mercredi, 15 octobre 2008
Dhotel 71 #05/06 : trois côtes saignantes

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Carnet de passage en douane
Les roues se touchent à 200
Sorry, I didn't brake !
Bourne Magny Bourne
Où l'on verra Guy Dhotel abandonner le circuit pour la côte, mais pas sa générosité au volant et à la plume.
Entre temps, chez BBM, le châssis spécial Le Mans équipé d'un BMW Schnitzer Gr2 est prêt. Nous sommes début juillet. Dimanche, il y a Belbeuf. Course de côte normande qui se termine en haut d'une falaise au dessus d'un méandre de la Seine. Le paysage est magnifique, 70 mètres plus bas.
On descend la BBM du plateau : elle racle partout. Ce sont les premiers tours de roues du proto. Les suspensions sont réglées trop bas. Pas le temps… Première montée, j'assure : premier proto, mais une monoplace me titille devant. Deuxième montée, j'attaque, la voiture talonne partout dans des gerbes d'étincelles, trop basse, beaucoup trop basse. Tant pis, courbe gauche, sortie des arbres, longue ligne droite en montée face au ciel, 200 pour le freinage de l'épingle droite donnant sur le vide en haut de la falaise. J'écrase la pédale de frein : les pinces Girling mordent et subitement je pars en tête à queue. Trois voltes complètes plus tard sans taper, freiner en ligne, relâcher le reste du temps, j'arrive à arrêter le proto dans l'axe, à deux mètres du vide.
" Bon, faudra venir rechercher le capot avant. Et puis faudra relever la garde au sol. M…, je ne gagnerai pas celle-là au scratch." Voilà les pensées profondes d'un pilote qui a failli se faire une chute libre de 70 mètres. Où est le romantisme dans tout cela ?

Remise de prix, éclats de rires, la fête, on oublie, on rentre, deux jours de vie privée et c'est le 14 juillet : Retour en F3. Après quelques hésitations, la Shell a décidé de nous engager à Magny-Cours plutôt qu'au Castelet. C'est la triste procession avec le succès qu'on sait.
Bon, deux week-ends libres en attendant le nouveau super BRM. Donc deux courses de côtes : d'abord Robert le Diable, tout près de Belbeuf et utilisant un autre versant de la falaise. Cette fois, je suis plus circonspect, le revêtement typé chemin de campagne m'y aide, le proto talonne durement dans les nids de poule. Même résultat qu'à Belbeuf : 1er proto, 2e scratch. Même fête, retour débridé, humour de mon batteur de Jazz. Tiens, cette fois, on n'a pas de polyester à faire remarque d'un ton dégagé Freddy.

On enchaîne avec le même matériel sur la troisième côte, Soissons, course importante pour la Picardie, la télé régionale et un certain Jean-Pierre Pernaut qui débute. Fana de course de voitures et très sympa. A l'époque. Cette fois, les suspensions sont parfaitement réglées. Hervé Bayard avec sa F5000 Surtees et moi, on fait le spectacle : même temps aux essais, même temps au 1/10e en première montée ! Il me tape dans la deuxième en louvoyant partout façon dragster : sa F5OOO fait peur.
A la fin, tout le monde est content : Hervé gagne, je suis premier proto, Jean-Pierre Pernaut peut filmer les deux vedettes régionales et BBM engrange les commandes.
Course de côte de Belbeuf
Course de côte de Robert le Diable
Course de côte de Soissons
Guy Dhotel
A suivre...
Freinage face au vide, Belbeuf © Adolphe Conrath
Redescente, Belbeuf © Adolphe Conrath
BBM C1 à Soissons © Adolphe Conrath
10:10 Publié dans Epreuves anciennes diverses | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note
| Tags : guy dhotel, 1971, course de cote, bbm |



















Commentaires
Nous arrivons, depuis quelques années maintenant, dans la période où les moyens de communication de la Gendarmerie Nationale sont moins volumineux que la Peugeot 403 qui les emporte.
- Allo ! Allo ! Ici la brigade de surveillance de la course de côte de Belbeuf, j'appelle Autorité me recevez-vous ? Parlez.
- Ici Autorité, nous vous recevons 5/5
- Allo ! Allo ! Autorité, nous suivons une voiture non identifiée, sans capot avant et sans sa plaque minéralogique à l'arrière; je répète Allo ! Allo ! ......... devons intervenir ? A vous, parlez.
- Chef ! Chef ! qu'est-ce qu'on fait ?
- Allo ! Allo ! ici Autorité, dans quel sens se dirige le contrevenant supposé ?
- Ici brigade de surveillance, le suspect de dégradation d'un bien public vient de finir d'attaquer la falaise.
Sans rancune. Merci pour ce récit.
Ecrit par : jlm | mercredi, 15 octobre 2008
Bonsoir à tous,
La narration de Guy Dhotel accompagné de clichés photographiques, est vraiment superbe. Etant rouennais d'origine, la course de cote de Belbeuf était un rendez vous important de la saison automobile, sans oublier évidemment Rouen les Essarts mais autre spécialité. La montée de la course de Belbeuf épousait effectivement les méandres de la seine allant de paris vers rouen. Cette montée s'effectuait pas loin d'une vieille route nationale allant de rouen vers paris, et passant les communes d'Amfreville la Mi-voie ainsi que les communes de l'eure.
Il fallait beaucoup de talent car sinon en cas de sortie de piste, direction la descente abrupte des coteaux de la seine. Concernant la course de cote situé aux contours du chateau Robert le Diable (chateau époque XIIéme siecle), cette course située pratiquement face à la colline de Belbeuf c'est la rive gauche de rouen, surplombant la seine avec ses lacets et se dirigeant de rouen vers le havre. Durant cette montée, il fallait également un sacré pilotage car sinon sacré plongeon. J'associe également la course de cote des Andelys, grande classique de cette région haute-normandie ou le circuit de Rouen les Essarts était le grand rendez vous des amateurs du Sport Automobile...
Début septembre à Dieppe une superbe statue avec buste à l'effigie de Jean Rédélé, a été érigé à proximité de l'usine Alpine de Dieppe . Son épouse à inauguré cette Statue en compagnie de trois cents personnes et une Armada d'Alpines.
Ecrit par : andré georges | mercredi, 15 octobre 2008
Vous n'oubliez pas Monsieur Dhotel que vous nous avez promis une note "Comment courait-on sans argent dans les années 60 à 70 ?" si le TTDCB est d'accord bien entendu... ?
Ecrit par : L'étroit mousquetaire | mercredi, 15 octobre 2008
Absolument superbe ! Guy Dhotel, faut développer tout ça et faire un bouquin avec Hommell.
Ecrit par : eric bhat | jeudi, 16 octobre 2008
C'est bien la première (et la seule?) fois que je ne cherchais pas à semer une voiture certes banalisée mais néanmoins suspecte. Ces gens(d'armes?) roulent avec une roue arrière sous gonflée: Heureuse époque!
Non, je n'oublie "la course sans argent des années 60". Mais jusque fin novembre, je manque de temps pour écrire une vraie note. J'ai commencé.
Merci de trouver quelque intérêt à mes notes mais j'aime la littérature et je mesure ce qui m'en sépare. Il faut du temps, beaucoup de travail et du talent pour écrire un bon livre et le sujet n'intéresse pas tant de monde ; à moins de l’élargir au sujet précédent et recréer la société dans laquelle évoluait un ado passionné dans les années 1960. Un tout autre travail.
Ecrit par : guy dhotel | jeudi, 16 octobre 2008
Superbe. Ce n'est pas seulement "la course sans argent dans les années 60, 70", mais aussi "comment c'était dans ces années-là". La bricole permanente, la voiture de police derrière le proto, etc., etc. Tout y est. On a oublié que ça pouvait être si sommaire.
Quand vous parlez de la F5000 de votre ami Bayard, on imagine bien le châssis de deuxième main auquel on a adapté un gros moteur. Trois coups de perceuse, deux mécanos et une nuit de travail... Hop, le gars se glisse dans la coque, il attache le casque et fonce Alphonse.
Dangereux, mais ça avait de la gueule.
C'est pourquoi, contrairement à vous, je trouve un certain romantisme à ce que vous nous décrivez aujourd'hui et dans vos autres textes (en revanche, quand vous mentionnez deux fois le nom de Jean-Pierre Pernaut en un paragraphe, c'est un sérieux tue-l'amour, si vous voulez mon avis).
Ecrit par : sue | samedi, 18 octobre 2008
La F5000 d'Hervé Bayard en 1972 était une Surtess F5000 achetée comme telle.
Aucun bricolage en une nuit.
Par la suite, dans le courant de la saison, il a adapté une Cosworth 3L de F1.
Un montage fait dans les normes. Pas un bricolage. heureusement.
En revanche, face aux agile F2 de Maublanc et Mieusset, avec cette pseudo F1, il n'avait pas l'arme absolue, loin s'en faut.
Ecrit par : Christian Burdet | samedi, 18 octobre 2008
Sue, merci, vos commentaires sont sympas; Dans "le sommaire et l'approximatif", j'ai tellement d'anecdotes que ça ferait... un bouquin! Une fois... Non, j'arrête, le "sommaire et l’approximatif" ne supportent pas le médiocre, je vous promets d'essayer de transmettre à Pa..., pardon, au TTCB -au fait, pourquoi est-ce le seul que nous ne pourrions appeler par son prénom?- donc de transmettre à Patrice une note qui pourrait être longue comme un petit roman. Mais seulement si je parviens à vous faire aimer cette période exceptionnelle, à nous envier d'avoir eu 20 ans dans les années 60.
Je me permets deux compléments:
Hervé avait une "vraie" F5000" Surtees, et effectivement le gros V8 américain était très haut, comme vous dites si bien "comme adapté à la va vite", mais chez Surtees! Cette voiture était une calamité en côte et il fallait le talent d'Hervé pour arriver à gagner et à ne pas se tuer avec ça.
Relisez-moi attentivement: ce Jean-Pierre Pernaut que je cite deux fois était "Fana de course de voitures et très sympa. A l'époque." Point. Comme quoi tout le monde peut changer....
Puis:"Tout le monde est content.... peut filmer les vedettes régionales."
FR3 Picardie n'avait rien à dire ou presque: Hervé et moi, nous lui étions alors indispensables. Et promis, jamais revu depuis.
Ecrit par : guy dhotel | samedi, 18 octobre 2008
Bien entendu, je n'imaginais pas un instant que trois coups de perceuse et une nuit suffisaient. C'était une façon de parler d'une époque que j'ai connue étant enfant, mais bien connue.
Disons que je me rejouais de vieux mythes...
Ce que j'apprécie sur MdS, c'est qu'il n'y a plus de grande ou de petite histoire, et que même dans la seconde, il y a une grandeur et une humanité rares.
Quand j'ai par exemple relu ici les noms de Michel Leclère ou Jacques Coulon, deux champions un peu oubliés, je me suis sentie d'autant plus touchée qu'à l'époque, je préférais "naturellement" les vedettes, des pilotes qu'on connaissait mieux parce que les journaux nous parlaient plus d'eux. Je pense par exemple à Patrick Tambay, un très bon mais sans doute plus gendre idéal que les deux précédents.
Je ne me rendais pas compte de la difficulté à percer sans argent, sans relations, quand on n'a pas le profil (Leclère?), etc. Je devinais tout de même comment une grande carrière pouvait aller au désastre ou en passer pas loin. Puisqu'il est question de F5000, vous vous souvenez peut-être que René Arnoux n'avait trouvé comme volant en 74 qu'une M19 avec un de ces gros moteurs américains.
Tout ça pour parler d'un certain sens du tragique rétrospectif.
Et puis je sentais bien à la lecture des journaux que l'essentiel n'était pas raconté. On nous donnait les résultats, on nous racontait les courses, mais la vraie chronique de la vie de pilote manquait. C'est bien pour cela que tous ces témoignages d'ancien pilotes me paraissent aujourd'hui irremplaçables, et que je le dis quand je le peux.
Les Anglais, qui sont plus massivement amateurs de sports mécaniques, conservent une trace de ce passé. Nous le faisons moins, aussi je suis toujours heureuse de lire sur ce blog les récits d'aventures qui oscillent entre le presque banal et l'extraordinaire.
Ecrit par : sue | dimanche, 19 octobre 2008
Monsieur sue (Eugène ?) vous êtes d'un romantisme échevelé et vos commentaires sont un régal.
Trois coups de perceuse, deux trombones, et à donf avec la formule 5000 !
On imagine Hervé Bayard pilotant en costume-cravate avec pour couvre-chef un antique casque de moto.... mais quelle époque !
Ecrit par : L'étroit mousquetaire | lundi, 20 octobre 2008
C'est peut être Sue Helen ...
Ecrit par : Christian Magnanou | lundi, 20 octobre 2008
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