vendredi, 01 octobre 2004
Olivier Leschiera

Magny-Cours 2008. Hôtel 5 étoiles.
Trois hommes en costume noir, cravate noire et lunettes noires m'ont donné rendez-vous. Trois émissaires des grands dirigeants de la F1 moderne m'attendent avec, devant eux, des dossiers : je les salue à peine, dans ce milieu, on ne s'attarde pas à cela. Je regarde la chemise en cuir noir que le plus grand des trois tient contre lui : je devine qu'elle contient le contrat, que dis-je, le pont d'or que tout le milieu de la F1 est prêt à me proposer. Dans quelques secondes, j'apposerai mon paraphe en bas de chaque page et deviendrai ainsi le chroniqueur le mieux payé et le plus adulé de tout le paddock. La F1 achète et jette tout ce qu'elle veut, quand elle veut... Un GP de nuit ? Acheté ! Les circuits de légende comme Spa ou Silverstone ? Jeté quand ils ne rapportent plus assez ! La F1 me veut maintenant et peu importe le prix.
Je souris intérieurement, il aura suffi de quelques lignes dans Mémoire des Stands pour que les plus grands de la F1 me contactent. Je sais que cela s'est joué à pas grand chose entre le Pr Reimsparing mais la F1 est un monde de winners. L'homme ouvre la chemise doucement alors que ses deux acolytes se rapprochent pour former un demi-cercle autour de moi. Tout à coup, mes yeux quittent la chemise de cuir et se posent aussitôt sur mes avant-bras que les deux gars serrent désormais très fort. Si fort que mes mains blanchissent rapidement, je ne sens plus le sang au bout de mes doigts. Les trois gars sourient, d'un sourire qui ne me dit rien de bon et le plus grand qui se tient en face de moi enfonce son regard poignardant dans le mien. Il attrape le col de ma chemise et me balance à l'oreille : Tu te prends pour qui minable ? Tu crois que quelques lignes sur un blog peuvent justifier que tu sollicites le Boss pour lui vendre tes récits et faire sauter la banque ? On n'importune pas comme cela le Boss. Il n'aime pas trop ce que tu racontes sur notre business, il n'aime pas trop les gars qui disent que c'était mieux avant. Ce que tu racontes sur la F1 des années 2000, sous couvert que tu y as bossé un peu comme ingénieur, ce n'est pas très fair-play non ? Tu en as bien profité et maintenant, tu craches dans la soupe ? Tu y dis que la F1 est un rêve que tu as réalisé. Rêve ? Cauchemar plutôt, minable...
Le coup de poing violent qui traverse mon estomac me plie en deux, mon genou touche le sol alors qu'un coup de pied que je n'ai pas vu venir me concasse les côtes et me couche sur le flanc, souffle coupé. Ce n'est pas un contrat mirobolant que ce sale type a sorti de sa chemise en cuir noir mais un petit pistolet équipé d'un silencieux. Il part alors d'un grand éclat de rire, je le vois presser délicatement la gâchette et là, ce bruit qui... Qui me sort de la torpeur estivale dans laquelle le GP de France que je regarde à la télévision m'a plongée.
Je viens de recevoir un mail au lieu d'une bonne vieille balle entre les deux yeux. Le souffle court, me tenant machinalement les côtes, je l'ouvre. Mémoire des Stands me propose un espace sur le blog à côté de celui du Pr Reimsparing. Quel honneur de côtoyer un homme si cultivé, quelle joie de pouvoir y raconter les mémoires de mes stands, comment pourrais-je demander autre chose ?
Je perdrais mon temps ailleurs...
Contact : oleschiera@gmail.com
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