lundi, 20 octobre 2008
Beltoise Espagne 73 #61/88

Quel programme absolument dingue ! Sept courses disputées durant les 8 semaines d'écart entre le précédent GP d'Afrique du Sud et celui-ci. Après Mallory Park F2 et la Course des Champions, Beltoise enchaîne la semaine suivante les 6 heures de Vallelunga pour Matra, quinze jours après, le Deutschland Trophäe F2 à Hockenheim, puis dans la foulée les 1000 km de Dijon le 14 avril, et Thruxton F2 le lundi 23.
C'est alors que ça s'accélère. Attendu le mardi 24 avril à Monza où il doit effectuer les essais des 1000 km courus le mercredi 25, JPB saute dans un avion privé en compagnie de Tim Schenken, de Manou Zurini et de quelques autres joyeux drilles en direction de Toussus-le-Noble où un taxi les mène à Orly juste à temps pour attraper le vol commercial pour Milan. Au soir de la course, Beltoise salue la victoire de Ferrari dans le zinc affrété par Moêt et Chandon pour lui permettre de rallier le Paul-Ricard où a lieu un test d'endurance Matra. Nous sommes mercredi soir et les essais de Montjuich commencent dans moins de 48 heures. À la fin de ces essais Matra, le jeudi, le même avion décolle de l'aérodrome du Ricard sur le coup de 16 heures et se pose enfin à Barcelone une heure plus tard. Ouf !
Le paddock de Montjuich est plein des nouveautés saluant la saison européenne. Chez BRM, il s'agit d'une nouvelle peau en alliage léger censée jouer le rôle des structures déformables obligatoires à compter de cette course. Les autos sont appelées P160E ; Regazzoni en a une neuve, Jean-Pierre garde sa fidèle 03 et Lauda utilisera le mulet, outre son châssis. Si le Français est lent le vendredi, ce n'est pas à cause de la fatigue mais d'une direction très dure qui ôte toute sensibilité pour contrôler les dérives.
D'autres pépins entravent les essais du samedi ; le moteur manque de couple - ennuyeux sur ce tracé tout en courbes -, la tenue de route n'est pas terrible et les freins sont moyens.
Beltoise est rassuré aux essais libres du dimanche matin, l'auto tient mieux et freine normalement. Les 21 voitures se rangent sur la grille un peu avant midi ; ici à Barcelone on part à midi pour permettre aux amateurs d'assister aux corridas. Le directeur de course tarde à baisser son drapeau, les moteurs chauffent trop et au signal deux fusées rouge et blanc giclent sur la gauche dans un nuage de poussière : les BRM de Beltoise et Rega dont les Firestone marchent mieux à froid que les Goodyear. Ça ne durera pas. Super bien parti, Beltoise est un magnifique cinquième au premier tour. Il conservera cette place au terme d'une course intelligente qui le voit économiser des pneus qu'ont été incapables de préserver Lauda et Regazzoni.
La course achevée, une autre commence pour JPB qui doit être à Magny-Cours le surlendemain pour la réunion traditionnelle du 1er mai où il est engagé sur une Chevron 2 litres, puis à Zolder le 2 et le 3 pour des essais BRM et enfin à Pau le week-end prochain en F2. Est-ce que ça n'anticipe pas le calendrier d'un chef de l'Etat quelque 35 ans plus tard ?
Grand Prix d'Espagne . Circuit de Montjuich . 29 avril 1973
Fiche technique : www.grandprix.com/gpe/rr224.html
GP d'Espagne 1973 © FORIX (Rob Soethoudt)
10:10 Publié dans Jean-Pierre Beltoise : Grands Prix 1973/1974 | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note
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Commentaires
Ne comparons pas ce qui ne l'est pas mais ça faisait des semaines bien chargées.Nos Grands Champions actuels en font-ils autant ? Autre temps autres moeurs, certes.Mais ont ils cette passion de la course ou plutôt des courses ?
Ecrit par : Jacques Rivaud | lundi, 20 octobre 2008
Oui
Ecrit par : Christian Burdet | lundi, 20 octobre 2008
Si JPB courait aujourd'hui, il ferait de la F1 et exclusivement de la F1, car contractuellement il lui serait impossible de faire autrement. Non, pour moi, la passion est la même, c'est juste l'époque qui a changé... Doux euphémisme !
Maintenant, de savoir laquelle est la plus belle, nous avons notre réponse à cette question, autrement nous ne serions pas aussi assidus de MdS !
Ecrit par : Marc Ostermann | mardi, 21 octobre 2008
Une anedote me vient à l'esprit en voyant cette photo de Beltoise devant Carlos Reutemann à Montjuich.
Bien des années plus tard, Reutemann devint "Il signor Gobernador" de la province de Santa Fe. Proche politiquement du président argentin Carlos Menem, et conservant une popularité intacte, Reutemann fut un moment considéré comme futur présidentiable dans son pays.
Beltoise était enthousiasmé par une telle perspective. "Reutemann président, ce serait extraordinaire. Ce jour-là, je saute dans un avion et je cours le féliciter."
Reutemann n'a jamais été président, mais ce n'est pas passé loin.
Retour à Montjuich 73. Que Beltoise ait enrhumé Rega et Lauda à monoplace et pneus égaux montre assez son niveau de l'époque. D'autant que les autres week-ends il se promenait avec Jarier en tête de toutes les courses F2. Beltoise, c'était énorme. Et je reste persuadé qu'il aurait été champion du monde au volant de la première Ligier, qui était en fait une Matra déguisée. Là aussi, ce n'est pas passé loin.
Vous imaginez ? L'ancien champion du monde Beltoise en visite chez le Président argentin ! Une fiction... mais ça a failli être une réalité..
Ecrit par : eric bhat | mardi, 21 octobre 2008
L'enthousiasme d'Eric Bhat à propos de Beltoise, que je partage évidemment, est moins évident sur un forum noir et jaune où on peut lire sous la plume d'une connaissance un avis modéré de Bernard Boyer sur ledit JPB. On sait qu'il n'a pas toujours été compris par les techniciens de Matra, Bébel. Ainsi George Martin a-t-il été à deux doigts de lui balancer un coup de poing un jour où Beltoise lui avait parlé comme au gars qui vide les cendriers. Ainsi Bernard Boyer, dans son livre, indique que le pilote n'était pas toujours assidu aux essais, cherchant un téléphone, s'enquérant de l'heure du départ, etc.
JPB avait statut de star dans les années 70. Pas facile à concilier avec l'exercice de limage de bitûme qui est l'ordinaire d'un coureur automobile.
Ecrit par : Mémoire des Stands | mardi, 21 octobre 2008
Oui, mais le même Georges Martin comparait JPB à Jim Clark (il me l'a dit à moi-même en personne, tandis que le magnétophone tournait).
Et puis ne nous voilons pas la face. Peu assidu aux essais, le Bébel ? Modulons donc le propos. Quand le Paul-Ricard était le terrain d'essais des écuries de Formule 1, les temps morts étaient fréquents. Il n'y avait qu'un seul téléphone dans le bureau de piste (les portables n'existaient pas encore). Et TOUS les pilotes de F1 passaient des heures entières au téléphone, joignant toutes les poulettes du département pour meubler leur soirée. Quelques techniciens au sang chaud récupéraient à qui mieux mieux les miettes du festin....Et ceux qui ne récupéraient rien ronchonnaient contre ces pilotes non assidus.
Il est vrai qu'aujourd'hui, dans la F1 normalisée, les bras d'honneur aux poulets et les roucoulades avec les poulettes sont de l'histoire ancienne.
Mais franchementr, qu'est-ce qu'on se marrait.
Ecrit par : eric bhat | mardi, 21 octobre 2008
Dans son livre, Boyer parle de long débriefings avec Stewart, où tous les aspects du comportement d'une monoplace étaient méthodiquement abordé un par un. De toutes évidences, les méthodes de travail des deux hommes étaient parfaitement en phase.
Avec les résultats que l'on sait.
Apparemment, avec Beltoise ça se passait différemment.
Il réclamait parfois des réglages sans donner d'explications à qui que se soit.
Mais il faut bien préciser que c'est Bernard Broyer qui parle et donne son point de vue.
La Ligier JS5, une Matra F1 déguisée. On le dit souvent.
Une Matra avec une carrosserie signée Choulet ?
Vous êtes sûr ??
Ecrit par : Christian Burdet | mardi, 21 octobre 2008
Puisque on parle de Reutemann, un de mes préférés, soit dit en passant, il faut reconnaître que son parcours politique a été diversement apprécié et commenté...
http://blog.argentine-news.com/le-language-fleuri-de-carlos-reutemann-360.htm
Ecrit par : Marc Ostermann | mardi, 21 octobre 2008
Reutemann-Beltoise, c'est aussi le souvenir de Kyalami 74 ... Dernier podium pour l'ainé, premier succès pour Lole ..
Ecrit par : antibois | mardi, 21 octobre 2008
Je préfère ne pas trop savoir ce que Reutemann a pu donner en gouverneur dans un pays qui a connu son lot de politiciens véreux, Menem n'étant pas en reste en matière de populisme et de plans tordus.
Bon, à part ça, beau mec, évidemment (Reutemann, pas Menem-les-rouflaquettes).
Ecrit par : sue | mardi, 21 octobre 2008
Comme toujours, il faut replonger dans les archives pour bien se remettre dans le contexte :
Prenons le classement des esais "officiels" de cette saison 1973 chez Marlboro BRM :
ARG : 1. Regga, 7. Beltoise, 13. Lauda
BRE : 4. Regga, 10. Beltoise, 13. Lauda
SA : 5. Regga, 7. Beltoise, 10. Lauda
SP : 8. Regga, 10. Beltoise, 11. Lauda
BEL : 5. Beltoise, 12. Regga, 14. Lauda
MN : 6. Lauda, 8. Regga, 11. Beltoise
SW : 9. Beltoise, 12. Regga, 15. Lauda
FR : 9. Regga, 15. Beltoise, 17. Lauda
GB : 9. Lauda, 10. Regga, 17. Beltoise
NL : 9. Beltoise, 11. Lauda, 12. Regga
D : 5. Lauda, 9. Beltoise, 10. Regga
OST : 13. Beltoise, 14. Regga, Lauda forfait
IT : 13. Beltoise, 15. Lauda, 18. Regga
CDN : 8. Lauda, 16. Beltoise, 25. Gethin
USA : 14. Beltoise, 15. Regga, 21. Lauda
Qu'en déduire ?
Regga était un poil plus rapide en début de saison (5 fois le meilleur du team)
Beltoise a été 6 fois devant ses coéquipiers
Lauda 4 fois (dont le Ring)
Il faudrait analyser plus finement chaque séance, mais, on peut dire que les trois pilotes ont fait sensiblement jeu égal tout au long de cette saison 1973.
Ecrit par : Gérard Gamand | mardi, 21 octobre 2008
Je vous rejoins, sue, sur le trouble que laissait sourdre Reutemann sur ceux qui l'approchaient, et pourtant on ne saurait me soupçonner d'amitiés particulières. Brands Hatch, pour je ne sais quel GP. Un attroupement au paddock. Ah oui c'était l'ancien paddock, qui s'étendait derrière Paddock Bend, donc ce devait être en 74. On s'approche, fend la foule ; c'était Reutemann en grande discussion avec des types du public, tout seul comme un grand. Assez impressionnant. Un peu comme Moncet discutant avec ses commentateurs. Un cercle s'était formé autour du futur gouverneur de Santa Fe, dont on buvait les paroles.
Puis Carlos s'est avisé de partir. J'étais devant lui, il s'est alors mis à me caresser le ventre pour que je lui ouvre la voie, mais caresser gentiment, sans l'ombre d'une agressivité. J'ai dit alors au photographe du dimanche qui m'accompagnait que je n'étais pas prêt de me laver le ventre. Pardon pour la longueur de cette histoire et pour, je m'en rends compte à la fin, son inintérêt.
Ecrit par : Mémoire des Stands | mardi, 21 octobre 2008
Mémoire des Stands,
Mais non, mais non, ce n'est pas une histoire bête. Au contraire : votre trouble vous honore...
(Quant à moi, j'aurais bien pris votre place ce jour-là, notez bien).
Ecrit par : sue | mardi, 21 octobre 2008
Kyalami 74, Reutemann, Beltoise et Mike"the Bike" Hailwood. Un joli podium ma foi... Et le chant du cygne pour BRM.
Ecrit par : Marc Ostermann | mercredi, 22 octobre 2008
Beltoise, Rega et Lauda ont effectivement fait sensiblement jeu égal en 1973. Qu'en reste-t-il avec le recul ? Sportivement, Lauda s'en est le mieux sorti, avec trois titres de champion du monde, Rega a remporté cinq ou six GP, Bébel restant sur sa victoire monégasque et une carrière au long cours. Les trois pilotes ont singulièrement souffert dans leur chair, Lauda grièvement brulé, Beltoise coude bloqué et Rega en fauteuil roulant jusqu'à sa mort.
Amicalement, les joyeux Beltoise et Rega étaient liés depuis longtemps et le restèrent. Mais Lauda faisait bande à part chez BRM. Moins exubérant, moins festif... et formidablement radin. Comme quoi La Fontaine n'avait pas tort, avec ses histoires des cigales face à une fourmi.
Ecrit par : eric bhat | mercredi, 22 octobre 2008
J'ai vu il y a peu de temps un reportage sur Lauda (époque actuelle) ... Sa froideur, son manque de compassion, son absence d'enthousiasme et sa désespérante lucidité sur lui même avaient quelque chose de ... touchant et de misérable ...
Pas joyeux ce garçon. Si j'ai admiré son pilotage si propre et son courage physique, je ne goutais guère son cynisme, ses manipulations et son mépris pour ses pairs ...
Ecrit par : antibois | vendredi, 24 octobre 2008
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