mercredi, 08 octobre 2008

Une alliance franco-allemande

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Où l'on voit le Pr Reimsparing préférer le Reims de 1959 à celui qu'il visita en septembre dernier. Et pas seulement en raison de la météo.



Petit retour sur le deuxième WEEA pour préciser d’abord aux deux ou trois personnes qui ont pu fugacement s’étonner de ne pas croiser, à cette occasion, l’auteur de ces lignes, que ce dernier y a pourtant mis les pneus et les pieds le samedi après-midi ; l’analyse de la boue qui ornait généreusement les uns et les autres aurait pu en établir la preuve scientifique. Malheureusement, le temps exécrable qui régnait ce jour là, combiné à une brutale et sans doute corrélative poussée de nostalgie des grandes heures ensoleillées vécues sur ce triangle anciennement magique, a dilué (si je puis dire) mon intérêt pour le plateau proposé, nonobstant la présence de la merveilleuse Mercedes de MM. Alesi et Hermann. La goutte d’eau (façon de parler) fut de me voir courtoisement mais fermement interdire certains accès par des jeunes gens officiellement chargés de la « sécurité », bien que je fusse théoriquement accrédité. J’ai donc imité le soleil et me suis éclipsé séance tenante pour, contrairement à ce dernier, en revanche, ne plus revenir.


Mais foin de cette péripétie sans importance. Ce qui est beaucoup plus dommage, et de loin, si j’en crois l’observation de Christian Magnanou sur ce point, c’est la relative indifférence du public à l’égard de Hans Herrmann, dont la personne a sans doute pâti, il est vrai, de la splendeur du joyau qui lui était confié. Pourtant, le vétéran allemand se trouvait de retour sur les lieux de ce qui aurait pu constituer un véritable exploit et sceller victorieusement une inoubliable alliance franco-allemande.

 

Je n’évoque pas, ici, sa participation, à l’âge de 26 ans seulement, au GP de l’ACF 54 sur l’une des toutes nouvelles Mercedes carénées, car son moteur lâcha assez rapidement et c’est surtout le souvenir d’une Flèche d’argent tout empanachée dans la descente de Soissons que laissa Hermann cette année-là (« Doublez mon panache blanc » !).

 

alliance2.jpgNon. Il faut se projeter en 1959 sous un soleil implacable qui faisait se déliter le tarmac, plus précisément au départ de la Coupe internationale de vitesse réservée aux F2 1500 cm3 et programmée juste après un GP de l’ACF outrageusement dominé par Tony Brooks et sa Ferrari.

 

Sur la première ligne de la Coupe en question figuraient notamment Stirling Moss, auteur de la pole sur sa Cooper-Borgward bleu nuit engagée par Rob Walker, et Hans Herrmann, troisième temps au volant de la toute nouvelle Porsche-Behra à la séduisante et originale carrosserie bleu clair, mise au point, comme son nom l’indiquait, par le pilote au casque à damiers à partir d’une base Porsche.
Cette marque de confiance du Français à l’égard de l’Allemand n’avait rien pour surprendre, même si une auto identique était par ailleurs confiée au très britannique Colin Davis. Behra/Hermann, en effet, c’était rien moins que l’équipage de la Porsche 1600 qui avait terminé à une formidable troisième place au général des 24 heures du Mans 58, à l’issue d’une course épique disputée dans des conditions dantesques.  Ce genre de souvenir crée des liens.

 

Durant une bonne partie de la course, Herrmann et Moss se bagarrèrent comme des chiffonniers pour la première place, ne cessant de se passer et de se repasser, notamment au freinage du Thillois, ce qui ranima l’enthousiasme d’un public un peu déçu par le déroulement du GP et qui, on s’en doute, avait pour la Porsche-Behra les yeux de Chimène. Je conserve un souvenir assez vivace des exclamations qui fusaient lorsque, tout là-bas, sur la droite, au freinage précité, on devinait que la bleu clair « se faisait » la bleu nuit.

 

C’est seulement à quelques tours de l’arrivée que Moss, fort de son immense talent et peut-être aussi d’une puissance un peu supérieure, fit définitivement la différence, plongeant la foule dans une déception que seule allait apaiser l’absorption de boissons à caractère hautement régénérant, justifiée également, il est vrai, par la hauteur du mercure dans les thermomètres.

 

alliance3.jpgEncore heureux que personne n’ait eu connaissance de la scène rocambolesque qui s’était déroulée auparavant, quelque part derrière les stands. Il faut se souvenir que Jean Behra, membre de la Scuderia et donc du petit noyau des vainqueurs potentiels au départ du GP, avait loupé ledit et s’était lancé dans une remontée effrénée, au prix, malheureusement, d’une orgie de surrégimes, qui, une fois sa machine définitivement et prématurément KO, lui fut reprochée par Tavoni dans des termes peu amènes. Ceux-ci provoquèrent une réaction instantanée et plutôt musclée du bouillant Niçois. Faute aussi lourde que la droite de l’intéressé, et limogeage immédiat ! Politiquement correct ? Connais pas.

 

Qui aurait pu cependant imaginer, ce soir-là, que le malheureux Behra n’avait même plus un mois à vivre et que Hans Hermann, de son côté, n’allait échapper que de fort peu à la Grande Faucheuse ?

 

Début août, le GP d’Allemagne fut exceptionnellement disputé sur le « circuit » de l’Avus, près de Berlin. Curieux circuit, à vrai dire, formé de deux lignes droites parallèles reliées, à une extrémité, par une épingle serrée, et à l’autre, par un assez long virage fortement relevé et revêtu…de briques.

 

Très certainement perturbé par les récents événements – Gérard Crombac, qui l’avait rencontré la veille car il nourrissait l’espoir de devenir son manager, assurait qu’il n’avait pas du tout le moral -, Behra perdit le contrôle de sa Porsche spyder durant la course des voitures de sport du samedi, dans le virage relevé et en la circonstance détrempé, pour aller heurter de plein fouet un bloc de ciment érigé tout en haut et qui, en d’autres temps, avait supporté…un canon de DCA. Le pilote fut projeté dans les airs à une hauteur impressionnante, heurtant même le mât d’un drapeau. Il était mort avant de retomber sur le sol.

 

Le lendemain, Hans Hermann faillit connaître un sort identique à celui de son ex-équipier et employeur, mais sa bonne étoile veillait. Au cours du GP, en effet, il pulvérisa, non pas le record du tour, mais, contre les bottes de paille, sa BRM privée de freins à l’approche de l’épingle. Une extraordinaire photo a figé l’instant où la voiture disloquée et son pilote proprement éjecté, comme étonné de se retrouver là, firent échec, de conserve, à la loi de la gravitation. Coïncidence pas vraiment amusante : la BRM était celle-là même que Stirling Moss avait pilotée lors du GP de l’ACF. Un autre cliché assez connu le montre frisant la syncope après avoir poussé à la sortie du Thillois, suite à un tête à queue, son bolide inerte mais (provisoirement) intact.

 

Hermann se tira miraculeusement indemne de sa cabriole et poursuivit une assez riche carrière dont la notoriété ne dépassa sans doute guère le cercle des spécialistes, sauf à deux occasions. On se souvient de ses magistrales performances sur ce circuit du Mans, qui, décidément, lui réussissait, à savoir le grandiose final qui opposa sa Porsche à la Mirage de Jacky Ickx en 69, puis sa victoire, l’année suivante, associé à Richard Attwood, sur la 917, premier succès absolu, d’ailleurs, de la marque en terre sarthoise.

 

Dommage, encore une fois, qu’un champion de ce calibre n’ait pas forcément reçu en Champagne l’accueil qu’il méritait. Une prochaine fois peut-être ?

 

Car Reims vivra et, hormis sans doute un certain clocher, nul ne s’en réjouit plus que votre serviteur, bien entendu.

 



Professeur Reimsparing

 

 

 


Hans Hermann au WEEA 2008, au moins reconnu par Stefan Schmidt
 © (danke) Stefan Schmidt
Départ de la Coupe internationale F2 © Pr Reimsparing
Jean Behra avant le départ du GP de l'ACF 1959 © Pr Reimsparing 

Commentaires

Cher Professeur, je regrette particulièrement de ne pas vous avoir repéré ce pluvieux samedi. Il est vrai qu'un peu désabusé par les conditions atmosphériques et l'anémie du plateau, j'ai très tôt préféré extraire ma voiture (et par le biais même ma personne) de ce qui promettait de se transformer à court terme en un champ de boue plus approprié à un AMX qu'à ma belle Italienne... J'ai donc laissé mes camarades Jean Claude et Francis et m'en suis retourné, ému d'avoir rencontré Hans Hermann, un pilote de toute évidence mésestimé dont la carrière, vous le rappellez bien, fût émaillée d'événements extraordinaires. Sans doute le dimanche, le soleil revenu, fut il l'objet de plus d'attention de la part du public...

Écrit par : Christian Magnanou | mercredi, 08 octobre 2008

Bonjour à tous.
... régal intact à chaque interventione du Professeur Reimsparing. Et puisqu'il est question de la Porsche-Behra, j'ai eu le plaisir de la voir en course à Pau en 59. Petit retour donc sur ce WE via quelque doc. tout de même (mémoire vieillissante oblige !) , et sur ce terrible début d'année 1959 pour Jean Behra :
sensation, Maria Theresa de Filipis était annoncée au volant de la Porsche-Behra, mais finalement c'est Jean Behra lui-même libéré par Ferrari suite à l'accident de la Ferrari de F2 au GP de Monaco qui la pilotera pour sa dernière apparition à Pau avant le drame de l'Avus 2 mois 1/2 plus tard.
Trintignant est en pole sur la Cooper-Borgward de Rob Walker et Behra au milieu de la 1ère ligne avec Bruce Mac Laren à sa gauche et Jack Brabham en embuscade en deuxième ligne.
Surprise, c'est Masten Gregory qui a bondi en tête depuis la 3è ligne sur sa Cooper (départ volé peut-être ??) et vire en tête à la gare où je suis posté avec mon papa ; Behra est 3è, qui va bientôt passer Mc Laren et attaquer Gregory. Mais la pluie commence à tomber et Behra part en tête à queue dans la grande courbe du Parc Beaumont. Pneu arrière explosé il s'arrête et perd 2 tours avant de se lancer dans une fantastique remontée.
Le duel en tête Gregory-Trintignant a définitivement tourné à l'avantage du second qui file vers sa 2è victoire à Pau, tandis que Behra (impressionnant sous le déluge) remonte de la dernière à la 5è place jusqu'à une nouvelle sortie en double tête à queue jusqu'aux bottes de paille du virage de la Gare sous nos yeux où la Porsche "spéciale" a arraché une banderolle et se retrouve bizarrement emmaillotée. Behra repart pour une nouvelle remontée (rageuse et à nouveau très impressionnante) vers la 4è place, mais la fin de course survient, il termine 5è.
J'ai souvent repensé à cette année 1959 de Jean Behra, qui les années précédentes avait accumulé de bons débuts de perfs sans réellement obtenir, et avec régularité, de grands résultats en F1 notamment.
Sans doute avait-il espéré que son arrivée chez Ferrari le couronnerait enfin de davantage de succès ; je pense que son trop grand désir d'attaquer au volant doublé de premiers échecs décevants, comme à Monaco 59 où en tête je crois la Ferrari casse (mais était-il trop brutal, trop désireux de prouver et de les enrhumer tous, se voyait-il meilleur qu'il n'était finalement sur la durée d'une course ?) avait probablement fini par le mettre dans une disposition d'esprit négative, et un état d'impatience et de nervosité chronique le faisant surpiloter, d'autant plus que la presse sportive, impatiente elle aussi, ne l'épargnait pas ...
... d'où (peut-être ?) cette double attaque débridée sous la pluie à Pau, ce nouveau tête à queue à Reims en F1 doublé de l'épilogue avec Tavoni, puis enfin l'Avus ?
Quand on disserte ici sur l'état d'esprit éventuel de François Cevert au moment de boucler ses essais de Watkins Glen en 73, peut-être blessé par l'incertitude le concernant pour 74 et l'annonce de l'arrivée dans l'équipe de Schecter son meilleur ennemi du moment,
le parallèle est tentant (et glaçant !) à faire avec l'aigreur et la rage qui animaient Jean Behra en 59 (comme constatées donc en course et selon les témoignages de son entourage et de journalistes) quand il y a laissé la vie.
Gilbert.

Écrit par : Gilbert | mercredi, 08 octobre 2008

C'est toujours du bonheur de lire le professeur entre autres. Les images de la BRM disloquée de Hans Hermann ont longtemps servi de générique aux actualités de cinéma Fox Movietone où l'on voyait aussi des majorettes lever la jambe avec en fond musical un air que tous les adeptes des salles obscures des sixties ont encore dans un coin de leur mémoire.

Écrit par : Patrice Vergès | mercredi, 08 octobre 2008

Le "Grand" Hans Hermann qui faillit périr décapité en 1955 lors des essais du GP de Monaco, après être sorti de la piste et d'aller s'encastrer dans les balustres.
A cause de cela ou grâce à cela, André "Dédé" Simon devait piloter en course le "mulet W196R " que le sage et expérimenté Alfred Neubauer avait pris soin de faire convoyer sur place.
Ainsi Dédé Simon, qui avait effectué les essais au volant de la Maserati 250F appartenant à Louis Rosier, se retrouva au sein de la prestigieuse équipe Mercedes à la suite d'un appel téléphonique à sa chambre de l'hôtel Mirabeau.
Contraint et forcé d'abandonner sur un problème de fuite d'huile au moteur, il est et restera l'un des très rares pilotes français à avoir pilotés en course un W196R F1.
Mes très profonds respects à André Simon et à ses enfants.

Écrit par : JLM | mercredi, 08 octobre 2008

Quelques autres:

http://www.vtap.com/video/British+Movietone+News+1930%2527s+Newsreel+Ident/CL0146995414_1291cc0b0_V0lLSTQ1NDE5NQ

http://www.vtap.com/video/Movietone+News+-+1940s/CL0109513558_5edcad2e0_V0lLSTQ1NDE5NQ

Désolé, je n'ai pas encore retouvé un générique plus moderne.

Écrit par : JLM | mercredi, 08 octobre 2008

Deux des cabrioles d'Hans Herrmann viennent d'être évoquées (le jump à l'Avus et la rambarde à colonnettes de Monaco qui laissa HH KO plusieurs mois), reste la première, d'autant plus légendaire qu'elle ne put être photographiée : les langues enjolivent.

Aux Mille Milles, le 1er mai 1954, le spyder Porsche 550 n°351 mène dans sa catégorie des moins de 1500 cm3. Hans Herrmann et son équipier – Herbert Linge mécanicien qui deviendra pilote – roulent à forte cadence quand au détouir d'un virage - surpriiise ! - une barrière de passage à niveau s’abaisse devant eux ! Herrmann voyant qu’il ne peut s’arrêter, tape sur le casque de Linge pour qu’il baisse la tête … et le petit spyder passe sous la barrière alors que le train arrive ! Ils termineront 6ème au classement général et 1er de leur classe après 12h 35min de course.

Personne n'a jamais vérifié si le train arrivait vraiment, mais on dessina une locomotive, l'air méchant, passant juste derrière la Porsche. Rigolo !
Après coup.

Écrit par : Hubert Baradat | mercredi, 08 octobre 2008

Hans Herrmann, acteur de l'un des plus grands suspens des 24 heures du Mans bien que ce fut son coéquipier, Gérard Larrousse, qui devait se battre jusque dans les derniers mètres.

La foule étaient-elle partagée en deux ? une moitié applaudissant la Porsche 908 n°64 tandis que l'autre moitié, pour la Ford GT40 n°6, voyait ses héros en tête au tour suivant.

Jean-Charles Laurens renseignait les spectateurs d'une voix sans effort, presque sans émotion : "... la GT40 de Ickx/Oliver est en tête à Mulsanne " .... au tour suivant: "Gérard Larrousse vient de virer en tête à Arnage".

Dans les gradins, à peine l'une ou l'autre voiture passée, les regards se tournaient alors vers les stands respectifs. Mais où étaient les coéquipiers dans ce maelström de photographes et de gens importants ?

Cela va faire 40 ans. Les quatre acteurs de ce final d'anthologie sont tous encore avec nous; racontent-ils encore et toujours les angoisses de cette dernière heure ?

Écrit par : JLM | mercredi, 08 octobre 2008

Je me souviens d'une magnifique et pathétique photo d'Hans Herrman assis dans les stands peu après l'arrivée ... Toute la détresse du premier des vaincus dans le regard ! Quelqu'un pourrait il la retrouver ? Sport Auto sans doute, l'Année Automobile peut être ...

Écrit par : Christian Magnanou | mercredi, 08 octobre 2008

Année Automobile

[IMG]http://i34.tinypic.com/ojpkpt.jpg[/IMG]

Écrit par : JLM | mercredi, 08 octobre 2008

Heu, JLM, vous êtes sûr que c'est Larrousse qui pilotait à l'arrivée ??
Je dirais plutôt un duel Ickx / Hermann ??

Écrit par : Christian Burdet | mercredi, 08 octobre 2008

Euh ! Bigre vous avez raison.

J'ai la photo sous les yeux d'un Larrousse très inquiet.

Merci Christian Burdet d'avoir rectifié.

Écrit par : JLM | mercredi, 08 octobre 2008

Une multitude de photos de cet incroyable dernier tour.

http://www.jacky-ickx-fan.net/french/galerie.php?deb=2&idx=367&id=3

Écrit par : Marc Ostermann | jeudi, 09 octobre 2008

Trois planches de "photos Inconnues ! Mais seulement inconnues de celui qui les a posées. Dans le "tas", des clichés de grands photo-reporters tels Bernard Cahier, Yves Debraine, Rainer Schlegelmilch, Philippe de Barsy.... etc.
Malgré la louable intention du "Webmaster": http://www.jacky-ickx-fan.net/french/credit.php aucune trace des auteurs cités, ni des autres non plus.
Pourquoi m'émouvoir ? M'émeus-je ! ! ! Oui, mais tant pis. Qu'est-ce que cela serait si vous vous eussiez ému aussi ?

Écrit par : JLM | jeudi, 09 octobre 2008

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