mercredi, 22 octobre 2008
Maroc en sépia #01

L'un des "Marocains" de service sur ce blog, Christian Magnanou, a laissé son coeur du côté de la place Liautey à Casablanca. Il nous raconte un dimanche à Mohammedia dans les années soixante.
Il ne devrait plus tarder. Il n’est pas encore 7 H ce dimanche matin 18 juin 1961 et j’attends impatiemment devant la maison un ami de mon père : il doit m’emmener voir les courses de voitures prévues aujourd’hui à Mohammedia, petite cité balnéaire située à 25 km au nord de Casablanca [1].
J’entends le ronflement de la Lancia Aurélia, c’est lui ! Ne pas oublier de monter côté gauche, inexplicablement le volant est à droite sur sa voiture. Je me souviens encore du sifflement mécanique qui disparaissait au moment où Claude passait la deuxième vitesse : Ce n’est rien, c’est le couple conique, disait-il d’un air entendu … J’ai dix ans et demi, je vais passer une journée sans mes parents avec un de leurs amis qui est très cool (comme on le dit maintenant) et qui aime les voitures de course tout autant que moi ; le roi n’est pas mon cousin !
Nous arrivons, le temps de garer la B20 au milieu du parc concurrent (le service d’ordre est bon enfant et Claude connaît tout le monde !) et nous voici sur le circuit. Nous sommes loin des canons actuels, trois ou quatre avenues bordées de palmiers et deux ou trois rues délimitent un tracé court, très typé « accélération freinage », aux trottoirs omniprésents et aux nombreuses bottes de paille. Les spectateurs sont traditionnellement peu nombreux à ces courses pour gentlemen (encore que…) fortunés (plus sûrement) qui selon la formule devenue célèbre, reconnaissent chacun des visages répartis sur le parcours. L’ambiance est décontractée, l’odeur de l’huile de ricin déjà présente.
Au programme : essais le matin, courses l’après midi ; quant aux catégories c’est assez limité : tourisme, grand tourisme et racers 500 avec en ouverture une course de motos, en grande majorité des Norton Manx ou Matchless 500 dotées d’un bruit proprement terrifiant.
Je passe un bon moment avec un autre ami de la famille engagé dans deux courses avec son Racer Cooper Norton et surtout sa magnifique Porsche 550 Spyder; deux voitures dans lesquelles je pourrais longuement rester assis et rêver … Je me souviens parfaitement être allé à l’aéroport de Casablanca-Anfa avec mon père le jour où cette voiture est arrivée dans une nacelle spécifique accrochée sous le Lockheed Constellation qui la convoyait de Stuttgart ; quelle voiture, pour être souvent monté dedans, comme passager bien sûr, j’ai encore dans les oreilles le bruit rageur du 1500 « Furhman » à quatre arbres à cames en tête; celle de Jean avait pour originalité d’être « carmin red » d’origine et non gris argent comme presque toujours.
La course de moto ne passionnant alors que ceux qui y participaient et nous laissant pratiquement sourds à son issue, je me souviens que la course des voitures de tourisme fut remportée par une Alfa TI pilotée par Tony Sempéré, une gloire locale et un joyeux luron à la « Ragnotti ». Il y eut une belle empoignade entre deux DKW au bruit de turbine, combat qui cessa lorsqu’une d’elles fut « légèrement » poussée par sa suivante et passa sur le toit non loin de l’emplacement où nous étions…
![J[1].Plassard_Cooper Norton.jpg](http://memoiresdestands.hautetfort.com/media/00/02/248842428.jpg)
La course des GT fut magnifique et Jean Plassard l’emporta avec son Spyder 550 devant deux Carrera 1500, l’une d’elles étant menée par Jean Kerguen un autre Casablancais vu plus tard au 24 H du Mans avec une Aston Martin DB4 Zagato.
Pour faire bonne mesure il s’adjugea en suivant la course des Racers avec sa Cooper Norton précédant d’autres de ces petites monoplaces anglaises qui permirent à Sir Stirling de débuter à son époque, mais aussi devant deux rapides DB Panhard moins gracieuses et au bruit caractéristique.
Le retour fut silencieux (si l’on peut dire avec le ronronnement grave de la Lancia…) tout imprégné que j’étais de cette journée et le fait de penser à la semaine de lycée qui s’annonçait ne m’inspirait guère … Heureusement en me déposant Claude sut formuler la phrase magique : À dimanche prochain Christian, n’oublie pas que nous allons au circuit de Sidi Bernoussi !

Christian Magnanou
[1] Voir le site de J.-B. Bassibey : http://jbbassibey.free.fr
Tony Sempéré, Alfa TI, archives Christian Magnanou
Jean Plassard, Cooper Norton, archives Christian Magnanou
Rives et sa DKW "sur le toit", archives Christian Magnanou
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| Tags : circuit de mohammedia, maroc, tony sempere, jean plassard, jean kerguen, 1961, christian magnanou |




















Commentaires
C'est nous les Africains
Qui revenons de loin
... etc.
Un grand merci. J'avais repéré et mis en favoris ce lien et de m'y promener de temps en temps; de rappeler que MdS avait mis en ligne un portrait de l'Africain "Dédé La Sardine".
Il y a cinquante révolu, le 19 octobre 1958, se courait, non pas le premier GP du Maroc, mais le seul et l'unique qui comptera pour le Championnat du Monde.
Ecrit par : jlm | mercredi, 22 octobre 2008
Les Casablancais cher JLM, pas les Africains... Dédé la Sardine étant lui Gadiri ! Bien sûr qu'il n'y a eu qu'un Grand Prix du Maroc, mais il fut précédé en 1957 d'une course de F1 hors championnat remportée sur le même circuit d'Aïn Diab par Jean Behra. Quand à moi, mon évocation concerne les petites courses de clubs (Racer Club Marocain, Ecurie Gazelle, Ecurie Atlas ...) organisées sur des circuits tracés en périphérie des grandes villes marocaines dans les années 60.
Ecrit par : Christian Magnanou | mercredi, 22 octobre 2008
Cher Christian Magnanou, le texte de mon propos, rien que le texte et pas plus que ce texte. Vous poussez le bouchon un peu loin: casablancais pas africain !
Cela revient à écrire qu'un bastiais et un ajacien ne pas des européens ?
De la même manière, pour exarcerber des entagonismes, qu'un quimperois n'a rien d'un breton de la même trempe qu'un brestois ?
J'exagère et le fait exprès.
Quant à "GP du Maroc" du 27 octobre 1957 hors Championnat" et "GP du Maroc" du 19 octobre 1958 dixième manche du Championnat, hors sémantique, quelle est la différence hormis qu'il y a eu le premier en 1957 puis le second et dernier en 1958 ?
Très cordialement.
p.s. j'avais de la famille en Algérie, dans un village proche de Mostaganem, Aïn Sidi Chérif très exactement; cette famille était française d'Algérie, pieds noirs depuis 5 générations; lors de leur embarquement à Oran La Sénia en mai 1962, contraints et forcés, ils chantaient tous: "C'est nous les africains" .... Mais à quoi bon raviver tout cela.
Ecrit par : jlm | mercredi, 22 octobre 2008
Cher JLM, il était de "bon ton" et surtout une sorte de jeu à l'époque de montrer sa différence les uns par rapports aux autres au Maroc: les Casablancais prenaient ceux de Rabat pour des fonctionnaires, les gens de Meknès étaient considérés comme des paysans, les Marrackchis comme des oisifs et j'ai bien sûr oublié ce pensaient les Gadiris des Casablancais... il y avait du Clochemerle dans tout ça !
Ecrit par : Christian Magnanou | mercredi, 22 octobre 2008
Ainsi tout s'explique !
Au moment même et (presque) à l'endroit où je découvrais simultanément l'affaire Tournesol, JM Fangio et la course automobile, l'ineffable Arturo Cartoffoli roulait (à environ 70 km au sud de Rabat) au volant de son Aurelia B20 en compagnie de - devinez qui - Christian, reporter !
Si j'ajoute qu'au Maroc mon père roulait en Plymouth qui était une version économique de la Chrysler 1955, vous comprendrez aisément dans quel état de trouble m'a laissé la lecture de "l'affaire Magnanou".
Signé "un R'bati"
Ecrit par : Francis Rainaut | mercredi, 22 octobre 2008
Merci ! Je ne connaissais pas ces "chipoteries" marocaines. Mais il est certain que nous vivons, en France, le même genre d'ostracisme entre les différentes populations de la République (ainsi je n'oublie personne).
La disparition des n° de nos départements figurants sur les plaques d'immatriculation va freiner les: "Hé ! Va donc, paysan" à contrario des " Ah ! tu te crois à Paris ?".
Avec le plaisir de vous lire.
Ecrit par : jlm | mercredi, 22 octobre 2008
Je dirai même plus mon cher Francis ... C'est vrai que c'était la même Lancia Aurelia que dans l'Affaire Tournesol (mon Tintin préféré) et je n'y avais pas pensé mais je tiens à préciser le nom du conducteur : Arturo Benedetto Giovanni Giuseppe Pietro Archangelo Alfredo Cartoffoli dé Milano ... un jour j'évoquerai peut être le circuit de Rabat (où tu es peut être allé), le temps d'organiser mes souvenirs !
Ecrit par : Christian Magnanou | mercredi, 22 octobre 2008
Quelques années plus tard, en fin des 60's, j'ai pu assister aux courses casablancaises qui s'étaient déplacées sur le circuit de la corniche. J'en garde le souvenir de Ford GT40 et autres Porsche 907 (celle de R. Dutoit) courant en même temps que des berlinettes Alpines (pas trop étonnant), mais aussi avec des R8 Gordini et des Alfa Roméo Guilia (moins courant et plus dangereux...). Je me souviens aussi de ces courses de "racers" étranges insectes à 4 roues sorties je se savais pas trop d'où çà l'époque de mes 12 ans... Malheureusement mon intérêt pour la photographie n'avait pas encore éclos
Petite question complémentaire : Jean Plassard est-il le même que celui qui a enlevé le Rallye de Maroc avec Jean Deschazeau sur une SM en 71 ?
Ecrit par : Patrick M | mercredi, 22 octobre 2008
Bien sûr Patrick M. Jean Plassard est une figure du sport automobile marocain des années 60 et a été plusieurs fois Champion du Maroc. Il a couru principalement en Racer 500 (Cooper Norton) et en GT (Porsche 550, Matra Jet 6). Il fut également le co-pilote de Jean Deschazeau au Rallye du Maroc qu'ils ont remporté avec Citroën SM en 1971. Deschazeau, autre résident marocain qui s'occupait d'une importante exploitation agricole dans le sud, avait la réputation de connaitre chaque caillou, sur chaque piste empruntée par le rallye...quelques années plutôt ils avaient déjà terminé deuxièmes d'un même rallye alors emporté par un juvénile Jean Pierre Nicolas sur une R8 Gordini "semi-privée".
Ecrit par : Christian Magnanou | mercredi, 22 octobre 2008
Et eux étaient sur une DS21 avant l'arrivée de la SM... Je me souviens du parc fermé sur la grande place de Casa, devant la poste. J'y ai passé des heures à regarder ces voitures de rallye essayant déja de bien comprendre les différences entre les gr1 et 3 et les Gr 2 et 4...
Ecrit par : Patrick M. | mercredi, 22 octobre 2008
Erreur cher Patrick M; quand ils ont fini deuxième en 1968 c'était sur une 404 Peugeot. Ils s'étaient quand même permis de devancer au scratch la Porsche 911 R de Kerguen - Gauvain dont ce n'était pas vraiment le terrain de jeu préféré ... Quand à la fameuse place des Nations Unis, devant la grande poste, j'y ai passé pas mal d'heures également lors des départs de ces rallyes, peut être nous y sommes nous croisés ou alors au Lycée Lyautey ?
Ecrit par : Christian Magnanou | mercredi, 22 octobre 2008
Peut-être bien qu'il me semble que vous y étiez un peu avant moi : après deux ans à Bizet (annexe au CIL), je me suis trouvé à Lyautey de 1969 à 1971...
Mais nous devrions continuer ces échanges par mail pour ne point lasser les lecteurs ?
Ecrit par : Patrick M | jeudi, 23 octobre 2008
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