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mercredi, 19 novembre 2008

GRAC 1964-1974

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Quand j'entends le mot patrimoine je sors mon livre ! Il semble que l'époque soit devenue assez adulte pour que, détournant une phrase célèbre, les historiens automobiles sortent des livres pour honorer leur patrimoine. Après Alain Gaillard qui fit oeuvre de salut public pour sauver la marque DB de l'oubli, c'est Gérard Gamand qui vient de commettre une somme sur GRAC, cette petite entité drômoise qui produisit plus d'une centaine d'autos entre 1964 et 1974.



Gérard Gamand cultive le savoureux paradoxe de cumuler à la fois l'amour du numéro de châssis - qu'il porte au niveau d'un art - et le métier d'éditeur d'art, justement. Le sens commun voudrait que la sensibilité artistique n'eût rien à faire avec des chiffres, des listes de données, mais il réfute cette simplification et s'en est déjà expliqué. Et puis trêve de balivernes, l'auto et l'art forment un couple très honorable, il suffit de lever les yeux sur notre bandeau pour en être convaincu.

grac2.jpgGérard Gamand a lancé avec succès, à la fin de l'hiver 2008, Autodiva [1], forum rapidement devenu hyper pointu où il a réussi à capturer tout ce que la France compte de fêlés du numéro de châssis, de restaurateurs mono maniaques, d'experts en cryptomarques. ll sévissait, avant Autodiva, entre autre sur The Nostalgia Forum [2], la bible ango-saxonne. Là il se surprit à se colleter à des connaisseurs anglais, australiens ou autrichiens qui en savaient plus que lui sur GRAC, un comble. Interpellé, il réalisa que nombre d'erreurs ou de légendes voire de ragots couraient sur ce constructeur, ce qui ne manqua pas d'ébranler la colonne de dates, de numéros, de faits bruts qui lui charpente le dos.

Il se jeta donc dans cette tâche herculéenne d'écrire un livre. Pas une fiction, commode pour masquer un défaut de documentation, non, l'histoire, saison après saison, châssis après châssis, de GRAC. Un catalogue raisonné comme ceux auxquels l'éditeur artistique est accoutumé.
Total, un bouquin de 256 pages, riche de plus de 450 photos dont Henri Pescarolo qui signe la préface souligne l'intérêt (des photos inédites que je ne connaissais pas). Pesca courut pour la première fois en monoplace sur une GRAC.
 
Les onze premiers chapitres retracent les onze années d'exercice de la "République des copains", dont trois membres, Yvon Le Flem, Serge Granjon et le patron Serge Aziosmanoff, figurent au frontispice de notre note. Du moins cette appellation correspond-elle au début de l'aventure lorsque "Azios" et son fidèle complice Granjon tractaient avec une Citroên DS "usine" la GRAC MKI bricolée pendant les heures de boulot chez Crouzet, l'équipementier industriel chez qui ils étaient employés. La mort de Denis Dayan dissoudra, fin 1970, la République des copains.

Gamand a pris les choses simplement pour structurer son bouquin, il raconte chaque course de chaque année, comme ça il est sûr de ne rien oublier. C'est là le léger handicap d'une entreprise qui peut s'avérer lassante par son côté répétitif, d'autant que la courte place accordée à chaque événement contraint de le synthétiser, donc de le priver de sa chair. Mais comment faire autrement ? Comment échapper au passage obligé du départ, de la course, du classement si on raconte l'histoire d'un constructeur de voitures de course ? Et ce ne sont pas quelques coquilles laissées sur la piste ou une ponctuation allant quelquefois dans le rail qui empêcheront de goûter jusqu'au baisser du drapeau ce beau livre au fond primant sur la forme.

grac3.jpgLe catalogue de toutes ces GRAC convoque des souvenirs. En vrac, nous revoyons la F2 MT17 dont le nez en forme de V évoque une Surtees F1, la TS9 de 71, si nos souvenirs sont précis. Et cette F3 de 69 en forme de coin, la MT8A, comme la Lotus à turbine d'Indy, qui s'en souvient ? Elle fut conduite par Jean Max [3] qui rama comme un malade en tentant de tirer cette masse animée d'un petit bouilleur d'un litre. Le même Jean qui ne fit guère mieux sur la MT8 traditionnelle (ci-contre) mais ô combien plus jolie.

Au fil des pages nous croisons des personnages dont le nom évoque vagement quelque chose mais que l'on croyait oubliés à jamais, comme ce "Pat Shadock" qui avait préféré acheter une GRAC en 73 plutôt qu'une de ces BBM super vites pour courir la coupe Simca Shell. Bien lui en prit, rappelle-t-il : La BBM me semblait carrément dangereuse : il fallait glisser les pieds sous la colonne de direction. Ils faisaient office de pare-chocs en cas de choc... Un de nos collaborateurs s'en souvient.

Il y a aussi Bernard Plaisance, "pilote énigmatique et fortuné" qui garait son cabriolet Ferrari dans la boue du paddock de Charade, compagnon des premiers jours de GRAC. Enfin comment ne pas sourire à l'évocation de l'irascible Baptiste Gotti, le fondateur des jantes du même nom, qui racheta GRAC fin 73, sourire nullement dû à ce rachat qui précipita la chute de la firme de Valence mais plutôt au côté irascible du personnage. Construire des jantes altérerait-il le caractère ?
 
Le livre s'achève sur trois annexes très intéressantes  : photos d'époque, photos des GRAC d'aujourd'hui - parmi lesquelles le modèle MT20 ci-dessous, et un minutieux descriptif des toutes les autos produites. Il est, écrit Serge Aziosmanoff en prologue, la mémoire vivante, unique et incontournable de cette histoire. 
L'homme au chapeau de cow-boy peut s'estimer heureux d'avoir trouvé en Gérard Gamand un chroniqueur à la taille de son personnage, avant que l'oubli dissolve son aventure.

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GAMAND (Gérard).- GRAC 1964-1974. Pref. Henri Pescarolo. Ed. Autodiva, Lyon, 2008, 256 pages, 69 euros
Commander le livre
 



[1]
  www.autodiva.fr 
[2]  http://forums.autosport.com/forumdisplay.php?s=&forum...
[3]  Désolé pour la vérité historique mais nous disons Jean Max comme nous avons toujours dit Hockenhème, Truxtonne ou Gearama



De gauche à droite, Yvon Le Flem, le Breton qui aidera à relancer la marque après la mort de Denis Dayan, Serge Granjon, personnalité hors norme qui construisit tous les premiers châssis. Il quittera l'équipe après la mort de Dayan. Enfin l'âme de cette aventure, l'irremplaçable Serge Aziosmanoff, qui incarne encore 44 ans plus tard l'esprit GRAC
© Autodiva

GRAC MT8 de formule 3 1969, Max Jean est au volant et le mécanicien à sa droite est Jean-Pierre Fleur (qui fondera quelques années plus tard l'entreprise PIPO moteurs, qui répare aujourd'hui les moteurs de l'équipe "usine" Ford en championnat du monde des rallyes) © Autodiva
 
GRAC MT20 du Challenge Simca Shell de 1974. Ce modèle, entièrement restauré par le Belge René Verstappen en 2008, illustre le renouveau de la marque dans les courses historiques © Autodiva
(Légendes de Gérard Gamand)

Commentaires

Notez qu'une sympathique équipe de bénévoles tente de monter un challenge avec des GRAC neuves "mais dans l'esprit des années 60".

Ils étaient au mondial de l'auto:
http://www.leblogauto.com/2008/10/mondial-de-lauto-2008-live-grac.html

Ecrit par : Joest | mercredi, 19 novembre 2008

Comme elle était belle cette GRAC MT20 ! Et comme elle respirait bon la course des années 60/70 cette écurie,à laquelle on pourrait associer dans le même genre Pygmée avec Marius Dalbo.

Ecrit par : Jacques Rivaud | mercredi, 19 novembre 2008

Il y a de ces notes de lecture qui vous rendent aussitôt indispensable l'acquisition du bouquin dont elles assurent la critique. Non pas qu'elles versent dans la dithyrambe, ce qui les rendrait aussitôt suspectes. Au contraire, elles ne nous cachent rien des limites de l'entreprise, mais ne s'autorisent la distance ou même la malice ( pure friandise que cette Pescarolade !) que pour mieux entourer de bienveillance le projet. Moi qui ai toujours regardé toute nomenclature comme un mystérieux exercice hermétique, me voilà pourtant conquis. Décidément, ce site porte bien son nom, et avec talent: toutes les mémoires sont les bienvenues dans les stands. Que la mienne me porte davantage au désordre émotif qu'à la précision entomologique ne freine pas la petite GRAC qui vrombit désormais dans ma tête. Le sport automobile actuel présente ce paradoxe d'être à la fois très opaque et parfaitement dépourvu de mystère. Alors que les décennies plus "vintage" multiplient les invitations au voyage, parce que fourmillant d'aventures humaines. A ce petit jeu, les plus prestigieux ne partent pas nécessairement en pôle: l'évocation des déboires d'une Amon, d'une Trojan ou d'une Token (surtout d'une Token, allez comprendre...) me mettent autant en appétit que les triomphes des Lotus, Tyrrell ou Ferrari...

Ecrit par : zapata | mercredi, 19 novembre 2008

Je ne savais pas comment dire tout ça . Zapata l'a fait !

Avec l'avantage de répondre avantageusement à l'eternelle question :

"Chéri, quel bouquin de bagnoles te ferait plaisir pour Noel ?"

Bravo Gérard
Salut Serge
et Viva Zapata

JCA

Ecrit par : jc arnold | jeudi, 20 novembre 2008

Je n'ai pas acheté le livre de Gérard Gamand malgré tout le bien que j'en lis, ni les autres d'ailleurs tels, par exemple, le double Alpine. En fait je ne possède que très peu d'ouvrages sur le sujet de "Formule" et/ou de marques particulières. Je ne suis pas hermétique à ce pan de la grande histoire de la course automobile; je possède quelques "séries" telles les 7 volumes ETAI parues pour les 50 ans de la formule "reine", idem avec le double édité par le journal "L'Equipe", encore un double du même anniversaire chez Chronosport Editus, commis par Pierre Ménard (que devient-il ?), ai profité d'une proposition alléchante pour acquérir le quadruple GP Automobile de Monaco de feu les Editions d'Art JP Bartélémy, enfin La Fabuleuse Histoire de la Formule 1 des Rives, Flocon et Moity; je puise dans ceux-ci l'essentiel de ce qu'il faut savoir pour ne point être béotien et d'y retrouver les souvenirs du peu de GP auxquels j'ai assisté. Néanmoins je ne me séparerai pas des revues emblématiques qui ont marqué celles et ceux de ma génération, Sport auto, Echappement, Virage, Champions, Moteurs de Course, l’Automobile (y compris des n° anciens, années 50, achetés lors de brocantes) de même que l’AAT et des plus récentes dont Grand Prix international ( que de la Formule 1 pourtant) et de vous éviter la liste des « récents » voire des abonnements passés à profits et pertes…….
Soit je me disperse et achète tout voire n'importe quo, soit, tels les maquettistes, je me "borne" à un créneau ; pour les autres c'est affaire d'opportunités et de circonstances.

Autre exemple: les forums et blogs. J'appartiens à une race à part, celle des "fidèles"; comme beaucoup sans doute, il m'arrive de me "brancher" sur le forum de Gérard Gamand, je m'y arrête et lis des interventions (posts), y découvre des professionnels de la restauration, des professionnels de la profession (dixit JL Godard pour le cinéma), des amateurs croisés lors d'évènements commémoratifs, retrouve des "surfeurs" qui se réécrivent de forums en forums ce qu'ils ont appris, découvert et glané.
Je me suis inscrit sur quelques uns très hermétiques aux "non inscrits" afin de lire et me régaler des photos en utilisant le même pseudo et je me marre de lire parfois des "Rouletabille" qui pensent m'y avoir découvert derrière un nom ou un pseudo. A croire que celles et ceux qui s'expriment et écrivent correctement sont soupçonnés d'être ... et je les en remercie, c'est beaucoup me prêter car ils ne font pas légion.
AutoDiva, c'est dommage, victime du succès n'est pas ordonné, pour le moment; preuve en est qu'il y a des « posteurs » qui ne s'y retrouvent plus. Pour en terminer je suis surpris d’observer que quelques uns qui, par ailleurs, hurlaient au loup quand une photo sans mention , d’origine « inconnue », puisée dans un ouvrage ou sur un autre forum, illustre un propos, sont lobotomisés de leurs diatribes véhémentes d’alors, qui évoquaient la propriété intellectuelle et les lois du droit de copie, « faites de que je vous écris ne faites pas ce que je fais dorénavant ! ». Je n’y suis pas, mais je l’avoue, je me comptabilise dans les plus de trois cents mille visites depuis le ….

Ecrit par : jlm | jeudi, 20 novembre 2008

Le sport de mer du surf-riding est apparu au début les années 60, les Beach Boys aidant. Puis, est arrivé le renouveau du sport auto français sur lequel surfa Grac et d'autres. Ou comment être connu dans le monde entier en sortant de son garage ? Travail et passion bien sûr.
Et voilà qu'on surfe à nouveau aujourd'hui pour l'évocation de ces belles Grac.

Ecrit par : Hubert Baradat | jeudi, 20 novembre 2008

incroyable comme la Grac MT20 ressemble à une lola T292.

Ecrit par : GIGI | jeudi, 20 novembre 2008

Bonsoir et bravo Gérard pour la démarche !

Un type qui met le turbo pour sortir son livre sur qui vous savez...

ça arrive, ça arrive...

Bien cordialement !

Phike Votler

Ecrit par : philippe vogel | jeudi, 20 novembre 2008

Dieu sait si nous avons été "rivaux" en protottypes, GRAC ET BBM ! Avec le regretté Henry Dangel, nous formions un trio de passionnés monomaniaques à tendance paranoïaque avec un seul point commun: faire mieux que les anglais et cette redoutable Lola T 210.
De ces trois marques, GRAC a été la plus pragmatique, BBM la plus versée sur la recherche technologique, quitte à en oublier certains citères de finition, et Dangel entre les deux.
Dire qu'à l'époque ces constructeurs ne communiquaient pas est un doux euphémisme. Au salon de la voiture de course 1973, j'ai souvenir que nos stands étant peu éloignés, chacun d'entre nous, après un bref, très bref salut, essayait par tous les moyens de récupérer les futurs vainqueurs ou sponsors qui avait le malheur de passer dans "nos" travées!
Il est certain qu'une de ces trois marques au moins aurait pu se hisser au niveau des constructeurs anglais. Il sufffit de voir la fantastique carrière des Norma actuellement pour s'en convaincre.

Comme beaucoup d'autres "constructeurs sans patente" pour reprendre le terme célèbre d'Echappement, il me semble que chaque marque de proto et de monoplace mérite un coup de chapeau, voire un livre pour les plus importantes, comme Martini, - Bonjour, Tico -, ne serait-ce que pour faire rêver sur des jeunes (alors!) passionnés qui ont tout laisser tomber pour le sport automobile.

En passant un bonjour et merci encore aux frères Gotti: ils ont aussi aidé BBM puisque, outre la création de jantes de largeur et déport spécifiques, ils ont aussi moulé nos premiers porte-moyeux : ceux de la BBM C1 en 1971.
Que tout ce monde savait perdre des heures pour sa passion: l'automobile!

Ecrit par : guy dhotel | vendredi, 21 novembre 2008

Beau livre M.Gamand qui fait découvrir aux beotiens une marque peu connue...et c'est la tout le mérite d'un livre que j'espere trouver dans mes chaussures au petit matin.

(Comprendrons nous un jour ce caractere qui parle de lui, de lui, de lui et de lui tandis que le sujet est Grac ?)

Ecrit par : De passage | vendredi, 21 novembre 2008

Qui aime à écrire sur lui, sur lui et encore sur lui, le gardien des temple du savoir.

Ecrit par : De passage pas protégé | vendredi, 21 novembre 2008

Merci pour vos différents commentaires. Comme il est indiqué dans la note, ce fut effectivement une tâche "herculéenne" puisqu'il ne subsiste absolument rien de cette belle aventure GRAC. Pas une ligne, pas une facture, pas une photo...il a fallu tout reconstituer !

Petite parenthèse pour "De passage" : Je cite

"(Comprendrons nous un jour ce caractere qui parle de lui, de lui, de lui et de lui tandis que le sujet est Grac ?)"


Je ne sais pas du tout à "qui" vous faites allusion...pris d'un affreux doute, je suis allé immédiatement vérifier si, par hasard, vous faisiez référence au modeste auteur ?

Pas une seule ligne des 256 pages, je dis bien pas une seule ligne, de cette histoire ne m'est consacrée...ce qui est pour le moins normal, puisque je ne faisais pas partie de cette fine équipe des "aventuriers de la vallée du Rhône"

Bon, si ce n'est pas moi, alors à "qui" faites vous allusion ????

Ecrit par : Gérard Gamand | vendredi, 21 novembre 2008

Désolé M.Gamand mais mes parentheses ne vous sont pas destinées...
Jetez simplement un coup d'oeil au 5ème commentaire !

Ecrit par : De passage | vendredi, 21 novembre 2008

Décidément, la parano me guette !

Je vais me soigner...

Ecrit par : Gérard Gamand | vendredi, 21 novembre 2008

Bonsoir à tous,
Les factures estampillées "GRAC" ne sont pas toutes perdues.
J'ai un ami qui est l'heureux 3ème propriétaire d'une MT14S (dont il se sert encore avec succès en courses de côte) et qui possède le précieux papier.
Peut-être sera-t-il prêt à en faire une copie ?
Je lui en parle en vous en tient au courant M. Gamand.
Bien sportivement.
FM

Ecrit par : Franck Marie | vendredi, 21 novembre 2008

Bonsoir à tous.
comme le suggère Guy Dhotel, un livre sur l'extraordinaire parcours de Tico Martini et ses créations reste à faire, qui rendrait un bien légitime hommage à ce sacré bonhomme et constructeur.
Gilbert

Ecrit par : Gilbert | samedi, 22 novembre 2008

Saviez vous que l'equipe Azois a commencé par construire un kart ( trés amélioré pour l'époque) et on allait faire les essais le long du rhone ou habitait ses parents .

Bravo pour votre livre

Ecrit par : Paul Etienne | vendredi, 05 décembre 2008

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