mardi, 23 décembre 2008

Prince Igor Troubetzkoy (1912-2008)

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Un curieux hasard chronologique commande qu'au moment où est annoncée la faillite des magasins Woolworth, on apprenne le décès, à 96 ans, du Prince Igor Troubetzkoy, l'un des plus anciens pilotes de renom. Au point de fusion de ces deux pôles se trouve Barbara Hutton, héritière du premier et épouse du second. S'il doit avant tout sa notoriété à ce fastueux mariage, le Prince Igor a brassé une vie suffisamment large, a exercé dans tant de domaines que quiconque a un peu voyagé, ou vécu, a trouvé une trace de lui sur son chemin, selon la règle des six degrés de séparation qui voudrait qu'aucun individu ne soit séparé d'un autre par plus de cinq intermédiaires. Jouez-y avec le prince...



Né à Paris le 23 août 1912 Prince Igor Nikolayevich Troubetzkoy, mais plus connu des amateurs d'auto sous la facilité "Prince Igor" qui apparut sur les programmes durant ses deux saisons sportives, Igor Troubetzkoy descend d'une lignée dont l'arbre généalogique prend naissance au 14e siècle avec Mikhail Trubetsk, un prince originaire de Ruthénie noire, une ancienne principauté indépendante qui était située au sud-ouest de l'actuelle Biélorussie.
Il pratiquera le ski et le cyclisme longtemps avant de s'intéresser à l'automobile, et, coïncidence chronologique, à Barbara Hutton, l'héritière des magasins Woolworth qu'il épousera en mai 1947. Mais il est loisible d'estimer que ce mariage avantageux lui offrit de monter dans la hiérarchie du sport. Il débute à Montlhéry en juin, soit un mois après ses noces, au volant d'une Simca-Gordini (Coupe de l'Agaci où il se place deuxième, son meilleur résultat de l'année). 1947 le voit s'aligner à six reprises sur le territoire français au volant de sa Gordini type 11.

princeigor1.jpgLe prince Igor hausse le ton en 1948 en fondant une écurie, Gruppo inter, qu'il dote de trois Ferrari 166, deux spiders corsa et une sport spider, en tant que mulet. Son associé est le comte sterzi. Première course, première victoire dès le mois d'avril en enlevant la Targa Florio en compagnie de Clemente Biondetti sur une de ses spiders corsa. L'épreuve suivante est le GP de Monaco, qui lui fournit l'occasion d'un "record" puisqu'il est le premier à engager une Ferrari dans un Grand Prix. Une sortie de route au 54e tour l'envoie sur une botte de paille, ce qui ne l'émeut guère selon le Time qui rapporte dans son édition du 31 mai 1948, qu'il est descendu de voiture, s'est recoiffé et s'est dirigé vers le bar de l'hôtel de Paris pour ne plus revenir.

Parallèlement aux Ferrari, il participe en 48 à quelques épreuves sur l'une ou l'autre de ses Gordini, ainsi gagne-t-il le Circuit des Remparts sur sa type 15, est-il troisième aux Coupes de Paris de Montlhéry - piste qui semble lui convenir - avec la même machine, et fait-il quatrième au GP de Perpignan (type 11). La T15 survivra à son propriétaire : on l'a aperçue au dernier GP de Monaco historique, acquise par Jean-Jacques Bally. L'année sera davantage bleue que rouge pour Troubetzkoy. Les résultats obtenus sous le "rosso corsa" ne sont pas à la hauteur, hormis à la Targa Florio (meilleure place, 8e au Circuit de garde à Saló). Il sort violemment à Albi puis une embrouille avec Enzo Ferrari au sujet d'une de ses autos que ce dernier avait prêtée à Nuvolari pour courir les Mille Milles assombrit la tableau à la fin de l'année.

Ajoutons à cela une vie conjugale pas évidente à gérer car Barbara Hutton, que la presse populaire surnomme "La pauvre petite fille riche", collectionne les travers psychologiques. Anorexie, usage de drogue, tentatives de suicides lui collent à la peau. Il faut dire à sa décharge qu'avoir découvert, à six ans, le corps de sa mère suicidée n'augurait rien de bon pour une suite qui fut faite de sept mariages avec de très beaux partis certes mais d'autant de déceptions. Une biographie filmée fut réalisée en 1997 autour de ce personnage de roman, dans laquelle un comédien joue le rôle du prince Igor [1], lequel, qui était son quatrième époux, estima en 1951 en avoir assez fait et divorça en octobre. Il lui faudra 25 ans avant de reconvoler, en avril 1976, avec Christiane Murat.

Igor Troubetzkoy connaîtra pourtant le plaisir de transmettre quelque chose du père qu'il n'était pourtant pas à Lance Reventlow, son beau-fils, et l'unique enfant que Barbara eût jamais, de son deuxième époux, le comte Kurt von Haugwitz-Reventlow. Lance, qui aura une fin tragique comme trois des maris de sa mère, se fera un nom comme pilote et constructeurs des Scarab qu'il alignera à trois GP en 1960. Fin 1948 : le Prince Igor raccroche.

Versé naturellement dans les arts - son frère Youcca fut un acteur célèbre - Igor Troubetzkoy ouvre une galerie de peinture à Paris [2]. Collectionneur avisé, ayant entre autres accroché des toiles de Rousseau, Derain, Braque, Vlaminck, De Stael, Poliakoff, Soutine, Léger ou encore, Picabia, le prince se spécialise dans la reproduction haut de gamme. Son fils Arnaud-Marie le rejoint dans cette entreprise en 1978, qui s'exporte à New York en 1990.



Prince Igor
Nikolayevich Troubetzkoy
Russie
Né à Paris le 23 août 1912
Décédé à Paris le 20 décembre 2008




[1] The Woolworths : five and dime fortune and failure. Produced and written by Geraldine Hugo
      New York, A&E Home Video, 1997. Voir la notice

[2]
www.galerie-troubetzkoy.com




Igor Troubetzkoy aux essais du Circuit des Remparts 1948, Gordini type 15
© Claude Saffier de Bard
Portrait à Angoulême en 1948 © Claude Saffier de Bard (www.christian-claude.com)

Commentaires

Merci à notre TTDCB. A force d'écrire ces lettres, j'ai peur que les nouveaux lecteurs du blog ne connaissent pas la signification, alors, encore une fois avec le risque de lui faire monter le rouge aux joues: Talentueux Teneur De Ce Blog; et que celui qui a lancé l'acronyme se dénonce.
Non ! Je ne sais pas que écrire sur le Circuit des Remparts; mais tant qu'à écrire des sornettes je préfère encore écrire à son propos et même si cela gène. Fi de celui ou de celle qui, par ailleurs, se raconte à tour de clavier.
Jeune et pas né par rapport à la création du Circuit des Remparts (je l'écris plusieurs fois sciemment afin que les moteurs de recherche pompent ici un maximum de citations), c'est gamin que j'entends pour la première fois "Prince Igor" et des anciens d'y associer "Prince Bira"; dans une France profondément républicaine le peuple adore les histoires du Gotha.
Qui est donc "Prince Igor" ? Ce n'est que très tard quand la réponse fut offerte et je ne suis pas le seul.
Au QG des anciens de l'Automobile Club de la Charente, un "rade" à coté de la place du Mûrier - Place Francis Louvel - (Oui , la place de "Chez Paul"), dès que posé la question, ils prenaient un air important, quasi religieux, énigmatique, "Prince Igor" là jeune homme nous avons eu à faire à un vrai Prince; il n'est venu qu'une seule fois et il a gagné. Point barre. Ils se retournaient alors face au grand miroir derrière le comptoir pour sans doute se regarder et y observer la réaction qu'ils avaient produite.
"Oui, mais Fangio aussi n'est venu qu'une seule fois et il a gagné !" Fangio ? Il est argentin ! Ah bon !
L'année dernière, 2007, en juin, après que "Prince Igor" ait eu droit à un très bel article dans le mensuel (parfois) Ferrari Club n° 12, j'ai appelé chez lui pour prendre de ses nouvelles d'une part et d'autre part m'enquérir d'une éventuelle disponibilité. Son épouse, l'actuelle princesse (comme citée dans le "Carnet du Jour" du Figaro de samedi 20/12) très gentiment, d'une voix très douce, répondit que Igor était très fatigué et à l'heure de l'appel il se reposait un peu. Malheureusement il n'était plus question pour lui de déplacements; elle se dit très honorée que Angoulême pense toujours à son époux et de me conter une anecdote.
Christiane qui n'était pas encore ou juste princesse Troubetzkoy (à étudier la concordance des dates !) m'avoua que c'était la première course à laquelle elle ait assisté et heureuse d'y voir vu son "Prince" la gagner.
Autre anecdote; 1999 le "directeur" demande au prestataire (celui qui organise et complète les plateaux) de lui retrouver des anciens pilotes qui ont participé au Circuit des Remparts (3 + !) dans la période historique. Pourquoi ne pas célébrer un 60 e anniversaire avec ceux qui ont participé.
Ce prestataire de lui rétorquer, en connaisseur: " Il me faudra un arrache-clou pour ouvrir les cercueils !". En quelques coups de téléphone, quelques uns qui étions passionnés par l'histoire des Remparts (non !), nous avons obtenu la participation certaine des Robert Manzon, Charles Pozzi, Eugène Martin, Georges Houel. Pas de trace de André "Dédé" Simon. A cause d'un déplorable malentendu de la part du "directeur", Maurice Trintignant ne vint pas. Le directeur de refuser de dépenser pour Froilan Gonzales et Roberto Mierès, de hausser les épaules à entendre Jean "Louis" Rosier**, Prince Igor et quelques autres.
Pourquoi ? Sa réponse: " Gonzales ? Les gens vont le confondre avec Rodriguez ! Rosier, il est mort. « Prince Igor » qui c’est ? Trintignant ? Pas question de lui payer le voyage et pourquoi pas aller le chercher en hélicoptère ! »
Sans commentaire. Aujourd'hui et malgré ces conneries, le Circuit des Remparts (+ 4) va fêter son 70e anniversaire et ceci grâce aux anciens.
Gonzales et Mieres sont encore de ce monde et vivent en Argentine. Robert Manzon vit dans le midi, à coté de Cassis, "Jean" Louis Rosier vit dans le centre de la France. André Simon se repose sur les bords du lac d'Evian.
Désol d'avoir été un peu long.

Ecrit par : jlm | mardi, 23 décembre 2008

Il était utile de préciser le degré de filiation entre le Prince Troubetzkoy et Lance Reventlow dont les très belles Scarab apparaissent dans le Circuit de la Peur (Michel Vaillant) confiées aux mains expertes de Chuck Denver (de mémoire) ...

Ecrit par : Christian Magnanou | mardi, 23 décembre 2008

Barbara Hutton était sans doute une passionnée de sport auto. Son tout premier petit ami était apparemment un pilote amateur (en ARCA?) et par la suite, elle épousa brièvement Rubirosa, fameux gentleman-driver...
3 amants pilotes et un fils patron d'écurie, c'est tout de même plus qu'une coïncidence, non?

Ecrit par : Joest | mardi, 23 décembre 2008

Oups ! Mal lu la fin de la note ! Il y est écrit :" Il lui faudra 25 ans avant de reconvoler, en avril 1976, avec Christiane Murat"; donc 28 ans après sa victoire à Angoulême où Christiane Murat l'accompagnait donc.

Championnat du Monde 1960 - Participations: Scarab 7; Lance Reventlow 3

- le 29 mai 1960 Monaco, GP de Monaco, la première en Europe; ni Lance Reventlow ni Charles "Chuck" Daigh se sont qualifiés; le petite histoire écrit qu'ils ont été très surpris de ne pas avoir atteint des temps de formules Junior (They quickly discovered they were way off the race of even the formula Juniors that ran in a support race !)
- le 6 juin 1960 Zandvoort GP de Hollande, les deux Scarab de Lance Reventlow et Charles "Churck" Daigh sont retirées après une grosse colère de Reventlow avant la course, alors que Daigh s'était qualifié avec un 15e temps non enregistré.
- le 19 juin 1960 Spa, GP de Belgique Scarab n°28 Lance Revenlow abandon au bout du deuxième tour, idem Scarab n°30 après 17 tours à cause des moteurs défaillants.
- le 3 juillet 1960 Reims Gueux, GP de France, Lance Reventlow laisse une Scarab à Ritchie Ginther n° 26 et une autre à Chuck Daigh n°28; tous les deux ne passeront pas le cap des essais dans lesquels les moteurs Offenhauser/Goosen ont cassé.
-16 juillet 1960 Silverstone GP de Grand Bretagne, aucune Scarab; Chuck Daigh s'est engagé dans une Cooper-Climax n°3, abandon.
- le 20 novembre 1960 à Riverside, Reventlow n'a engagé qu'une Scarab qui sera pilotée par Chuck Daigh n°23, qualifié avec 18e temps devant Maurice Trintignant, il termine 10e

NB: Il n'est même pas cité dans le "Guide Marlboro Grand Prix", ni en tant que pilote ni comme constructeur. Les ingrats ! Quant à Dominique Pascal dans "Le Dictionnaire des Pilotes de Formule 1" 1950 - 1999, il ne le cite que pour 1 GP disputé

Ecrit par : jlm | mardi, 23 décembre 2008

Et bien évidemment le vrai Chuck Daigh a inspiré Jean Graton pour le Chuck Denver de la bande dessinée ... Les Scarab étaient obsolètes dès leur apparition en Europe mais elles avaient une "sacré gueule" !

Ecrit par : Christian Magnanou | mardi, 23 décembre 2008

Merci Christian Magnanou, les lecteurs apprécieront.

1) Chuck Daigh Scarab GP de Monaco

http://i44.tinypic.com/vxg30p.jpg et http://i42.tinypic.com/33xklub.jpg

Chuck Danver dans la présentation des pilotes, Album Michel Vaillant "Le circuit de la peur" 1959 (impossible de voir une date, même dans le France-Soir de la page 8, ni dans l'Eclair page 12)

http://i42.tinypic.com/2u6emw7.jpg

La Scarab présentée à Michel Vaillant par Steve Warson, à sa gauche Chuck Danver

http://i39.tinypic.com/ok68et.jpg

La Scarab, la vraie, sur le circuit de Zandvoort en juin 1960

http://i42.tinypic.com/2nbytxc.jpg

La voiture qui suit, une Cooper Climax, devrait être celle de la Centro Sud de Maurice Trintignant; les experts trouveront... j'espère.

Ecrit par : jlm | mardi, 23 décembre 2008

Pardon ! Chuck Danver, à gauche sur le dessin !

Au fait, mais Jean Graton ne devait pas le savoir, Lance Reventlow, avant de quitté les USA, avait décroché un contrat avec le manufacturier de pneumatiques Goodyear et non pas Firestone comme l'indique le nom sur le dessin des pneus.
Pour être complet et clore ce hors sujet "Prince Igor", Lance Reventlow, après le course de Zandvoort, fit amener un troisième châssis en Europe pour le cas ou un problème surgirait. C'était sans compter avec l'extrème fragilité des moteurs 4 cylindres Offy malgré la préparation de Leo Goosen; double allumage, levée desmodromique des soupapes et fermeture par un deuxième arbre à cames, bref, du crystal.
Saviez-vous que ce Offenhauser 4 cylindres en ligne et deux ACT, était une copie du moteur Peugeot qui devait remporter les 500 miles d'Indianapolis ?
Juré, fini, je n'écris plus.

Ecrit par : jlm | mardi, 23 décembre 2008

Au contraire cher JLM, votre iconographie me rassure quand à ma mémoire ! Et je maintiens, quel look ces Scarab ... d'ailleurs le modèle "sport-proto" n'était pas mal non plus !
Merci encore, récemment j'avais évoqué une photo de Hans Hermann qui était resté gravée dans mon esprit et vous l'aviez (immédiatement) retrouvée et mise en ligne .

Ecrit par : Christian Magnanou | mardi, 23 décembre 2008

Bira pas un vrai Prince... au volant d'une Gordini comme d'une MG , Maserati,Era, ou Alfa Roméo , c'était aussi un prince du Tumulte...

Ecrit par : Xavier | mercredi, 24 décembre 2008

Et au volant d'une Connaught. Merci JLM pour ces annecdotes et votre immense connaissance.
Le Offenhauser est bien dérivé d'un bloc Peugeot que Jules Goux emmena à la victoire des 500 Miles en 1913.

Bon Noêl à tous !

Ecrit par : Daniel DUPASQUIER | mercredi, 24 décembre 2008

Photo de la Scarab de Daigh à Zandvoort (GP de Hollande). La Centro-Sud engageait des Cooper-Maserati. Celle qui suit Daigh est bien une Cooper-Climax, celle du Yeoman Credit Racing Team pilotée par Henry Taylor.

Ecrit par : JM GIGLEUX | lundi, 29 décembre 2008

Merci JM Gigleux; ne sachant pas exactement et n'étant pas connaisseur des "choses" de la F1, c'est la raison de la prudence qui a fait écrire au "conditionnel" et souhaité un avis plus éclairé.
Voilà qui est fait, parfait, encore merci.

Ecrit par : jlm | lundi, 29 décembre 2008

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