dimanche, 05 octobre 2008

Dead end

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Les rares passants qui ressortent sur Springfield Road après l'orage ont autre chose à faire qu'à compter le nombre de fenêtres éclairées en cette soirée automnale. Pourtant facile : il n'y en a qu'une, celle de Nancy Pelham, 22 ans, qui écoute les nouvelles sur un transistor personnalisé d'un sticker Elf Team Tyrrell.
 
 

"As the chairman of the Senate Watergate Committee told yesterday that Président Nixon should'nt..." clic. WVIB "Sound of Buffalo" laisse la place au silence. Enfin le silence, c'est vite dit indique le gros radiateur de fonte qui vibre au passage d'un convoi de la New York Western Freight, plein de tonnes d'acier qu'il achemine vers Detroit. De toute façon, n'importe quoi plutôt qu'entendre le nom de l'escroc de Washington. 19 h 30 à la pendule. Nancy prépare son sac pour demain.

Va-t-il pleuvoir, faire froid ? Elle jette un oeil par sa fenêtre. La rue est toute inondée, Buffalo vient d'essuyer un gros orage. Curieuse ambiance ce soir ; ce coucher de soleil pris en otage par les cumulus qui se sont formés au-dessus du lac Erie. La météo prévoit pourtant qu'un anticyclone va se positionner dans le coin des Finger Lakes. Elle empile deux jeans et fourre une paire de bottines dans un sac Walmart, dès fois que Nick garerait l'Impala non loin du Bog. C'est son truc, le Bog, à Nick. Il faudra qu'elle veille à ce qu'il boive moins que la fois où lui et Mark avaient poussé dans le Bog une Vette presque neuve.

Qu'elle n'oublie pas son Agfamatic surtout, pas comme il y a deux ans quand IL avait gagné et qu'elle avait été infoutue d'en ramener un souvenir. Surtout qu'Il va faire un podium encore une fois. Ier en 71, 2è l'an dernier, 3e dimanche, logique non ? Elle a failli oublier Sa deuxième place en Can Am également l'année dernière ! Tu vieillis ma vieille ! Le Glen lui réussit, pas de doute. D'ailleurs c'est toute l'Amérique qui lui va comme un gant. Jolie, cette image. Y repenser. Elkhart Lake, ça vous dit quelque chose ? Elle avait tellement tanné Nick qu'il s'était laissé faire ; une journée de bagnole à travers cinq Etats pour arriver une heure avant la course. Il avait été deuxième sur une grosse McLaren Chevy toute bleue et, cerise sur le gateau, l'avait reconnue quand elle Lui avait fait signer son tee-shirt dont l'armement était braqué sur Lui. A cause de ça, dites-vous ? Mauvaises langues... (Encore vous, vous êtes une vraie fidèle alors, lui avait-Il lancé de Sa voix si chaude qu'elle faisait naître en vous des frissons innommables. Et en français en plus. So charming !

Dire que Nancy est tout excitée à l'idée d'aller au Glen est un euphémisme, il n'y a pas de mot pour décrire son état. Elle sait qu'elle ne dormira pas de la nuit, qu'elle déroulera sur son écran intime le film du lendemain. Départ à 6 heures, le siège défoncé de l'Impala, Interstate 90 en direction de Syracuse puis à la hauteur de Seneca Falls, l'US 14 qui descend tout droit sur Watkins Glen. Normalement elle devrait être en place à 10 heures quand commencera la séance du matin, et normalement, si ça se passe comme prévu, c'est depuis le stand Tyrrell qu'elle la suivra, la séance, car Nick a obtenu - en principe, hein, car on ne sait jamais avec ces mecs-là -, a obtenu deux pass de Roger Hill, le chef mécano de chez Tyrrell, vous savez c'est le grand à moustache qui ressemble comme un fils à son patron. Comment Nick le connaît ? Ca date du temps qu'on était en Angleterre, ils bossaient chez des forains ensemble.

Au fait, vous faites pas des idées, Nick c'est mon frère, hein ! Mon mec, eh ben j'en ai pas, ou plutôt si, mais IL ne le sait pas encore... Quand je repense au regard qu'IL m'a lancé après qu'IL eut posé sa coupe du vainqueur... Sûr qu'Il ne pensera qu'à une chose demain sur le coup de 11 heures 30 quand finira la séance.






Dead end © (merci) François Baranger (www.francois-baranger.com)
 

10:10 Publié dans Image François Cevert | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : françois cevert, memorial, fiction |

Commentaires

Belle plume...

On redoute la suite.

Ecrit par : Gérard Gamand | dimanche, 05 octobre 2008

A la famille de Francois CEVERT,
A Francois .......
"Ne me quittes pas "...."quand on a que l'amour"....Jacques BREL 30 ans déja............ et surtout Francois for Ever.......
Un ange nous surveilles, "quand on a que l'amour" c'était cela Francois CEVERT.........
Francois ne nous quittes pas....

Ecrit par : ANDRE GEORGES | dimanche, 05 octobre 2008

Lovely morning and bad day.
Bel hommage et tres jolie note .
Vous n'avez jamais un aussi beau style que lorque vous vous évadez sur les routes et les bled pourraves americains.
Bien vu l'armement sous le tee-shirt.
J'imagine la qualité de la chute de reins de Nancy à la hauteur de la chute de votre nouvelle.

Ecrit par : gianpaolo | lundi, 06 octobre 2008

Superbe texte pour un aussi triste anniversaire.

Ecrit par : guy dhotel | lundi, 06 octobre 2008

c'est pas sympa de nous plomber un lundi matin d'une facon aussi talentueuse avec un souvenir aussi triste
cet apres midi la je decalaminai mon solex quand ma mere sortant de la cuisine me dit " Cevert viens de se tuer aux essais" gros choc mythe foudroyé des souvenir qu'on ne peu jamais gommer
francois on t'aime

Ecrit par : christian migeon | lundi, 06 octobre 2008

Je me suis cru un moment dans le monde de Edward Hopper ... Il va falloir que j'arrête le Southern Comfort !
Ceci dit je me souviens parfaitement que je revenais de chez une copine quand arrivant à Neuilly j'ai entendu la nouvelle sur le Blaupunkt de ma 128 Rallye !
Quand il a appris la mort de Tino Rossi Pierre Desproges s'est resservi du cassoulet, là je n'avais pas vraiment faim...

Ecrit par : Christian Magnanou | lundi, 06 octobre 2008

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