dimanche, 14 septembre 2008
Il y a 20 ans j’ai créé "Auto Plus"

Eric Bhat s'est souvenu que dans une vie antérieure il a créé Auto Plus dont le premier numéro a paru le 14 septembre 1988, vingt ans jour pour jour. Eric Bhat s'est aussi rappelé le goût de MdS pour les jour pour jour.
Au Salon de l’auto 1988, ils nous riaient tous au nez. Le caustique Jean Sage, jamais en retard d’un bon mot, résumait le scepticisme général en me balançant dans les gencives : Tu crois que ça va durer longtemps, ton canard de concierge ?
A la vérité, même mon patron nourrissait un doute : le jour où il m’a embauché pour créer Auto Plus, Francis Morel, jeune PDG des Editions Mondiales, a tenu un étrange propos : Vous êtes sûr qu’il y a des news significatives toutes les semaines, dans le domaine automobile ? Vraiment ? De toute façon ne vous inquiétez pas, 30% du contenu sera traduit d’Auto Bild.
Comme j’avais trop envie de faire ce journal, j’ai dit oui. Je n’avais que 31 ans. Mais je me suis bien gardé d’obéir.
Donc, au Salon, tous nos confrères riaient franchement de nos trois premiers numéros. Ils n’ont pas ri longtemps. Quand les chiffres de ventes ont été publics, supérieurs à 300 000 exemplaires, (soit trois fois mieux que les mensuels qui dominaient alors le marché), ils ont frisé l’attaque cardiaque. Du coup, au Salon de Genève six mois plus tard, tout le monde nous battait froid comme si nous sentions le soufre. Il est vrai que nous avons joyeusement bouleversé quelques habitudes. Moi, à ce fameux salon de Paris 1988, j’étais sur les rotules.
J’avais été embauché le 1er juillet. Le jour où je suis arrivé, il n’y avait rien, ni un stylo, ni une règle, pas même un taille-crayon. Mon éditeur m’a montré un grand plateau en m’indiquant : On installera les bureaux exactement comme tu le souhaites. Les lieux de travail dits "paysagers" n’existaient pas encore dans notre métier. Séduit par cet espace, j’ai instantanément demandé à ce qu’on aménage tel quel ce beau plateau. L’esprit Auto Plussien était né : une communauté jeune et passionnée, une équipe soudée, une organisation bien huilée. Il a fallu bâtir tout ça à un train d’enfer. En deux mois et demi, j’ai constitué une rédaction, fort belle d’ailleurs, mis sur pied un concept éditorial, composé un numéro zéro en temps réel, un deuxième numéro zéro la semaine suivante, puis sans transition le n°1 sorti en kiosque à l’heure dite, le 14 septembre. Depuis cette date fétiche ça ne s’est jamais arrêté.
Le premier journal qui se met à la place du conducteur prenait son envol. En une phrase, tout était dit : c’était un journal, accessible à tous. J’étais bien épaulé dans cette aventure, entouré de la plume flamboyante de Xavier Chimits, mon ami d’enfance, de la rigueur de Philippe Gégout pour diriger le service essais essais, de l’imagination bâtisseuse de Matt Angey, et d’un fana de photos d’actualité, Jean-Michel Psaïla. Ce qui était d’ailleurs une véritable révolution : nous avons créé de toute pièce le premier vrai service photo de la presse automobile. Au sein du service essais, deux fringants journalistes en herbe se bouffaient allègrement le nez : Thierry Soave et Laurent Chiapello, mes deux futurs successeurs à la tête de cette formidable machine. Autre révolution : Marie-Pierre Farkas créa une vraie rubrique actualité, dénichant des informations inédites à des années-lumière du recopiage généralisé de communiqués de presse. Pour tous, Auto Plus fut une belle ascendance : chacun et chacune sont devenus rédacteurs en chef de différents magazines auto et moto par la suite, Marie Pierre Farkas accédant même à la rédaction en chef du 13 heures de France 2.
Premier scoop dès le premier numéro. Et première connerie. Nous avons publié les toutes premières photos de la Citroën XM… que nous avons baptisée DX ! Les hauts de gamme Citroën qui précédaient étaient la DS et la CX, d’où le pari DX. Pari perdu, mais super sujet. J’avais acheté les photos deux mois avant le kiosque. Je n’avais plus un poil de sec avant leur publication, craignant qu’un confrère nous grille la politesse. Nous avons également compris instantanément notre responsabilité. Alain Lefebvre expliquait comment faire sa vidange soi-même. Figurez-vous qu’il a reçu un abondant courrier de lecteurs ulcérés, dont l’huile neuve s’était répandue au sol. Alain avait « oublié » de mentionner qu’il fallait revisser le bouchon de l’orifice qui avait permis d’évacuer l’huile usagée. C’est dire si nos lecteurs nous suivaient à la lettre, et s’il fallait mâcher leur tâche.
Devinez qui j’ai choisi comme chroniqueur ! Jean-Pierre Beltoise himself, notre JPB national qui avait accompagné fidèlement tous mes chemins journalistiques, et qui défendait farouchement dans nos colonnes la sécurité routière. Si bien qu’Auto Plus, progressiste, joyeux et incorruptible, est rapidement devenu un Robin des bois des routes. Nous avons organisé un système permanent de voitures-espionnes dans les garages pour ausculter anonymement leurs services, en évitant le tapis rouge habituellement réservé aux journalistes. Evolution logique : nous avons créé les "Garages-confiance", sorte de guide Michelin des garages. D’un côté nous distinguions les bons établissements. Les mauvais garages ou les arnaqueurs étaient dûment dénoncés, publication des bons de commande non respectés et des factures trop salées à l’appui. Les constructeurs étaient hystériques, furieux que l’on établisse une hiérarchie au sein de leurs ouailles. Mais nos procédures étaient ultra-rigoureuses, et nous n’avons jamais eu un procès.
Progressivement nous sommes allés plus loin. Matt Angey a bâti un service de médiations qui, après étude des dossiers par nos experts, volait au secours de nos lecteurs floués par un garagiste ou un assureur. A l’initiative de l’imaginatif Claude Barreau, aujourd’hui rédac’chef du site bien connu Caradisiac, nous avons raccompagné chez eux les conducteurs qui avaient trop festoyé la nuit du réveillon, associant La Croix Rouge à notre opération. Nous organisions des pétitions pour relever la vitesse trop basse sur les quais de Seine. Et nous inventions les 24 heures des GTI à Montlhéry. J’ai connu des moments mémorables, de grandes fêtes après les bouclages, et de nombreuses joies journalistiques. Je détiens toujours le record de ventes : 620 000 exemplaires.
Un soir, j’avais vu à la télé Christophe Dechavanne lancer les préservatifs à un franc. Le lendemain matin, j’ai bondi voir mon éditeur, proposant de faire un numéro-anniversaire à 1 franc au lieu de 7, pour tenter d’atteindre le million d’exemplaires vendus. Mon patron s’est dégonflé à 1 franc, mais il a suivi l’idée à 2 francs… et l’on a vendu 620 000 exemplaires au lieu de 300 000 habituellement. Autre record de folie : 74 voitures réunies pour un essai comparatif géant. Nous les avons photographiées toutes ensemble sur l’autoroute de Nantua, tout juste terminée mais non encore ouverte. Il avait fallu louer un autobus… pour convoyer les convoyeurs. La photo était signée de mon vieux complice de Formule 1, Bernard Asset.
Je suis parti au bout de neuf ans, un peu usé d’avoir bouclé près de 500 numéros. En délicatesse avec Emap qui avait racheté les Editions Mondiales, j’ai fini par prendre mes cliques et mes claques. Mon adjoint Matt Angey est parti tout de suite après créer un canard moto. Emap a instantanément supprimé les rubriques qui fâchent, pour gagner beaucoup plus d’argent grâce à la publicité. Heureusement, Thierry Soave puis Laurent Chiapello, nos essayeurs junior des premiers temps, ont réussi à conserver vaille que vaille un caractère proche du grand public. Aujourd’hui j’évoque ici "20 ans après". Thierry Soave est parti à son tour, et vend des baptêmes sur circuit à 300 km/h. Matt Angey dirige un énorme canard d’entreprise à La Poste, et le prolifique Xavier Chimits publie un livre chaque année. J’ai personnellement opté pour la médecine traditionnelle chinoise et les méthodes anti-stress. Ce qui ne m’empêche nullement de venir assouvir quotidiennement ma passion sur les merveilleuses pages de MdS… Le premier site qui se met à la place du spectateur !

Eric Bhat
Avec Alain Prost, archives Eric Bhat
Sans Alain Prost mais zen, archives Eric Bhat
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Commentaires
je ne savais même pas que le Grand Eric Bhat de GP International et Auto Hebdo avait créé Auto Plus, que j'avoue, maintenant sans honte, acheter de temps à autre.
Ecrit par : Gurneyflap | dimanche, 14 septembre 2008
Je dois bien avouer que lorsque vous avez lancé Autoplus les fondus de sport automobile dont je faisais parti, ricanaient.
Que va faire Eric Bhat dans ce milieu grand public bas de gamme, avec une revue grand format, papier cheap, titres racoleurs, du boom boom low cost avant la lettre.
L’impression d’une recherche 100% business après un parcours purement sportif.
C’était l’époque ou nous étions un peu ayatollah.
Avec le recul nous savons qu’il faut bien se garder de juger avant de savoir, c’est le privilège de l’age.
Vos interventions sur MdS sont toujours intéressantes et c’est une vraie joie de vous retrouver de cette manière.
En plus Jean Lerust me parle toujours de vous d’une manière très positive et admire chez vous, votre capacité à inventer des bons concepts. Une bonne appréciation de Jean, c’est comme un visa permanant.
Ecrit par : gianpaolo | dimanche, 14 septembre 2008
"Auto plus ..... le journal qui se met à la place des conducteurs"
Ces quelques mots ajoutés à quelques notes, "the gimmick"
L'hebdo "Peuple" des automobiliste tels ces titres en chasse de bruits de couvercle; à l'instar de la rubrique nécrologie de votre quotidien, le lecteur furtif, celui qui feuillette avant d'acheter, va vite à la page de l'emplacement des radars; celui-ci ne l'achète que lorsqu'il se déplace, se positionne sur le "qui vive" dès lors qu'il se rapproche de la Zone. Ajoutez les garages "Auto Plus" pour votre moderne (N.B.) ne pas oublier LVA pour votre ancienne.
Moins cher que Tom Tom avec extension "carte Radar".
http://www.ciao.fr/Auto_Plus__Avis_453339
Qui ne l'a pas acheté ou feuilleté un jour ? Un procès coûte moins cher qu'une page de publicité radio ou .....
http://www.leblogauto.com/2008/07/justice-perquisition-chez-auto-plus-pour-espionnage-industriel.html
Sans la liberté de blâmer .......
Ecrit par : JLM | dimanche, 14 septembre 2008
En septembre 1988, je n'avais pas 10 ans. Mais je lisais beaucoup la presse auto, notamment Auto Plus. Il a eu le mérite de secouer la presse auto, comme l'Auto-Journal, Sport Auto ou Auto Hebdo en leurs temps respectifs.
Hélas, les Auto Plus se conservent très mal. Après quelques années d'étagère "Billy", mes plus vieux numéros se sont déchiré et j'ai du les jeter. Dommage, je me souviens notamment d'un article de 1991 sur "qui sera le champion du monde de F1 1995" (en partant du principe qu'à cette date-là, Prost et Senna seraient retraités". Alesi, Bernard (?), Comas, Hakkinen, JJ Letho et d'autres figuraient sur la liste... Mais pas Schumacher, ni Hill!
Désormais, j'achète très rarement Auto Plus. Les pages "Sport Auto" et "Retro" se sont réduites à peaux de chagrin, alors qu'il y a d'envahissant sujets limite poujadistes sur les radars, les alcootests, etc.
JLM> Au moment où Nicolas Meunier l'article que vous mettez en lien, j'ai lancé un débat à la rédaction du Blog Auto, car je trouvais que c'était de la pub gratuite pour ce qui est désormais un concurrent (via Autoplus.fr)
Ecrit par : Joest | lundi, 15 septembre 2008
Très bon exemple. Les journalistes n'ont pas la science infuse. Mais ils écrivent de bons papiers lorsqu'ils répondent de façon cohérente, documentée et originale à des questions que les lecteurs se posent. La preuve, c'est que vous avez encore en mémoire ce papier qq chose comme 17 ans plus tard.
De la même façon, Jean Todt, toujours critique, m'a longtemps reproché le papier sportif du numéro 1 : "Prost doit-il prendre sa retraite ?" Cela signifiait cinq choses à l'époque : 1 - Prost avait peut-être trouvé plus fort que lui avec Senna ; 2 - déjà deux fois titré, et premier français champion du monde, il pouvait se retirer en pleine gloire ; 3 - la F1 était tellement difficile à atteindre et à vivre qu'il pouvait légitimement chercher à vivre sa vie d'homme ; 4 - Internet n'était pas encore vivace mais nous ouvrions déjà en permanence des débats ; 5 - La dernière phrase de Chimits disait bien ce que nous pensions après avoir traité la question : "...et ce ne sont pas des paroles de retraité." CQFD. Et Prost a remporté deux titres supplémentaires.
Ecrit par : eric bhat | lundi, 15 septembre 2008
Je me souviens en 1988 avoir été invité par une agence de Marketing à décortiquer AutoPlus et en faire la "critique" (celle qui est aisée bien entendu). Et je dois bien reconnaitre à l'époque n'avoir pas été particulièrement fana du magazine : sujets trop courts, ne rentrant pas dans les profondeurs de la technique, peu de consistance dans le texte... bref de la littérature de gare et de métro jetable. Je reconnaissais ainsi sans le dire que je n'étais pas le coeur de cible. Je préférais l'Hebdo (pour le sport), Sport Auto (avant que le Sport ne veuille dire exclusivement F1 et que Auto prenne trop de place), l'AJ qui vivait encore de l'héritage d'A. Costa...
Mais il faut bien reconnaitre qu'E. Baht voyait bien mieux les choses que moi, puisque son A+ à finalement été beaucoup plus lu que mes revues "sérieuses" favorites, et que quelque part, il a peut-être rendue la France un peu moins autophobe... (qu'est ce que cela serait !!!).
Depuis hormis l'Hebdo, je ne lis plus que des revues de voitures anciennes qui me font beaucoup plus rêver que nos automobiles aseptisées et nos conditions de circulation actuelles sous répression continuelle.
Ecrit par : Patrick M | mardi, 16 septembre 2008
Ah ! Eric !
merci de vous souvenir des 20 ans d'Auto Plus.
Il y a tellement de gens qui semblent avoir oublié...
C'est bien dommage.
LoisLane
Ecrit par : lois lane | mardi, 16 septembre 2008
J'aime beaucoup, sur la couverture du premier numéro, le comparatif entre la R19 et la Fiat Tipo. Ca devait être quelque chose !
Ecrit par : Yogi | jeudi, 18 septembre 2008
Quel plaisir d'en savoir plus sur A+, veritable phénomène de la presse automobile française... déjà 20 ans, je n'en reviens pas.
Moi aussi, a la sortie d'AutoPlus, en bon fanatique de l'automobile, je snobais ce canard "a 2 balles" aux sujets courts et vraiment trop grand public.
Mais travaillant pour un "grand constructeur français", j'ai pu me rendre compte que c'était (et c'est toujours mais de façon moindre) le seul journal automobile a faire de vraies enquêtes au lieu de se contenter des communiqués de presse des constructeurs. Je suis d'accord qu'AutoPlus a vraiment su lever des lievres, et je peux confirmer que c'est certainement le journal le plus craint par les constructeurs... qui se plaisent a dénoncer son incompétence, a tort car ils sont en général béton dans leurs procédures. Je me souvient par exemple du lancement de la 607 et une polémique mémorable: cette voiture avait bien un problème de train arrière et seul AutoPlus a soulevé le problème.
Je n'avais absolument pas idée qu'Eric Bhat avait travaillé avant a AutoHebdo et au mythique GP International, lectures mémorables de ma jeunesse (avec les extraordinaires vieux numéros de "Sport Moteur" qui trainaient chez ma Grand-Mère a Bruxelles!).
Mais apres l'aventure AutoPlus, il me semble que vous avez dirigé la rédaction de MotoJournal pendant quelques temps: je vous ai même rencontré a cette époque lorsque je collaborais au site moto-net.com
Il me semble que vous aviez encore quelques idées de concepts novateurs mais que le budget n'a pas suivi...
Ecrit par : Benoit | samedi, 20 septembre 2008
A propos d'Alain Prost...
J'ai oublié une anecdote. Alain Prost avait tenu dans Auto Plus des propos assez sévères contre les dirigeants de la Formule 1. Lesquels dirigeants, furieux, ont refusé à Prost sa superlicence. Bien embêté à l'orée de la saison, et craignant de voir sa carrière en Grands Prix s'arrêter net, Prost était venu en personne dans mon bureau rue Avia à Issy-les-Moulineaux, essayer de récupérer la cassette de l'interview, me demandant dans la foulée un démenti.
Impensable !
Jamais je n'ai lâché un journaliste de ma rédaction. Alain avait bel et bien tenu ces propos au micro de François Granet, qui les avait parfaitement et fidèlement retranscrits.
Bien évidemment je n'ai cédé sur aucun des deux points. Prost m'en a certainement tenu rigueur car longtemps il ne m'a plus répondu au téléphone. Aujourd'hui il y a precription...
Ceci pour dire que chacun, à Auto Plus, avait un logo Eliott Ness gravé sur le front. Quelle époque !!!
Un peu plus tard, on a même fait modifier les suspensions de la nouvelle Mégane. Je vous raconterai ça une autre fois.
Ecrit par : eric bhat | jeudi, 16 octobre 2008
Prost aurait pu faire de la politique ...
Ecrit par : Marc Ostermann | jeudi, 16 octobre 2008
Il n'en a pas fait un peu récemment en devenant le plus fervent défenseur du flex fuel (bio-flex) en France à la demande du Ministre de l'Economie M. Breton ?
Ecrit par : Olivier | jeudi, 16 octobre 2008
Oui, Auto Plus a connu de grandes heures à la fin des années 80 et au début des années 90. Mais était-ce un tel paradis rédactionnel ? Il faudrait demander aux divers intéressé(e)s qui y ont travaillé. C'est comme la voix des constructeurs, un seul son de cloche n'est pas bon...
Ecrit par : Alpine | samedi, 06 décembre 2008
Cette notion de paradis est fort intéressante. Une rédaction automobile a toujours été un enfer peuplé d'individus individualistes, caractériels, écorchés vifs, donneurs de leçon yaka faut qu'on, pilotes refoulés, romanciers refoulés, voire les deux. La gageure c'est de les faire cohabiter le plus sereinement, pour garantir la qualité de l'encre et du papier qui tomberont sous l'oeil du lecteur. Cet enfer est miné, quoi qu'on en dise, par l'anxiété du bouclage et l'angoisse de la page blanche.
Construire un paradis avec un tel cahier des charges, bon courage !
C'est un métier épouvantable d'être rédacteur en chef. Il faut gérer tout ce monde là, boucler à l'heure, conserver le cap éditorial, et sans cesse juger d'un trait de plume le travail de milliers de gens dans le monde automobile. Comprenez que j'ai viré séance tenante un convoyeur qui avait fait un tête-à-queue sur route ouverte en revenant de Montlhéry, avec à bord trois autres membres de la rédaction. Nous étions tout sauf des Fangio ou des Senna. Comprenez que j'ai piqué une colère noire quand j'ai appris qu'un journaliste auteur d'un tour de France des concesionnaires Citroën avait puni un garage parce qu'il avait arnaqué sa soeur. Nous n'étions pas des justiciers, mais des journalistes chargés de nous mettre sans état d'âme à la place du conducteur. J'entendais que nous ayons tous le tatouage de l'incorruptible Eliott Ness gravé sur le front. C'était de la rigueur, certainement pas un paradis.
Restent des faits incontestables. Zéro plainte en justice et zéro procès en près de dix ans de scoops et d'enquêtes (il a été prouvé récemment que ce n'était pas si facile). Voilà qui conforte la valeur de chaque page. Près de 500 numéros bouclés à l'heure, pas une minute de retard en neuf ans. Voilà pour l'organisation. Sur une trentaine de personnes qui composaient l'équipe de départ, douze - soit plus d'une personne sur trois - ont connu par la suite la consécration d'une rédaction en chef ou de plusieurs, un poste d'éditeur ou de patron d'agence photo. Voilà pour la compétence unanimement reconnue de cette rédaction.
Pour finir, Monsieur "Alpine", qui êtes-vous pour ainsi vous attacher un concept de paradis rédactionnel ?
Ecrit par : eric bhat | dimanche, 07 décembre 2008
Je ne m'attache à aucun concept : qui dit concept dit théorie et je sais tout autant que vous qu'on ne sort pas un journal chaque semaine -voire chaque jour- sans anxiété, stress et angoisse. Simplement, il me semble aussi intéressant que les lecteurs qui ont été (et sont peut-être encore, mais moins sûrement à mon sens) passionnés par le titre que vous avez créé perçoivent ce qu'a pu être le quotidien de ceux et celles qui "oeuvraient" pour que votre journal sorte en temps et en heure dans les kiosques. Trop de lecteurs pensent "oh, comme ce devait être sympa de bosser dans un canard automobile comme Auto Plus à ses heures de gloire" sans même imaginer ce qu'a pu être "la vraie vie" d'un enquêteur, d'un essayeur ou d'un secrétaire de rédaction dans un tel magazine (et, bien entendu, d'un rédacteur en chef mais vous l'avez relatée par le menu).
Je suis donc heureux de constater que mon post vous a fait réagir (c'était un peu fait pour remarquez): vous avez su, dans votre réponse, donner une petite idée de l'ambiance dans la rédaction à votre époque, au-delà de "la communauté jeune et passionnée et de l'équipe soudée". Vous relevez que certain(e)s ont ensuite connu la "consécration" d'une rédaction en chef. On pourrait longuement -et vainement - disserter sur le fait qu'un titre de rédacteur en chef soit la fin en soi de toute carrière journalistique. Je ne le pense pas, mais c'est un autre débat. Ceci dit, effectivement, certains ont poursuivi une brillante carrière sous d'autres cieux que ceux d'Auto-Plus, gage de leur professionnalisme. On pourrait aussi longuement se demander si un journaliste digne de ce nom ne devrait pas - comme vous l'avez fait - se remettre en cause et ne pas rester trop longtemps (quasiment toute sa carrière pour d'aucuns) au sein d'un seul et même titre... Que valent les "honneurs" et les galons sans prise de risque sur divers fronts ?
Enfin, comme vous le soulignez à juste titre, "restent des faits incontestables : zéro plainte en justice et zéro procès en près de dix ans de scoops et d'enquêtes". Et comme vous le relevez, "il a été prouvé récemment que ce n'était pas si facile" (songeriez-vous à un grand constructeur jadis installé dans une banlieue qu'il ne fallait pas désespérer ou à un certain délégué interministériel à la sécurité routière prompt à ester ne justice ?).
Donc rassurez-vous, M. Bhat, je reconnais volontiers votre professionnalisme de rédacteur de chef qui a su faire d'Auto Plus - en partant de rien - une référence incontestable et qui a connu sous votre plus que septennat son heure de gloire.
Et pour répondre à votre dernière question, je vous répondrai simplement : "si le journaliste peut se mettre à la place du conducteur, M. Lambda peut aussi se mettre à la place du journaliste et (se) poser quelques -dussent-elles fâcher ou froisser des egos - sur telle ou telle rédaction."
PS. Estimant avoir répondu à votre interrogation, vous comprendrez que j'estime la question close et, qu'après vous avoir adressé un cordial appel de phare en reconnaissance du plaisir que j'ai pu avoir à lire l'Auto Plus de votre époque, je poursuive ma route sans m'attarder plus longuement sur le présent blog.
Ecrit par : Alpine | lundi, 08 décembre 2008
Epilogue...
Depuis une bonne dizaine d'années, un étrange rituel réunissait trois lascars. C'était, pour ainsi dire, une commémoration.
Les trois compères dînaient ensemble à la fin de chaque année pour boire un coup à la mémoire des Saint-Bernards d'Auto Plus et de la Croix-Rouge.
Il y avait là Claude Barreau, qui avait eu l'idée de cette opération ; moi-même qui l'avais acceptée, et Georges Métayer qui l'avait rendue possible en nous assurant du soutien de la Croix-Rouge.
C'était génial. C'était de la sécurité routière. C'était concret. C'était gratuit.
Nous nous sommes battus contre vents et marées. Les princes qui nous gouvernaient alors avaient une rengaine dès que nous imaginions une opération de la sorte : "ce n'est pas votre métier. Contentez-vous de remplir vos pages blanches, le reste on s'en occupe."
Bien sûr que c'était notre métier.
L'idée était simple, géniale et généreuse. Auto Plus et la Croix Rouge reconduisaient chez eux - à leur demande - les automobilistes qui avaient arrosé trop généreusement le réveillon du nouvel an. Et ce dans toute la France métropolitaine. Façon de faire passer en douceur (et non de façon autoritaire ou réactionnaire) le message : attention à l'alcool au volant. Nous n'étions pas des donneurs de leçon, encore moins des empêcheurs de tourner en rond. Mais des amis des automobilistes.
Alors depuis que cette démarche a pris fin – sous prétexte de faire des économies, en réalité Emap avait racheté les Editions Mondiales et entendait générer encore plus de profits - les trois concepteurs (Barreau, Métayer et moi-même) se réunissaient à une bonne table, histoire de saluer dignement leur action commune.
Pour le 20è anniversaire d'Auto Plus, il fallait faire quelque chose de spécial. D'autant que les responsables actuels, pour éviter de dépenser trois francs six sous, refusaient de célébrer cet anniversaire. A part, en interne, une petite course de kart, quelque chose d'insignifiant.
Moi j'étais en Inde, étudiant en Ayurveda à des années-lumière des 20 ans d'Auto Plus ; Patrick Cau, notre éditeur durant toute cette période, avait pris sa retraite et s'entraînait dare-dare pour le Marathon de New York ; Thierry Soave, mon successeur à la tête de la rédaction d'AP, venait de reprendre son indépendance (deux rédac'chefs en 20 ans, c'est une stabilité remarquable, et je crois qu'AP leur doit pas mal) ; Georges Métayer tenait encore bon à la Croix-Rouge où il avait pris pas mal de galon ; et Claude Barreau - bon sang ne saurait mentir - avait lui aussi quitté AP pour devenir rédacteur en chef du site Caradisiac, de très loin le plus fréquenté et le plus crédible du Web français en matière automobile.
L'édition 2008 du rituel « Saint-Bernardesque », le jeudi avant Noël 2008, eut donc un traitement spécifique. Le fidèle Barreau nous a invités à dîner. Puisque, pour célébrer ces vingt ans, les nouvelles instances officielles ignoraient sciemment l'éditeur qui avait créé le journal, les deux rédacteurs en chef qui avaient tenu les rênes des origines à nos jours, le partenaire dont l'apport avait été - de loin - le plus gigantesque en vingt ans, c'est le rédacteur en chef de Caradisiac qui a organisé un festin chez lui. Nous avons tous apporté quelque chose.
Nous avons bien rigolé, vraiment, nous avons dévoré : ça n'avait rien d'un repas "d'anciens combattants". Au menu : jus frais de gingembre, délices scandinaves à faire pâlir Ikéa d’envie, spécialités africaines à se damner ou à cracher le feu, pâtisserie au thé t’a-t-il ôté ta toux.
Ainsi avons-nous retrouvé la magie de cette histoire. Dans la joie.
Ecrit par : eric bhat | vendredi, 26 décembre 2008
Bonjour Mr Bhat,
Comme beaucoup, je conserve un très bon souvenir de cette chance que vous m'aviez donné en publiant un de mes dessins chaque semaine pendant plusieurs années après l'avoir fait à l'Automobile Magazine... Quelques portes se sont ouvertes à la suite de celà; d'autres se sont refermées mais j'ai toujours un grand plaisir à retrouver trace de ces publications dans mes archives. Merci Mr Bhat et j'espère à bientôt.
Ecrit par : Frédéric Tellier | lundi, 29 décembre 2008
Bonjour M. Tellier et merci de vos bonnes nouvelles. Pourquoi ne pas nous faire profiter de quelques-unes de vos archives ?! C'était fort sympathique.
A ce propos, votre route est-elle tjrs automobile ?
Ecrit par : eric bhat | mercredi, 31 décembre 2008
Merci pour ce chaleureux commentaire. Ma route est passée par le design produits mais la passion l'emporte je je fais un retour timide vers l'automobile. Votre proposition de faire profiter de mes archives (ou des nouveautés) me touche beaucoup et c'est avec grand plaisir que je vous ferai parvenir quelques images si vous le souhaitez.
Cordialement
F. Tellier
Ecrit par : Frédéric Tellier | mardi, 17 février 2009
Cher Eric,
Tout cela est vrai. Mais ce n'est "que" ce qui était racontable. Je suggère cependant un prochain élan de prose pour évoquer ce qui ne l'était pas forcément à l'époque et qui, avec le temps, l'est devenu. A commencer par nos excès, excès en tout, qui ont contribué aux succès d'A+ autant qu'à notre plaisir d'y travailler 15 heures par jour (nous étions à mi-temps...)...
Ecrit par : François Granet | mercredi, 11 mars 2009
Quel plaisir de retrouver Eric Bhat que j'avais l'impression de connaitre sans jamais l'avoir rencontré ! L'arrivée d'Auto-Plus fut une bouffée de fraicheur et de bonheur ( il y a 20 ans déjà, je n'ai pas vu le temps passer) qui me rappela, avec une dose d'innocence en plus, la découverte d'Auto-Hebdo quelques années avant .
Éric était pour moi un des plus grands journalistes automobiles tout en étant d'une simplicité exceptionnelle, sachant se mettre au niveau du lecteur et transmettre sa passion qui était grande . Quels souvenirs ! le plus marquant pour moi étant l'arrivée de la 2CV de sa grand-mère au journal et tous les journalistes l'essayant , ou le jour ou Eric nous parlant de ses neveux victimes d'un chauffard dégageait une émotion qui paressait capable de faire évoluer la relation de la voiture à l'homme : Éric a défriché des domaines nouveaux certains étant rentrés dans les mœurs comme les capitaines de soirées ou les voitures plus propres, d'autres sans doute trop en avance étant retombées dans l'oubli .
A la façon des grands comme André Citroën ou Gabriel Voisin , il avait une vision complète de son temps capable de prévoir et d'anticiper, mais aussi de prendre les risques pour faire passer cette évolution nécessaire .
Content de savoir qu'Éric est encore bien là (je me souviens l'avoir retrouvé rédac chef d'un journal automobile qui innovait en fournissant un CD avec chaque numéro mais a du cesser sa parution quelques mois après) j'espère le croiser à nouveau et pourquoi pas le rencontrer.
Membre de l'ASALM j'espère qu'Éric pourra nous rejoindre pour la défense de Montlhéry qui grâce aux nouveaux responsables de l'UTAC semble enfin prêt à accueillir les passionnés et leur droles de bolides qui sont l'âme de l'anneau .
Donc amitiés à Éric, aux anciens d'Auto-Plus dont l'inénarable Rémi Bricoletout et à tous ceux qui font tourner ce site Mémoire des stands dans lequel je me retrouve de plus en plus .
Jean-Marc
Ecrit par : jeanmarch2005 | vendredi, 13 mars 2009
Salut Éric!
Je travaillé a Elf Aquitaine avec son père et je te connais des courses automobile. Mais je suis sur que tu ne te rapelle de moi.
Je voudrais savoir des nouvelles de M. Bhat, de toute la famille.
L'encien choufer, Manoel, ma dit que ton frère Axel habité a São Paulo, mais je ne pass reussi a lui trouver..
Je vais te passer mes donnes, et je te pris de le repasser a M. Hary Bhat:
Telma Camargo
Rua Afonso Cavalvanti nº. 33 apt. 1604 - Cidade Nova
2021110 - Rio de Janeiro - RJ - Brasil
Portable: (21) 9817-6070
telmacamargo@gmail.com
Merci d'avance... e a biento... j'espère.
Pardonez-mois le mouvais français.
Je t'embrace
Telma
Ecrit par : Telma Camargo | vendredi, 15 mai 2009
Cher Eric,
Comme promis un peu plus haut, voici les coordonnées de mon site web. Rnedez-moi une petite visite à l'occasion.
Frédéric Tellier
www.tellierdesign.com
Ecrit par : Frédéric Tellier | mardi, 19 mai 2009
Quel plaisir de vous retrouver ici Mr Bhat !
J'avais 8 ans lorsqu'Auto Plus est né, à cette époque c'est mon papa qui l'achetait. J'ai grandi avec, je me souviens que mon père avait un autocollant "joue pas avec mon permis" (que je dois toujours avoir) et qu'à l'adolescence, ma passion automobile grandissante, j'étais chaque semaine impatient de découvrir le numéro suivant et surtout, l'édito d'Eric (alias Ebh) toujours passionnant racontant ainsi l'histoire de sa 2 CV ou de son Break Volvo en ballade à Thoiry, les démêlés d'Auto Plus avec Peugeot fâché de voir sa 309 comparée à un dinausore ou le permis d'Eric passant régulièrement dans le lave-linge. J'étais un fan, un vrai fan et il m'a d'ailleurs largement inspiré dans ma prose au point, que jeune étudiant, découvrant l'informatique, j'ai fini par faire ma propre gazette perso (donc non distribuée) à la maison sur mon PC. Ca s'appelait Proto-Mag en référence à mes pages préférées d'Auto-Plus, les pages des scoops.
En 1997, j'envoyais un premier exemplaire de cette gazette à l'attention d'Eric et, manque de bol, c'était pile au moment ou Eric quittait la rédaction et c'est donc son successeur, Thierry Soave qui m'a répondu. Rien de bien folichon, une lettre à en-tête tapée sur ordinateur et pas très encourageant... Déception, plus d'Eric Bhat chez Auto-Plus c'était un coup terrible pour un grand fan comme moi jusqu'à janvier 98 ou je trouve, en kiosque un nouveau journal avec la présentation de la Clio II en couv et qui s'appelle Auto'30 (30 pour 30 millions d'automobilistes citoyens). Comme c'est nouveau je feuillette et là, surprise, un édito signé "Ebh". Pensez si j'ai tout de suite acheté !
En juillet 98, j'ai donc envoyé ma petite gazette à Eric et ce coup-ci, c'est enfin arrivé à la bonne personne et le ton n'était pas du tout le même. Eric a été fantastique, il m'a répondu par une lettre manuscrite super encourageante et m'a même proposé de venir faire un stage.
J'étais un jeune étudiant sans revenus mais l'idée tournait en boucle dans ma tête et j'ai donc proposé mes services à Eric par un second courrier. Je me rappelerai toujours de ce fameux 31 juillet 1998 ou Eric m'a appelé chez moi vers midi, mon intimidation d'avoir mon idôle au bout du fil et surtout sa proposition complètement inespérée de le rejoindre dès le lundi à la rédac d'Auto'30... C'est ce que j'ai fait, et le lundi j'étais en route pour 3 semaines de stages.
C'est inoubliable, j'étais super timide, j'ai donc peut-être un peu râté ma prestation, mais j'en garde un souvenir magnifique car chacun dans cette rédaction (la plupart issus d'Auto Plus d'ailleurs) était un vrai passionné et chacun surtout était heureux de bosser. C'est mémorable. A l'époque l'actu, c'était le lancement de la 206 et ses premiers essais.
Le sort en a voulu ainsi, Auto'30 a disparu en 1999 et ma déception est revenu jusqu'à l'arrivée d'Eric chez Auto Live que j'achetais déjà avant sa venue et là encore, le journal a disparu.
Onze années plus tard, j'achète toujours Auto Plus mais je ne fait que le feuilleter, ça s'apparente aujourd'hui plus à du Closer qu'à de la presse Auto. On va dire que c'est devenu un TOC de l'acheter. J'ai fait des études en infographie, mon stage ayant laissé des traces et puis j'ai arrêté...
Content en tout cas de vous retrouver ici
Au plaisir de vous lire,
Olivier
Ecrit par : Olivier Riera | lundi, 13 juillet 2009
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