jeudi, 11 septembre 2008

Ronnie Peterson (1944-1978)

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Et le 11 septembre 1978, au lendemain du Grand Prix d'Italie, une embolie mal soignée avait raison de "Super Swede". Une tour s'abattait.



Ronnie Peterson fait partie de cette race de pilotes qui resteront quoiqu'il arrive comme les plus grands seigneurs de la Formule 1 : quatre ans après lui et avec un palmarès comparable, Gilles Villeneuve entrait dans cette même famille.
La première passion de ce fils de boulanger fut la faune tropicale marine : les poissons colorés le fascinaient par leur beauté, leur grâce et leur finesse. C'est sans doute de là que vint son aisance à piloter sous la pluie...!?

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Il découvre le karting relativement sur le tard, mais assez rapidement en devient un des ténors de son pays. Consacré Suédois n°1 à 22 ans, il passe à la monoplace avec le concours de son père et se fait remarquer par les délégués de son pays qui décident de l'aider en lui fournissant un meilleur matériel que sa modeste "Svebe". Une rivalité s'engage avec son excellent compatriote Reine Wisell, de deux ans et demi son ainé et bénéficiant par là-même d'une petite avance dans la notoriété et la popularité nationales. Mais sur le plan international, Ronnie prend l'avantage en décrochant un contrat Formule 1 de trois ans avec l'écurie March dès le début 1970 (Wisell n'accède à la F1 que six mois plus tard). En même temps qu'il effectue ses classes dans la catégorie suprême avec une March de l'écurie Colin Crabbe, Ronnie court en Formule 2 sous la coupe de Malcolm Guthrie et termine prometteur quatrième du Trophée Européen de la catégorie.

Sa saison 1971 est époustouflante : avec cinq victoires dont quelques démonstrations qui lui valent d'être comparé avec les plus spectaculaires ténors de l'histoire (la presse évoque Jim Clark, Jochen Rindt...), Peterson décroche le titre F2. En F1, il est un des seuls à donner la réplique à l'intouchable Jackie Stewart, dont il est le dauphin surprise au terme d'une saison fabuleuse. Cette étonnant résultat (acquis sans la moindre victoire encore !) lui ouvre la porte des meilleures écuries mais Ronnie est "ficelé" par son contrat de trois ans avec March, qui le garde en 1972. C'est une année décevante car la 721 sous ses trois versions (de base, puis "X" et "G") est beaucoup moins compétitive que la précédente 711. Il est néanmoins deuxième au Grand Prix du Brésil, hélas cette année-ci hors-championnat.

Peterson rejoint Lotus (qui remercie... Reine Wisell !) comme équipier d'Emerson Fittipaldi, tout auréolé du titre mondial ! Le Brésilien est plus jeune que lui (de près de trois ans) mais outre son n°1 bénéficie d'une antériorité de trois saisons au sein de l'écurie. Comparativement, Ronnie met du temps à trouver ses marques, et en dépit d'une fantastique seconde partie de saison (quatre victoires, deux deuxièmes places et une troisième) ne peut participer au sprint final pour le titre. En 1974, Fittipaldi s'en va chez McLaren et Jacky Ickx arrive aux côtés du Suédois, mais la Lotus 76 est décevante et c'est au volant de la "vieille" 72 que Ronnie parvient à se distinguer, en particulier dans un fantastique Grand Prix de Monaco. Deux autres victoires lui permettent de sauver une cinquième place au championnat. C'est réellement lui qui a construit ce résultat : la dixième place (avec trois fois moins de points) de Ickx ne le met que plus en valeur.

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Mais si grand qu'il soit, tout le talent de Ronnie ne suffit pas pour maintenir cette Lotus 72 dans le haut du peloton tandis que l'équipe ne parvient pas à accoucher d'une nouvelle monoplace pour 1975. C'est une saison décevante, avec juste une quatrième place à Monaco et deux cinquièmes en fin d'année, le Suédois garde toutefois confiance en Colin Chapman pour 1976. Il déchante dès le premier Grand Prix lorsque la Lotus 77 ne le qualifie qu'en 18ème position, et tire immédiatement sa révérence, trouvant refuge comme l'enfant prodigue, chez March.

Pour tous les observateurs et probablement pour l'intéressé lui-même, cette année se présente comme une saison de transition et ne saurait en aucun cas lui permettre de briller compte-tenu de la modestie de la machine et surtout des moyens de l'écurie, dirigée alors par Max Mosley. Pourtant Ronnie se qualifie régulièrement dans le top-ten, décroche la pole et mène 11 tours de course au Grand Prix de Hollande... et remporte magistralement le Grand Prix d'Italie devant les très performantes Ferrari, Ligier et Tyrrell !

peterson2.jpgC'est précisément chez Tyrrell -cette équipe du "marchand de bois" qui a bluffé tout le paddock avec sa fameuse six-roues (triomphatrice au GP de Suède 76 avec Jody Scheckter)- que Peterson signe pour 1977. Malheureusement d'une part cette "P34" est en bout de développement, et d'autre part sa conception ne convient absolument pas au style du Suédois, qui est toute l'année surclassé par son équipier Patrick Depailler. Ce mauvais constat ne le sert guère pour la suite de sa carrière, et il n'hésite pas quand Colin Chapman le rappelle, bien que ce soit pour une position très fermement établie de pilote n°2.

Passionné et tellement content de retrouver une voiture compétitive et à sa mesure, Ronnie joue le jeu de son équipier Mario Andretti avec une loyauté irréprochable, cueillant au passage quelques ultimes succès et, sept ans plus tard, un deuxième titre de vice-champion du monde. Celui-ci, hélas, à titre posthume...





Bengt Ronnie Peterson
Suède
Né à Örebro (Suède) le 14 février 1944
Décédé à Milan (Italie) le 11 septembre 1978
www.ronniepeterson.se



Arnaud Chambert-Protat




Portrait
© Guy Royer
March 701, GP de Belgique 1970 © Pr Reimsparing
Lotus 72, GP d'Espagne 1975 © MdS
Tyrrell P34, GP d'Espagne 1977 © Jean-Paul Orjebin

Commentaires

Bonsoir !

1972 > March 721G > 1 podium sur le Nürburgring (3ème).

Il est intéressant de lire aussi les articles de Thierry Jaglain dans deux numéros de l'Automobile historique.

Bien sportivement !

Le type qui va enfin vous livrer Privé de gloire avant la fin 2008...

Ecrit par : philippe vogel | jeudi, 11 septembre 2008

P..... , trente ans ...

Ecrit par : antibois | vendredi, 12 septembre 2008

en 1973, à Monza, Peterson se trouve devant Fittipaldi (son coéquipier chez Lotus) qui peut encore esperer battre Stewart s'il l'emporte.
et c'est dans cet ordre que les Lotus réussissent le doublé avec un écart de moins d'1"
à l'arrivée, Emerson va voir Chapman et furax lui dit: mais on avaient pas décider que vous donneriez l'ordre à Ronnie de me laissé passer si nous étions ensemble?
et Chapman lui répond: "merde, j'ai completement oublier"

Ecrit par : Bruno | vendredi, 12 septembre 2008

Délicieux Chapman, toujours respectueux de ses pilotes...

C'est sans doute comme ça qu'Emerson a rejoint McLaren la saison suivante !!!

Si l'on en croit Crombac dans "Secrets des stands" (l'un des meilleurs bouquins sur la Formule 1), Chapman chantait les louanges de Fittipaldi en début de saison, agacé que Peterson se prélasse dans de froides piscines.

Ecrit par : eric bhat | vendredi, 12 septembre 2008

"-Hey kid, want to sit in the car ?"
(J'ai 10 ans
Je sais que c'est pas vrai mais j'ai dix ans
Laissez-moi rever que j'ai dix ans
Ça fait bientot trente-six ans que j'ai dix ans)

Circuit de Nivelles-Baulers, 4 juin 1972. J'ai dix ans, je les aurai en tout cas bientôt. Mon premier grand prix. Une semaine plus tôt, papa et moi, on traînait dans le centre commercial, tuant le temps en attendant que mes soeurs achèvent leur interminable shopping. Alors on tombe sur ce podium où trône une bagnole de course. Une formule un. Rouge et blanc Marlboro. Elle m'intrigue cette bagnole à cause d'un détail. Le volant passe à travers une échancrure dans le saute-vent. Comment il fait le pilote pour pas s'amocher les pattes ? Il y a un type sur le podium, il parle très fort dans le micro, il dit que la voiture c'est une BRM P180, et que Jean-Pierre Beltoise a gagné le dernier Grand Prix à son volant, à Monaco. Et puis qu'il y a un concours et qu'on peut gagner des places pour le Grand Prix de Belgique. Moi j'ai dix ans et je n'y connais rien. Sauf Le Mans. Trois ans plus tôt j'ai suivi la course à la télé, et on ouvrait des yeux grands comme ça face au culot de ce jeune homme au fin visage de prince florentin, occupé à gagner une course de légende après s'être élancé au ralenti. Et puis le Mans c'est une une émotion esthétique. Les Porsche 917 me fascinent, elles me rappellent ma vraie passion, depuis que je suis en âge de me souvenir, les avions. D'ailleurs, cette Porsche est un avion. Mais les F1, je ne connais pas encore. Tout ce qui m'intéresse pour l'instant, c'est cette bizarre échancrure dans le saute-vent de la BRM P180. Alors je remarque à peine que papa monte sur le podium et s'approche du gars qui gueule dans le micro. Qui lui pose des questions. Et des questions. Et encore des questions. Il est fort mon papa. Le type le fait applaudir et lui remet deux billets. Zone paddocks...

Il est moche ce circuit de Nivelles. La presse s'extasie sur son niveau de sécurité exceptionnel, tout le contraire de Spa-Francorchamps. Mais il est moche quand même, on dirait la vulgaire zone industrielle qu'il deviendra d'ailleurs un jour. Mais dans les paddocks, ça m'est bien égal. Je surplombe les stands et je reconnais déjà la plupart des pilotes. Toute la semaine j'ai dévoré la presse, formation accélérée. Les cris rageurs des moteurs font battre mon coeur, et je découvre que ces voitures m'apportent une émotion esthétique. Pas la BRM P180, avec son bouclier sans élégance et son air pataud. Non, il y a la Ferrari, animale, où je repère aussitôt le casque bleu nuit à liseré blanc du jeune prince du Mans. Et la Lotus 72, noir et or, avec son lettrage JPS. Rien qu'à la voir, il est facile de comprendre que c'est elle la star, qu'elle est aujourd'hui promise au 1er rôle. C'est comme un avion: un coup d'oeil permet de deviner ses qualités de vol à l'évidence de sa ligne. Alors la Lotus 72 va s'imposer ce jour là, et bien d'autres encore.

La course est finie, mais pas le spectacle. Je déambule dans les paddocks, où tout est accessible. Au début de la pit lane, des mécanos poussent la bagnole d'un grand type blond. Une voiture, toute ronde, toute rouge avec ses autocollants STP, et une drôle de bouille. Je me dis que cet avion ne doit pas voler du tonnerre, et d'ailleurs le grand blond a l'air épuisé.

"-Hey kid, want to sit in the car ?"

Il n'y avait plus de bobine dans la caméra super 8, plus de film dans mon instamatic. Et c'est très bien comme ça. De toute façon la photo aurait été floue, tellement j'allais vite, tellement je volais haut. Je ne redescendrai pas pendant 5 ans, absorbant jusqu'à l'obsession chaque détail des saisons à venir. Il y aura d'autres course, à Nivelles à Zolder et ailleurs, d'autres promenades dans le paddock, sans badge cette fois. Jusqu'à un premier arrêt brutal de 3 ans, en 1977. Pourquoi ? Je ne sais plus, j'ai choisi d'oublier cette année-là. Je crois juste que tout à coup, la F1 me parut moche. Et que c'est cette même année que s'envolèrent le grand blond. Et mon père.

La fièvre a fini par revenir. Pour 10 ans. Surtout pour ce type qui faisait de chaque course une oeuvre d'art. Il gagna "mon" dernier Grand Prix, à Spa, le jour où un jeune homme prit le départ de son premier grand prix sur la 2e ligne. Après, ce fut juste une curiosité polie. La TV. Puis plus rien. Il y eut certes de belles courses, des pilotes valeureux et talentueux, des voitures spectaculaires mais trop sophistiquées pour être vraiment belles, dépourvues de poésie, des circuits comme des zones industrielles, et des motorhomes rutilants comme des banques à Dubai. Mais jamais plus il n'y aurait, je l'avais compris, de pilotes capables de s'émerveiller du bonheur d'un gosse anonyme posé sur son baquet.

Ecrit par : zapata | samedi, 13 septembre 2008

Très, très émouvant.

Heu... (j'ose à peine)... c'est sur une P160 que Beltoise venait de gagner Monaco. Ce qui n'enlève rien à l'émerveillement du gamin de dix ans !

Ecrit par : eric bhat | samedi, 13 septembre 2008

Viva Zapata!!!

Ecrit par : Bruno | samedi, 13 septembre 2008

C'est pour cela que j'aime MdS, il y a de la poésie dans vos propos Zapata...

Ecrit par : era | samedi, 13 septembre 2008

Nivelles 4 juin 1972....
Le podium est le suivant :
Emerson FITTIPALDI sur Lotus-Ford, devant Francois CEVERT sur Tyrrell et "sir" HULME sur Mac Laren.......Emerson FITTIPALDI pour la pole position. C'est un circuit de Karting ou beaucoup devinrent des champions.....Alain PROST entre autre...

Ecrit par : ANDRE GEORGES | samedi, 13 septembre 2008

Zapata, vous n'écrivez pas comme un clown. 36 ans après votre émotion est intacte, et votre capacité à nous la transmettre, pas donnée à tout le monde, vous ouvre grandes les portes de notre communauté.
Nivelles 72, c'est comme les 1000 km de Paris 70 et 71, il y avait toute la région parisienne, nous sommes nombreux sur ce blog à nous y être retrouvés sans le savoir. J'y avais été avec Guy Royer dans sa Fiat 128 rallye, laquelle avait servi de chambre d'hôtel vu que tout était booké entre Beauvais et Amsterdam ; bonjour le levier de vitesse au bas des reins (du moins je suppose que c'était le levier de vitesse).

Pour notre premier GP (hormis pour moi un lointain GP du Maroc 57), nous avions pénétré dans les stands et étions comme fous. Nous n'avions rien trouvé de mieux que de faire chier les mécanos qui bossaient en leur demandant des stickers, à l'époque la grande mode. Je me vois encore demander un sticker dans un anglais à la Bourvil à un gars de chez Surtees qui m'avait répondu, excédé : "Please ask to our manager !". Ce qui m'a douché net. Demander un sticker à John Surtees...

Ecrit par : Mémoire des Stands | samedi, 13 septembre 2008

Merci pour l'accueil et les bienveillants commentaires !
@ André Georges: et Hailwood 4e, si je me rappelle bien ? Prost et le karting... Il y aurait des choses à raconter sur cette période riche en castagne...

@MDS: je confirme le gros contingent français à Nivelles 72. Je suivis la course à côté d'un gros groupe de français dont un jeune couple qui m'expliquait tout. Bizarrement, ce n'était pas alors tant Cevert qui les faisait vibrer. L'absence de Stewart ne fournissant pas de point de référence ? En tout cas, Beltoise ou plus encore la Matra d'Amon semblait leur priorité. Un an plus tard, à Zolder, c'était une toute autre histoire. La popularité de Cevert était énorme. Et lui-même avait pris une toute autre dimension. En particulier dans ce Grand Prix, où nous nous demandions tous s'il oserait le crime de lèse-majesté espéré, tant il semblait ce jour-là supérieur.

Ecrit par : zapata | dimanche, 14 septembre 2008

Merci Bruno, je n'avais pas osé la faire moi même!
Zapata vous meritez une majuscule, pour une première intervention, je dis, Monsieur.
Commentaire sympa, vivant, Bravo et bienvenue a bord.

Ecrit par : gianpaolo | dimanche, 14 septembre 2008

Aujourd'hui, le tracé de Nivelles est toujours bien visible sur Google-Earth.
C'est à peine une zone industrielle, avec quelques hangars et deux rond-points au milieu de la ligne droite des stands.
Si la sécurité, thème à la mode à l'époque, était exceptionnelle, je crois me souvenir que ce circuit n'était que moyennement apprécié des pilotes.

Ecrit par : Christian Burdet | dimanche, 14 septembre 2008

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