequel Williams l’emploie aussi à tester ses F1. Un abandon aux 24 heures du Mans est ce qu’il déclare en l’an 2000 ainsi qu’une neuvième place à la course ALMS du Nurburgring, ces deux courses disputées sur une Reynard-VW de l’écurie ROC.
En 2000, il signe avec Pescarolo Sport et court au Mans et à Silverstone. A l'heure où cette note est rédigée, JCB est toujours avec Pesca, ayant gagné à Magny-Cours et Estoril en 2001, à Spa et Barcelone en 2002, à Estoril en 2003, à Istambul et Spa en 2004 (titre pilotes en LMS avec Emmanuel Collard). Il est l'artisan de cinq victoires en 2006 avec un nouveau titre en LMS à la clé, tandis qu'en 2007 une série de deuxièmes places lui vaut logiquement une deuxième place au championnat pilotes LMS. 2008 le voit monter sur le podium de Silverstone.
Jean-Christophe Boullion a trouvé le temps au cours de sa carrière d'épouser Alexandra et de lui faire trois enfants.

Jean-Christophe Boullion
France
Né à Saint-Brieuc (Côtes d'Armor) le 27 décembre 1969
Voir son palmarès
Voir son palmarès
Grand Prix de Monaco 1995, Sauber C14 © Rainer Nyberg (FORIX)
Portrait © FORIX
1000 km de Spa 2005, Pescarolo C60 © Mark Rider (http://commons.wikimedia.org)
10:10 Publié dans Biographies françaises | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
| Tags : jean-christophe boullion, ecurie sauber, pescarolo sport |



















Commentaires
Jean-Christophe Boullion est l'exemple mème du pilote sacrifié sur l'autel du sport-fric Roi.
Manu collard et aussi "tombé"pour la mème raison.Deux grand talent gachés pour la formule Reine mais récupérés par l'endurance.
Ecrit par : ferdinand66 | lundi, 23 mars 2009
Jean-Christophe Boullion est un pilote extraordinaire et sympathique .
Ne revenons pas sur la génération sacrifiée de la F1 française :Stéphane Sarrazin, Manu Collard, Soheil Ayari, "Jules" Bouillon . Nicolas Minassian, David Terrien.. La liste ne cesse de s'allonger . Les responsables des grandes entreprises françaises n'ont aucun sens des responsabilités et sacrifient les talents depuis le départ de François Guitter de la filière Elf , Seb Bourdais n'ayant du son salut temporaire qu' à ses amitiés américaines en particulier Paul Newman . Heureusement il y a l'endurance et le rallye avec des pilotes (à nouveau) de plus en plus polyvalents, la situation rappelle les années 60, les mêmes causes en France entrainant les mêmes conséquences .
Deux questions sur Jean-Christophe : quel est son programme cet année , fera-t'il Le Mans avec la Peugeot Pescarolo, ce qui peut être une sacrée opportunité si elle est bien préparée ?
Et d'où vient le surnom de "Jules" sous lequel on le connaissait .
Amitiés à tous .
Ecrit par : jeanmarch2005 | lundi, 23 mars 2009
Je suis plus timoré sur le côté "talent gâché" de Bouillon.
J'ai lu des interview "off" où des personnalités françaises de la F1 des années 90 ne disaient pas que du bien des Aiello, Ayari, Bouillon, Collard, Lagorce et cie.: trop "moi, je", trop franchouillards, pas assez photogéniques, pas assez anglophones... L'excuse habituelle de Bouillon est que chez Sauber, le chouchou Frentzen avait droit à toute l'attention du team. Néanmoins, je me souviens d'une interview avant le Grand Prix de France où il déclarait grosso modo à TF1: "Ca fait 10 ans que je cours à Magny-Cours, donc je suis hyper-expérimenté et je peux y faire de grandes choses." Un peu plus et il parlait à la 3e personne du singulier...
Certes, Elf, Gitanes, Peugeot et Renault ont peu fait pour les pilotes Français, au milieu des années 90. Lorsqu'en 1996, Jordan cherchait en vain un pilote, Peugeot ne lui a même pas soumis un Français! Encore que c'est grâce à ses sponsors Français, que Panis a pu garder son volant chez Ligier fin 1995, malgré une saison moyenne.
Il faut aussi se souvenir que cette époque fut dure pour les jeunes pousses: malgré de bons résultats en F3000, Brack, Goosens, Kristensen ou Müller ne disputèrent jamais le moindre Grand Prix de F1.
Ecrit par : Joest | mercredi, 25 mars 2009
On ne va pas chercher les qualités des uns et des autres : de mon temps un pilote devait aller vite et si possible jusqu'à la ligne d'arrivée _ je ne pense pas que cela ait fondamentalement changé.
Le caractère de Prost n'a jamais été vraiment parfait, pourtant il reste le meilleur pilote français jusqu'à maintenant .
Le problème est lié au manque d'investissement en F1 des grandes entreprises françaises (Total par exemple) dont les bénéfices n'ont rien à voir avec Red Bull ou Orange avant son rachat .
J' ai entendu par exemple que AGS n'avait jamais touché ce que lui devait Bouigues il y a quelques années .
Soyons positifs et cherchons des solutions .
Pourquoi Renault n'emploie-il pas un pilote français de qualité (Bourdais par exemple) avec Alonso dont le talent est indéniable ? parce que Briatore maintient Nelsinho Piquet malgré un manque de résultats terrible qui nuit à l'équipe, mais sous contrat avec ce même Briatore .
Que restera t'il dans quelqes années de la France en F1 ? Pus rien dès que Renault arrêtera, ce qui se serait déjà passé sans la maestria et la volonté d'Alonso dont les qualités et la solidité ma rappellent ce que devait être Fangio en son temps .
Heureusement outre le rallye et Sébastien Loeb , il reste l'endurance où nos anciens espoirs privés de F1 peuvent faire montre de leur qualités réelles avec des meneurs de la qualité de Pescarolo dont je suis très fier d'apprendre qu'il a refusé de prendre la direction de Peugeot Sport pour ne pas abandonner ses employés . Bravo le grand Henri !
On sera derrière lui et Peugeot à Spa pour préparer le Mans qui risque d'être difficile vu la démonstration Audi avec Kristensen et Mac-Nish à Sebring, mais pas impossible vu la qualité des équipages français qui ont fait mieux que se défendre et vont tout faire pour prendre leur revanche.
Amitiés à tous .
Ecrit par : jeanmarch2005 | mercredi, 25 mars 2009
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